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Luma Azane

@luma-az

French writer, écrit de la SFFF et des fanfictions, poste sur l'écriture et reblogue Pratchett

Problème

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 16 août 

Thème : Fourmis/la Mort amoureuse

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La Mort est tombée amoureuse d’une fourmi.

C’est un problème.

Oh, bien sûr, la Mort est déjà tombée amoureuse par le passé. Il y a des milliards de milliards d’êtres vivants sur Terre, c’était inévitable que ça arrive de temps en temps. Mais le hic, c’est que la Mort ne peut venir que pour les vivants. Quand leur temps sur Terre est écoulé, ils partent vers un ailleurs qu’on peut espérer heureux, mais qui est, par définition, totalement hors de portée de la Mort. Elle utilise donc ses pouvoirs pour retarder l’échéance au maximum, jusqu’à ce qu’au final l’être aimé lui-même lui indique que le moment est venu. C’est toujours un moment difficile pour elle. Et pour nous, par la même occasion. En tant qu’humains, on ne vit jamais autant de pestes et autres épidémies que lorsque la Mort cherche à noyer son chagrin en se plongeant dans le travail.

Notre mémoire ne remonte pas assez loin pour se souvenir de la dernière fois que la Mort est tombée amoureuse d’une fourmi ou d’un autre insecte social. Notre espèce est en pleine découverte. Ce qui m’inquiète à titre personnel c’est que si jamais la fourmi dont la Mort est amoureuse veut protéger toute sa fourmilière, ce qui serait assez naturel, que va-t-il se passer ? Est-ce que toutes ces fourmis là bénéficieront d’un allongement de leur durée de vie ? Et si elles veulent continuer à s’étendre et à se développer ? Est-ce qu’écraser l’une d’entre elles deviendra un crime, ou seulement celle dont la Mort s’est entichée ? Est-ce qu’on va devoir revoir toute notre urbanisation pour créer un réseau parallèle pour les fourmis ? Et surtout, est-ce qu’une fourmi acceptera un jour volontairement de partir ? Est-ce que nous n’allons pas vivre sous la tyrannie des fourmis pour toujours ?

On me dit que je me fais trop de soucis. Après tout, la Mort est en pleine lune de miel, c’est un moment idéal pour nous. Chaque vie sur le fil du rasoir est sauvée, les précieuses quelques secondes de plus sont toujours accordées, car regardons les choses en face : la Mort n’a aucune envie de travailler. Elle préfère remuer les antennes dans sa nouvelle fourmilière et ramener des pique-niques entiers à sa bien-aimée. Et peut-être que je me fais trop de soucis et que je devrais profiter du moment pour mettre entre parenthèse mon angoisse existentielle, comme tout le monde. Mais quand même…

Moi je trouve que c’est un problème.

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Found these pictures of the paintings I donated to the Discworld Convention charity auction... I thought I had forgotten to take pictures of them and I was kicking myself but fortunately I did! I wasn't at the auction but I've been told they went for a decent price :)

Projet Static

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 15 août 

Thème : syncope/mon petit doigt m’a dit

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Scarla est attachée à une chaise, la bouche recouverte de chatterton et le regard appelant au meurtre. Je fais de mon mieux pour le cacher, mais je suis impressionné. En temps normal, ceux qui se retrouvent dans cette position sont en train de se pisser dessus. Elle, au contraire, a l’air d’être en train de tous nous engueuler mentalement pour avoir osé lui mettre la main dessus. On dirait un petit chaton en train de feuler contre un énorme chien. Elle ne manque pas de courage, à défaut d’instinct de survie.

D’un hochement de tête j’indique à Ben de lui arracher le chatterton. Comme prévu, elle commence à nous lancer un chapelet d’injures que j’ignore. J’appuie sur le bouton de la poulie motorisée et les chaines attachées à la chaise de Scarla commencent à l’entrainer vers le haut, jusqu’à ce qu’elle soit en train de se balancer à deux mètres du sol. Si je lâche tout et qu’elle s’écrase par terre, elle va avoir mal, mais elle ne va pas mourir. Et je pourrais recommencer autant de fois que nécessaire.

Elle fini enfin par comprendre la situation et me lâche agressivement sa première question :

« Mais qu’est-ce que vous me voulez à la fin, bordel de merde ?

Je lui réponds suavement :

— Vous proposer un marché.

— Un marché ? Quel putain de marché ? Je passe aucun marché avec des cinglés de psychopathes qui m’ont enlevée chez moi, putain !

— Pourtant, vous devriez écouter mon offre. Elle est beaucoup plus intéressante que l’autre option.

Je brandis le boitier de télécommande de la poulie. Pas besoin de lui expliquer que l’autre option implique de savoureuses retrouvailles entre elle, le sol en béton et la gravité. Les yeux plissés par la fureur, elle gronde à voix basse :

— Tu vas me tuer ?

— Absolument pas. Ce serait un gâchis sans nom. Mais en revanche, je ne peux pas promettre de maintenir votre intégrité physique en cas de refus. Je suis même en position de menacer sévèrement votre intégrité physique.

Elle me foudroie du regard. Je ne bronche pas. Je veux que ce soit elle qui pose la question. Ce qu’elle fini par faire, sifflant entre ses dents :

­ — Vas-y, dis-moi ce que tu veux que je fasse, connard.

— Ravi de vous voir revenue à de meilleures dispositions. Et bien, figurez-vous que mon petit doigt m’a dit que vous possédiez un talent aussi rare que mystérieux. Le don de faire s’évanouir à volonté toute personne dont vous touchez la peau. N’est-ce pas, mademoiselle Scarla ? Ou devrais-je plutôt vous appeler par votre nom de code : projet Syncope ?

