Georges Jacques Danton
Georges Jacques Danton, dit aussi d'Anton[1], né le à Arcis-sur-Aube et mort guillotiné le (16 germinal an II) à Paris, est un avocat au Conseil du Roi et un homme politique français, ministre de la Justice.
| Georges Danton | ||
Portrait de Georges Danton (auteur anonyme, vers 1790, huile sur toile, conservé au musée Carnavalet). | ||
| Fonctions | ||
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| Député français | ||
| – (1 an, 6 mois et 15 jours) |
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| Élection | 6 septembre 1792 | |
| Circonscription | Seine | |
| Législature | Convention nationale | |
| Successeur | Gabriel Vaugeois | |
| Président de la Convention nationale | ||
| – (14 jours) |
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| Prédécesseur | André Jeanbon Saint-André | |
| Successeur | Marie-Jean Hérault de Séchelles | |
| Membre du Comité de salut public | ||
| – (3 mois et 4 jours) |
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| Groupe politique | Montagne | |
| Ministre de la Justice | ||
| – (1 mois et 29 jours) |
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| Gouvernement | Conseil exécutif | |
| Prédécesseur | Étienne de Joly | |
| Successeur | Dominique Joseph Garat | |
| Biographie | ||
| Nom de naissance | Georges Jacques Danton | |
| Date de naissance | ||
| Lieu de naissance | Arcis-sur-Aube, Champagne | |
| Date de décès | (à 34 ans) | |
| Lieu de décès | Place de la Révolution, Paris, Seine | |
| Nature du décès | Guillotiné | |
| Sépulture | Cimetière des Errancis puis catacombes de Paris | |
| Nationalité | Française | |
| Conjoint | Antoinette Gabrielle Danton (m. 1787–1793)
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| Deuxième conjoint | Louise Sébastienne Danton (m. 1793–1794)
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| Profession | Avocat | |
| Religion | Catholicisme | |
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Avocat modeste et inconnu à la veille de la Révolution, Danton fait ses classes révolutionnaires à la tête des assemblées de son quartier et en particulier du district des Cordeliers, dont il devient un orateur réputé. C’est la chute de la monarchie qui le hisse à des responsabilités gouvernementales et en fait un des chefs de la Révolution.
Lors de la crise de l'été 1792, face à l'invasion des armées coalisées, il joue un rôle central dans la mobilisation nationale en tant que ministre de la Justice du Conseil exécutif provisoire, prononçant notamment le discours du 2 septembre 1792 resté célèbre pour son appel à l'audace.
À l'instar de Robespierre, une légende s'est vite constituée autour de sa personne. Une polémique idéologique et politique entre historiens robespierristes et dantonistes s'est déchaînée et a culminé sous la IIIe République. Pour les premiers, Danton est un politicien sans scrupules, vénal, capable de trahir la Révolution ; pour les seconds, il est un ardent démocrate, un patriote indéfectible, un homme d’État généreux.
Biographie
modifierOrigines familiales et formation
modifierGeorges Jacques Danton naît le à Arcis-sur-Aube, dans la province de Champagne. Il est baptisé le jour même en l'église Saint-Étienne d'Arcis-sur-Aube, son parrain étant Georges Camut, charpentier, et sa marraine Marie Papillon, fille du chirurgien Charles Papillon[2][3].
Il est le fils de Jacques Danton (1722-1762), qui, après avoir exercé comme huissier de justice, avait acheté une charge de procureur au bailliage d'Arcis-sur-Aube[4], et de Marie-Madeleine Camut, fille de Georges Camut, charpentier entrepreneur des ponts royaux[2][5]. Seconde épouse de Jacques, dont la première femme, Marie-Jeanne Bestelot, était morte en 1753, un mois après la naissance de son cinquième enfant, Marie-Madeleine lui donne sept enfants après leur mariage le 25 juin 1755[2], dont un posthume. Georges Jacques est le cinquième. Issu d'un milieu de petite bourgeoisie provinciale mêlant robe modeste et artisanat[4], Georges Jacques perd son père à l'âge de trois ans. Leur mère se remarie le 24 juillet 1770 avec Jean Recordain, filateur de coton[6], dont elle aura quatre enfants, les trois premiers mourant en bas âge. Seul le quatrième, Jean Recordain, né le , parvient à l'âge adulte[6].
Selon les récits d'Alexandre Rousselin et de Louis-Robert Béon, rapportés et amplifiés par les apologistes positivistes, l'enfant aurait été nourri par une vache faute de lait maternel. Un taureau échappé se serait précipité sur l'animal au moment de la tétée et l'aurait blessé à la lèvre supérieure d'un coup de corne. Plus tard, une lutte avec un taureau lui aurait écrasé le nez, une chute devant un troupeau de porcs l'aurait grièvement blessé, et il aurait contracté la variole[7][8]. Ces récits furent repris et amplifiés par Robinet qui fit paraître en 1865 son Mémoire sur la vie privée de Danton en leur conférant une fausse apparence scientifique[9]. Mathiez a retracé la chaîne de transmission. Les fils du conventionnel avaient constitué dès 1846 un mémoire justificatif à l'usage des historiens, que relayèrent successivement l'universitaire Arsène Danton, homonyme éloigné du conventionnel, proche de Michelet, puis les compilateurs Villiaumé et Robinet[10]. La légende dantonienne ne s'imposa dans le camp républicain et dans l'enseignement officiel qu'aux alentours de 1890, fruit de cette longue campagne familiale relayée par l'école positiviste[11].
Danton est scolarisé à partir d'octobre 1772 au petit séminaire de Troyes[12], dont les élèves suivent les cours au collège des Oratoriens[12]. Sa nature indépendante s'accommodant mal de la discipline de l'internat, il entre au début de l'année 1774-1775 dans une pension laïque de Troyes dirigée par un M. Richard, dont les élèves suivent également les cours à l'Oratoire[13]. Il y poursuit ses études jusqu'en classe de rhétorique[14], sans que l'on sache avec certitude à quelle date il quitte Troyes. De 1775 à 1779, il échappe à ses biographes[15].
Carrière sous l'Ancien Régime (1780-1789) et mariage (1787)
modifierEn 1780, Danton quitte sa Champagne natale pour Paris, où il entre comme clerc chez Maître Vinot, procureur au Parlement installé sur l’île Saint-Louis. L’étude traite principalement de litiges civils opposant des familles de la noblesse[4]. Soucieux d’obtenir les titres nécessaires à l’exercice de la profession d’avocat, il se rend à Reims en 1784 et suit, d’avril à septembre, les cours de la faculté de droit. Il y obtient ses grades avant d’être reçu avocat[16]. Il regagne ensuite rapidement Paris[17].
C’est au café du Parnasse, tenu par un limonadier à l’angle de la place de l’École et du quai du Louvre, qu’il rencontre Antoinette Gabrielle Charpentier, fille du propriétaire[18]. Son père, François-Jérôme Charpentier, n'est non seulement limonadier mais aussi contrôleur des fermes. Il jouit d'une aisance confortable. Il avait lui-même amassé une fortune d'un peu plus de 100 000 livres au moment du mariage de sa fille[19]. Danton et Gabrielle se marient le en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois[20] et s'installent au no 20 de la cour du Commerce, dans un appartement de six pièces au premier étage[n 1], dont le salon donne sur l'actuelle rue de l'École-de-Médecine. D’après l’État actuel de Paris de 1788, le cabinet de « M. d’Anton, avocat ès conseils » se trouve alors au no 1 de la cour du Commerce, dans un immeuble détruit en 1875 lors du percement du boulevard Saint-Germain.
En 1787, Danton acquiert auprès de Maître Huet de Paisy une charge d’avocat aux Conseils du roi pour la somme de 78 000 livres, dont 10 000 livres pour le corps de l’office et 68 000 livres pour la pratique. Deux créances garanties par le vendeur, d'une valeur de 12 000 livres, ramènent toutefois le prix net à 66 000 livres[22]. Afin de régler les 56 000 livres exigées à la signature, Danton contracte plusieurs emprunts : 36 000 livres à Françoise-Julie Duhauttoir, demeurant à Troyes, et 15 000 livres à son futur beau-père Charpentier, avec le cautionnement de ses tantes maternelles Marie-Geneviève et Anne Camus. Le reste provient de prêteurs non identifiés dans l'acte[22][23]. Le traité d'acquisition est signé le 29 mars 1787 entre Charles Nicolas Huet de Paisy et Danton[24] tandis que le solde n'est réglé que le [24].
