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Titre : Candle, Iron, Meat
Auteur : Thal's Balls (Participant.e 11)
Pour : Smarceus (Participant.e 16)
Fandom : Snow, Glass, Apples (Nouvelle de Neil Gaiman)
Persos/Couple : La Princesse/La Reine
Rating : E
Disclaimer : La nouvelle appartient à Neil Gaiman, avec tout ce qu'elle contient >_>
Prompt : La reine/la princesse. Mon royaume pour quelque chose du point de vue de la princesse, sa vision de son enfance, de l'obsession de la reine pour elle (et peut-être de sa curiosité ou de son intérêt en retour), son ressenti de la scène de la morsure, pourquoi pas quelque chose sur sa relation avec les hommes par lesquels elle semble s'efforcer d'atteindre sa belle-mère.
Détails facultatifs : J'adorerais du vore de façon générale, que ce soit pendant la nouvelle ou post-canon... Bonus ultime pour quelque chose sur la reine qui touche/lèche/goûte au cœur de la princesse pendant ces années où elle le garde suspendu au dessus de son lit, et ce que la princesse en ressent à distance :D
Notes : Le destinataire de cette fic s'en doute probablement vu le canon et le prompt, mais pour tous les autres: WARNING, cette fic contient de l'inceste, de la violence sexuelle, physique et mentale sur un enfant, de la nécrophilie, du vore/cannibalisme, de l'hypersexualité due à des traumatismes, du mind control, de la violence en général, tout ça avec un degré de précision allant de l'implicite au TRES explicite. Ouvrez en connaissance de cause.
Sinon, OP, j'espère que tu pourras apprécier le gap cute qui se dégage quand même de ce truc. Enfin j'espère que ça s'en dégage. Qui sait.



‘Belle Mère.’
C’est comme ça qu’on te l’a présentée, quand ils sont venus te chercher, pour une fois, t’habiller avec de jolis vêtements, deux jeunes femmes pour enfiler le chemisier et la jupe et les petites chaussures si différentes des leurs, et deux gardes, couverts de ces anneaux de métal, les mêmes qui viennent te donner à manger les soirs où on te donne quelque chose à manger. Venez, Princesse, vous devez rencontrer votre Belle Mère.
Et ils ont raison. Elle est belle, cette nouvelle mère, encore plus jeune que la femme du tableau, et rayonnante de vie, comme un frémissement dans son corps, une flamme que tu as déjà senti chez d’autres mais qui chez elle semble être bien entretenue, un feu auquel on donne toujours plus de bûches à manger. Sa peau est teintée de rose, son sang battant avec ardeur juste sous la surface, et elle te donne un joli sourire quand on te présente, bonjour Princesse, et c’est la personne la plus belle et la plus gentille qui existe au monde. Ta Belle Mère.

(Fais bien attention avec ta Belle Mère, dit le roi. J’aimerais la garder, celle-là. Si tu lui fais peur…)

On ne te laisse pas la voir beaucoup. Comme d’habitude, on ne t’habille et te sort de ta chambre que pour certaines occasions, où on te fait asseoir sur une chaise, à peine réveillée, mais presque à chaque fois, la chaise est dehors, et tu regardes le ciel, si rose et violet, et les oiseaux qui passent au loin, et le temps qu’il prenne sa teinte de bleu sombre qui se pose sur ta peau comme de l’eau fraiche pendant les grandes chaleurs, on t’a déjà fait lever, et les gardes te ramènent à l’intérieur, dans ta chambre.
Mais maintenant, tu ne regardes plus le ciel. Tu la regardes, elle, la Belle Mère, la Gentille Mère, et elle est gentille avec les gens dehors aussi. Tous ces gens qui s’amassent devant le château et chantent et mangent, et te font tourner la tête.

Les nuits passent. Les jours, chauds et interminables, laissent de plus en plus de place à la fraicheur qui s’infiltre jusque dans ta chambre à travers la pierre, et tu t’éveilles, nuit après nuit, tes pensées et ton corps enfin pleins de vie, et si il n’y avait pas un garde derrière ta porte, tu serais sortie de ta chambre, aurais parcouru le château, exploré les longs couloirs de pierre et de tapisseries, admiré les couleurs, joué avec les personnages. À la place, tu écoutes, tu sens, et tu danses. Tous ces gens autour, dont les cœurs battent dans tes oreilles. Dont les veines palpitent dans l'air, l'odeur te faisant tourner la tête, même sous leurs anneaux de métal.
On te fait toujours manger, mais ils sont maigres et apeurés, et tu as de plus en plus faim. Tu voudrais boire plus longtemps, plus qu'avant, mais on te les retire, et tu restes dans ton coin, la faim au ventre, en essayant d'ignorer ta tête pleine de poussière, lente comme quand les jours sont si longs.