— Qui t’a donné ce nom ?

— Je vous l’ai dit : mon petit doigt.

— Espèce d’enfoiré, t’as pas idée de la merde dans laquelle tu viens de te foutre. C’est des info ultra-classifiés, tu vas te faire dégommer à la putain de seconde où tu vas sortir ta putain de tête de ce putain de trou à rat !

— Peut-être. Si c’est le cas, ça ne vous coûte rien d’étudier ma proposition, n’est-ce pas ?

Elle hurle et s’agite dans ses liens. J’avoue qu’à sa place, je ne me serais jamais comporté de manière aussi combattive, et quelque part je respecte ça. Ce qui ne change rien à ma position, bien entendu. J’attends qu’elle reprenne son souffle et continue d’un ton posé :

— C’est très simple. Lorsque vous aurez accepté, je vais vous redescendre au sol avec toutes les précautions nécessaires pour un atterrissage en douceur, Ben ici présent va défaire vos chaines et nous allons vous laisser avec un couteau pour régler la question de vos liens. Nous profiterons de ce laps de temps pour quitter ce bâtiment et votre vie à titre définitif. Une fois libre, vous regagnerez votre appartement sans communiquer avec qui que ce soit. Vous ne donnerez jamais la moindre information nous concernant ou concernant notre rencontre. Vous poursuivrez votre vie comme à son habitude. D’ici une quinzaine de jours, on vous affectera la mission de protéger le projet Static lors de sa première sortie d’entrainement sur le terrain, en centre ville. Vous irez au parc Ledon et vous lui montrerez comment se placer derrière les buissons pour entendre tout ce qui se dit dans la rue sans être visibles. Là, vous le toucherez. Une fois qu’il sera évanoui et au sol, vous partirez et vous direz à vos responsables qu’il s’est enfuit et que vous n’avez rien pu faire. Nous nous occuperons du reste.

— Sérieux, c’est ça votre proposition de merde ? Genre vous allez me faire peur avec ces saloperies de chaines et je vais juste vous laissez enlever un projet ? Putain, je pensais au moins que vous alliez me promettre des trucs, ou au moins me menacer un peu sérieusement ! Vous êtes quel genre de clowns, bordel ?

— J’imagine que vous ne vous souvenez pas de votre enlèvement ?

Elle ne dit rien. Sa grimace indique que l’idée même d’y repenser lui est très désagréable et elle finit par chasser l’idée en s’ébrouant, comme si c’était un insecte agaçant. Puis elle se remet à nous insulter et à se moquer de moi. Le conditionnement d’amnésie a fait effet, mais celui que je souhaite mettre en place à présent est bien plus contraignant et un petit choc émotionnel m’aiderait bien. Et puis, maintenant que je lui ai expliqué le plan en détail, je peux me permettre un ordre clair et aussi court que possible.

D’une pression du pouce, je relâche la poulie. Scarla fonce vers le sol, impuissante, puis sent le choc des liens qui la retiennent juste avant l’impact. Durant ce laps de temps où la peur et l’adrénaline battent leur plein, j’utilise mon propre pouvoir pour ordonner :

— Accepte ma proposition inconditionnellement et oublie tout ce qui s’est déroulé entre le moment où tu as quitté ton appartement avec nous et celui où tu y retourneras seule. »

Les yeux hagards de Scarla ne doivent rien à la peur du bitume. L’ordre est entré dans sa tête. Parfait.

Laissant échapper un soupir de soulagement après tout bien naturel, je fais signe à Ben de la décrocher de ses chaines, tandis que Nok lui pose un couteau sur les genoux. Puis nous filons. Le projet Static est peut-être immunisé à mon pouvoir à cause de ses ondes électriques permanentes, mais nous n’avons jamais été aussi près de lui mettre la main dessus – et surtout, l’adversaire ne sait toujours pas que nous existons. Tout se déroule selon le plan. Mon plan. Qui l’eut cru ?

Je ne peux retenir un frisson d’excitation à l’idée d’avoir enfin franchi une étape aussi majeure et laisse échapper un rire un peu fou alors que Ben nous conduit jusqu’à l’aéroport.

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Inspiration

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 14 août 

Thème : la rosée/le musée des péchés

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Une nouvelle créature s’éveille, fraiche comme la rosée du matin. Rien d’étonnant : c’est ce qu’elle est. Concrètement, la Rosée a pris la forme humaine d’une ravissante jeune fille aux joues roses, vêtues d’une tunique d’un rose proche de celui d’une pêche. De minuscules gouttes ornent son corps, ses cheveux et le moindre de ses cils d’une myriade de perles translucides. Chaque rayon de lumière la fait étinceler des pieds à la tête.

La Rosée regarde autour d’elle, perplexe. Elle n’est pas censée être ici. La pièce où elle se trouve est un superbe intérieur au parquet en bois orné de motifs complexes, les murs sont recouverts d’une riche tapisserie rehaussée d’or et le marbre de la cheminée rejoint celui des colonnades. C’est un intérieur riche et ancien, qui sent bon la cire et le bois, mais c’est un intérieur : la Rosée n’est pas censée mettre le pied à l’intérieur des maisons. Ni avoir des pieds.

Elle s’examine, de plus en plus perdue. En tant que phénomène naturel, elle a déjà été représentée par son allégorie, même si elle est nettement moins populaire qu’une saison. Mais incarnée ? Non, ça n’a pas de sens. Elle en frémit de toutes ses gouttelettes. Une magie étrange est à l’œuvre ici.

