La racialisation des castes : fondements épistémologiques et ambitions administratives
La question de l’identification et de l’origine des castes n’a cessé de susciter un grand intérêt, autant auprès des chercheuses et chercheurs en sciences humaines et sociales d’aujourd’hui, qu’auprès des administrateurs coloniaux de l’Inde britannique. Si le terme de caste trouve son origine dans le portugais casta (Barreto Xavier 2016) employé par les premiers colons Européens pour décrire les divisions sociales qu’ils observent en Inde, sa conceptualisation évolue de manière significative au long des siècles et selon les différentes hypothèses émises sur les origines des castes, qui peuvent se superposer. Au XXe siècle, notamment du fait des travaux des anthropologues, sociologues, parfois indianistes, tels que Max Weber (1864-1920), Célestin Bouglé (1870-1940) ou Louis Dumont (1911-1998), différentes grilles explicatives sont proposées. Ainsi, dans Homo Hierarchicus (1966), Dumont conçoit la caste comme un système holiste reposant sur l’opposition fondamentale entre pureté et impureté. Selon lui, la hiérarchie religieuse structure l’ensemble du système social indien, subordonnant les dimensions économiques et politiques à des rituels et croyances. Cette perspective domine le champ des études sur la caste, bien qu’elle soit par ailleurs critiquée pour sa vision éminemment brahmanique et décontextualisée (Berg 2023 : 110-124). Weber, quant à lui, a analysé la caste dans Hindouisme et Bouddhisme (1916) dans une perspective comparatiste. Il considère la caste comme une forme particulière de stratification sociale, comparable à d’autres systèmes exclusifs comme les guildes médiévales. Weber s’intéresse à ses dimensions économique et politique, insistant sur le rôle du savoir et des compétences professionnelles dans la hiérarchie sociale. Cette approche, reprise par des auteurs comme l’indianiste André Béteille, met en évidence la variabilité des statuts sociaux acquis dans un contexte de modernisation (Béteille 1965). Célestin Bouglé, dans son Essai sur le régime des castes (1908), adopte une perspective évolutionniste, attribuant la persistance des castes à un « arrêt dans le développement sociologique » (Kalinowki 2008) de la civilisation hindoue. Selon lui, la caste incarne une fixation religieuse qui contraste avec la sécularisation observée dans d’autres sociétés. Cette vision est contestée par Weber, qui rejette tout évolutionnisme linéaire et insiste sur la contingence historique.
Les avancées et controverses anthropologiques se couplent avec les prismes d’analyses historiques. Sans nier l’existence d’une société indienne inégalitaire avant toute intervention coloniale, les études postcoloniales [1], par le biais d’historiennes ou historiens tels que Nicholas Dirks (Dirks 2001 : 73), souscrivent à l’idée que les castes, telles que perçues aujourd’hui, résultent en partie des stratégies coloniales visant à institutionnaliser des identités sociales en catégories fixes. Des historiens comme Bernard Cohn (1996) ou David Washbrook (1976) s’inscrivent dans cette logique, en étudiant le colonialisme et son impact dans la cristallisation des catégories sociales, ou à tout le moins le rôle interventionniste des politiques coloniales dans la définition de ces catégories sociales, lesquelles définitions entraînent alors des conséquences pratiques. C’est par exemple ce que démontre la chercheuse spécialisée dans la production du droit en situation coloniale Julie Marquet, étudiant l’évolution de la notion de caste et ses enjeux juridiques, étant d’abord un concept fluide et malléable dans une perspective orientaliste caractéristique du XVIIIe siècle, se transformant progressivement en des catégories plus ou moins fixes à partir du XIXe siècle (Marquet 2021). Enfin, l’historien et anthropologue britannique Chris Fuller étudie le développement de l’ethnologie en Inde, et le report des données ethnologiques et ethnographiques au sein des rapports comportant également des données agricoles et fiscales (Fuller 2024).
Les différentes méthodes d’analyse de la caste, objet de l’anthropologie, de la sociologie, de l’histoire, mais aussi de la philologie, ont pour conséquence de multiplier également les hypothèses sur l’origine des castes [2]. Entre le XVIIIe siècle et le XIXe siècle, les premières explications systématiques des castes hindoues voient le jour dans l’Inde colonisée. Ainsi, James Mill (1773-1836) [3] associe la caste à un système religieux hindou, s’articulant autour d’une hiérarchie [4], telle que modulée par les brahmanes. Henry Sumner Maine (1822-1888) [5], considère la caste comme « une simple dénomination renvoyant à un métier ou à une occupation » (Maine 1871 : 56), tandis que les brahmanes auraient créé a posteriori « un système de sanctions religieuses à l’égard de ce qui n’est en vrai qu’une répartition primitive et naturelle des classes » (Maine 1871 : 56). Ces différentes théories sur l’origine des castes suivent l’histoire du colonialisme en Inde. En effet, l’empire colonial Britannique (1858-1947) est caractérisé par la multiplication d’initiatives administratives et scientifiques jouant un rôle central dans l’identification et l’incorporation de la caste comme outil de classification et de gouvernance. Les entreprises de recensements décennaux, qui débutent en 1872, constituent une étape majeure en ce sens (Bandyopadhyay 1997 ; Bayly 1988).
Cette évolution majeure dans les politiques coloniales favorise notamment l’émergence de l’explication raciale de la caste. Cette hypothèse est fondée sur un usage de l’anthropologie physique et, plus précisément, de l’anthropométrie (Roncaglia 2023). Elle est introduite en Inde par l’officier et ethnologue Britannique Herbert Hope Risley (1851-1911), lequel par ailleurs promeut l’anthropométrie comme technique de mesure des castes et mobilise une anthropologie raciale polygéniste. Risley est étudié de près par les historiennes et historiens ayant porté un intérêt crucial au rapport entre le développement de l’anthropologie ou des sciences en général et de l’administration coloniale (Bates 1995 ; Walby & Haan 2012 ; Reynaud-Paligot 2020). En tant que scientific administrator, pour paraphraser l’historien britannique Clive Dewey [6], Risley a également attiré l’attention de Chris Fuller qui a consacré une partie de sa recherche au développement des méthodes anthropologiques de cet administrateur ainsi qu’à leur place dans la gestion administrative de la seconde partie du XIXe siècle au XXe siècle (Fuller 2023).