J'ai si faim, tu dis au roi quand il vient te voir.
On a tous faim, lâche-t-il, avant de marmonner dans sa barbe aussi blonde que les tresses de blé qui décoraient le château la dernière fois que tu es sortie : les gens vont finir par remettre mon règne en question.

Tu as faim, et tu restes dans ton coin, à imaginer le ciel dehors, à écouter le cœur de ton garde, le bruit chaud qui te berce dans ta torpeur.
Et puis une nuit, tu écoutes, et il n'est pas là.
Tu ne sais pas quand il est parti. Tu étais à moitié endormie, malgré l'heure, et ce n'est que maintenant que tu remarques, que le trou dans les murmures du château t'éveille. Tu ouvres la porte, juste pour vérifier. Personne. Quelques lampes projettent une lumière jaune sur les murs et les tapisseries. Tu t'aventures à petits pas hors de ta chambre, et personne ne vient.
Tu fermes la porte. Sous tes pieds, la pierre fait place à de doux tapis. Malgré ta fatigue, l'excitation te donne des ailes; tu danses le long du couloir, cherches ici et là des images familières, des couleurs nouvelles. Au loin, des gens sont encore réveillés, seuls, à deux, en groupe, et on entend même des voix résonner le long des couloirs. Mais personne ne t'arrête, et tu passes de couloir en couloir jusqu'à l'escalier où un visage familier te regarde d'une toile sur le mur.
Ton cœur s'ébat, s'envole. Bien sûr, il y a quelqu'un de gentil dans ce château. Une personne douce et belle et si pleine de vie et de pouvoir. Et si tu fermes les yeux, tu peux sentir son odeur, entendre son cœur, fort et rapide, mais plus lent, juste là, plus posé, et tu sais où te tourner pour aller vers elle.
Tu tournes le dos à la toile et pars à sa recherche.

Dans l’entrebâillement de la porte, ta Belle Mère est ourlée de douce lumière, une lueur frémissante qui caresse sa peau et semble à peine se poser sur elle. Sa chaleur, elle, s'épand ; elle coule jusqu'à toi, et tu pousses la porte pour de vrai, appelée, incapable de résister à sa beauté. Comme tu aimerais être comme le roi, comme les autres gens, et toujours la regarder.
Elle sursaute, et tourne vers toi ses yeux si remplis de vie et d'émotions.
Princesse, demande-t-elle. Une question, non un ordre. Quelque chose monte de ta poitrine pour se coincer dans ta gorge, et tu n'as qu'une envie, faire ces trois pas qui vous séparent et toucher toi-même cette gentillesse, cette chaleur.
J'ai faim, tu lui avoues, parce que elle tu n'as pas peur de lui dire, parce que elle peut-être t'écoutera.
Ses pommettes se détendent ; ses yeux s'étirent en un doux sourire.
Tiens, dit-elle, et elle cueille un fruit de son lit et te le tend. Il n'y reste que peu de vie, mais quand tu enfonces tes dents dans sa chair, elle est sucrée à te faire tourner la tête, et tu le croques pour faire durer la sensation, pour savourer le gout et le soulagement d'avoir enfin quelque chose dans la bouche.
Elle te sourit, de tout son visage, et t'offre sa main, reposant ses doigts sur ta joue.
Tes dents s’immiscent dans sa peau comme les racines d'un arbre dans la terre : naturellement, doucement, désespérément. Elles puisent l'eau et la vie dont tu as tant besoin, et tu voudrais rester en elle pour le restant de ta vie. Mais elle sursaute, lâche un cri ; la douleur l'a effrayée. Tu la calmes d'un regard, chasses sa peur et sa tension (tu aurais dû y penser plus tôt, mais elle était si proche—), et entre la surprise de son cri et la vie qui se répand en toi et chasse la poussière de tes pensées, tu émerges un peu de ton rêve ; tu ne dois pas trop prendre, de peur de lui faire mal. Les gens sont plus faibles quand les nuits sont longues. Et elle est si gentille avec toi.
Une gorgée de plus, un battement de son cœur, et tu retires tristement tes dents de sa peau. Tu la nettoies, attentivement, et passes doucement ta langue contre les incisions de sa peau pour bien la refermer.
Tu lui souris, ses doigts toujours posés sur ta joue, mais malgré tes efforts, la peur n'a pas complètement disparu de ses yeux. Le cœur lourd, tu reposes sa main sur sa cuisse, délicatement, et repars vers ta chambre. Il ne faut pas trop en demander, tu le sais bien. Le roi se met en colère quand on demande des choses. Même si elle est différente...
Tu ne croises personne sur le chemin du retour. Le garde est devant ta porte ; il panique, et t'attrape par le bras, te lâche comme si te toucher lui faisait mal, et pointe la porte de son épée, les yeux exorbités.