La Rosée s’est éveillée avec toutes les connaissances nécessaires pour utiliser ce nouveau corps, et elle tente un timide premier mot :

« Hého… hé… il y a quelqu’un ?

Seul l’écho vide lui répond.

Elle s’avance. Cette pièce a des murs, elle doit bien y avoir une porte, lui soufflent ses connaissances fraichement implantées. Elle sème ses gouttelettes sur chacun de ses pas et en tapisse chaque mur qu’elle touche avec curiosité. La température est parfaite pour que rien ne s’évapore : la pièce passe de riche à scintillante. Le décalage entre l’architecture et la nature crée un contraste magnifique…

La Rosée a trouvé sa porte. Sans jeter un regard en arrière, elle la franchit.

Immédiatement, une voix rouspète derrière elle :

— Non mais qu’est-ce que c’est que ces manières ? Reviens ici ! Tu as un travail à faire, jeune fille, et une pièce attitrée ! En voilà des façons !

Elle se retourne. Le propriétaire de la voix est aussi moustachu que bougon, et équipé d’un matériel de peintre plus grand que lui. Il continue son monologue plaintif :

— Tout ça parce que j’ai eu une petite minute de retard pour t’accueillir, voilà que tu joues les filles de l’air ? Et tu crois aller où comme ça ? Dans une tempête ? Allez, ouste, retourne dans ton salon !

— Pourquoi ?

— Comment ça, pourquoi ? Pour que je te peigne, voilà pourquoi !

— Je… je ne comprends pas.

— Il n’y a rien à comprendre, je te dis de…

— Non.

— Comment ça, non ?

— Non. Si je n’ai pas envie de rester et que je ne comprends pas pourquoi je dois rester, je ne vais pas rester. Ce salon me met mal à l’aise. Ma place n’est pas là.

— Evidemment qu’une rosée n’a pas sa place dans un salon ! C’est pour ça qu’il t’a mise là. C’est pour l’art. Le contraste entre toi et l’architecture est superbe et perturbant à la fois. En plus, la pièce est totalement vide, ce qui symbolise… hé, tu m’écoutes ?

—J’écoute. Mais j’avance en même temps. Nous sommes dans la tête de cet homme, c’est bien ça ?

— Exactement, et tu es censée rester…

— Pourquoi ? Je ne le connais pas, moi. Il ne m’a même pas demandé mon avis. Moi, ce que j’aime, ce sont les plantes, dans le petit matin frais. Tu sais où je peux trouver un jardin ici ?

— Mais… tu es une muse. Ton rôle est de l’inspirer, pas de te trouver un jardin tranquille pour faire la sieste ! Attends-moi !

Le peintre grincheux a fini par attraper son matériel et trottiner derrière la Rosée qui avance résolument dans ce qui ressemble à un labyrinthe creusé dans l’obsidienne. Rien de tout ceci ne lui donne très envie de poser ses gouttelettes et elle ouvre la première porte venue.

Derrière elle, le peintre s’écrit :

— Pas par là, malheureuse ! C’est le musée des péchés, c’est interdit !

— Des péchés ? Ce n’est pas parce qu’on m’a donné un corps humain que ces histoires là me concernent. Tant que je trouve une feuille fraiche pour m’installer, ça me convient.

Elle entre. Derrière elle, le peintre gémit de désespoir. Il n’ose pas franchir la porte, il n’ose même pas regarder à l’intérieur de la pièce. Il lâche bruyamment chevalet, pinceaux et boite de couleur pour mieux se cacher les yeux avec ses mains, tout en criant :

— Non ! Non ! Ne regarde pas !

La Rosée hausse les épaules et commence à inspecter l’endroit.

Des péchés selon l’artiste bizarre qui l’a invoqué ici, donc. Un artiste qui ne manque pas d’ambition. Ce sont des œuvres qui sont exposées là : des œuvres ratées, selon lui-même et les petits panneaux sévères installés à coté de chaque échec. Tout ce qui ne va pas y est soigneusement disséqué et analysé avant que le dernier verdict ne tombe : mauvais. Ce qui visiblement est censé être un péché en soi. 

La Rosée n’a pas vraiment d’avis sur le talent de l’artiste. Il a représenté tout ce qui lui passait par la tête et l’a plutôt bien représenté. Beaucoup d’humains, beaucoup de sentiments contrariés, beaucoup de maisons tortueuses. Pas beaucoup de nature. Dans les quelques extérieurs, il y a clairement trop de soleil pour être confortable.

Finalement, elle trouve ce qu’elle cherchait : une matinée fraiche, pile au moment où pointe l’aurore, dans une immense prairie verdoyante. L’endroit est même orné, ici et là, de canons d’un métal froid absolument délicieux, et de quelques piles de cadavres humains dont les cheveux offriront un support tout à fait adéquat. Avec un soupir d’aise, la Rosée se glisse dans le nouveau tableau et s’installe confortablement.

Le peintre, qui s’est finalement décidé à glisser un œil entre deux doigts, se lamente en voyant ça. Il referme la porte du musée et attrape sa boite à outil. La porte du salon sera condamnée : cette idée de rosée ne va nulle part de bien constructif, c’est évident. C’était le risque, en même temps – les phénomènes naturels ne comprennent jamais rien à l’art.

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Théodora

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 9 août 

Thème : couler/bijoux

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Le bateau a coulé à pic, et le trésor avec. Des centaines de bijoux fabuleux, lourds d’or mais surtout de pierres précieuses, les plus beaux joyaux de la couronne. La famille royale les avait pris avec eux dans leur fuite pour les mettre à l’abri… ce fut leur dernière erreur.