Le contrat de mariage du 9 juin 1787 montre que Danton ne possède alors qu’un patrimoine modeste, évalué à 12 000 livres en terres et maisons à Arcis-sur-Aube. La dot de Gabrielle (20 000 livres) sert immédiatement à rembourser les 15 000 livres avancées par son beau-père, si bien que la dette nette reste d'environ 53 000 livres[25].
La signature « d'Anton », qui alterne sans cohérence avec « Danton » dans les requêtes de la même période, a souvent été interprétée comme une tentative d’usurpation nobiliaire. L’examen des documents ne permet cependant pas de confirmer cette hypothèse[26].
Enfin, les critiques formulées à partir de la IIIe République sur les conditions d’acquisition de sa charge, parfois décrite comme peu active ou source d’un enrichissement suspect, apparaissent fragiles[27][28]. Entre 1787 et 1791, au moins vingt-deux requêtes déposées devant le Conseil du roi et le Conseil privé témoignent au contraire d’une activité professionnelle réelle[29].La question de l’accroissement rapide de son patrimoine demeure néanmoins discutée. Danton ne déclarait que 12 000 livres de biens dans son contrat de mariage de 1787, alors qu'il estimait lui-même ses propriétés à plus de 95 000 livres à l'automne 1791, soit une progression d'au moins 130 000 livres en six ans[30]. Une part de cette accumulation est documentée par actes authentiques. En mars-avril 1791, avant même le remboursement de sa charge, il achète comptant pour 82 800 livres de biens nationaux[31], ce que le seul produit de l'étude n'explique pas[32]. Une lettre privée de Mirabeau au comte de La Marck, datée du 10 mars 1791, apporte un éclairage supplémentaire. Rédigée quinze jours avant l'achat de la ferme de Nuisement, elle signale que Danton vient de recevoir 30 000 livres de la liste civile[33], document que Louis Blanc avait déjà jugé irréfutable[34].
La Révolution
modifierUn agitateur de quartier (1789-10 août 1792)
modifierEn 1789, Danton habite le district des Cordeliers (devenu en la section des Théâtres-Français) dans le quartier du Luxembourg, quartier de libraires, de journalistes et d'imprimeurs, où se concentre une large part de la presse radicale parisienne[35]. Il demeure au no 1 de la cour du Commerce-Saint-André, passage bordé de boutiques reliant la rue Saint-André-des-Arts à la rue de l'École-de-Médecine, où résident également Marat et Camille Desmoulins, ce dernier dans le même immeuble que lui. Le quartier forme à lui seul une concentration exceptionnelle de presse radicale. C'est là que Loustallot publie ses Révolutions de Paris, Fréron son Orateur du Peuple, Brune son Journal de la Cour et de la Ville, et que l'imprimeur Momoro fabrique les pamphlets qui lancent Desmoulins. Marat, en fuite devant la police municipale à l'automne 1789, s'y réfugie précisément pour bénéficier de cette protection collective[36].
Issu de la moyenne bourgeoisie parisienne et titulaire d'un office d'avocat aux conseils du roi, il participe aux assemblées préparatoires aux états généraux de 1789, sans être retenu comme électeur par son district[37]. Il rejoint également la garde bourgeoise des Cordeliers.
Il acquiert sa renommée dans les assemblées de son quartier. Dès le 12 septembre 1789, il est attesté comme président de l'assemblée du district des Cordeliers, qui s'oppose au plan provisoire de municipalité en refusant d'en adopter les dispositions séparément[38]. Le 2 novembre, il signe une nouvelle délibération contestant le droit de la Commune provisoire à supprimer la correspondance entre districts, au nom de la souveraineté des citoyens parisiens[39]. Il sera réélu président du district à plusieurs reprises[40] et conserve ensuite une influence importante dans l'assemblée de section qui lui succède. Le groupe qui se constitue autour de lui apparaît comme une organisation informelle, dépourvue de patronage institutionnel, et qui devait servir de relais d'influence dans son activité politique au cours des trois années suivantes[41].
La légende d'un Danton chef du Club des Cordeliers est aujourd'hui largement contestée. Mathiez admettait encore qu'il figurait sur la liste des membres du club, tout en constatant qu'il n'y paraissait presque jamais et n'y prenait pas la parole[42]. Des travaux plus récents mettent en doute jusqu'à son appartenance formelle. Ni les actes officiels ni les comptes rendus de presse ne portent trace de sa présence ou de ses prises de parole, et aucun document ne confirme qu'il en ait jamais détenu la carte de membre[43][44]. C'est surtout aux Jacobins, dont il est membre depuis septembre 1790, qu'il développe son activité politique. Son faible investissement dans le Club des Cordeliers contraste avec son rôle dans d'autres espaces politiques parisiens. Le club n'avait aucune assise constitutionnelle et ne pouvait peser directement sur la législation. Pour ses opérations ordinaires, Danton s'appuyait davantage sur ses réseaux dans les sections et les clubs. Ses proches dans la section du Théâtre-Français, comme Legendre, Fréron, Brune, Sergent, Fabre d'Églantine, Billaud-Varenne et son ancien camarade Jules Paré, forment autour de lui un réseau d'amis plutôt qu'un véritable parti[45][44].
C'est dans ces assemblées de quartier qu'il acquiert une réputation d'orateur. Ses interventions, rarement préparées par écrit, sont signalées par plusieurs contemporains pour leur efficacité oratoire[46]. Le juriste Lavaux, qui le connait dans un cadre privé, rapporte l'avoir vu le 13 juillet 1789 s'adresser à la foule en montant sur une table. Il découvre un Danton très différent de celui qu'il connait et décrit par ailleurs comme un homme calme et réfléchi[46]. Thibaudeau témoigne de sa présence physique et oratoire aux assemblés du district :
« Je fus frappé de sa haute stature, de ses formes athlétiques, de l'irrégularité de ses traits labourés de petite vérole, de sa parole âpre, brusque, retentissante, de son geste dramatique, de la mobilité de sa physionomie, de son regard assuré et pénétrant, de l'énergie et de l'audace dont son attitude et tous ses mouvements étaient empreints… Il présidait la séance avec la décision, la prestesse et l'autorité d'un homme qui sent sa puissance[47]. »
Car Danton, comme Mirabeau, est une « gueule », un personnage théâtral. Mme Roland, dont le témoignage est ouvertement hostile[48], évoque une figure « repoussante et atroce, avec un air de grande jovialité ». Levasseur note pour sa part que « cette voix retentissait au milieu de l'Assemblée, comme le canon d'alarme qui appelle les soldats sur la brèche. » Georges Lefebvre le décrit comme un homme porté vers les plaisirs de la vie, doté d'une forte sociabilité et d'une capacité à susciter la mobilisation politique[28]. Il en donne le portrait suivant :
« (…)(I)l était nonchalant et paresseux ; c’était un colosse débordant de vie, mais dont le souci profond et spontané était de jouir de l’existence, sans se mettre en peine de lui assigner une fin idéologique ou morale, en se tenant le plus près possible de la nature, sans souci du lendemain surtout. On le comprend encore mieux quand on le voit fier de sa force, de l’abus qu’il en faisait et de ses prouesses amoureuses ; si solide qu’il fût, il avait des moments de dépression qui aggravaient sa paresse, et dégénéraient en atonie. Et enfin, il me paraît vraiment qu’il fut « magnanime » comme le dit Royer-Collard. S’il ignorait les scrupules, il ne connaissait pas non plus la haine, la rancune, la soif de vengeance qui ont tant contribué à déformer la Terreur et à l’ensanglanter[49].
(…) Avec son goût très vif, mais sain, pour les plaisirs de la vie, le « cœur sur la main », et la dépense facile, insouciant et indulgent, d’une verve intarissable et primesautière, qui n’épargnait pas les propos salés, Danton plaisait naturellement à beaucoup de gens. (…) Aimant l’existence, il était optimiste ; débordant de sève, il respirait ordinairement l’énergie ; ainsi devait-il s’imposer aisément comme un chef : c’était un entraîneur d’hommes[50]. »
Les travaux d'Albert Mathiez, repris par la plupart des historiens de la Révolution française[n 2], ont établi que Danton a reçu des fonds de la liste civile selon le plan de corruption proposé à Louis XVI par Mirabeau, qui visait notamment les journalistes et les orateurs de club. Ces sommes lui ont permis de rembourser ses emprunts et d'acquérir des biens nationaux à Arcis-sur-Aube. En revanche, les services qu'il aurait rendus en contrepartie restent indéterminés : Hampson note qu'il dissimula si bien ses traces qu'il est impossible de distinguer ce qui relevait de la feinte légitime de ce qui constituait une véritable compromission[51]. « Ils sont imperceptibles », note Mona Ozouf[52], et « sur ce que la Cour obtint de lui, nous ne savons rien », écrit Lefebvre[28].