Tu mâches ton fruit si sucré et rêves, en silence, de poser encore tes lèvres, tes dents sur sa peau.
Tu rêves de tenir sa main, et de lui sourire, et qu'aucune de vous n'ait peur.
Au loin, son cœur bat, et tu le sens plus fort que jamais.

Quelques nuits plus tard, le roi entre dans ta chambre.
Laisse-nous, dit-il au garde, et il se tourne vers toi, et ses yeux sont si froids. Un regard de pierre et de métal.
Je croyais t'avoir dit de ne pas t'approcher d'elle.
Tu ne comprends pas. Il t'a juste dit de faire attention. Et tu as fait tellement attention. Tu as juste pris un petit peu. Tu t'es assurée qu'elle ne bouge pas, qu'elle ne risque pas de se faire du mal, comme quand tu étais petite.
(Mais elle avait peur. Elle avait peur. Et maintenant c'est toi qui as peur.)
Tu essayes de dire quelque chose, tu ne sais pas encore quoi, mais l'arrière de sa main s'abat sur ton visage, et ta tête se cogne contre ton lit, quelques pieds plus loin. Quelque chose bouge dans ton épaule, et puis re-bouge, tire sur ton bras pour se remettre en place.
Puisqu'on en arrive là, je vais devoir t'apprendre quelle est ta place.

Ta place est au bord du lit, apparemment. Assise, sa main tirant dans tes cheveux. Il a toujours été si fort, depuis que tu étais petite, quand il t'a éduquée, appris à craindre la douleur. Il te force à le regarder ; tu ne bouges pas pendant qu'il défait sa ceinture, qu'il décroche ses chausses, qu'il laisse glisser ses braies. Tu sais qu'il vaut mieux ne pas bouger. Si tu apprends vite, il gardera peut-être sa main où elle est, n'ira plus faire mal plus bas.
Tellement de sang entre ses jambes. Tu ne pensais pas qu'il pouvait y en avoir tant en un seul endroit. Il te fait tourner la tête, tu ne sais plus si tu as peur ou si tu as faim, et soudainement ta bouche est pleine, et tu vas t'étouffer, et comme un drap qui tombe, pour la première fois, tu as plus peur de ça, de t'étouffer, de ta gorge qui se serre, que tu n'as peur de lui, et le sang de ta Belle Mère court encore dans tes veines, et tu as connu la douceur, et tu mords, et tu bois.
Il hurle. Sa main tire sur tes cheveux, mais il n'ose pas tirer ta tête, et tu lèves les yeux vers lui, et tu continues de boire.
Il hurle. Il jure. Il a l'habitude de résister, t'a fait comprendre quand tu étais toute petite que tu n'avais pas de pouvoir sur lui. Mais tu es grande, maintenant, et tu es un tout petit peu moins affamée, et pour la première fois il a vraiment peur, et tu le tiens, et il se tait.
Tu bois.
La clarté qui s'était installée dans ta tête depuis l'autre nuit s'étend ; la fatigue qui a toujours accompagné ton corps s'estompe. Est-ce ça, ne pas avoir faim ? Tu pensais le savoir, mais tu commences à réaliser, goutte après goutte, que tu ne l'as jamais connu. Tu n'as jamais été toi-même. Tu n'as jamais eu les idées claires, les membres vifs.
Il n'a jamais été plus fort que les autres. Tu l'aurais su, si tu n'avais pas toujours eu si faim.

Tu le laisses repartir dans sa chambre. Le garde n'est toujours pas revenu, ne peut pas le voir vaciller, ne peut pas regarder ses habits à peine rattachés.
Il se taira. Même à distance, tu as assez bu, l'as assez regardé, pour qu'il ne puisse pas s'en défaire.
Il se taira, et il reviendra.
Tu as compris quelle était ta place, et tu n'auras plus jamais faim.