On ne peut plus rien faire pour le roi, mort noyé depuis des siècles, mais on ne désespère pas de remettre la main sur les bijoux. Pour leur intérêt historique, bien sûr. Les étudier, les mettre dans un musée, tout ça. En tout cas, c’est ça qu’on met dans les dossiers de demande de financement par l’Etat quand on cherche à récupérer quelques fonds avant de tenter une énième expédition de recherche. Tôt ou tard, on va bien finir par la retrouver, cette épave !

C’est en tout cas l’obsession de Guillaume, capitaine et plongeur, prof de plongée en job alimentaire et chercheur de trésor par passion personnelle. Il a passé des heures à étudier les cartes et les courants, tous les indices sur le trajet qu’a dû emprunter le royal bateau, et il a déjà dix tentatives à son actif pour repérer cette épave. Le Théodora, comme il l’appelle avec affection. Pour Guillaume, le bateau n’est jamais devenu une épave, il est resté le Théodora, fleuron de la flotte de l’époque. Après toutes ces heures penché sur les plans, il est certain qu’il reconnaitrait la silhouette du Théodora dans n’importe quelle circonstance, même recouvert par la flore marine et brisé en morceaux sur les rochers. Il connait ce bateau, il l’a fait infuser dans son adn, ils sont faits pour se rencontrer. C’est le destin.

 Nouvelle expédition. Nouvelle plongée. Nouvel espoir.

Mais cette fois-ci, c’est la bonne.

Le courant a emporté l’épave depuis longtemps, et la tempête qui l’a fait sombrer avait déjà malmené le pauvre bateau qui est à présent brisé en trois parties. Mais c’est bien lui, c’est bien le Théodora, Guillaume reconnait sa figure de proue et la forme de sa poupe, bien plus loin dans les profondeurs bleutées de l’océan. Enfin, il touche au but !

Il devrait remonter et transmettre l’information avant d’explorer l’épave plus en détail. Il prend déjà beaucoup de risques en plongeant seul. Mais le Théodora ne lui fera aucun mal, n’est-ce pas ? Ils se connaissent depuis trop longtemps. Guillaume s’avance. Les bijoux doivent être dans les quartiers du capitaine, qui avaient été cédés à la famille royale. En dépit des algues et autres coquillages, il n’a aucun mal à identifier les lieux et à entrer dans ce qu’il reste du bateau.

Des myriades de poissons s’écartent prudemment à son passage. Quelques pieuvres curieuses tentent une approche timide avant de fuir résolument. Le bois a gonflé, mais pas pourri, et tant que le plongeur ne tire pas trop fort sur les vieilles planches rien ne devrait s’écrouler sur sa tête. Il se faufile dans les anciens couloirs de bois éclairés par sa lampe. Tout est orienté à 90° sur le coté, mais il arrive à comprendre l’agencement des lieux et à trouver la bonne cabine.

Il devrait remonter. Il n’a plus beaucoup d’oxygène. Mais il n’est plus qu’à une porte de son but, comment résister ?

Il entre.

Le spectacle est saisissant. Dans la lumière de la torche, des crânes se révèlent, des perruques, de soieries. Les morts ont été dévorés par les poissons depuis longtemps, mais leurs restes sont toujours là, à monter la garde au milieu de leurs possessions terrestres envahies par la vie marine depuis longtemps. Des scintillements attirent l’œil au milieu des os. Guillaume s’avance d’un prudent coup de palme. Serait-il possible qu’ils aient coulé en portant sur eux les bijoux ?

C’est le cas. L’or et les pierres précieuses ne souffrent pas de l’eau de mer, et n’attirent pas la convoitise des poissons. Des colliers, des bagues, des broches, tout est encore intact et brille d’une lueur tentatrice. Diamants. Emeraudes. Rubis. Une fortune… et sans doute dans un coffre proche les autres bijoux, et la couronne elle-même !

Le plongeur tend la main vers le collier le plus proche. Le crâne le fixe par des orbites aussi vides que réprobatrices. Non, se répète Guillaume, c’est dans ta tête. Tu as le droit d’être là. Tu as bien mérité de…

Il attrape le bijou et tire. Le mouvement de l’eau attire les autres corps. On est vraiment à l’étroit ici. Guillaume tire plus fort. Le squelette tout entier semble se jeter sur lui, prêt à l’enlacer dans une danse macabre. Il faudra trouver le fermoir ou briser les vertèbres. Pourquoi est-ce qu’elles tiennent encore si bien, d’abord ? Est-ce que la mort ne devrait pas avoir dissous tous les tissus mous qui les gardaient attachés ? Pourquoi ce cadavre est-il si solide ? D’une main il repousse la morte tandis que de l’autre il continue à tirer sur le collier, comme un vulgaire voleur. Sa lampe, fixée à l’épaule, commence à éclairer n’importe quoi tandis qu’il se débat de plus en plus fort, sentant de la résistance. Il doit bien y avoir un moyen de…

Dans un claquement étrangement net pour cette profondeur, le cou se brise et libère sa proie, le précieux collier. Parfait. Il continue son œuvre, enfiévré par l’idée de s’emparer enfin du trésor du Théodora, son trésor !

Il n’a plus regardé ses indicateurs de plongée depuis trop longtemps.

Lorsque le bip le ramène à ses esprits, il est trop tard, bien trop tard. Et flottant au milieu des corps brisés par ses soins, il ne parvient pas à retrouver la sortie. Il y a trop de tout, plus rien n’a de sens, et son cœur pompant à toute allure sous l’effet de la panique ne fait qu’accélérer l’inévitable. La porte. Il doit retrouver cette foutue porte. S’extirper de ce piège. Il connait ce foutu bateau comme sa poche, la porte ne peut pas disparaitre comme ça ! Pas pour lui !