Son influence politique s'accroît rapidement dans les milieux populaires parisiens. Le district qu'il préside s'illustre dans la lutte contre Bailly, le maire de Paris, et contre La Fayette. Il s'insurge en pour soustraire Marat aux poursuites judiciaires. S'il ne participe pas directement à toutes les grandes journées révolutionnaires — 14 juillet 1789, 6 octobre 1789, 20 juin 1792, 10 août 1792 —, plusieurs historiens soulignent son implication dans leur préparation politique et dans la mobilisation des sections parisiennes[53][54]. Début , il rédige l'affiche qui appelle les Parisiens aux armes. L'épisode reste cependant d'une portée limitée. Le commandant du bataillon cordelier de la Garde nationale empêcha sa propre unité de marcher. La force de la mobilisation fut moins dans l'action militaire que dans la publicité conquise[54]. Le , la veille de la fusillade du Champ-de-Mars, il lit la pétition des Jacobins sur l'autel de la patrie. Mais le 17, il est absent lorsque la Garde nationale commandée par La Fayette tire sur les pétitionnaires, faisant une cinquantaine de victimes[n 3]. À la suite de cette journée, une série de mesures répressives contre les chefs des sociétés populaires l'oblige à se réfugier à Arcis-sur-Aube, puis en Angleterre.
Après l'amnistie votée à l'Assemblée le , il revient à Paris. Il tente de se faire élire à l'Assemblée législative mais l'opposition des modérés à l'assemblée électorale de Paris l'en empêche. En décembre, la défaite de La Fayette à la mairie face à Bailly démissionnaire marque le déclin du parti « constitutionnel » qui dominait jusqu'alors l'Hôtel de Ville. Lors de ce renouvellement partiel de la municipalité, marqué par une forte abstention, il est péniblement élu second substitut adjoint du procureur de la Commune Pierre-Louis Manuel[56].
Dans le débat sur la guerre qui commence entre jacobins, au début de et voit naître l'opposition entre Montagne et Gironde, il hésite sur la nécessité de la guerre, penchant plutôt du côté de Robespierre que de Brissot mais sans s'engager activement[57].
À la veille de la chute de la monarchie (journée du 10 août 1792), Danton est, de par son éloquence, un des hommes en vue du club des jacobins.
Premier passage au gouvernement (août–septembre 1792) : ministre de la Justice
modifierPortrait peint par François Bonneville, musée des Beaux-Arts de Lyon, 1792.
Danton sort politiquement renforcé de la journée du , bien qu’il n’y ait pas participé personnellement. Il déclara plus tard devant le Tribunal révolutionnaire avoir « fait » le . Sa section, le Théâtre-Français, joua un rôle actif dans l’insurrection, mais son rôle personnel demeure mal connu, les témoignages étant rares et contestés[58].
Face à la Commune insurrectionnelle, appuyée par les sections insurgées et qui contrôle alors de fait la capitale, l'Assemblée législative suspend Louis XVI et institue un Conseil exécutif provisoire de six membres composé des anciens ministres girondins (Roland à l'Intérieur, Servan à la Guerre, Clavière aux Finances), auxquels s'ajoutent Monge à la Marine et Lebrun aux Affaires étrangères. Les girondins, en tension avec la Commune insurrectionnelle, soutiennent la nomination de Danton au ministère de la Justice apparait comme une « concession à l'émeute » [59] afin de maintenir un lien avec les insurgés. Danton est nommé par 222 voix sur 284 [58].
Condorcet, qui bien qu’adversaire malheureux de Danton aux élections de substitut et dans le débat sur la guerre, soutient sa candidature, explique son vote :
« Il fallait dans le ministère un homme qui eût la confiance de ce peuple dont les agitations venaient de renverser le trône (…) qui par son ascendant pût contenir les instruments très méprisables d’une révolution utile, glorieuse et nécessaire (…) qui par son talent pour la parole, par son esprit, par son caractère, n’avilît point le ministère. Danton seul avait ces qualités[60]. »
Et Condorcet ajoute cette considération significative :
« D’ailleurs Danton a cette qualité si précieuse que n’ont jamais les hommes ordinaires : il ne hait ou ne craint ni les lumières, ni les talents, ni la vertu. »
Danton s’installe place Vendôme, devenue place des Piques, et fait aussitôt entrer ses amis au ministère : Desmoulins est nommé secrétaire du Sceau, Fabre d'Églantine secrétaire général de la Justice (jusqu'alors un seul fonctionnaire occupait les deux postes), Robert chef des secrétaires particuliers.
Dans un contexte de tensions politiques et d'affrontements entre autorités rivales, il s'impose, selon plusieurs témoignages contemporains, comme l'un des membres les plus influents du Conseil exécutif.
La Commune insurrectionnelle force l’Assemblée à faire emprisonner Louis XVI au Temple, à convoquer une Convention nationale élue au suffrage universel chargée d’élaborer une Constitution et met en place le dispositif de ce que l’on a appelé « la première Terreur » qui préfigure celle de 1793 : suppression des journaux d’opposition, perquisitions, visites domiciliaires, arrestations de prêtres réfractaires, des notables aristocrates, des anciens ministres feuillants, premier Tribunal révolutionnaire (qui ne fera guillotiner que trois « conspirateurs »). « Là où commence l’action des agents de la nation doit cesser la vengeance populaire » dit Danton.
Paris vit à l’heure des préparatifs militaires, de la patrie en danger, des volontaires. Le , on apprend la première insurrection vendéenne. À la fin du mois, les frontières sont franchies. Le duc de Brunswick avec une armée de 80 000 Austro-Prussiens s’avance vers Paris. Les soldats de la Révolution reculent.
Le , Roland, soutenu par Servan et Clavière, propose d’abandonner Paris et de se retirer au-delà de la Loire avec l’Assemblée et le roi. Seul parmi les ministres, Danton s'oppose au projet avec vigueur. Les autres y renoncent. Le même jour, devant l’Assemblée, il félicite la Commune pour les mesures déjà prises. Il fait ensuite décider l’envoi dans les départements de commissaires, choisis presque tous parmi les membres de la Commune. Ceux-ci procèdent aux levées de volontaires (30 000 hommes à Paris et dans les départements voisins) ainsi qu’à la réquisition des denrées nécessaires au ravitaillement des armées. Danton fait enfin autoriser les visites domiciliaires de suspects décidées par la Commune.
Le , Paris apprend que le duc de Brunswick a occupé Verdun, que ses troupes sont à deux jours de la capitale. Danton monte à la tribune de l’Assemblée et prononce son célèbre discours, salué par une vive approbation:
« Il est bien satisfaisant, messieurs, pour les ministres d’un peuple libre, d’avoir à lui annoncer que la patrie va être sauvée. Tout s’émeut, tout s’ébranle, tout brûle de combattre ! (…) Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France sera sauvée ! »
Les décrets votés à cette période à l'initiative du Conseil exécutif donnent une impulsion nouvelle à la conduite de la guerre. Jusqu'à Valmy, Danton incarne plus nettement que la Commune ou les girondins, alors engagés dans de vifs conflits internes, la volonté de poursuivre la guerre.
Gravure anonyme, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1792.
À Paris, du 2 au , dans un climat de panique et de peur lié à l'invasion du territoire et aux appels au meurtre des journaux de Marat et d'Hébert, des sans-culottes massacrent entre 1 100 et 1 400 personnes détenues dans les prisons, dont 70 % étaient des prisonniers de droit commun et non des détenus politiques[61]. Dans les semaines précédant ces évènements, Danton avait cependant tenté de circonscrire les mesures les plus extrêmes adoptées par les sections : refus de ranger les indigents parmi les suspects, opposition à l'arrestation de ceux qui avaient protesté contre les évènements du 20 juin, blocage des poursuites envisagées contre les députés ayant amnistié Lafayette le 8 août[62].