Les présupposés différentialistes de l’anthropologie raciale favorisent le développement de la science des mesures du corps humain, qui rend possible la quantification des caractéristiques d’ordre physiologique. Selon une définition de l’historien des sciences Claude Blanckaert (2004 : 62) publiée dans le Dictionnaire de la pensée médicale :
L’anthropométrie est souvent définie comme un système de mensurations du corps humain. Mais il s’agit avant tout chose d’un style d’analyse normative associé à l’essor de l’anthropologie physique. L’anthropométrie est née en Europe et aux États-Unis de la volonté de situer l’homme parmi les espèces vivantes et surtout de classer les peuples conformément à des principes inégalitaires et hiérarchiques. Son « manuel opératoire » a été précisé après 1860 par Paul Broca, fondateur de la Société d’anthropologie de Paris. Broca voulait percer les mystères de la variabilité humaine afin d’en tirer les conséquences physiologiques sur l’aptitude respective des races à la civilisation.
L’anthropométrie repose sur différents indices obtenus à l’aide de multiples mesures. Les plus populaires sont l’indice céphalique et l’indice nasal (voir fig. 1 et fig. 2).
Cette méthode particulière connaît son apogée dans l’Inde britannique de la fin des années 1880 jusque dans les années 1930, pour être en perte de vitesse en 1941. S’inscrivant dans une riche historiographie en croissance, cet article a pour ambition de contribuer aux recherches actuelles, en présentant la façon dont l’anthropométrie a été utilisée dans la gouvernance impériale. À l’instar de Chris Fuller (Fuller 2015, 2017, 2021, 2023, 2024 ; Fuller & Ludden 2019), il s’agit de rappeler que l’anthropométrie a, certes, été en vogue et a suscité une grande fascination de la part de certains administrateurs coloniaux mais que cette fascination fut de courte durée. Le développement puis la difficile mise en application de l’anthropométrie pour identifier les castes, pour plusieurs raisons, renseignent ainsi sur les limites de l’applicabilité de la science et ainsi du rôle même de ces scientific administrators voulant jouer sur le registre de la science pour administrer des populations sous le joug impérial.
Cet article se fonde en grande partie sur les rapports de recensement (de 1901, 1911, 1921, 1931 et 1941) et sur les débats et articles publiés par la Royal Asiatic Society of Bengal [7] qui édite le JASB, le Journal of Asiatic Society of Bengal (Gottschalk 2013 ; Cohn 1996 ; Gilmartin 1994) [8].
Tableau 1. Années des recensements, années de publication des rapports et noms des commissaires en charge (1901-1941)
| Année du recensement | Année de publication du rapport | Commissaire de recensement |
|---|---|---|
| 1901 | 1903 | H.H. Risley et E.A. Gait |
| 1911 | 1913 | E.A. Gait |
| 1921 | 1924 | J. T. Marten |
| 1931 | 1933 | J.H. Hutton |
| 1941 | 1943 | W.W.M. Yeatts |
Il adopte la méthodologie de l’historien britannique Norman Gerald Barrier. Spécialisé dans l’analyse des discours dits officiels de l’Empire britannique, celui-ci invite à explorer les controverses entre les différents administrateurs. Ce faisant, l’enjeu est de ne pas tomber dans l’écueil du discours unique et monolithique auquel tous les administrateurs adhéreraient (Gottschalk 2013 ; Cohn 1996 ; Gilmartin 1994 ; Hodge 2011 ; Barrier 1967 ; Barrier 1974). Enfin, les limites chronologiques correspondent à la publication de glossaires sur les tribus du Bengale en 1891 par Risley (où il présente ses résultats des mesures anthropométriques) et au dernier recensement décennal de l’Inde britannique en 1941. Trois axes seront explorés : le rôle de Risley dans l’introduction de l’anthropométrie pour l’étude des castes et la théorisation du lien caste-race ; la portée des méthodes anthropométriques, à la fois comme outil scientifique et instrument administratif ; les limites et critiques des méthodes anthropométriques, notamment leur incapacité à capturer la complexité des identités sociales et leur déclin progressif face à de nouvelles approches académiques et politiques.
Risley, l’anthropométrie et la caste-race
Herbert Hope Risley (1851-1911) est l’un des plus grands promoteurs de l’anthropométrie dans l’Inde britannique. En faire ici le portrait permet d’introduire sa conception racialisée des castes dans l’Inde britannique, illustrant la circulation des idées savantes entre la Grande-Bretagne et son empire, au tournant du XXe siècle (Warner 1912). Il est le premier à étendre cette méthode anthropologique dans l’ensemble des territoires soumis à l’administration coloniale (Dalton 1872). L’apogée de l’anthropométrie – c’est-à-dire sa crédibilité pour un ensemble d’officiers de l’Inde britannique et son application – suit la carrière de Risley.
H. H. Risley [9]est un exemple représentatif du corps des scientific administrators. Il fait en effet partie de la génération des civilians qui ont accédé à la fonction publique de l’Inde britannique grâce à un concours et non pas par le biais du parrainage, pratique de recrutement des fonctionnaires en vigueur jusqu’aux années 1850 [10]. Risley naît en 1851 à Akeley (Oxfordshire), d’un père recteur et d’une mère issue d’une famille de médecins et chirurgiens. Il obtient plusieurs bourses entre 1863 et 1869, dont une qui lui permet d’intégrer le New College à Oxford. À 20 ans, en 1871, il réussit le concours de l’Indian Civil Service (ICS) [11]. Il commence sa carrière au Bengale, en 1873 [12]. Sa passion pour l’anthropologie se développe alors qu’il côtoie les tribus du district de Midnapur [13], et qu’il se familiarise avec leurs coutumes. Cette fascination ne passe pas inaperçue puisqu’il est nommé au poste de directeur adjoint au service des statistiques en 1875 par le statisticien écossais William Wilson Hunter (1840-1900) [14]. En 1885, il est chargé de recenser des castes et tribus de la province bengalie par Augustus Rivers Thompson (1829-1890), le lieutenant-gouverneur du Bengale entre 1882 et 1887. Fort de son bagage théorique et de sa collecte des données empiriques, Risley rédige plusieurs inventaires ethnographiques et dresse des tableaux de statistiques anthropométriques de la population qu’il étudie. Ils sont publiés en quatre volumes divisés en deux séries sous le titre de The tribes and castes of Bengal (Risley 1891a, 1892). À mesure que Risley grimpe les échelons de l’ICS, il s’impose comme celui qui introduit l’anthropométrie dans l’Inde britannique. Nommé à la fonction de commissaire de recensement en 1899, il supervise la préparation du recensement de 1901 à partir duquel il finalise sa théorie sur l’origine des races et des castes indiennes. Son œuvre majeure, The people of India, est publiée en 1908 et est présentée comme l’aboutissement d’une carrière de plus de trente ans. Parallèlement, il se fait aussi connaître dans le monde académique. Du fait de sa réputation, il est nommé président de la Royal Asiatic Society au Bengale et du Royal Anthropological Institute [15] à Londres, respectivement en 1898 et 1910. Il est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages qui en font, à l’époque, un spécialiste reconnu de l’Inde (Hewitt 1893 : 237-300). Les statistiques anthropométriques présentées dans la première série des deux volumes de The tribes and castes of Bengal marquent le point de départ de l’histoire de l’anthropométrie dans l’Inde britannique. Dans son rapport de recensement de 1901, Risley revient sur l’introduction de cette méthode :
L’anthropométrie scientifique a été introduite en Inde à grande échelle dix-sept ans plus tôt lors de l’enquête ethnographique menée au Bengale. L’enquête en tant que telle était une première tentative pour appliquer à l’ethnographie indienne des méthodes systématiques sanctionnées par l’autorité des anthropologues européens. Parmi celles-ci, les mesures des caractéristiques physiques ont occupé une place prééminente, et il a semblé que les restrictions sur les mariages exogames, lesquelles sont assez spécifiques au système social indien, ont été une aubaine pour cette méthode d’observation et ont permis de produire des résultats clairs et instructifs (Risley & Gait 1903 : 493).