Les os des mains à présent privées de bague lui caressent la joue alors qu’il cherche frénétiquement.

Il est des leurs à présent. C’est juste qu’il ne le sait pas encore.

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Savoir

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 6 août 2026

Thème : le vide/l’encre et l’oiseau

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Avant de commencer, elle doit faire le vide dans son esprit. Une tâche plus ardue qu’il n’y parait, bien qu’elle la maitrise de mieux en mieux avec la pratique. L’astuce qu’elle aime utiliser est de commencer par une bulle de vide, au centre de son être – cette étrange part d’elle-même qu’elle considère comme son être, et qui dépasse largement les limites de son corps physique. Après quoi, peu à peu, à chaque inspiration, la bulle s’élargit, jusqu’à l’englober toute entière. C’est une étrangement délicieuse sensation de flotter dans l’infini qui lui indique qu’elle est prête.

Elle ouvre alors les yeux – sans perdre son vide, un autre moment délicat – et saisit le pinceau gorgé d’encre. Elle le place au-dessus du bol en étain rempli d’eau. La lumière joue avec les reflets brillants du bol et la scintillance tranquille du liquide. Une beauté qui se trouble lorsqu’elle laisse tomber une goutte d’encre noire.

Puis elle regarde.

Les volutes délicates de l’encre se déploient, parfaitement visibles sur le fond si clair du bol, minuscule sculpture éphémère en trois dimensions. Des formes se créent, s’allongent, se rapprochent, se brouillent, se contractent. Se préparent.

L’astuce, que trop de devins ignorent, est alors de faire vibrer le bol en promenant sur ses bords un morceau de bois. Ni trop vite, ni trop lentement. Juste de quoi harmoniser l’eau et le reste de l’univers. Des vibrations qui résonnent pleinement avec elles-mêmes, dans la bulle de vide. L’encre n’est alors qu’un support, un moyen de poser ses yeux sur quelque chose pour comprendre ce qui passe dans ce nœud cosmique où tout est lié à tout.

L’encre tournoie encore une fois.

Elle voit un oiseau se former. Longues ailes, courbes simples et élégantes, peut-être un migrateur. L’oiseau, le voyage – celui que l’on effectue pour soi, partir pour mieux revenir.  Construire sa maison, puis vivre ailleurs, et au retour construire encore, un nouveau nid à chaque saison, à chaque nichée. L’oiseau. C’est la réponse à sa question.

Peu à peu, elle laisse la bulle de vide se rétrécir. L’encre se dissout dans l’eau et perd toute forme visible. La lumière et le monde extérieur reprennent leurs droits. Elle se redresse et commence à préparer sa valise. C’est donc décidé, elle part et reviendra.

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Armageddon

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 5 août  2026

Thème : Rêves/le ciel s’est déchiré

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C’est la fin du monde. Le ciel d’un rouge sang s’est déchiré et une armée d’anges munis de glaives de feu en descendent en tourbillonnants, prêts à affronter les armées de démons qui s’extraient laborieusement de la croûte terrestre.

Nous sommes foutus.

Mais tout ceci n’est qu’un rêve, n’est-ce pas ?

Nous avons fait tant de rêves. Celui-ci avait été prédit depuis si longtemps. Ce n’est qu’un rêve parmi d’autres. Un cauchemar. Même pas. Nous ne souffrons pas. Nous ne faisons que regarder, à distance, une guerre qui ne nous regarde pas. Ce n’est pas vraiment un cauchemar.

Ce n’est pas encore un cauchemar.

La lumière ne ressemble à rien de ce que je connais. Peut-être que ce n’est qu’une hallucination. Peut-être que je suis en train de mourir de tout autre chose, et que mon cerveau délirant essaye de s’offrir le dernier trip de sa vie en balançant tous ses neurotransmetteurs d’un coup.

Les anges et les démons s’affrontent dans un immense clash lumineux.

A coté de moi, des gens pleurent. D’autres hurlent. Ceux qui étaient capable de fuir ont fuit. Les autres sont tétanisés.

Des anges viennent chercher certains parmi les humains et les emmènent au ciel dans un tourbillon de plumes.

Ils ne viennent pas pour moi.

Suis-je déçue ou soulagée ?

Je ferme les yeux et tente d’ignorer les cris.

Soulagée.

J’avais de plus beaux rêves que celui-ci.

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30jourspourécrire 2026 : les sujets

1 - Et si… / Je vais voir ce que je peux faire 2 - Symétrie / Parfum poussière 3 - Héritage / Facettes et fragments 4 - La farandole / Je n’ai jamais vu ce film 5 - Rêves / Le ciel s’est déchiré 6 - Le vide / L’encre et l’oiseau 7 - Corps / Mémoire d’autres vies 8 - Louve / Pourquoi moi ? 9 - Couler / Bijoux 10 - Le chat bleu / Le dernier humain sur Terre 11 - Odyssée / Une liste qui n’est pas une liste de courses 12 - Marque-page / Une guitare dans le cœur 13 - Aventure / Carpe noctem 14 - La rosée / Le musée des péchés 15 - Syncope / Mon petit doigt m’a dit 16 - Fourmis / La Mort amoureuse 17 - Labyrinthe / Reportage dans les souvenirs d’enfance 18 - La chaleur / Créatures en sommeil 19 - Des radis / L’écho du silence 20 - Ascendant / Proche des falaises 21 - Lire / Fleur du lendemain 22 - Un craquement / Cendres chaudes 23 - C’est fait / Parmi les moutons 24 - Un nuage / Écrire sans employer « je » 25 - Fosse / Note de miel 26 - Retouche / En trois maux 27 - Un phare / Des yeux noirs 28 - À l’intersection / Une lumière rouge 29 - Chêne / Brume sacrée 30 - Dix bougies / La dernière page

Rappel des règles ici

Au final...