Les contemporains et certains historiens[63] ont attribué à Danton un rôle dans ces évènements. Les travaux récents conduisent à penser que nul n'a véritablement organisé la tuerie, mais nul non plus n'a pris les mesures nécessaires pour l'arrêter[64]. Des accusations précises contre Danton ne sont formulées qu'après la proscription des Girondins du 2 juin 1793. C'est dans ce contexte de lutte politique, puis dans les productions post-thermidoriennes, que s'est constituée et amplifiée la thèse de sa culpabilité, reprise ensuite par l'historiographie du XIXe siècle[65]. On sait seulement que Danton, ministre de la Justice, disparaît de la scène publique dès le début des évènements et n'y reparait que le 4 septembre, lorsque les violences sont sur le point de s'achever[66]. « L'attitude des autorités est, sur le moment, embarrassée » écrit François Furet[67] « Toutes se sentent débordées et intimidées. Ni la Commune, ni son Comité de surveillance, n'ont préparé les massacres : ils les ont laissé faire en cherchant à en limiter la portée. Ministre de la Justice, Danton s'est abstenu de toute intervention. L'opinion révolutionnaire a, dans son ensemble, non pas approuvé mais justifié l’évènement. » Une partie de l'historiographie propose une lecture complémentaire. Les représentants des autorités constituées n'ont pas tant été repoussés qu'ignorés, leur parole ayant perdu son efficace symbolique après les atermoiements de l'Assemblée depuis le 10 août[68].
Le discours officiel des révolutionnaires face aux massacres fut avant tout un « discours de honte », dans lequel la violence aveugle provoqua une profonde gêne. Par ailleurs, les massacres soufflèrent à Danton et Robespierre, d'accord sur ce point dès les premiers jours de la Convention, l'idée d'une Terreur organisée et légale, susceptible de canaliser les violences populaires incontrôlables[69].
Le 3 septembre, une circulaire rédigée par le comité de surveillance de la Commune, invitant les départements à imiter l'action des Parisiens, fut envoyée dans le royaume avec le contreseing du ministère de la Justice. On ignore si le sceau fut apposé par Danton lui-même ou par son secrétaire général Fabre d'Églantine, et la circulaire ne produisit ni l'adhésion ni la diffusion escomptées[70].
Peinture d'Horace Vernet, 1826.
Le , la bataille de Valmy repousse l'invasion prussienne. L'affrontement n'est pas immédiatement perçu comme une grande victoire militaire : il n'a pas de nom défini et n'est désigné que par des périphrases, dont les plus répandues sont « la journée du 20 » et « l'affaire du 20 ». La thèse d'un achat de la victoire par Danton grâce au pillage des bijoux de la Couronne a circulé auprès des émigrés et de leurs descendants et a été reprise sous le régime de Vichy, mais elle ne trouve aucun fondement dans les sources contemporaines : lors du procès des dantonistes, aucun complot précis n'est évoqué autour de Valmy[71].
Le même jour, la Convention se réunit, première assemblée élue au suffrage universel à deux degrés, la participation aux assemblées primaires demeurant cependant limitée. À Paris, Robespierre est élu le premier, puis c'est le tour de Danton qui obtient le plus grand nombre de voix : 638 sur 700 présents[72]. Ses amis, Camille Desmoulins, Legendre et Fabre d'Églantine sont élus avec lui. Malgré les attraits de sa charge ministérielle, Danton démissionna le jour même, puisqu'il ne pouvait être à la fois ministre et député, et il fut convenu qu'il resterait en fonctions jusqu'à ce qu'un successeur pût être nommé.
Désormais simple député, Danton accueille le général Dumouriez au Club des Jacobins le , profitant de la gloire du vainqueur pour assoir son propre rôle dans la défense de la nation[73].
La Convention nationale
modifierÀ la Convention, dès la séance du , Danton tente de désamorcer les attaques des Girondins en se désolidarisant de Marat et en proposant de condamner à mort quiconque prônerait une dictature ou une constitution fédérale[74]. Le , il demande que la patrie ne soit plus déclarée en danger, se prononce pour l'abandon des mesures d'exception et appelle plusieurs fois l'Assemblée à la « sainte harmonie »[75]. « C'est en vain que l'on se plaignait à Danton de la faction girondine, écrira Robespierre, il soutenait qu'il n'y avait point là de faction et que tout était le résultat de la vanité et des animosités personnelles »[76]. Les attaques des Girondins se concentrent néanmoins sur lui, Marat et Robespierre, accusés d'aspirer à la dictature en s'appuyant sur la Commune, qui leur fournit en retour les instruments de leur influence sur la Convention[56]. Danton défend Robespierre (« Tous ceux qui parlent de la faction Robespierre sont, à mes yeux, ou des hommes prévenus ou de mauvais citoyens ») mais maintient ses distances avec Marat (« Je n'aime pas l'individu Marat. Je dis avec franchise que j'ai fait l'expérience de son tempérament : il est volcanique, acariâtre et insociable. »).
La situation se complique lorsque Cambon, député nouvellement élu chargé de surveiller les finances publiques, révèle que le crédit de 2 millions de livres voté en août a été réparti entre les ministres sans qu'aucune justification des dépenses secrètes n'ait été fournie, le ministre de la Justice ayant engagé la somme la plus considérable[74]. Roland, ministre de l'Intérieur, donne scrupuleusement ses comptes, tandis que Danton en est incapable[n 4]. Il appuie néanmoins la motion de Cambon, affirmant avoir déjà rendu ses comptes et justifiant ses dépenses par le cumul de fait des fonctions de ministre de la Justice et d'« adjudant-général du ministre de la Guerre »[74].
L'affaire des comptes empoisonne durablement la vie parlementaire. Le , Roland présente ostensiblement ses comptes, poussant les autres ministres à faire de même[78]. Se retranchant derrière la solidarité collective des ministres, Danton affirme que l'essentiel était de gagner la guerre et non de tenir des registres, mettant l'Assemblée dans l'impossibilité de rien prouver. Mais l'affaire reste en suspens[79]. Harcelé par Brissot, il n'échappe que par la lassitude de la Convention, et longtemps les Girondins crieront « Et les comptes ? » pour l'interrompre à la tribune. Son influence est alors en baisse, au profit de Robespierre dont l'autorité au sein de la Montagne s'accroît.
Sur le plan politique, Danton poursuit sa ligne de conciliation. Il rend hommage à Roland et appelle à l'unité des républicains, sans parvenir à enrayer l'offensive girondine contre les Montagnards[80]. Sa position est en outre fragilisée par les accusations de corruption qui pèsent sur lui et limitent sa capacité à s'affranchir des rivalités entre factions[74].
Le procès de Louis XVI
modifierPeut-être écœuré par ces attaques et par l’échec de ses tentatives de conciliation, Danton se fait envoyer fin novembre par la Convention en Belgique avec trois autres commissaires, pour enquêter sur les besoins de l'armée du Nord. Le général Dumouriez se plaignait du directoire d’achats, mis en place par la Convention en remplacement de son fournisseur aux armées (et ami de Danton) l’abbé d’Espagnac, et accusait le directoire de laisser l’armée dans le dénuement[n 5]. Il part le alors que débute le procès de Louis XVI.
Gravure, Paris, BnF, département des estampes, vers 1793.
Danton aurait souhaité sauver Louis XVI, estimant que cela pouvait contribuer à la paix. Robespierre écrivait en : « Il voulait qu’on se contentât de le bannir. La force de l’opinion détermina la sienne »[82]. Théodore de Lameth, venu de Londres pour tenter de sauver le roi, raconte dans ses Mémoires[83] que Danton lui a promis de l’aider : « Je ferai avec prudence mais hardiesse tout ce que je pourrai. Je m’exposerai si je vois une chance de succès, mais si je perds toute espérance, je vous le déclare, ne voulant pas faire tomber ma tête avec la sienne, je serai parmi ceux qui le condamneront »[84]. Ajoutant cependant sans illusion : « Peut-on sauver un roi mis en jugement ? Il est mort quand il paraît devant ses juges. » Pour sauver le roi, il faut des fonds. Talon, interrogé en 1803 par la police de Bonaparte, déclare avoir proposé, de la part de Danton, à William Pitt et au roi de Prusse « de faire sauver, par un décret de déportation, la totalité de la famille royale » et ajoute : « Il me fut démontré, n'ayant pu avoir aucune réponse, que les puissances étrangères se refusaient aux sacrifices pécuniaires demandés par Danton[85] ». On sait[86] cependant que le banquier Le Couteulx versa deux millions à Ocariz, qui représentait l’Espagne à Paris pour acheter des voix durant le procès du roi. Dans ses mémoires l'ancien montagnard René Choudieu admit mais sans donner de nom l'existence d'une telle corruption. Georges Lefebvre conclut « J’admets qu’on laisse en suspens la question de savoir si Danton entendait ou non garder pour lui une portion des millions qu’il demandait[87], mais qu’il les ait sollicités, je ne parviens pas à en douter. » De retour à Paris, les 16 et , « double jeu ou pas, il vota la mort »[88] et rejeta le sursis[n 6].