En matière d’anthropométrie, Risley a lu la production scientifique des figures prédominantes en Europe qui constituent ses premières sources d’influence. L’administrateur et ethnologue s’est familiarisé avec les œuvres du Suédois Anders Adolph Retzius (1796-1860) [16] et du Français Paul Broca (1824-1880) [17]. À ce sujet, il s’exprime ainsi :
Palissy [18] (...) ne peut pas être considéré comme le fondateur de la craniométrie scientifique et ce titre est plus approprié pour le naturaliste suédois Anders Retzius qui, en 1842, a forgé un dispositif exprimant l’une des caractéristiques principales du crâne par le biais du rapport entre son épaisseur maximale et sa longueur maximale (...). En 1861, M. Paul Broca a amélioré le système de Retzius (Risley & Gait 1903 : 492).
Dans le rapport de recensement de 1931, son auteur, l’officier John Henry Hutton (1885-1968), [19] revient sur les filiations intellectuelles de Risley :
N’ayant aucune formation à ce sujet [celui de l’anthropométrie], Risley a eu la sagesse de demander l’aide de William Flower [20], avant de se lancer dans la réalisation de ses idées. Sir William lui a recommandé les œuvres fondamentales sur l’anthropologie rédigées par Topinard [21] et Risley a alors préparé un plan d’action fondé sur ce système (...). Il a été utilisé par Risley pour entreprendre des mesures expérimentales dans le district de Rangpur qui ont été envoyées à la fois à Topinard et à Flower afin d’avoir leur approbation avant la mise en application (Hutton 1933) [22].
Ce passage permet de comprendre que les influences sur Risley ne sont pas que d’ordre théorique mais qu’elles s’inscrivent dans une logique de collaboration (et donc d’une certaine réciprocité dans la réception des savoirs) et de division du travail savant, avec le volet de mise en application des théories et préceptes (forgés par les scientifiques dans les centres européens), du recueil des données, dévolu aux collaborateurs présents sur les terrains coloniaux. Les études de Risley sont rendues possibles par les études et méthodes anthropométriques mais elles peuvent venir les enrichir – jusqu’à un certain point :
En 1890, j’ai publié dans le Journal of the Anthropological Institute sous le titre « The study of ethnology in India » un résumé des mesures caractéristiques de 89 tribus et castes du Bengale, des Provinces unies d’Agra, d’Oudh et du Pendjab [23]. Ces mesures ont été prises selon le procédé approuvé par feu William Flower du British Museum et le professeur Topinard de Paris. Les instruments de Topinard ont été utilisés et ses instructions ont été suivies de près tout au long [de la procédure]. L’analyse des données a rendu possible la distinction, dans la zone concernée par l’expérimentation, entre trois types principaux, qui sont nommés temporairement aryens, dravidiens et mongols. Les caractéristiques de chacun de ces types vont être sujettes à discussion. Ici, il suffit de remarquer que cette classification a été acceptée par Flower, Beddoe [24] et Haddon [25] en Angleterre, par Topinard en France, et par Virchow [26], Schmidt [27] et Kollman [28] en Allemagne (Risley & Gait 1903 : 492).
Les particularités de l’Inde britannique : la caste racialisée
Ces formes d’influence et de collaboration ne signifient pas pour autant que les méthodes anthropométriques soient universalisables et qu’elles aient rencontré une efficacité identique partout. Selon Risley, certains particularismes de la population du sous-continent indien expliqueraient une efficacité accrue de ces méthodes par rapport à d’autres territoires. En effet, l’Inde britannique constituerait un terrain particulièrement favorable pour éprouver l’anthropométrie car l’interdiction généralisée (selon Risley) du mariage exogame aurait conduit à une préservation inédite de la pureté communautaire qui s’exprime dans le langage des castes. Ainsi, il explique, qu’« en Inde, le processus de fusion s’est arrêté depuis longtemps et ce degré de progrès est exprimé dans les caractéristiques de groupes qui en ont résulté. Il n’y a pas en conséquence de type national, ni même de nation au sens classique du mot » (Risley & Gait 1903 : 500).
Risley dénombre sept races géographiquement réparties au sein du sous-continent indien : les turco-iraniens, les indo-aryens, les scytho-dravidiens, les aryo-dravidiens, les mongolo-dravidiens, les mongols et les dravidiens.