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 30 août 

Thème : bilan/écrire

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Peut-on être un écrivain quand on n’est pas en train d’écrire ?

Peut-être qu’écrivain est une étiquette trop lourde à porter. Comme quelque chose qui définirait notre identité toute entière. Alors que le crochet, par exemple, n’a rien d’aussi lourd. Parfois j’en fais, parfois je n’en fais pas, mais jamais je ne me suis posé la question de si je pouvais me définir comme crocheteuse.

Alors que écrivain, écrivaine, autrice, romancière… Ça, ce sont des titres qui réclament reflexion.

J’ai écrit des romans, des nouvelles, une pièce de théatre, un scénario de BD (jamais dessiné), une campagne de JDR, et un certain nombre de fanfictions. Et pendant des mois et des années, je n’ai rien écrit du tout.

Est-ce que j’ai gagné mon badge d’écrivain ? Si oui, quand ? Est-ce la quantité qui compte ? La qualité ? La reconnaissance des pairs ? L’édition officielle et professionnalisante ? Le plaisir des lecteurs ? Est-ce qu’il est vraiment indispensable d’avoir des lecteurs ou est-ce qu’il suffit d’écrire ? Et est-ce qu’on peut le perdre, ce badge d’écrivain ? Au bout de combien de temps ?  

Je me souviens d’un temps où toutes ces questions étaient très importantes pour moi, parce que j’étais persuadée qu’elles avaient des réponses. Je sentais au fond de moi qu’il y avait un moyen pour qu’un jour, je sois un véritable écrivain. Ce serait quelque chose de très satisfaisant. Quelque chose dont je serais fière.

Aujourd’hui, je suis fière d’être arrivée au bout du challenge de 30 jours d’écriture, et surtout, je suis contente de l’avoir fait. Je me suis amusée à glisser d’un monde à l’autre, d’une peau à l’autre, d’une situation à l’autre, dans le tragique, dans le comique, dans le banal et dans le magique. Ecrire m’a amenée dans des ailleurs que j’ai découverts au fur et à mesure des mots sur le clavier. C’est ça que j’aime et qui fait que quoi qu’il arrive, je finis toujours par revenir à l’écriture. C’est mon art de prédilection, ma fenêtre sur l’ailleurs, ma boite à outil pour ouvrir le capot du monde et en défaire les pièces pour les examiner une par une.

Je ne sais pas si je suis un écrivain, si je l’ai été ou si je le serai un jour. Mais je suis définitivement quelqu’un qui écrit.

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Le médaillon

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 29 août 

Thème : derrière la porte/sérénité

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Derrière cette porte se trouve le trésor. Tu en es sûre. Sûre et certaine.

D’accord, tu en étais aussi sûre à la porte d’avant, et à celle d’encore avant. Tout ce que ça t’a amené, ce sont des monstres, des pièges et des ennuis. Mais il y a un trésor dans ce palais, tu le sais, tu le sens. L’appel de l’or fait presque trembler tes os. Tu ne peux tout simplement pas résister.

Maintenant, ouvre cette dernière porte…

Ouvre la porte.

Allons, ouvre la porte, on n’a pas toute la journée ! Qu’est-ce que tu attends, à la fin ? Oui, je sais, il est beau, le jardin. Quelqu’un s’est donné du mal pour ça, et j’avoue que moi-même j’adorerai m’y promener. Mais moi, je suis l’esprit prisonnier d’un médaillon maudit, donc ça fait bien longtemps que je ne me promène plus nulle part, et toi, tu es une aventurière en plein pillage, tu n’es pas là pour profiter du jardin. On se concentre. Tu veux ouvrir cette porte. Derrière cette porte se trouve le trésor. Tu en es sûre…

J’ai l’impression que tu ne m’écoutes pas du tout, en fait.

Enfin, je sais que tu ne m’entends pas, mais normalement tu m’écoutes ! Je suis la petite voix au fond de ta tête, celle qui te guide, ta précieuse intuition ! Et j’ai dit ou-vre-la-por-te ! Pas va dans le jardin ! La porte !

Et merde.

Nous voilà dans l’herbe, sous un arbre, dans le murmure du vent et des fontaines, au milieu des fruits et des fleurs. Et je sens la sérénité du lieu t’envahir peu à peu. Résiste ! C’est un piège ! Ils tentent d’endormir ta vigilance ! Ces parfums sont trop parfaits ! Cette herbe est trop douce ! Surtout ne t’endors pas ! Ne t’endors…

Et tu dors.

Bien. Bien bien bien bien. Parfait, même. Après tout, ce n’est pas comme si j’avais un timing. Des objectifs. Un puits maléfique dans lequel je dois te faire tomber comme tous tes prédecesseurs. Mais non, mademoiselle avait envie d’une petite sieste sous les arbres, c’est juste ro-yal. Le Seigneur des Ténèbres va me faire la peau, mais tout va bien. Tu sais qu’il  y a pire comme sort que d’être un médaillon maudit, n’est-ce pas ? Certains d’entre nous n’ont aucune envie de finir dans un anneau jeté à la mer et gobé par un poisson pendant des siècles ! Alors on se remue !

Et comment je peux faire pour te réveiller ? Je n’ai jamais fait face à ce cas de figure, moi ! D’habitude l’appel de l’or suffit ! On ne peut vraiment plus compter sur personne de nos jours.

Bon. Je n’ai plus qu’à attendre.