Mission en Belgique
modifierDanton et Dumouriez entretenaient des liens étroits depuis Valmy, partageant notamment la conviction que les Prussiens devaient pouvoir se retirer librement. Pendant son ministère, Danton aurait couvert un réseau d'entrepreneurs liés à des contrats d'approvisionnement militaire suspects[102]. D’ordre économique, sa mission en Belgique déborde vite sur le terrain politique et militaire. La Belgique doit-elle s’ériger en république indépendante ou être réunie à la France ? Qui doit faire les frais de la guerre ? Si la République doit payer, dit Cambon, le « contrôleur général des finances de la Convention », il est impossible de continuer la guerre. Danton se décide pour l’annexion. Il prépare à Bruxelles, contre l’avis de Dumouriez soucieux de ménager les Belges, le célèbre décret sur l'administration révolutionnaire française des pays conquis. Ce décret qui, selon la formule de Georges Lefebvre, « entreprend, sous la protection des baïonnettes françaises, de rendre les peuples heureux sans les consulter, et à leurs frais », présenté à la Convention par Cambon le et adopté par acclamation, proclame la « souveraineté du peuple » dans les pays occupés, l’abolition de la noblesse et des privilèges, la confiscation des biens du clergé et de la noblesse pour servir de gage aux assignats émis et la création d’une administration provisoire. C'est aussi la période où il est décidé de règlementer la spéculation.
Le , Danton vient demander à la Convention la réunion de la Belgique. Il développe dans un fameux discours la théorie des frontières naturelles qui va orienter pendant deux décennies la politique de la France :
« Ses limites sont marquées par la nature. Nous les atteindrons toutes, des quatre coins de l’horizon : du côté du Rhin, du côté de l’océan, du côté des Alpes. Là doivent finir les bornes de notre République et nulle puissance ne pourra nous empêcher de les atteindre. »
La crise du printemps 1793
modifierSa femme mourut en son absence le , peu après avoir mis au monde leur quatrième enfant, mort-né[103]. Revenu en France le , profondément affligé, il fit exhumer son corps et mouler son buste par le sculpteur Deseine. Il reçut une lettre de condoléance de Robespierre : « Si, dans les seuls malheurs qui puissent ébranler une âme comme la tienne, la certitude d’avoir un ami tendre et dévoué peut t’offrir quelque consolation, je te la présente. Je t’aime plus que jamais, et jusqu’à la mort. Dès ce moment, je suis toi-même. Embrasse ton ami[104]. » Il ne siégea plus à la Convention entre le et le .
Reparti en Belgique le à l'appel de Delacroix, il y trouva une situation désastreuse. Alors que Dumouriez venait d'entrer en Hollande, les Autrichiens battirent le général Miranda, qui dut abandonner Liège. Les habitants se révoltèrent contre l'armée française[105]. Le 7, les commissaires, réunis à Bruxelles, décidèrent de « dépêcher à Paris Danton et Delacroix pour hâter les grandes mesures »[106].
Dans cette seconde mission, les commissaires (« presque occupés que de leurs plaisirs » dit leur collègue Merlin de Douai), firent appliquer le décret par la force. Aux contributions et réquisitions s'ajouta le pillage individuel[107]. Danton et Delacroix acquirent une réputation de violence et de débauche sinon de déprédation[n 7]. Ils furent accusés d'avoir profité de leur mission pour s'enrichir du pillage des abbayes belges[109]. Le général Miaczynski, condamné pour complicité dans la trahison de Dumouriez, accusa Delacroix d'avoir proposé de partager les produits du pillage, mais la Convention jugea les faits non recevables. L'affaire fut vraisemblablement étouffée par Danton lui-même[109].
Ces accusations, qu'elles fussent fondées ou non, illustraient les tensions et les désordres qui accompagnaient une guerre mal maitrisée, symptômes d'une crise bien plus profonde et multiforme qui frappait l'ensemble de la République au printemps 1793. Sur les plans militaire et intérieur, la situation, pourtant très favorable à la fin de 1792, s’était rapidement détériorée. La levée de 300 000 hommes décidée le provoqua des soulèvements dans les campagnes et embrasa la Vendée. Sur le plan économique, les difficultés d'approvisionnement alimentaient à Paris une agitation croissante, orchestrée par les « enragés » qui réclamaient le maximum des prix et des réformes sociales profondes. Sur le plan institutionnel enfin, l'absence de direction cohérente aggrava la paralysie. Les généraux, les ministres du Conseil exécutif — qui depuis la Constituante ne pouvaient siéger comme députés — et la Convention se neutralisaient mutuellement, tandis que cette dernière, de plus en plus fracturée entre girondins et montagnards, subissait la pression constante des sans-culottes parisiens.
C'est précisément cette vacance du pouvoir que Danton, partisan de longue date d'un gouvernement d'union nationale qu'il avait maintes fois défendu avec la Plaine par la voix de Barère, allait tenter de combler. Les onze discours qu'il prononça du au 1er avril furent empreints d'« une sorte de frénésie »[106]. Sitôt arrivé à Paris le , il monta à la tribune et déclara :
« Nous avons fait plusieurs fois l’expérience que tel est le caractère français qu’il faut des dangers pour retrouver toute son énergie. Eh bien, ce moment est arrivé ! Oui, il faut le dire à la France entière ; si vous ne volez pas au secours de vos frères de la Belgique, si Dumouriez est enveloppé, si son armée était obligée de mettre bas les armes, qui peut calculer les malheurs incalculables d’un pareil évènement. La fortune publique anéantie, la mort de 600 000 français pourrait en être la suite. Citoyens, vous n’avez pas une minute à perdre[110] ! »
Il fit voter l’envoi de commissaires dans les sections pour engager les citoyens à voler au secours de la Belgique et provoquer une nouvelle expression de patriotisme[111]. Le soir du 8 mars, aux Jacobins, plusieurs interventions réclamèrent la création d’un tribunal révolutionnaire et son emploi contre les Girondins. Hébert alla jusqu’à demander l’exécution des généraux et des ministres. Danton estimait que la situation à Paris échappait désormais à tout contrôle et s’efforça alors de canaliser cette agitation vers les enjeux de défense nationale[105].
Le , il appela avec succès à la libération des prisonniers pour dettes, proposition transformée en loi d'interdiction absolue de ce type d'emprisonnements, sur l'initiative de Jeanbon Saint-André[112].
Le 10, Danton prononça deux discours. Le matin, ce fut un appel à l’énergie et à l’union :
« Vos dissensions sont nuisibles. Vos discussions sont misérables. Battons l’ennemi et ensuite nous disputerons. Eh ! Que m’importe, pourvu que la France soit libre, que mon nom soit flétri ! J’ai consenti à passer pour un buveur de sang ! Buvons le sang des ennemis de l’humanité, mais enfin que l’Europe soit libre !(…) Remplissez vos destinées, point de passions, point de querelles, suivons la vague de la Liberté[113] ! »
Le discours s’achève dans une ovation « universelle » dit le compte rendu.
Le soir, les commissaires envoyés dans les sections évoquèrent la création d’un Tribunal révolutionnaire (celui institué le avait été supprimé le ), jugeant sans appel et dont les jugements sont applicables sous 24 heures. La majorité de l’Assemblée, effarouchée, fut hésitante. Il était 6 heures. Pour en sortir, le président déclara la séance levée.
(gravure, XIXe siècle).
« Soudain Danton s’élance à la tribune en rugissant : « Je somme tous les bons citoyens de ne pas quitter leur poste ! » Les députés, éberlués, regagnent leur place.
Danton :
« Quoi, citoyens, au moment où, Miranda battu, Dumouriez enveloppé va être obligé de mettre bas les armes, vous pourriez vous séparer sans prendre les grandes mesures qu’exige le salut de la chose publique ? Je sais à quel point il est important de prendre des mesures qui punissent les contre-révolutionnaires… »
Une voix dans la salle : « Septembre ! »
« Le salut du peuple exige de grands moyens et des mesures terribles. Puisqu’on a osé dans cette assemblée rappeler les journées sanglantes sur lesquelles tout bon citoyen a gémi je dirai, moi, que si un tribunal révolutionnaire eût existé le peuple auquel on a si souvent, si cruellement reproché ces journées ne les aurait pas ensanglantées. Faisons ce que n’a pas fait l’Assemblée législative, soyons terribles pour éviter au peuple de l’être et organisons un tribunal non pas bien, c’est impossible, mais le moins mal qui se pourra, afin que le peuple sache que le glaive de la liberté pèse sur la tête de tous ses ennemis. Je demande que, séance tenante, le tribunal révolutionnaire soit organisé, et que le pouvoir exécutif reçoive les moyens d’action et d’énergie qui lui sont nécessaires. »
Une voix dans la salle : « Tu agis comme un roi ! »
Danton : « Et toi comme un lâche[114] ! » »
Le soir, en séance, il reprit le même propos et obtint un vote pour la création immédiate d'un tribunal de justice extraordinaire, au motif que son existence aurait pu prévenir les fureurs populaires de Septembre. Sa conclusion faisait écho à ce qu'il avait dit dans la journée : « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être »[115].