La caste ne serait qu’une dénomination ; Risley est le premier à établir une corrélation entre la conception biologique de la race et le système des castes tel qu’identifié en Inde [29]. En ce sens, Risley s’inscrit dans les thèses différentialistes qui caractérisent les promoteurs de l’anthropologie raciale (c’est-à-dire le polygénisme). Selon cette position, il n’existe pas une race unique d’êtres humains mais bien plusieurs races hiérarchisées qui sont à même d’être identifiées par l’anthropologie. Risley appréhende le couple de caste-race selon une distinction entre « une infrastructure de faits et une superstructure de fictions » (Risley & Gait 1903 : 555) :
À chaque fois quand, dans l’histoire du monde, un peuple se divise en un autre, que ce soit du fait d’une invasion active ou par une occupation graduelle du territoire, les conquérants ont pris les femmes du pays comme concubines ou épouses, mais ont seulement donné leurs filles en mariage dans leur cercle. Quand deux peuples appartiennent à la même race, ou à tout le moins ont la même couleur, cette première étape qu’on a appelé l’hypergamie s’achève rapidement, et une amalgamation complète prend place. Les conquérants sont absorbés par les conquis, ils adoptent leurs idées et usages, et deviennent plus « irlandais que les Irlandais eux-mêmes (…) ». Cependant lorsque d’un autre côté des marques de distinction de race et de couleur interviennent, et surtout si le peuple dominant se renouvelle en son sein, le cours de l’évolution suit une autre logique. C’est une classe de métis qui tend alors à être formée, résultant de l’union irrégulière entre des hommes de la race supérieure et des femmes de la race inférieure, qui ne se marient que parmi eux et qui constituent à tous les égards une caste. Dans son sens littéral ou physiologique la caste n’est pas confinée à l’Inde (Risley & Gait 1903 : 555).
La caste, superstructure, est une particularité de l’Inde mais la caste, infrastructure, serait une vérité universelle. Au regard de ces concepts analytiques, la superstructure fictionnelle renvoie à l’ensemble des croyances légitimant les systèmes de castes qui sont particulières à la situation en Inde et à la population du sous-continent, tandis que l’infrastructure renvoie aux divisions universelles au sein des sociétés humaines qui peuvent être comprises à l’aune des théories raciales.
Enfin, tout en s’inspirant des anthropologues, ethnologues et naturalistes métropolitains, Risley est également fort attentif aux dires de ses contemporains dans l’Inde britannique. Il emprunte à la fois aux anthropologues et officiers de l’Inde britannique qui lui sont contemporains tout en se détachant de ces derniers quand il s’agit de sa théorie raciale différentialiste des castes. Les officiers comme Denzil Ibbetson (1847-1908) [30] ou John Collinson Nesfield (1836-1919) [31] promeuvent une approche fonctionnaliste ou occupationnelle de la caste (nous y reviendrons), trouvant dérisoire l’obstination de Risley à essayer de démontrer l’existence d’une pluralité de races au sein du sous-continent indien. Le rapport de recensement de 1911 rédigé par Edward Albert Gait (1863-1950) résume de manière révélatrice les controverses existant sur le couple race-caste :
La relation d’une caste à la race a été très souvent discutée, et de nombreuses théories divergentes ont été énoncées. À une extrémité se trouve celle de Nesfield, qui affirme une unité essentielle de la race indienne, niant toute forme de différence de sang entre les aryens et les indigènes, et estimant que la caste n’est qu’une question de profession (Gait 1913 : 380).
Mais Gait tranche en faveur des thèses de Risley :
L’antithèse de cette théorie [celle de Nesfield] est retrouvée dans la posture de Risley selon lequel la première distinction est raciale, engendrée par le contact entre conquérants aryens à la peau claire et les indigènes conquis à la peau noire. Les premiers ont méprisé les derniers mais, au début, n’ayant que peu de femmes, ils étaient souvent obligés de prendre les filles indigènes comme épouses. Plus tard, quand cette rareté n’était plus, ils ont fermé leurs rangs à tout autre mélange, et quand ils l’ont fait, chaque groupe est devenu une caste telle qu’on la connaît aujourd’hui. Il y avait une gradation régulière dans le rang social, les communautés purement aryennes et les communautés purement indigènes étant respectivement tout en haut et tout en bas, et ceux à un degré variable de mélange raciale se trouvaient au milieu. Une fois entamé, le principe de l’endogamie a été renforcé et s’est étendu aux groupes qui se formaient autrement que sur la base raciale, jusqu’à arriver à la multiplicité moderne des castes. Mais même aujourd’hui les castes correspondent très largement à la race ; et, du moins dans le nord de l’Inde, le statut social est indiqué par le type physique, ceux qui sont au sommet ayant une physionomie aryenne, et ceux qui sont en bas une physionomie indigène (Gait 1913 : 380).
Des zones d’interaction entre les anthropologues métropolitains et les anthropologues coloniaux existent, Risley ayant introduit de nouvelles méthodes d’identification des castes dans l’Inde britannique. Ces méthodes connaissent leur apogée dans l’Inde britannique entre 1891 et les années 1930. Dans ce cadre colonial explicitement inégalitaire, l’anthropométrie, intrinsèquement liée aux théories polygénistes, a trouvé un terrain particulièrement propice à son développement. Ce succès de l’anthropométrie dans l’Inde britannique s’explique par une combinaison de facteurs internes et externes. D’une part, les administrateurs coloniaux comme Risley ont eux-mêmes justifié leurs méthodes par les particularismes supposés de la société indienne ; d’autre part, le contexte impérial a favorisé cette approche [32]. En effet, le Raj britannique a encouragé l’émergence de figures hybrides qui sont à la fois administrateurs et scientifiques dont les travaux contribuaient directement aux ambitions impérialistes et à la vision hiérarchique des populations.
La portée des méthodes anthropométriques dans l’Inde britannique
« Quand le savoir signifie influence, le savoir c’est le pouvoir »
À partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, les enjeux d’une bonne administration de l’Inde britannique se confondent avec les enjeux d’une connaissance exacte des caractéristiques de la population locale. Avant l’entreprise méthodique et systématique d’identification des castes menée par Risley, des méthodes dérivées de l’anthropologie raciale avaient été ponctuellement mises en application lorsque les territoires britanniques étaient gouvernés par la Compagnie des Indes orientales (CIO). L’historien britannique Kim Ati Wagner a étudié l’usage de la pseudoscience de la phrénologie pour identifier les thugs et dacoos dans les territoires du nord de l’Inde britannique à partir des années 1830, communautés criminelles nomades, et qui procèderaient selon des modes opératoires qui leur seraient propres. En 1830, est instauré un Thuggee and Dacoity Department dirigé par l’administrateur William Henry Sleeman (1788-1856). Le département instruit des procès criminels dans le Rajputana entre 1831 et 1832 qui sont suivis de près par le médecin Henry Harper Spry (1804-1842). Spry procède alors à une collecte de crânes des « bandits » exécutés. Il adhère en effet aux présupposés de la phrénologie développée par l’Allemand Franz Joseph Gall (1758-1828), laquelle est reprise en Écosse par le juriste George Combe (1788-1858), fondateur en 1820 de l’Edinburgh Phrenological Society à laquelle Spry confiera d’ailleurs sa collection de crânes. Cette nouvelle « science » reposait sur l’idée que la forme du crâne recélait des renseignements sur la personnalité d’un individu, ce qui permettrait de détecter le criminel (Wagner 2010 : 35).