Tu ne retournes pas voir ta Belle Mère. Tu ne veux pas lui faire peur, et puis qui sait ce qu'il a pu lui dire avant que tu l'aies sous ton contrôle. Non, tu peux attendre. Tu as attendu des années. Bientôt, tu seras enfin forte, et il ne se placera plus entre elle et toi.
Il se tait vraiment, maintenant. C'est tellement différent, lui qui aimait tellement parler, tellement crier. C'est tellement reposant.
C'est lui qui s'assoit, maintenant, par terre, ou qui s'allonge sur la pierre, et tu apprends où le sang coule le plus vite, le plus vif, et il repart en silence.

Et un jour, toujours en silence, l'appel de son cœur s'éteint.
Tu auras peut-être faim, mais tu pourras enfin dormir tranquille.

(Tu ne peux pas dormir tranquille. On vient te chercher au milieu de la journée, des hommes couverts de métal, et ils te font sortir de ta chambre. Tu hésites, tu penses à leur faire faux bond, mais ils te disent que ta Belle Mère—la Reine, elle est Reine, maintenant, et elle le mérite—veut te montrer quelque chose, alors tu les suis, tu les suis à travers le château, tu les suis même quand ils te font sortir avec juste une cape pour protéger ton corps du soleil, même quand ils te font monter sur une chaise tirée par un cheval. Tu les suis jusqu’à ce qu’ils te plaquent au sol, et tu essayes de résister, mais ils sont couverts de métal, leurs visages cachés derrière des masques d’acier, et quand ils ouvrent ta poitrine, tu restes figée, surprise, parce qu’ils n’essayent pas de t’apprendre quoi que ce soit, n’essayent pas de te forcer à faire quoi que ce soit ; ils prennent juste ton cœur et s’en vont, aussi vite que possible, et te laissent, faible, vide,
Seule.

Tu te serais relevée, serais repartie vers le château, mais tu les as entendus, pendant qu’ils t’ouvraient la poitrine.
La reine veut des preuves.)

Tu restes allongée, vide, à regarder le ciel qui te brûle les yeux à travers les feuilles. Toi qui avais toujours trop chaud, tu as froid, et tu as faim. Au loin, ton cœur bat, et il a froid, lui aussi.
Et puis, au loin, des doigts se posent sur ton cœur, et ce sont les siens.
Et pour ça, juste pour ça, tu te lèves.

Elle a peur. Mais elle voulait te garder pour elle, a voulu garder ton cœur. Même aussi loin, même sans qu’elle le touche, tu sens sa présence, chaque nuit, quand tu te réveilles, et même aussi loin, elle te réchauffe le cœur, même quand tu as si froid et si faim. Alors tu continues de vivre, de marcher, de te nourrir.
Mais c’est plus difficile, maintenant. Avant, juste un peu de sang te permettait de vivre pendant des jours sans manger. Mais ton cœur est si loin, maintenant, et il te demande tellement de force pour continuer à battre. Tu attrapes un gros chien venu te renifler de trop près, et tu bois jusqu’à ce qu’il soit froid, et le lendemain, tu as encore faim.

Une nuit, une autre. Tu trouves un homme endormi, et son sang est bien meilleur que celui des chiens et des autres êtres que tu trouves dans la forêt. Pour un jour, tu te sens presque normale, alors que tu n’as pas tout pris. Alors tu tends l’oreille, tu renifles l’air, pour en trouver d’autres.
(Tu sens, de temps en temps, des êtres qui te suivent, mais ils ne se rapprochent jamais, et ils n’essayent pas de te surprendre, alors tu les ignores.)
Tu en trouves un, une nuit, réveillé, à marcher dans la forêt comme si il était chez lui. Il est armé, un arc et une épée et des couteaux, mais il ne porte ses anneaux que sur le torse.
Tu le suis. Il continue de traverser la forêt, s’arrête de temps en temps. Il a tellement de chair, et son cœur bat tellement fort. Tu t’approches, encore.
Il se retourne. Tu te figes sur place. Sur son visage, la colère fait place à la surprise, puis à l’amusement. Eh bien. C’est bien la dernière chose que je pensais voir là.
Il range son couteau.
Tu t’approches. Personne ne t’a souri depuis…
Sa main sur ton épaule. Eh bien, gamine, tu devrais fermer ta chemise. Ça pourrait donner des idées. (Elle n’a plus de boutons, ils les ont arrachés quand—) Et puis se balader comme ça toute seule dans la forêt… Ne t’inquiète pas, je vais bien prendre soin de toi.
Et il serre, et il te fait mal, et tu as faim, et ses yeux sont comme ceux du Roi quand—quand—
Une flèche se fiche dans son cou. Sa main sur ses braies tombe, celle sur ton épaule se plaque sur son cou, sur la flèche.
Et c’est nous les monstres.
Tu te tournes vers la voix. Un homme, mais presque aussi petit que toi. Et d’autres, derrière lui. Dans ta peur, tu ne les avais pas sentis se rapprocher.
Ça va, petite ?
Tu le regardes. Le sang de l’homme éclabousse ton visage de gouttelettes.
Il ne devrait pas te poser de problème, comme ça. (Tu le regardes. Il hausse les épaules.) Entre monstres, on se comprend, non ? Si il se prend pour un prédateur, c’est son problème. Tu as faim, non ?
Tu hoches la tête. Il est fort, et mourant, et délicieux.