Après une intervention de Robespierre visant à empêcher qu'il ne pût toucher les patriotes, la loi instituant le Tribunal révolutionnaire fut votée. Devant ce tribunal, après la reine et les Girondins, devait comparaitre Danton lui-même un an après.
La trahison de Dumouriez et ses suites
modifierLe , la Convention reçoit une lettre hautaine de Dumouriez[117], qui la rend responsable de ses défaites[118] et qualifie ses députés d'un repaire de « 200 brigands et 600 imbéciles »[119]. L'état-major de Belgique semble sur le point de faire défection. Malgré l’indignation et l’inquiétude générale, Danton s’oppose à un décret d’accusation contre le général et poursuit sa politique de conciliation. Il est envoyé en Belgique pour le raisonner.
Accompagné de Delacroix, il quitte Paris entre le 17 et le 18 mars et rejoint le général le 20[120]. Dans l’intervalle, Dumouriez a été écrasé à la bataille de Neerwinden le 18. Danton ne parvient à obtenir de Dumouriez qu'une brève lettre à la Convention lui demandant de surseoir au jugement de sa lettre du 12[120]. Aux Jacobins, il déclare avoir épuisé « les moyens de ramener cet homme aux bons principes[121]. »
Danton rentre à Paris entre le 23 et le 25 mars, s'efforçant de minimiser l'échec de sa mission[116], dont il ne rend compte au Comité de défense générale que le 26[120]. Lorsque la Convention apprend la défaite de Neerwinden et les tractations de Dumouriez avec les Autrichiens, elle renouvèle le , dans un élan d’union, son Comité de défense générale en y élisant des Girondins, des hommes de la Plaine et des montagnards, Danton, Desmoulins, Dubois-Crancé et Robespierre.
Danton prend encore la défense de Dumouriez, reconnaissant ses torts mais se portant garant de son désintéressement, dans une plaidoirie jugée peu convaincante[120][116]. Robespierre s’étonne de son attitude et demande la destitution immédiate du général en chef. Les Girondins font bloc avec Danton pour la faire refuser. Le lendemain, le 27 mars, à la Convention, Robespierre fait de nouveau le procès de Dumouriez. C’est seulement le qu’elle se décide à envoyer des commissaires pour le citer à comparaître. Dumouriez les fait arrêter le et les livre aux Autrichiens. Il tente ensuite d’entrainer son armée contre Paris mais se heurte à ses propres troupes et passe à l’ennemi accompagné de quelques généraux, dont Égalité fils (le duc de Chartres, futur Louis-Philippe, fils du duc d’Orléans, Philippe-Égalité, qui va être arrêté à Paris par les comités)[122].
Jusqu'à la fin mars, Danton s'est efforcé de maintenir une position de médiateur entre les factions[123], comme le résume Levasseur en disant qu'il avait été « sinon l'homme de la Droite, du moins en quelque sorte le chef du Marais »[124]. La trahison de Dumouriez précipite toutefois sa rupture avec la Gironde.
Le , à la Convention, Girondins et dantonistes se renvoient mutuellement l'accusation de complicité avec le général en chef[125][123]. Lasource, député du Tarn, accuse personnellement Danton d'avoir dissimulé la duplicité de Dumouriez. Danton, se tournant alors vers la Montagne et déclare :
« Je dois commencer par vous rendre hommage, citoyens qui êtes placés à cette Montagne : vous avez mieux jugé que moi. J’ai cru longtemps que, quel que fût l’impétuosité de mon caractère, je devais tempérer les moyens que la nature m’a départis, je devais employer, dans les circonstances difficiles où m’a placé ma mission, la modération que m’ont paru commander les évènements. Vous m’accusiez de faiblesse ; vous aviez raison, je le reconnais devant la France entière(…) Eh bien ! je crois qu’il n’est plus de trêve entre la Montagne, entre les patriotes qui ont voulu la mort du tyran et les lâches qui, en voulant le sauver, nous ont calomniés dans la France[126]. »
Seul résultat immédiat de cette mêlée, les Girondins font décréter que les députés suspectés de complicité avec l’ennemi ne seront plus protégés par l’inviolabilité parlementaire[119]. Le soir, aux Jacobins, Robespierre prend la défense de Danton et demande la mise en accusation des Girondins.
La Plaine, souvent indécise et oscillant entre les factions, finit néanmoins par voter avec la Montagne lors de la création du Comité de salut public[127]. Le , la Convention crée ce comité, dont les membres élus le lendemain sont Barère, Delmas, Bréard, Cambon, Danton, Guyton-Morveau, Treilhard et Delacroix[128], sans aucun Girondin. Il est donc principalement composé de députés de la Plaine, Barère en tête, tandis que Danton et Delacroix en constituent les figures les plus proches de la Montagne.
Second passage au gouvernement (avril–juillet 1793) : membre du Comité de salut public
modifierDessin à la plume et lavis à l'encre brune, 1814.
Le Comité de salut public, chargé de surveiller et d’animer le Conseil exécutif des ministres, devient rapidement le véritable pouvoir exécutif de la Convention. Composé de neuf membres rééligibles chaque mois, il se réunit au deuxième étage du pavillon de Flore, rebaptisé pavillon de l’Égalité, et ses délibérations restent secrètes. Dominé à ses débuts par Danton, le comité est réélu intégralement le et le . À cette dernière date, il est élargi de quatre adjoints : trois robespierristes, Saint-Just, Couthon et Jeanbon Saint-André, ainsi qu’un proche de Danton, Hérault de Séchelles.
Danton se refuse aux mesures révolutionnaires réclamées par les sections et les clubs parisiens (économie dirigée, levée en masse, loi des suspects) face à une situation extérieure et intérieure de plus en plus menaçante (invasion étrangère, contre-révolution intérieure). Cette posture contraste cependant avec son éloquence à la tribune, où il n'a cessé depuis mars 1793 de préconiser des « mesures terribles » pour sauver la patrie, allant jusqu'à justifier la création du Tribunal révolutionnaire au nom du salut public[132]. Furet le qualifie néanmoins de « le plus modéré des montagnards »[133], formule qui rend compte de ses positions au Comité plus que de son discours public.
Chargé au Comité de salut public des Affaires étrangères, Danton tente d'engager des négociations secrètes avec les puissances coalisées, allant jusqu'à envisager la libération de la reine comme monnaie d'échange. Le , il détermine la Convention à désavouer la guerre de propagande et à déclarer qu’elle « ne s’immiscerait en aucune manière dans le gouvernement des autres puissances ». Mais ses tentatives n’aboutissent pas et se heurtent à une situation militaire défavorable. La Belgique et la rive gauche du Rhin reprises par les coalisés, la France ne disposait plus de levier réel[134].
Cette politique de ménagements mécontente les sans-culottes exaspérés par la cherté des denrées de première nécessité ainsi que Robespierre et ses amis qui aspirent à le remplacer. « Tes formes robustes, dira Saint-Just dans son réquisitoire, semblaient déguiser la faiblesse de tes conseils (…) Tous tes exordes à la tribune commençaient comme le tonnerre et tu finissais par faire transiger la vérité et le mensonge[136]. »
Estampe de Berthault, musée Carnavalet.
La crise entre Girondins et Montagnards atteint son point de rupture au printemps, les seconds cherchant l'appui des sections parisiennes au prix de concessions sociales. Le , les Girondins font voter la mise en accusation de Marat, que Danton avait tenté d'éviter en s'écriant « N'entamez pas la Convention ! ». Face aux tensions croissantes entre la Commission des Douze et les sections parisiennes, Danton élabore une stratégie intermédiaire : non pas arrêter la pression populaire, mais la transformer en ce que Hampson appelle une « insurrection morale », une contrainte suffisante pour amener la Convention à expulser elle même ses membres girondins, sans recours à une émeute incontrôlée[137]. Il fait ainsi voter le 27 mai la cassation de la Commission des douze, en avançant que la menace insurrectionnelle venait de la droite et non de la gauche. La mesure est cependant rétablie le lendemain.