Plus généralement, l’identification des us et coutumes, ainsi que des caractéristiques physiques constitue l’essentiel des fonctions des officiers de recensement, lesquels doivent jongler entre des postures de recherches scientifiques et de gestion administrative. Risley lui-même illustre le chevauchement des deux registres par ses différentes prises de position. En tant qu’anthropologue, il attribue la dégénérescence raciale aux mariages infantiles et, en tant qu’administrateur, il promeut l’interdiction de tels mariages répandus dans le nord de l’Inde britannique. Cette double position sert un objectif politique : en identifiant des pratiques « dégénératives » chez les populations indiennes, Risley contribue à construire un discours scientifique qui justifie la domination coloniale. Cette rhétorique permet simultanément de discréditer les revendications d’autogouvernance des populations indiennes – jugées « inaptes » à se gouverner elles-mêmes – et d’exonérer le pouvoir colonial de sa responsabilité dans les problèmes sociaux du sous-continent (Srivatsan 2005 : 1988).
Ces confusions ne constituent pas des occurrences occasionnelles mais elles doivent plutôt être vues comme des particularités structurelles de la relation entre les méthodologies scientifiques et les visées impérialistes de l’Inde britannique. Du moins, telle a été l’approche retenue par l’historien britannique Bernard Cohn alors qu’il étudie de près le rôle des anthropologues et administrateurs dans l’Inde britannique. Aussi, c’est bien en ayant conscience de la confusion entre les logiques anthropologique et de gouvernance impériale que Risley a entrepris de plaider en faveur de l’anthropométrie face aux membres de l’Asiatic Society of Bengal en 1898, alors qu’il vient d’être nommé président de la société savante. Son arrivée coïncide avec l’introduction dans les débats de la société des problématiques liées aux enquêtes ethnographiques et linguistiques. Le président sortant, le médecin allemand Augustus Frederic Rudolf Hoernlé (1841-1918) [33], prononce alors son discours annuel concernant les enquêtes menées par Risley et celles menées, de part et d’autre de l’Inde britannique, sous sa direction. Il s’exprime ainsi :
Le plan concernant ces enquêtes ethnographiques a été conçu dès le départ pour deux finalités, la première est administrative et la deuxième est surtout scientifique – une distinction qui est maintenue avec grand soin dans les quatre volumes qui reprennent les résultats d’une partie du travail de M. Risley. Les usages administratifs sont traités dans les deux premiers volumes qui comprennent, dans l’ordre alphabétique, sous la forme d’un glossaire, une énumération et une description des tribus, des castes, des sectes et des professions de la population au Bengale. Les deux autres volumes constituent l’apport scientifique de l’enquête, et comprennent des tableaux sur les données anthropométriques sur lesquelles se fondent les généralisations ethnographiques de Risley. Un intérêt particulier est attaché à ces tableaux puisqu’ils constituent la première tentative, à une échelle aussi large, d’appliquer le système anthropométrique, élaboré par l’école française de l’anthropologie, pour élucider la question de la caste qui est tellement proéminente en Inde (Proceedings of the Asiatic Society of Bengal 1898 : 92).
En 1900, alors que Risley à son tour prononce un discours militant en faveur de l’anthropométrie, il adopte une posture qui se veut davantage radicale. Il réagit en effet à une requête émanant de la British Association for the Advancement of Science, rédigée par le président de la section « botanique » George King (1840-1909) [34], enjoignant Risley et les officiers collaborant à ses côtés à faire un usage plus généralisé des méthodes anthropométriques. Risley est à ce moment en phase de préparation du recensement de 1901. Tout en s’interrogeant sur la concrétisation d’une telle demande, Risley s’exprime ainsi :
Une telle enquête ne serait pas très coûteuse ; les lignes de direction qu’elle doit emprunter ont déjà été définies et on les a déjà testées dans deux grandes Provinces (…). Il est inutile de parler des enjeux scientifiques qui résulteraient de l’entreprise d’une telle enquête ; mais quand on regarde la question sous l’angle de la pratique administrative je me permets de souligner que le fait de gouverner un tel ensemble de races, de tribus, et de castes pour lesquelles la diversité est la règle et l’uniformité l’exception, et qui ne montrent aujourd’hui aucun signe d’évolution en une société compacte, demande surtout pour être un succès une connaissance systématisée de toutes les coutumes avec lesquelles le gouvernement aura à faire de nombreuses fois. Quand le savoir signifie influence, le savoir c’est le pouvoir (Proceedings of the Asiatic Society of Bengal 1900 : 41) [35].
Les méthodes anthropométriques dans le reste de l’Inde britannique
Dans ses démarches, Risley a le soutien du gouverneur général des Indes, George Curzon de Keddleston (1859-1925) [36], qui est par ailleurs le mécène de la Royal Society. C’est ainsi que les méthodes anthropométriques connaissent un certain succès et se répandent de la présidence du Bengale au reste de l’Inde. Les différentes opérations sont réalisées sous l’égide de Risley et elles mettent en relief le nombre important des acteurs impliqués (Risley 1893 : 1-9), leur statut hybride (scientifiques et administrateurs) et la logique collaborative ainsi que de complémentarité entre les différents échelons de l’administration de l’Inde britannique. Ces enquêtes anthropométriques suivent les instructions qu’il publie dans le volume 61 du JASB, en 1893 :
La contribution de Risley dans la formation des mesureurs à utiliser les instruments, dans l’exercice d’un contrôle général sur leurs travaux et dans la communication d’instructions détaillées sur les techniques des mesures, est décrite par lui-même dans « Anthropometric instructions » (…). Ces instructions parlent de la sélection des sujets, de la manière dont ils doivent être assis, et de la position de l’opérateur dans la relation avec le sujet, etc. Dans la sélection des sujets, les instructions de Risley sont irréprochables, sauf quand il dit de rejeter des échantillons, des castes inférieures et supérieures respectivement, les hommes « qui ont une peau très noire et des nez larges affaissés [à la racine] » ainsi que les hommes « qui ont une peau très claire et des traits de caste supérieure ». C’est sûr qu’il faut être très vigilant à ne pas introduire des éléments fallacieux parmi ceux qui sont mesurés, mais il n’y a aucune justification pour exclure les personnes sur leur apparence physique seule et pour tenter de mettre en place un « type standard pour chaque caste » préconçu (Hutton 1933 : 502).