Tu rentres avec eux. Tu les aides à se défendre. Ils t’aident à chasser. Au fur et à mesure des mois, plus personne n’ose s’aventurer sur leur territoire, en tout cas plus pour leur chercher des ennuis. Tu vas de plus en plus loin, et tu apprends à manipuler les gens qui voient en toi une proie.

Pourquoi les gens veulent me montrer le membre entre leurs jambes ? C’est comme si ils voulaient que je les mange.
La discussion s’éteint.
Parce que ça fait du bien quand on y touche, le plus âgé te dit, après un long silence. Chez ceux qui n’ont pas de membre aussi, d’ailleurs.
On peut te montrer, si tu veux, dit un autre, et il se plie en deux autour du coude dans son estomac.
… moi, ça faisait mal.
Un autre silence. Plus loin, un crachat atterrit par terre.
… bien sûr que ça faisait mal. Tu était trop petite.
Tu le regardes. Il soupire.
Un jour, ça fera du bien. Enfin, avec toi, qui sait.
Cette fois-ci, personne ne fait de commentaire.

Quand ils sortent, tu apprends à te faire du bien. Tu ne penses pas au roi, aux gens dans la forêt, aux membres pleins de sang. Tu penses aux doigts sur ton cœur, et à tes doigts sur le sien. Tu penses au moment où un autre cœur s’est arrêté, au plus délicieux des silences. Tu penses à ne plus avoir faim.

Tu apprends à prendre, toi aussi. Après tout, ce n’est que justice. Quand deux prédateurs s’affrontent, il est normal que le plus fort prenne ce qu’il veut quand il gagne. Et tu ne comptes plus jamais perdre.
C’est toi qui te sentiras bien, et eux qui auront mal.

Les années passent et la forêt t’appartient. Tu as toujours si faim, mais tu as grandi, et ta force avec toi. Si tu n’étais pas si vide, tu serais presque heureuse. Tu as des gens qui n’ont pas peur de toi. Ils ne sourient pas souvent, mais ça arrive, parfois. Ça ne guérit pas le trou dans ta poitrine, la tristesse de ton cœur qu’on ne touche même pas, la distance, mais comparé au château, c’est la nuit et le jour.
Tu as juste si faim.
Tu regardes les gens cuire leurs proies, les êtres qu’ils capturent, et tu te demandes ce que ça fait, de devoir cuire pour assouvir sa faim. Tu essayes de te rappeler ce que c’est, de ne pas avoir faim.
Et un jour, alors que tu es toute seule, à penser à la reine, tu la sens, proche, si proche.
Tu t’interromps, ton cœur au loin battant comme un tambour au bord d’un feu de camp. Ce n’est pas possible, ce doit être ton imagination, ton désir—mais non, c’est bien elle. Tu le sens par son sang, que tu n’as gouté qu’une fois, par la trace que tu as laissé sur son corps, quand tu étais si jeune et que tu ne savais pas qui tu étais vraiment, ou pourquoi son toucher était si différent.
Et de l’entrée de la grotte, tu entends sa voix.

