Appel à communications La thématique de la frontière présente une actualité flagrante sur la scène politique nationale et internationale, ce qui constitue à la fois une invitation et un défi pour les chercheur.e.s en sciences sociales,...
moreAppel à communications La thématique de la frontière présente une actualité flagrante sur la scène politique nationale et internationale, ce qui constitue à la fois une invitation et un défi pour les chercheur.e.s en sciences sociales, appelé.e.s à prendre du recul afin de formuler une réflexion scientifique sur le sujet. Dans le cadre de cette réflexion, le colloque souhaite porter la focale notamment sur les « lieux frontière »-ces lieux dans lesquels les politiques migratoires se matérialisent et l'imaginaire sur l'immigration et le contrôle des mobilités humaines s'incarne spatialement-et sur leurs processus de « frontiérisation » (Cuttitta 2015). En prenant le contre-pied de l'idée reçue selon laquelle la frontière serait tracée d'en haut, imposée par des capitales lointaines, et que sa gestion serait une prérogative exclusive de l'État-nation, le colloque souhaite mettre au jour le rôle joué par des acteurs locaux divers-institutionnels et non-dans la mise en place, le fonctionnement et la « mise en scène » (De Genova, 2002) de la frontière, pour en dévoiler la « fabrique locale ». La dimension locale de la frontière sera questionnée dans les deux sens – qui vont constituer les deux axes principaux du colloque : 1. Ce que la frontière fait au local. Comment les villes/îles/espaces/acteurs locaux sont-ils façonné.e.s et transformé.e.s par la frontière ? Comment la frontière intervient-elle dans la vie socio-économique locale ? Quelle est son « impact » et comment cet « impact », plus ou moins objectivable, est-il construit, mis en discours, médiatisé et politisé par des acteurs locaux divers ? Comment la frontière redessine-t-elle les « pleins » et les « vides » de l'espace urbain ? Comment participe-t-elle aux processus de racialisation et racisation de l'espace urbain ? Comment sa mise en place et son fonctionnement redessinent-ils les cartes des villes ou des îles par la création de barrières, postes, camps ? Comment, enfin, ces transformations sont-elles représentées, éventuellement par la production de cartes ? 2. Ce que le local fait à la frontière. Comment les espaces politiques, professionnels et militants locaux contribuent-ils à façonner la frontière et ses dispositifs ? Il s'agira d'observer le rôle joué par des acteurs politiques locaux dans la mise en place, le fonctionnement, la gestion de la frontière ; il s'agira également de mettre au jour les éventuels réseaux de politique publique, les coopérations public-privé, à l'échelle locale ou multi-niveau ; la gestion locale de la frontière implique enfin plusieurs métiers mobilisant des registres professionnels différents, dont il s'agira de questionner les pratiques, les discours et les représentations. Il est attendu des communications qu'elles s'insèrent dans au moins un des deux axes. Des réflexions théoriques ou des retours réflexifs sur des expériences d'enquêtes sont également les bienvenus afin de questionner les outils théoriques et méthodologiques pour « enquêter la frontière ». Des sessions thématiques sont envisagées, susceptibles de varier en fonction des propositions reçues. 1. Encampement, enfermement et frontiérisation. Dans cette session seront discutés les résultats d'enquêtes pluridisciplinaires portant en priorité sur les lieux de confinement ou d'enfermement des personnes en mobilité : camps d'accueil ou de transit, centres d'accueil, etc.. Il est attendu de ces communications qu'elles répondent à deux questionnements complémentaires : comment la création et le fonctionnement des lieux participent-ils aux processus de « frontiérisation » des territoires qui les hébergent ; comment les acteurs locaux (élus locaux, associations, ONG, collectifs de riverains etc.) contribuent à la création et au fonctionnement de ces lieux, par leur demande de sécurité, de décor, de prise en charge des « catégories vulnérables » etc. 2. Les « métiers » de la frontière. On s'attend à faire dialoguer des enquêtes portant sur les différents milieux professionnels « propres » à la frontière : police des frontières, douaniers, opérateurs/acteurs humanitaires, journalistes, etc. Comment ces acteurs appréhendent-ils leur propre rôle professionnel ? Comment les cultures professionnelles et les représentations des acteurs affectent-elles le fonctionnement du dispositif frontière ? Comment ces acteurs vivent-ils l'espace de la ville/île qui les accueille ? Comment sont-ils perçus par les « résidents » ? 3. Mobilisations pour/contre et autour de la frontière. Il sera question de la manière dont s'articulent les demandes sociales de frontière (collectifs de riverains pour la construction de murs, barrières, camps, pour le renforcement des contrôles de police etc.) ou les contestations à la frontière (mobilisations no border, solidarités aux personnes en mobilité etc.). Il s'agira également de questionner les cadres, les opportunités, ou au contraire les entraves aux processus de médiatisation et politisation de ces instances, et par là d'observer les dynamiques de politisation ou dépolitisation de la frontière. 4. Le « spectacle de la frontière » : récits et représentations médiatiques de la frontière. La production de la frontière sera ici questionnée par sa « mise en scène », par sa représentation dans les médias et dans le discours public et politique. Des analyses des corpus de presse et des débats politiques, au sein d'assemblées représentatives ou de prises de parole médiatique de la part de politicien.ne.s ou autres acteurs sont attendues. Des retours réflexifs sur le recours à l'audiovisuel dans l'ethnographie, ou sur des travaux de journalisme écrit, photographique ou télévisé sont également bienvenus.