Enfin, le rapport de recensement de 1931 présente une vue d’ensemble de l’expansion géographique de l’anthropométrie à travers l’ensemble des territoires de l’Inde britannique. Il documente comment cette méthode, d’abord mise en œuvre dans les années 1880, s’est progressivement diffusée jusqu’au début des années 1900 car « l’enquête de Risley s’est d’abord limitée au Bengale, avant de s’étendre aux provinces du nord-ouest (Provinces unies), au Pendjab, au Balouchistan, au Rajputana, à Bombay, à Behar, à Orissa, à Ceylan et en Birmanie » (Hutton 1933 : 502), l’Assam et le Madras ayant été ajoutés par la suite. Il est possible d’avoir une vue globale des collaborations instaurées dans chaque province [37].
Les tableaux suivants donnent un aperçu de la collaboration entre les différents officiers [38], soit impliqués dans la préparation des glossaires ethnographiques et statistiques anthropométriques de 1891 [39], soit œuvrant après la préparation de ces glossaires, après 1891.
Tableau 2. Officiers impliqués pour la préparation des glossaires ethnographiques et statistiques anthropométriques de 1891
| Province, ou région/territoire britannique | Officiers œuvrant sous l’égide directe ou indirecte de Risley, selon ses instructions |
|---|---|
| Bengale | Kumud Behari Samanta, sous l’égide directe de Risley |
| Behar | Kumud Behari Samanta, sous l’égide directe de Risley |
| Orissa | Kumud Behari Samanta, sous l’égide directe de Risley |
| Ceylon | Kumud Behari Samanta, sous l’égide directe de Risley |
| Rajputana | Kumud Behari Samanta, sous l’égide directe de Risley |
| Provinces du nord-ouest (ou Provinces unies) | John Nesfield supervisant les travaux de Chandi Singh |
| Punjab | Stephen, supervisant les mesures effectuées par Ahmad Ala-ud-din |
| Bombay | Balkrishna Atmaram Gupte (1851-1925), sous l’égide directe de Risley |
| Baluchistan | Balkrishna Atmaram Gupte (1851-1925), sous l’égide directe de Risley |
| Burma | Balkrishna Atmaram Gupte (1851-1925), sous l’égide directe de Risley |
Tableau 3. Officiers œuvrant après la préparation des glossaires ethnographiques et statistiques anthropométriques, post-1891
| Province, ou région/territoire britannique | Officiers œuvrant sous l’égide directe ou indirecte de Risley, selon ses instructions |
|---|---|
| Assam | Laurence Austine Waddell (1854-1938), directement selon les instructions de Risley, publiant en 1901 The tribes of the Brahmaputra Valley |
| Madras | Edgar Thurston, selon les instructions de Risley |
Edgar Thurston, un officier zélé
Parmi les officiers cités, le cas de l’officier Edgar Thurston (1850-1830) est intéressant et mérite que l’on s’y attarde car cet officier se montre réceptif à l’anthropométrie mais aussi à l’anthropologie judiciaire, soit le bertillonnage. Impulsée en France par Alphonse Bertillon (initialement un photographe), la méthode qui porte le nom de son créateur consiste à répertorier un certain nombre de caractéristiques physiques propres à un individu, rassemblées sur une fiche signalétique. L’officier britannique Edward Henry (1850-1931), alors inspecteur général de la police, adopte officiellement ce système en 1892. Les officiers de police ne peuvent plus être promus sans avoir reçu une formation à ces techniques précises de mesure. Au total, environ 200 000 fiches signalétiques sont constituées à travers le Raj (Cole 2002 :70). Edgar Thurston est convaincu par les théories de Risley ainsi que par le bertillonnage. Ancien médecin, il intègre le service colonial en tant que directeur du Madras Museum (1885-1905). Par ailleurs, il est nommé pour assister Risley dans la conduite des études ethnographiques dans la province de Madras en vue de préparer le recensement de 1901. Thurston partage les mêmes intérêts que Risley. Le gouverneur de Madras Lord Ampthill (1869-1935) rapporte ainsi que « visiter le musée gouvernemental de Madras est une expérience très plaisante, bien que l’on puisse être surpris au début. L’auteur [Thurston] fait tant de zèle pour l’anthropométrie qu’il prend à part chaque homme, femme ou enfant pour les mesurer » (Dirks 2001 : 332). Il participe à l’extension dans le sud de l’Inde des théories raciales et de l’anthropométrie qui se retrouvent dans son ouvrage Bagodas and Irulas of Nilgiri, publié en 1897. Les données ethnographiques et anthropométriques qui s’y trouvent seront reprises partiellement dans les sept volumes de Castes and Tribes in Southern India (1909). De plus, il donne cours aux étudiants de la Madras University dans les années 1890 à ce sujet. Il voit essentiellement dans les pratiques anthropométriques un moyen d’identification des criminels. Dans Kadirs of the Anaimarais (1899), il retranscrit un extrait de son cours d’anthropologie pratique donné au musée de Madras en octobre 1898. Il introduit une définition de l’anthropologie ainsi que les différentes branches qui la compose, évoquant l’anthropométrie ainsi que le bertillonnage, qu’il associe à l’identification des criminels. « Une branche importante de l’anthropographie », écrit-il, « est l’anthropométrie, c’est-à-dire, la mesure et l’estimation en chiffres des données physiques de personnes appartenant à des races, castes ou tribus différentes, permettant de comparer ces caractéristiques. L’anthropométrie à visée d’identification criminelle [est] le bertillonnage. Les mesures, pour être fiables, doivent être prises par les experts » [40].
Les limites des méthodes anthropométriques dans l’Inde britannique
Il semble que l’usage de l’anthropométrie pour identifier les castes dans l’Inde britannique ait fait l’objet de plusieurs critiques et ait rencontré des limites. Il est possible d’identifier deux types de limites quant à la portée de l’anthropométrie dans l’Inde britannique : les limites quant à la scientificité des présupposés théoriques guidant les enquêtes anthropométriques et quant à la praticabilité des mesures anthropométriques ; les limites de la notion de « caste » en tant que concept analytique et les difficultés à gouverner via celle-ci.
Questions sur la scientificité et l’applicabilité des méthodes anthropométriques
Les limites de la scientificité des présupposés théoriques de l’anthropométrie telle que mise en œuvre dans l’Inde britannique concernent la validité (ou plutôt l’invalidité) de la thèse polygéniste des races. Les méthodes anthropométriques incorporées dans une théorie raciale différentialiste n’ont connu qu’un succès limité dans les métropoles. Selon Claude Blanckaert, les thèses de Broca sont sujettes à des critiques de ses contemporains. En 1861, Pierre Gratiolet objecte ainsi que l’intelligence n’est pas mesurable ou quantifiable selon le poids du cerveau et que « la taille du cerveau n’était pas décisive » (2004 : 64).