Comme dans un rêve, tu te lèves, sans réfléchir, sans t’habiller, sans penser à mettre un pied devant l’autre. Ton corps, de son propre gré, va vers elle, ta Belle Mère, ta Gentille Mère, qui est enfin revenue te chercher, celle qui a adouci tes jours et peuplé tes nuits. Tu avances vers elle, ton lointain cœur battant, et tu l’aurais reconnue sous n’importe quel sort, sous n’importe quel vêtement ; tu la vois, et tu en aurais pleuré, et tu souris.
Elle te tend un panier. Tu le vois à peine. Tu sens son sang, sa main, et tu tends ta main vers elle, pour l’appeler, l’accueillir.
Elle hurle.
Tu te figes. Le panier tombe au sol ; pendant le fragment d’un moment, tu le regardes, surprise, et l’appel de son sang s’éloigne, s’enfuit. Tu cours, un pas, deux pas, et tu t’arrêtes.
Elle est partie.
Elle a eu peur, encore. Tu as tout gâché—ou peut-être qu’il n’y avait rien à gâcher. Peut-être qu’elle allait toujours partir, qu’elle venait juste…
Tes yeux se posent sur le panier. Il est plein de rubans, comme ceux qu’elle portait dans ses cheveux quand tu habitais au château. Tu les prends dans tes mains, et tu sens leur odeur, son odeur, mais sous les rubans, tu sens une odeur encore plus forte encore.
Celle de son sang.
Tu pousses les rubans. Des pommes, elle t’a apporté des pommes, comme quand tu étais petite, que tu dépérissais de faim dans ta chambre sans fenêtres, et elle les a enduites de son sang.
Tu presses la pomme contre ta poitrine. Si tu avais pu, tu l’aurais poussée dedans, l’aurais laissée battre à la place de ton cœur.
Tu plantes tes dents dans sa chair.

Tout est froid.
Tout est froid, comme la neige, comme ta poitrine vide, un froid qui glace mais ne repose pas, ne calme pas la douleur. Dans ta gorge, le morceau de pomme s’est planté comme une épée, et tu ne peux plus respirer, plus appeler, ton corps étalé sur le sol de pierre et de gravier comme une sculpture de glace, et le monde est noir.
Tu ne sens plus. Ni les êtres alentours. Ni ton cœur. Ni sa présence. La seule chose qu’il te reste, c’est sa pomme, dans ta gorge, et la vérité, enfin.
Ta Belle Mère a voulu te tuer.

Tu vois, encore, et tu entends. Tu sens, ce qui touche directement ta peau. Tu entends les nains qui crient, qui jurent. Tu sens la surface dure mais lisse du cristal contre ton dos. Tu vois les jours, les nuits, à travers le couvercle scintillant. Tu sens le corps d’un autre dans le tien, ses mains sur tes hanches.
Sa main sur ton cou, contre le fragment dans ta gorge, et alors qu’il halète, tu respires, enfin.
Comme les autres, il ne veut qu’une chose. Tu sais te servir de leurs armes.
Ta main.
Il sursaute, te regarde, d’abord avec dégout, puis avec curiosité, ses yeux caressant tes lèvres froides, tes yeux, la cicatrice sur ta poitrine.
Ta main, tu répètes. S’il te plait.
Il te donne sa main, et tu l’effleures à peine, mais une goutte suffit. Le monde, soudain, regagne sa couleur, et tu t’étouffes, une fois de plus, sur tous ces sens qui reviennent à toi, sur l’odeur du sang, sur ton cœur qui bat, au loin, auprès d’elle.
Il t’observe, fasciné. Tu t’assois, et tu lui souris. Et tu lui racontes.
Juste assez.

Il te porte, jusqu’au château. Le cheval ne supportait pas ton contact, mais sur ses genoux, tu peux monter avec lui, et pour la première fois depuis ton enfance, tu reprends les rues que tu n’as traversées qu’une fois.

Tu passes la porte de la Reine, et tu fais face, enfin, à cette réalité que même maintenant, même après des années de froid, tu espérais pouvoir nier.
La peur l’a rendue folle. Elle n’est plus la Gentille Mère que tu aimais tant dans ton enfance. Si seulement tu avais pu lui dire, à l’époque. Que tu ne lui ferais jamais de mal. Qu’elle est la seule que tu as jamais aimée.
Il n’y a plus d’espoir, maintenant. Mais elle sera à toi quand même. Elle a eu ton cœur, pendant toutes ces années, et maintenant, c’est ton tour.
Tu montes sur son lit, et reprends ce qui t’appartient.

Tu prends la chambre du Roi. Après toutes ces années, elle était restée dans la sienne, près de ton cœur, et tu en serais heureuse si tu n’étais pas triste. Mais le lit du Roi fait un bon feu de cheminée, et tu te réchauffes les mains devant, et quand tu t’allonges dans le nouveau lit, ton corps, froid contre la peau des gens, n’est plus vide. Tu n’as presque plus faim.
Le Prince te prend dans ses bras. Il a peur que tu disparaisses, a encore du mal à croire que tu existes. Tu lui souris, et tu embrasses sa main, et tu suces, délicatement, la marque que tu as laissée sur sa paume.
Nous devrions nous marier au solstice. Tu seras si jolie, dans une robe blanche sous la neige.
C’est parfait.
Tu sais faire les choses doucement, maintenant. À chaque fois qu’il te regarde, tu le regardes aussi. Juste un regard.
Bientôt, lui aussi se taira.