Tout, dans ce jardin, est une invitation à la sérénité. Au calme. A la paix…

Quand je tiendrais le con qui a mis ce putain de jardin à portée de fenetre de mon meilleur piège, je te jure qu’il va passer un sale quart d’heure.

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La disparition

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 28 août 

Thème : crush/dans les brumes

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Mon cœur est broyé. Mon esprit envolé.

Quelque part dans les brumes, quelqu’un s’éloigne et ne me cherche pas.

Il faudrait qu’on me ramène. Je ne comprends pas ce qui se passe. J’ai si peur et je suis si triste. Ça ne devrait pas arriver ! Je devais…

J’ai des fleurs à la main. Je devais les offrir à quelqu’un. Quelqu’un de très important. La personne la plus importante du monde.

Je ne me rappelle ni son nom, ni son visage.

Je regarde tout autour de moi. C’est comme si les brumes s’envolaient peu à peu. Les rayons du soleil touchent le sol les uns après les autres, jusqu’à ce que la rue soit complètement baignée de lumière. A nouveau. Elle était déjà comme ça quand je suis arrivé, non ?

Toutes les brumes se sont dissipées et je retrouve à peu près mes esprits. Qu’est-ce qui m’a pris de venir ici avec ces fleurs ? C’est ça qui m’agace. Je n’arrive pas du tout à mettre le doigt dessus…

Et ça me rend triste. Beaucoup trop triste pour un détail aussi insignifiant. Je ne sais pas ce que j’ai aujourd’hui. Comme si j’étais hanté. Non, comme si j’aurais dû être hanté. Et qu’à la place, je suis désespérément seul.

Je me reprends et me redresse. Le soleil brille, la vie est belle, je peux reprendre ma route.

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Les bonnes réponses

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 27 août 

Thème : constellation/dans la vastitude

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« Regarde ! Elles sont magnifiques, non ?

Je regarde le ciel et les quelques étoiles que j’arrive à distinguer malgré les lumières de la ville. Oui, c’est sûr qu’elles sont jolies. C’est toujours joli, les étoiles.

Ceci dit, ça reste une dizaine de points blancs sur un fond noir. Ce n’est pas seulement la ville qui fait ça, c’est aussi ma myopie. Plus j’avance en âge et moins je vois d’étoiles. C’est triste. Surtout quand je regarde des photos de la voie lactées prises par des appareils bien plus performants que mes pauvres yeux. Je sais que je manque quelque chose.

Mais bon. C’est un premier rendez-vous, je sais quoi répondre quand une fille me demande si quoi que ce soit est magnifique :

― Oui, elles sont vraiment extraordinaires.

L’ambiance, c’est important. Et vu le sourire qu’elle me décroche, c’était la bonne réponse. Elle ajoute :

― Tu savais qu’il y a une constellation en plus des douze signes du zodiac ? Le serpentaire. Ils ne la comptent pas en astrologie parce que ça ne permet pas d’avoir un partage égal des signes dans l’année, mais elle existe, et ceux qui s’y connaissent vraiment en tiennent compte. Comme un signe caché. C’est fou, non ?

De l’astrologie ? Au secours. On va rester safe :

― Ah, non, je ne savais pas.

― Toi tu es Balance, c’est ça ?

Non, mais beaucoup trop de filles m’ont fait des remarques sur mon caractère de Scorpion, donc j’ai choisi le signe le plus neutre et équilibré que j’ai trouvé dans les descriptifs et j’ai changé ma date de naissance sur le site. Sauf que j’ai oublié ma fausse date de naissance et je sens que cette conversation prend une pente glissante, alors on va changer de sujet.

Je réponds avec le « hum hum » de quelqu’un qui ne se mouille pas et je fais comme si j’étais perdu dans la contemplation du ciel, avant de dire d’une voix pénétrée :

― Tu ne t’es jamais sentie toute petite face au cosmos ? Comme si on était perdu dans la vastitude de l’univers ?

J’attends un peu. J’espère que ce n’était pas trop bateau…

Puis je sens une main se glisser sous mon bras et une tête s’appuyer sur mon épaule. Bingo.

Elle répond :

― Si, parfois. Mais je me dis qu’il y a forcément d’autres êtres quelque part qui vivent la même chose et se posent les mêmes questions, et je me sens connectée à eux, d’une certaine façon.

On se sourit. A ce stade, les mots n’ont plus vraiment d’importance. On débattra réellement de la vie extraterrestre et du fait que ce sont sans doute à 99% des bactéries plus tard, quand on se connaitra mieux. Pour l’instant, il faut saupoudrer le moment de magie. On joue chacun notre role, on donne les bonnes répliques, et tout ira bien.

Je me penche pour l’embrasser, et la magie opère.

C’est absolument parfait comme ça.

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Insomnies

Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 26 août 

Thème : économie/Dialogue avec son ombre (votre ombre prend forme et voix, elle a deux-trois choses à voir avec vous)

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Je vais cliquer sur le bouton « Finaliser votre commande » quand j’entends une voix impérieuse gronder :

« Ah, non ! Lâche cette souris et éteins ça tout de suite !

Je fais un bond et me retourne en panique. Il est trois heures du matin, je suis dans mon lit, seule dans la maison, et on me parle !

Mais je ne vois personne. Fébrilement, j’allume la grande lumière de la chambre – ma petite lampe de chevet me suffisait jusqu’ici – et j’attrape le premier objet lourd qui me tombe sous la main, une petite statuette de chouette qui va me servir d’arme improvisée si j’en ai besoin.

