Critique fasciste
de la raison réactionnaire
Lucien Rebatet
contre Charles Maurras
ROBERT BELOT
Si l'on sait que l'Action française a été la matrice intellectuelle de la pensée réactionnaire contemporaine, l'on sait moins qu'elle a nourri en son sein deux générations de dissidents qui se sont retournés violemment contre ses valeurs pour devenir les chantres d'une révolution anti-conservatrice de droite. La première est représentée par Georges Valois, un proudhonien que le Maurras du début du siècle a séduit parce qu'il a vu en lui, comme Georges Sorel, lui aussi attiré par ce pourfendeur de « la bourgeoisie falote et réactionnaire1 », une arme destinée à la « destruction du régime républicain et démocratique2 ». Mais le mouvement qui a ancré le nationalisme à droite, trop peu disposé à se laisser socialiser, pas suffisamment « audacieux3 » et sclérosé dans sa gangue contre-révolutionnaire, ne répondant pas à son attente, il fonde en 1925 le premier mouvement fasciste fran-
1. Cité in Pierre Andreu, Georges Sorel. Entre le noir et le rouge, Syros, 1982, p. 65. Thierry Maulnier a très bien décrit comment, à ses débuts, l'A.F. a pu passer pour incarner « une nouvelle droite, une Jeune droite qui n'était pas seulement le parti des vieillards, des grosses fortunes et de l'ordre conservateur», mais un « parti du mouvement » qui rompait avec un XIXe siècle soumis au rythme binaire de la lutte « entre la droite conservatrice et la gauche révolutionnaire » ( « Le fascisme et son avenir en France», Revue Universelle, VT janvier 1936, pp. 15-16). 2. Georges Valois, « La révolution sociale ou le Roi », l'Action française, septembre 1907, cité in P. Andreu, op. cit., p. 61. 3. D'après Robert Soucy, Le fascisme français. 1924-1933, P.U.F., 1989 (traduction française) , p. 252.
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