D’autre part, des théories non raciales font concurrence aux tentatives d’identification des castes de Risley. Sans nécessairement remettre en cause la supériorité des colons britanniques, des administrateurs coloniaux développent des théories alternatives concernant les castes et la population indienne colonisée.
John Nesfield, déjà évoqué, n’est lui-même que peu convaincu par l’existence de différentes races au sein du sous-continent indien. Plutôt, il avance la thèse d’une homogénéité des races et rejette l’hypothèse selon laquelle les aspects physiologiques permettraient identifier les castes d’appartenance. En effet, si les aryens se sont introduits au sein du sous-continent indien par le nord-ouest, ils se sont rapidement mêlés à la population locale (les dravidiens) de sorte qu’aucune trace physique distinctive n’est décelable au tournant du XXe siècle. Il lui semble plus judicieux de se pencher sur les différentes fonctions des habitants – lesquelles correspondent à la caste d’appartenance. Prenant comme terrain d’étude les provinces du nord-ouest, il explique dès 1881 qu’il existe sept groupes de castes : a) les tribus sans castes ; b) les castes d’artisan ; c) les castes manipulant la terre (dont les castes agricoles) ; d) les castes commerçantes ; e) les castes de domestiques ; f) les castes inférieures, serviles ; g) les ordres religieux (Risley & Gait 1903 : 550).
Denzil Ibbetson s’inscrit aussi dans cette approche fonctionnaliste, qui lui semble plus proche de la réalité dont il est témoin dans le Pendjab. En 1881, il est chargé du recensement de la population du Pendjab, à partir duquel il rédige un ouvrage, Punjab castes, publié en 1916. Il y explique que :
La caste est plus une institution sociale qu’une institution religieuse ; [e]lle n’a pas de lien nécessaire avec la religion hindoue, mis à part le fait que dans cette religion certaines idées et coutumes, communes à toutes les nations primitives, ont été développées et perpétuées de manière inédite ; (...) la conversion à l’Islam n’a pas d’effets nécessaires sur la caste (Ibbetson 1916 : B-B1).
Se rapprochant davantage d’une conception areligieuse comme Maine et plus tard comme Max Weber, il ne fait pas état, en 1916, d’une définition racialisée des castes. En réalité, Risley lui-même ne revendique pas une posture épistémique tranchée. Dans son chapitre « Caste and Race », Chris Fuller déconstruit l’idée d’un Risley n’ayant pas évolué entre 1890 et 1900. The People of India montre notamment un rapprochement avec les thèses de Nesfield tout en promouvant encore l’anthropométrie (Fuller 2024).
Les officiers coloniaux rencontrent également des limites d’ordre pratique concernant la mise en œuvre de l’anthropométrie. Malgré une tentative de généralisation de son usage en Inde et d’harmonisation des méthodologies de collectes de statistiques et de mesures, l’anthropométrie est difficilement praticable et les données, peu exploitables. À cela s’ajoutent des instructions méthodologiques biaisées, puisque les officiers sont encouragés à ne pas prendre en compte les physionomies s’éloignant des caractéristiques physiques préétablies. Surtout, l’anthropométrie repose sur plusieurs niveaux de collaboration et de volonté de coopération, avec les officiers concernés, à tous les échelons territoriaux, mais aussi entre les officiers et les populations colonisées et gouvernées qui devaient consentir à être mesurées et touchées, que ce soit sous la contrainte ou dans une relation acceptée, négociée. La question de la confiance dans les officiers coloniaux et les outils de gouvernance est alors essentielle pour comprendre la faisabilité de l’anthropométrie. Ainsi, dans son étude sur les tribus des Badagas et des Irulas de Nilgiris, E. Thurston expose sa difficulté à répertorier les Irulas (une tribu du Tamil Nadu actuel) :
Un jour j’ai été informé qu’un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants Irulas qui avait été rassemblé pour moi en échange d’une rémunération était arrivé dans la maison d’un planteur, vers laquelle je me suis dirigé. Ce groupe comprenait un homme qui était recherché à un moment donné pour avoir tiré sur un éléphant en terrain interdit. Se méfiant de mes intentions premières, il a catégoriquement refusé d’être mesuré car il a pensé que cette mesure de sa taille allait l’envoyer à la potence. Il n’a pas non plus voulu me laisser le prendre en photo, ayant sans doute peur (non pas qu’il n’ait jamais entendu parler du bertillonnage) que cela soit utilisé pour une identification criminelle [41].
Aussi, l’anthropométrie polygéniste disparaît progressivement des paysages scientifiques. Pour résumer :
[N]ombre d’anthropologues se sont vite lassés de cette accumulation fastidieuse de chiffres contradictoires. D’abord le maniement des outils mathématiques et des instruments était inutilement sophistiqué. Ensuite, on a discuté le bien-fondé de son raisonnement… Le destin de l’anthropométrie est lié à une épistémologie déterministe. Il fallait réduire les caprices du hasard pour ramener à l’ordre des structures organiques le destin singulier de l’homme et des sociétés. Ce rationalisme instrumental avait l’ambition d’abolir sous les chiffres l’épaisseur de l’histoire. Tous les anthropologues n’ont pas accepté cette version des faits humains. L’anthropométrie a connu son âge d’or jusqu’aux dernières années du XIXe siècle (...). Au XXe siècle, elle est restée un instrument descriptif. Mais le paradigme anthropométrique, fondé sur le morphotype externe, fut supplanté vers 1920 par la génétique et la « bio-sociologie » (Blanckaert 2004 : 66).
La « caste », un concept analytique pour gouverner le Raj ?