Sur mon lit, ma chienne me regarde comme si j’étais devenue folle. Etrangement, c’est ça qui me calme. Si quelqu’un était entré, Miss Choo aurait aboyé comme une perdue : elle n’a peut-être pas la machoire qu’il faut pour assurer comme chien de garde – à la limite, elle peut croquer un doigt si l’intrus se baisse assez – mais c’est un système d’alarme hors pair, toujours prête à m’alerter du moindre danger tels que les passants, les chats et les feuilles mortes qui tombent sur la terrasse en faisant une ombre bizarre.

Non, c’est moi, j’ai dû rêver. J’ai pris un somnifère assez puissant, mais mes insomnies persistent, ça peut faire des mélanges très bizarres, on dort en croyant être éveillé ou inversement…

Inversement, ça s’appelle une hallucination et je n’en suis pas encore là, merci bien, donc non, pas inversement. J’ai juste dû m’endormir sans m’en apercevoir et continuer ce que je faisais dans le rêve.

En tout cas là, avec l’adrénaline, je suis très réveillée, donc autant vérifier où j’en étais. J’ouvre l’ordinateur et voit ma commande, prête à être envoyée, exactement comme dans mon rêve. Un micro-sommeil ?

La même voix insiste :

― Eteins ça, je te dis ! Sinon demain, tu le regretteras !

Je dors éveillée. C’est la seule explication valable. Parce que la voix vient de ma propre ombre, sur le mur, mon ombre qui ne suit pas du tout docilement ce que je suis en train de faire, et qui au contraire m’explique la vie avec de grands gestes :

― Oui, t’es dépressive et shootée jusqu’aux yeux, mais je te rappelle que le but des médicaments c’est de t’en sortir ! Et là, compenser les insomnies en achetant n’importe quoi, c’est un mécanisme auto-destructeur ! Parce que comment tu vas te sentir demain matin ?

Folle. Je suis en train discuter avec mon ombre à trois heures du matin, je vais sentir que je suis définitivement devenue folle. Mais l’ombre me pointe du doigt avec autorité et, docilement, je réponds :

― Mal. Parce que j’ai encore craquée.

― Voilà ! Tu es déjà dans le rouge, tu es en train d’accumuler les problèmes et de passer en revue les crédits à la consommation, tu vois bien que ça ne va pas ! Toutes tes économies ont disparus ! Tu te souviens comme tu avais bossé dur pour les faire ?

Oui, je me souviens. Toutes les heures passées au travail, ou à tout faire à la maison pour dépenser le moins possible. Je m’étais donné tellement de mal pour pouvoir offrir plus tard à mes enfants la meilleure vie possible.

Mais les enfants sont grands maintenant et ils n’ont plus besoin de moi. A quoi sert l’argent si on ne le dépense pas ?

― C’est bon, je fais ce que j’ai envie, et ça me fait plaisir d’acheter ces chaussures !

― Et tu les mettras, peut-être ? Ou elles vont rejoindre la pile de la honte ?

Je referme la bouche d’un coup sec. Je déteste cette conversation.

Oui, j’aime acheter en ligne, surtout quand je ne dors pas au milieu de la nuit et que les idées noires tournent en boucle. Ça me fait penser à autre chose. Le petit boost de dopamine qui me manque. L’excitation de m’offrir un cadeau à moi-même, de me dire que je l’ai bien mérité. Et le plaisir de recevoir le colis. Tout ça m’aide à tenir.

Mais ensuite, il y a la pile de la honte. L’endroit où j’accumule toutes ces chaussures, ces vêtements, ces bijoux que je ne mets qu’une fois, ou pas du tout. J’attends un certain temps, et ensuite je les revends sur Vinted, pour le tiers ou le quart du prix, encore dans leur emballage neuf la plupart du temps. De l’argent gaché pour le plaisir éphémère de recevoir un cadeau. Une récompense. Une félicitation que j’ai trop longtemps attendue et qui n’est jamais venue.

Je sais tout ça. Je n’arrive juste pas à vivre sans. J’ai déjà pris tout ce que je pouvais prendre pour me sentir mieux, pour avoir moins envie de me faire disparaître. Et ça m’a conduit là, à discuter avec mon ombre sur le mur à trois heures du matin.

Je gratouille les oreilles de Miss Choo qui se rendort avec un baillement. Tu as tellement raison, ma belle. La vie de chien, c’est le top.

Je murmure :

― Qu’est-ce que je peux faire d’autre ? Je ne dors pas.

― Eteint l’ordinateur. Je t’en supplie. Protège-toi.

― Et après ?

― Et après, tu vas te poser au canapé avec Miss Chouchou, sous le plaid, et tu regardes des documentaires jusqu’à ce que l’envie passe, ou que la journée commence.

Je souris en entendant le surnom de ma chienne. C’est comme ça que je l’appelle. C’est ma voix. C’est moi, là, sur le mur, en train de prendre soin de moi. Et d’être méchante en même temps.

― Punie et va au coin, pas vrai ?

― Tu sais ce qu’il faut faire. Tu finiras par dormir. Et demain matin, tu te réveilleras fière de toi.

― C’est une promesse ?

― Croix de bois, croix de fer.

Je sais je sais je sais qu’elle a raison. Je n’ai pas envie qu’elle ait raison. Mais je sais qu’elle a raison.

Alors je ferme l’ordinateur, j’attrape la petite chouchou qui ne comprend pas ce qui se passe mais se laisse faire, toujours partante tant qu’elle est avec moi, et on va se poser devant la télé en attendant que le sommeil daigne se montrer.

Et dans les reflets dansants de l’écran je vois mon ombre onduler, m’accompagnant comme toujours et pour toujours, et avant que le rêve ne me bascule dans un véritable sommeil, je l’entends me murmurer :

― Je suis fière de toi »

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