La vérité se répand, et elle se brode, et elle s’estompe. Les gens ont eu faim, ces dernières années, et les sacrilèges de la sorcellerie satisfont leur besoin de blâme assez pour qu’ils s’inquiètent plus de la prochaine récolte que du changement des habitants du château. Et quand les graines et la viande et les fruits séchés arrivent de par delà la montagne, c’est avec ferveur qu’ils clament au mariage de leurs nouveaux monarques.

Au solstice, on t’apprend, et les échos de ton enfance reviennent plus vivants que jamais, libérés de leurs murs de pierre, on prend les plus beaux cochons qu’on a élevés, et on les prépare avec les fruits du labeur de l’année. La graisse qu’on a extraite, les pommes qu’on a séchées. C’est la tradition.
Le solstice, c’est la célébration de notre survie au cœur de la faim.
Tu souris.
Suivons la tradition. Ce sera parfait.

Ta robe de mariée est blanche comme la neige, blanche comme ta peau, diaphane et froide et légère, et le corps du prince est chaud contre le tien. Il sourit beaucoup, ces jours-ci, et dit toujours oui quand tu lui demandes quelque chose. Lui s’est habillé de noir, noir comme tes cheveux, et la rose sur son cœur te fait soupirer de plaisir ; une autre rose rouge s’épanouira bientôt sur sa poitrine, sous tes lèvres, et tu n’auras plus faim, et il ne se souviendra même pas de ce qu’il voulait lorsqu’il a gagné le lit.

Les tables du banquet sont déjà dressées, les chandeliers posés entre les assiettes. Les fours sont chauds, les braises abondantes, le bois pour les entretenir empilé proprement sur le côté. Lorsqu’on amène ta Belle Mère, la peau luisante et le ventre tendu, elle se fondrait presque dans la masse, si ce n’était tous les gens nécessaires à la tenir.
On te la présente, et tu souris, et tu es triste et heureuse à la fois. Mais—
Il lui manque quelque chose.
Tu lui dois une dette, pour cette nuit il y a dix ans, cette nuit où tu as vraiment découvert ce que c’était de manger.
Tu ramasses sur un des autres plateaux une pomme, évidée et séchée, et tu caresses sa joue, et tu la glisses entre ses dents.

On ferme les fours, on remet du bois, et on forme le cortège pour la cérémonie.
Quand tu sors de l’église, ta tête est couronnée d’un cercle de cristal et d’argent.

C’est le jour de ton mariage, et c’est le festin du solstice.
On ouvre la porte, on s’attroupe près de la chaleur qui s’échappe, et on la sort, et tu comprends enfin pourquoi les gens cuisent les autres : elle est si belle, sa peau dorée et luisante, sa chair raffermie, la chaleur qui brûlait toujours en son centre rayonnant maintenant de tout son corps. Elle s’est recroquevillée sur elle-même, ses jambes pliées contre son ventre, ses bras contre sa poitrine, si pleine de vie, si différente des corps froids allongés sur leur dos que tu abandonnes, triste, et que le prince aime tant.
Il ne saurait jamais apprécier sa beauté. Tu lui demandes de te céder sa part. Tu ne veux plus qu’on la touche.

Pour la foule, on sort les cochons de leurs propres fours.

Tu n’as jamais mangé de viande cuite, et tu es heureuse d’avoir attendu, d’avoir fait d’elle ta première fois. Le goût s’épand sur ta langue, riche et étrange, tellement plus profond que le sang, tellement plus satisfaisant qu’une pomme.
On sépare sa mâchoire pour t’offrir celle qui a cuit contre sa langue. Elle est si tendre, si juteuse, imbibée de graisse et de liquide, comme si elle n’avait jamais été séchée.
Tu te forces, pour ne pas faire peur à tes sujets, à couper son cœur proprement, avec un couteau, au lieu de planter les dents dedans. Il est ferme, et encore plein, et tu poses délicatement un morceau de pomme dessus avant de l’embrocher sur la pointe. Et tu rends honneur à tout ce qu’elle t'a donné, tout ce qu’elle t’a appris, tout ce qu’elle a été pour toi.
La douce chaleur d’une flamme. La pointe d’une épée dans ta poitrine. Et ton premier festin du solstice.