Lors des journées des 31 mai et 2 juin, qui aboutirent à l'arrestation de vingt-neuf députés girondins, l'attitude de Danton reste difficile à établir avec certitude. S'il ne soutint pas activement l'action des sans-culottes, il contribua à entraver ceux qui voulaient interroger Hanriot sur l'ordre de tirer le canon d'alarme[138]. Saint-Just devait lui reprocher plus tard d'avoir réclamé la tête de Hanriot puis de s'en être désintéressé faute de soutien suffisant[139], tandis que les cordeliers l'accusent d'avoir voulu modérer, sinon empêcher, l'action populaire.
Danton essaie de ne pas achever d’anéantir la droite. Les députés girondins consignés chez eux sont gardés si mollement qu’une partie s’échappe. Encouragés par l’attitude du Comité de salut public, 73 députés signent une protestation contre le . Le 6, Barère et Danton proposent la suppression de tous les comités révolutionnaires de sections, la destitution d’Hanriot et l’envoi d’otages aux départements dont on avait arrêté les députés[139] mais Robespierre fait repousser ces mesures. Danton n’insiste pas.
Le , Danton épouse Louise Gély (1776-1856), fille d'un huissier audiencier au Parlement de Paris, âgée de 16 ans, qui s'occupait de ses enfants depuis la mort de sa première femme[103]. Pieuse, elle obtient que la cérémonie se tienne devant un prêtre réfractaire échappé aux massacres de Septembre. La dot de 40 000 livres est en réalité avancée par Danton lui-même, sous le régime, rare à l'époque, de la séparation des biens.
Ses absences répétées de la Convention et du Comité suscitent des critiques de toutes parts : Vadier dénonce les « endormeurs » du Comité, Marat attaque le Comité « de la perte publique », et plusieurs Jacobins, à commencer par Chabot, estiment qu'il a perdu son énergie depuis la chute des Girondins[140]. Attaqué à la Convention le 8 juillet sans prendre la peine de se défendre, il demande le , lors du renouvellement du Comité de salut public, à en être écarté.
Pour Furet, ce retrait pourrait relever d'un calcul : laisser les autres se compromettre au pouvoir pour mieux se refaire une virginité politique. Élu malgré lui au Comité le 5 septembre, il en démissionnera trois jours plus tard[141].
Les robespierristes entrent au Comité. Robespierre lui-même s’y fait porter deux semaines plus tard. « Jamais substitution d’une équipe à l’autre ne se fit plus simplement » écrit Louis Madelin[142].
Le chef des « indulgents »
modifierLe nouveau Comité de salut public à peine installé, les événements désastreux se multiplient pendant l’été 1793 : soulèvements dans les provinces après l’élimination des girondins (Lyon, Bordeaux, Marseille), victoire des vendéens à Vihiers (), aux frontières capitulation de Valenciennes () et Mayence, Toulon livrée aux Anglais (). La République « n’est plus, dit Barère le dans son discours sur la levée en masse, qu’une grande ville assiégée ».
À Paris, où la crise économique s’accentue, les luttes pour le pouvoir entre les factions révolutionnaires s’exacerbent. Les revers militaires résultent surtout de la confusion et des désaccords sur le plan de la direction politique et du commandement militaire.
Danton, de retour aux Jacobins dès le , où il est applaudi, cherche à rallier les opposants au Comité et à l’influence croissante de Robespierre. Avec Delacroix, il demande le la dissolution de la Convention et l’application immédiate de la Constitution de l'an I, ce que leur reprochera Robespierre en [143] ; votée le , sa mise en application fut repoussée par le reste de la Montagne pour la fin de la guerre.
Élu président de la Convention le , il demeure cependant la cible des hébertistes, qui l’accusent de modérantisme et contestent son influence auprès des sans-culottes. Vincent déclare ainsi aux Cordeliers : « Cet homme peut en imposer par de grands mots ; cet homme sans cesse nous vante son patriotisme, mais nous ne serons jamais dupes… ».
À la nouvelle de la capitulation de Toulon devant les Anglais, le , les sans-culottes, soutenus par la Commune, préparent une nouvelle « journée ». Les Jacobins s’y rallient pour canaliser le mouvement. Le 5, les manifestants investissent la Convention, à laquelle un porte-parole demande que « la Terreur » soit mise « à l’ordre du jour ». La pression sans-culotte accélère les mesures révolutionnaires et fait entrer Billaud-Varennes et Collot d’Herbois au Comité, mais elle ne parvient pas à remettre Danton en cause.
Le 5 et le , il prononce des discours très applaudis à la Convention qui décrète « qu’il soit adjoint au Comité ». Après deux jours de réflexion, il refuse. « Je ne serai d’aucun Comité, s’écrie-t-il le 13 septembre, mais l’éperon de tous. »
Désormais ce qu’on est convenu d’appeler le Grand Comité, dominé par Robespierre, va reprendre la situation en main et exercer une dictature de fait par une concentration des pouvoirs jusqu’en [129],[144]
Du au , Danton se retire temporairement de la vie politique, affaibli et épuisé. Son proche Garat décrit alors un homme abattu, loin de l'image du tribun énergique et puissant : « toutes les forces de cet homme, qu'on a comparé à un athlète, étaient abattues ; de grosses larmes tombaient le long de ce visage dont les formes auraient pu servir à représenter celui d'un Tartare »[145]. Dans une lettre adressée à la Convention, Danton demande l'autorisation de rejoindre Arcis-sur-Aube afin d'y « respirer l'air natal »[146], révélant son besoin de repos et d'éloignement du tumulte politique. Cette période de retrait illustre l'usure physique et psychologique d'un révolutionnaire qui devait confier lors de son procès : « J'ai trop servi. La vie m'est à charge[147]. »
En son absence, ses amis continuent leurs attaques à la Convention contre le Comité. Le 25, Thuriot met en cause sa politique économique et sociale. L’Assemblée applaudit et élit au Comité Briez, qui était en mission à Valenciennes lors de la capitulation. Robespierre doit menacer de quitter le Comité pour faire repousser la décision : « celui qui était à Valenciennes lorsque l’ennemi y est entré n’est pas fait pour être membre du Comité de salut public. Ce membre ne répondra jamais à la question : pourquoi n’êtes-vous pas mort ? » Il faut, exige-t-il, proclamer que vous conservez toute votre confiance au Comité. La Convention, se dressant alors, en fait le serment. Fin octobre, vingt-deux girondins comparaissent devant le Tribunal révolutionnaire. « Je ne pourrai les sauver » dit Danton à Garat, les larmes dans les yeux. Le , ils sont guillotinés en chantant encore « la Marseillaise » au pied de l’échafaud. Suivent Mme Roland, Bailly, Barnave, Houchard, Biron, 177 condamnations à mort dans les trois derniers mois de 1793.
Danton rentre le pour venir au secours de ses amis, députés montagnards compromis dans l'affaire de la falsification du décret de suppression de la Compagnie des Indes : Chabot et Bazire ont été arrêtés le par le Comité de salut public. Fabre d'Églantine, lié politiquement à Danton, reste libre bien que le Comité soit au courant de sa signature de complaisance. Robespierre perçoit alors la déchristianisation comme une manœuvre hébertiste destinée à affaiblir le Comité. Dans ce contexte, il cherche l’appui de Danton et des modérés pour contenir le mouvement.
L'offensive des Indulgents (décembre 1793—janvier 1794)
modifierDe décembre au milieu de janvier, Danton tente une offensive politique en s'appuyant sur une alliance tacite avec Robespierre contre les hébertistes. Convaincu que le redressement militaire (la première guerre de Vendée gagnée, Lyon reprise en octobre, Toulon écrasée en décembre) rend désormais possible la fin à la Terreur et une négociation de la paix, il attaque le l'intolérance anticléricale à la Convention : « Je demande qu'on épargne le sang des hommes. »[148] Il charge Camille Desmoulins de porter la campagne dans la presse. Celui-ci lance Le Vieux Cordelier, dont les premiers numéros s'attaquent aux hébertistes et au courant déchristianisateur, rencontrant un large écho dans l'opinion.
Danton espère détacher Robespierre des membres du Comité liés aux hébertistes Billaud-Varenne et Collot d'Herbois, pour partager avec lui les responsabilités gouvernementales[149].