La scientificité de l’anthropométrie dans l’Inde britannique est également remise en cause du fait de l’insolubilité de la question : « qu’est-ce qu’une caste ? » et ce, autant par les populations colonisées que par les administrateurs et anthropologues coloniaux. Risley lui-même est conscient de cela. L’absence d’un consensus rend difficile la stabilisation et l’harmonisation des méthodes anthropométriques, contraignantes, reposant sur une collaboration entre les officiers coloniaux et les populations locales. Cela est d’autant plus le cas que les officiers coloniaux sous-estiment souvent l’impact performatif de leurs propres classifications. Comme l’ont démontré de nombreuses études historiques postcoloniales, les populations indiennes n’ont pas simplement accepté passivement ces catégorisations administratives. Au contraire, elles ont développé diverses stratégies face aux classifications coloniales des castes : tantôt en s’adaptant à ces nouvelles catégories pour en tirer avantage, tantôt en les intégrant de façon sélective à leurs propres structures sociales, parfois même en les contournant complètement. Ce phénomène complexe d’interaction entre le pouvoir colonial classificateur et les réponses des populations classifiées révèle les limites pratiques de l’anthropométrie comme outil de gouvernance (Sharafi 2010, 2014). Cela met également en avant l’évolution, la fluidité et surtout la pluralité des identités individuelles dans les champs politiques et sociaux [42]. Les méthodes anthropométriques ont tendance à essentialiser la définition des castes ce qui ne reflète pas les pluralismes de définition de la caste ni n’interroge sur l’incapacité relative d’une telle notion à se saisir de la complexité et de la diversité des interactions sociales qui pourraient caractériser les sociétés de l’Inde britannique. Cela transparaît à travers une controverse qui émerge dans les années 1920, concernant la suppression de la notion de « caste » des recensements décennaux du fait de toutes les difficultés ici évoquées – une suppression qui est demandée, sans surprise par les nationalistes Indiens [43], qui sont imprégnés des idéologies égalitaires auxquelles ils se familiarisent en voyageant, et en se formant dans des universités britanniques ou de l’Inde britannique, et plus spécifiquement par les nationalistes musulmans qui voient dans la caste la prédominance d’un système religieux hindou (Marten 1921 ; Ambedkar & Rodrigues 2015).
Cette double dynamique (au moins) entre, d’un côté, la difficile saisie de la complexité des relations sociales par la notion de caste et, de l’autre, l’entêtement des anthropologues à vouloir identifier les castes et théoriser leurs origines est étudiée par l’historien Chris Fuller. Dans un article consacré aux officiers Ibbetson et Risley, il démontre de quelle(s) manière(s) les deux administrateurs s’éloignent, lorsqu’ils font face aux défis politiques, des thèses anthropologiques qu’ils développent par ailleurs. Ce faisant, l’historien invite à nuancer les thèses selon lesquelles l’Inde britannique aurait été gouvernée par des anthropologues : la notion clé de scientific administrator est primordiale pour saisir la complexité de la relation entre les sciences humaines et sociales naissantes (avec leurs méthodologies) et les questions et statuts administratifs. Mais malgré l’aspiration à une gouvernance par l’anthropométrie, Risley lui-même reste conscient des limites de l’approche qu’il promeut : il sait que le pouvoir, c’est relativement le pouvoir ; le savoir, c’est relativement le savoir. Cela transparaît de plus en plus dans l’histoire politique et scientifique de l’Inde britannique (Fuller 2015). Dans cette logique, à la lecture du rapport de recensement de 1941, l’on peut remarquer qu’aucune mention n’est faite de l’ethnologie, de l’anthropologie, de la race ou de l’anthropométrie. Il y a donc eu une rupture par rapport aux méthodes et ambitions affichées depuis 1901. Cette rupture est expliquée par le commissaire chargé du recensement, William Walter Murray Yeatts (1893-1948), dans un discours prononcé devant la Royal society for the Encouragement of Arts, Manufacture and Commerce (et non plus au sein d’une société savante anthropologique comme il était coutume de faire) :
« Je ne suis pas un anthropologue » prévient le Commissaire, d’emblée. « J’y porte, il ne fait pas de doute, comme le disait M. [George] Bernard Shaw un intérêt en tant qu’amateur, et peut-être un peu plus. Cela aurait été bizarre que quelqu’un comme moi qui a servi sous la direction du grand professeur Dr. Hutton n’eût été marqué par l’intérêt que ce dernier portait aux aspects de la vie en Inde. D’un autre côté, j’ai vraiment l’impression que le vieux système qui a guidé les recensements en Inde, même en 1931, a remis en cause le succès d’une telle entreprise et aujourd’hui le versant administratif doit recevoir une considération prioritaire. J’ai fait de mon mieux pour diriger le présent recensement, mis à part pour les quelques enquêtes qui étaient nécessaires, pour qu’il puisse s’adapter aux évolutions sur les plans administratif, politique et social (…). L’anthropologie et toutes les enquêtes en lien avec elles sont désormais beaucoup trop spécialisées et doivent être menées localement par des personnes hautement qualifiées plutôt que d’aboutir à des résultats prêts à usage [« rough and ready »], et ce qui constitue en fait toute la précision que les recensements peuvent offrir (Yeatts 1943 : 182-183).
Autrement dit, les complexités scientifiques (concernant tout autant sur l’épistémologie, les méthodes que les résultats) n’ont plus leur place en tant que telles dans les enjeux politiques car elles ne permettent pas de gouverner de manière satisfaisante ; les enjeux administratifs (et la pratique des recensements) ne peuvent plus offrir un terrain propice à l’épanouissement des sciences.
Conclusion
L’histoire de la relation entre les notions de caste et de race révèle les liens complexes entre sciences et administration coloniale. Si l’anthropométrie de Risley a initialement aspiré à servir d’outil de gouvernance, les développements scientifiques et sociopolitiques du XXe siècle ont progressivement invalidé ses présupposés raciaux et les biais méthodologiques de l’anthropométrie ont contribué à délaisser ce mode de mesure. Depuis l’indépendance de l’Inde, les approches théoriques se sont diversifiées, notamment avec l’émergence des études postcoloniales et subalternistes qui ont enrichi la compréhension du système des castes.
Sur le plan politique, si les premières générations postindépendance ont cherché à dépasser le système des castes jugé inégalitaire, on observe aujourd’hui des tendances contradictoires. D’un côté, la pratique des recensements décennaux et les politiques de discrimination positive maintiennent une approche administrative des castes. De l’autre, l’émergence de mouvements politiques comme le Bharatiya Janata Party promeut un nationalisme hindou qui tend à réactualiser et instrumentaliser les identités de caste. Cette évolution reflète ce que Madhusudan Subedi décrit comme étant le « déplacement du discours de la caste de la hiérarchie rituelle et de la discrimination sociale vers un instrument de mobilisation des personnes pour des gains économiques et politiques » (Subedi 2013 : 81).
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Crédits du logo : Kāyasthas, the writer caste (Mirzapur district), in J. D. Anderson, The peoples of India, Cambridge University Press, 1913 (https://www.gutenberg.org/files/55465/55465-h/55465-h.htm).