(5000 mots)

snow glass apple.png

Date: 2022-09-04 08:16 am (UTC)
From: (Anonymous)
Aaaaahhhhhh !!!! 💖💖💖
C'est tellement bon, tellement viscéral, finally some good fucking food, j'en pleurerais.
J'aime tellement la princesse, ses efforts pour juste. vivre. survivre. dans un monde qui n'a jamais essayé de l'inclure ou de la comprendre, le sentiment de *victoire* quand elle reprend le dessus sur son père, et en même temps je suis juste, *baby*..... 😭
let👏her👏feed👏
Le déséquilibre de sa relation avec sa belle-mère, si uniquement placée pour être un soutien et un danger pour elle, ses descriptions d'elle juste tendres et smitten.... Et le festin est juste 👌 peak romance 👌 J'adore les couleurs de ton dessin, la chaleur qui s'en dégage, la lumière douce et presque intime de la bougie sur le cœur et la pomme...
J'aime beaucoup les nains, et leur relation avec la princesse aussi, bless their grumpy hearts :D

Merci merci MERCI pour cette fic, c'est magnifique et parfait et mieux encore que je l'imaginais, je ne me vois pas relire la nouvelle un jour sans l'accompagner de cette histoire-ci, j'ai adoré, merci 💖

Smarceus
sazandorable: Portrait of me, a feminine-presenting person with blue hair, in a stylised stained-glass style. In shades of blue with gold accents, with ocean and night stky themes. (Default)
From: [personal profile] sazandorable
1) LE TITRE

2) L’entrée et le paragraphe sur la “Belle Mère” me hantent depuis un an et va continuer de le faire, et oui dès le début on sent tout à fait (et j’adore) le gap cute !!!
La sensualité-au-sens-strict des perceptions de la princesse est magnifique, le sang et la vie mais aussi la lumière et le toucher, et toutes les mentions tranquillou de la maltraitance de la petiote, “pour une fois”, “les soirs où on te donne quelque chose à manger”, etc… c’est tellement touchant et tord le coeur et j’adoooore le replay-de-l’autre-POV de la première vraie interaction avec la reine…

Hhhh, la partie avec le roi est terrible, pour les raisons évidentes mais aussi le fait que même cette victoire a toujours la peur comme source, le moment de triomphe qui reste tragique et horrible…J’adore ton style tout du long du texte mais dans la longue série de bouts de phrases qui me tuuuuent:
et tu as connu la douceur, et tu mords, et tu bois.”
et
Il n'a jamais été plus fort que les autres. Tu l'aurais su, si tu n'avais pas toujours eu si faim.
Et puis vlan,
Il se taira, et il reviendra.
Tu as compris quelle était ta place, et tu n'auras plus jamais faim.

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA ;_;
C’te twist, le fait que même après avoir pris le contrôle, même maintenant qu’elle peut lui échapper, tout ce qu’elle sait faire c’est perpétuer…

Tu t’en doutes, j’ai tous les feels sur la rencontre et la communauté avec les nains, et c’est nous les monstres, entre monstres, le fait qu’elle se trouve, sait qui elle est, devient qui elle est, etc. (et le fait que c’est aussi là qu’elle identifie son désir pour la reine comme du désir)… métaphore du monstre ma bien-aimée…
et putain la tendresse et le baby-girl-with-a-crush et la ROMANCE (“Des pommes, elle t’a apporté des pommes, comme quand tu étais petite”) et le brisage de coeur ;_; l’image de la POMME qu’elle aurait voulu REMETTRE DANS SA POITRINE… Le fait qu’à CHAQUE FOIS que je lis “dans sa chair” plane l’ambiguïté du référent du possessif, la pomme ou la reine…
le fait qu’elle meure étouffée sur qqch planté dans sa gorge comme une épée BRO!!!

Aaaaaa et tu as magnifiquement amené le coup du solstice, de la pomme finale, et le fait que même ça c’est tendre et triste – et même là, je pensais que le texte s’arrêterait là, sur la pomme dans la bouche et la fermeture des portes du four, mais non, tu as conclu en TOUTE BEAUTé sur le festin. On sent la chaleur, la nourriture, les odeurs, il y a un côté non seulement contes de fées mais carrément mythologique et plein d’espoir ?? la célébration, le triomphe, non seulement la putain de survie mais la vie, la tristesse et le regret mais la gratitude… Wah. Vraiment magistral. Je suis sciée. Merci à toi pour elle ;_;

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