Le , ses alliés Bourdon et Merlin de Thionville proposent le renouvèlement du Comité par tiers, ce qui aurait impliqué l'élimination de Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Hérault de Séchelles et Jeanbon Saint-André. La majorité ne les suit pas. Le , Robespierre défend Danton contre les attaques des hébertistes aux Jacobins[150]. Le , le no 4 du Vieux Cordelier réclame directement la libération des suspects : « Ouvrez les prisons à ces deux cent mille citoyens que vous appelez suspects… Croyez-moi, la liberté serait consolidée et l'Europe vaincue si vous aviez un Comité de Clémence. »[151]
Le revirement est brutal. Dès le , Collot d'Herbois, de retour de Lyon, fait protester les Jacobins contre l'arrestation de Ronsin et Vincent. Billaud-Varenne obtient la révocation du comité de clémence. Le , Robespierre rompt avec Danton en assimilant modérantisme et excès dans un même complot : « Le Gouvernement révolutionnaire doit voguer entre deux écueils, la faiblesse et la témérité, le modérantisme et l'excès ; le modérantisme qui est à la modération ce que l'impuissance est à la chasteté. »
C'est finalement l'éloquence de Desmoulins qui précipite l'échec : en établissant un parallèle entre la tyrannie des Césars et celle des terroristes, il révèle prématurément les implications de la campagne et compromet la stratégie prudente de Danton[150]. En janvier, Billaud-Varenne et Collot font manœuvrer le Comité de sûreté générale qui « découvre » le faux décret de liquidation de la Compagnie des Indes signé par Fabre d'Églantine, proche de Danton. Fabre est arrêté le . Danton prend sa défense le lendemain mais se trouve isolé. « Malheur à celui qui a siégé aux côtés de Fabre, s'écrie Billaud-Varenne, et qui est encore sa dupe. » C'est l'échec de l'offensive des Indulgents[152].
La division entre factions devient alors palpable jusque dans les sections parisiennes. Les rapports de police témoignent de cette fracture : « Chaque section commence à avoir son esprit de parti ; l'une est pour Hébert, l'autre pour Danton, celle-ci pour les Cordeliers, celle-là pour les Jacobins ; enfin on craint que cette division de sentiments n'allume la guerre civile. »[153]
La contre-offensive des hébertistes (février 1794)
modifierEstampe de François Bonneville, Paris, BnF, fin du XVIIIe siècle).
Provisoirement, les divers courants de la Montagne tombent d'accord à la Convention pour voter le l’abolition de l'esclavage dans les colonies sur proposition de Levasseur, après un rapport des trois députés de Saint-Domingue arrivés à Paris[154]. Danton intervient presque seul avec son ami, Delacroix, dans un célèbre discours où il proclame : « Lançons la liberté dans les colonies », liant le fait de libérer les esclaves à la volonté de ruiner l’Angleterre (« c'est aujourd'hui que l'Anglais est mort »). Mais il se félicite également de l'entrée, la veille (), des deux nouveaux députés de couleur à la Convention, et place l'abolition sous le signe philosophique du « compas des principes » et du « flambeau de la raison »[155],[156],[157]. L’abolition sera fêtée au Temple de la Raison (Notre-Dame) par la Commune en présence de Chaumette, d'Hébert et des nouveaux députés de Saint-Domingue le . Trois ans plus tôt, le , dans l'affaire des hommes de couleur libres, Danton avait enclenché au Club des jacobins une politique d'expulsion des députés des colonies, défenseurs de l'aristocratie de la peau[158],[159]. Pendant qu'il était président de la Convention nationale, l'assemblée vota, le , la suppression sur demande de l'abbé Grégoire soutenu alors par Jeanbon Saint-André des primes pour la traite des Noirs ; et ce le jour même où Robespierre entrait au Comité de Salut Public. Il s'agissait d'ailleurs de confirmer une première abrogation du versement de ces primes, votée l'année précédente, le , par l'assemblée législative lorsque Danton était ministre de la justice au conseil exécutif provisoire[160].
Mais la crise des subsistances, aggravée par la loi du maximum général (taxation des denrées et des salaires) et la libération de Ronsin et de Vincent () vont marquer une reprise de l’agitation des sans-culottes : attroupements devant les boutiques, pillages, violences. Le Club des cordeliers, dirigé par Vincent, mène l’attaque. Le , Hébert dénonce la clique qui a inventé le mot « ultra-révolutionnaire » ; le 22, il réclame des solutions à la crise des subsistances. Hébert se veut le successeur de Marat. Les hébertistes veulent renforcer l'économie dirigée et radicaliser la terreur. Ils dirigent le mouvement sans-culotte et contrôlent le Club des cordeliers, le ministère de la Guerre dont le secrétaire général est Vincent et l’armée révolutionnaire parisienne, dont le chef est Ronsin. Autre appui : la Commune dont le maire Pache, le procureur Chaumette et le commandant de la Garde nationale Hanriot leur sont favorables.
Le Comité répond par les décrets de ventôse : nouveau maximum général (Barère), confiscation des biens des suspects au profit des patriotes indigents (Saint-Just). Mais, le , Ronsin parle d’insurrection. Le 4, Hébert affirme que Robespierre est d’accord avec les indulgents ; les cordeliers voilent, en signe de deuil, la Déclaration des droits de l’homme affichée derrière le président dans la salle des débats. Carrier réclame une « sainte insurrection » ; Hébert s’y rallie. Mais, mal préparée, non suivie par la Commune, elle échoue.
La « liquidation des factions » (mars-avril 1794)
modifierIsolés, les dirigeants cordeliers sont arrêtés dans la nuit du 13 au . Le procès se tient du 21 au . La technique de l’amalgame permet de mêler à Hébert, Ronsin, Vincent et Momoro, des réfugiés étrangers, Cloots, Proli, Pereira, afin de les présenter comme des complices du « complot de l’étranger ». Tous sont exécutés le sans que les sans-culottes bougent.
Le lendemain de l’arrestation des hébertistes, Danton et ses amis, qui ont gardé le silence pendant ces événements, reprennent l’offensive. Le numéro 7 du Vieux Cordelier, qui ne paraîtra pas, réclame le renouvellement du Comité et une paix aussi rapide que possible, en même temps qu'il attaque pour la première fois Robespierre, accusé par Camille Desmoulins de tenir le langage belliciste de Brissot, justement combattu autrefois.
Mais Robespierre est décidé à frapper les chefs des indulgents. « Toutes les factions doivent périr du même coup » dit-il à la Convention le .
Il semble néanmoins qu'il ait hésité à mettre Danton sur la liste, et à le condamner à mort, en considération du passé commun et des services rendus à la République. Il a accepté de le rencontrer. On ne sait pas ce qui s’est dit entre les deux hommes, mais on sait que Robespierre est sorti de l’entretien avec une froideur que tous les témoins ont notée. D’après les confidences de Barère, Robespierre aurait voulu sauver Camille, son ancien camarade de collège, celui qui l’avait choisi comme témoin de son mariage. Mais les pressions de Collot d’Herbois, Billaud-Varennes, Barère et surtout Saint-Just ont emporté la décision.
Danton n'écoute pas ceux qui lui conseillent de fuir : « On n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers. »
Le , le Comité ordonne son arrestation et celle de Delacroix, Camille Desmoulins et Philippeaux. Saint-Just est chargé du rapport d'accusation devant la Convention, document qu'il rédigera à partir des notes de Robespierre[n 9]. Soutenu par ce dernier, il veut que les accusés soient présents à la lecture du rapport et qu’on les arrête en fin de séance. La majorité du Comité de salut public s'y oppose, par crainte d’un débat dangereux. « Si nous ne le faisons pas guillotiner, nous le serons. » De rage, Saint-Just aurait jeté son chapeau au feu[162],[163].
Le lendemain, à la Convention consternée, Legendre demande que les accusés puissent venir se défendre. Une partie de l’Assemblée est prête à le suivre mais Robespierre intervient : « Legendre a parlé de Danton, parce qu’il croit sans doute qu’à ce nom est attaché un privilège. Non, nous ne voulons point de privilèges ! Nous ne voulons pas d’idoles ! Nous verrons dans ce jour si la Convention saura briser une prétendue idole, pourrie depuis longtemps, ou si dans sa chute elle écrasera la Convention et le peuple français ! » Et fixant Legendre : « Quiconque tremble est coupable. » Après son intervention et celle de Barère, Saint-Just présente son rapport. Comme pour les hébertistes, on associe aux accusés politiques les prévaricateurs (Fabre, Chabot, Basire, Delauney) et des affairistes comme l’abbé d’Espagnac, les banquiers autrichiens Frey, leur secrétaire le Danois Diederichsen et le financier espagnol Guzman, étrangers de surcroit, pour rattacher les accusés à la « conspiration de l’étranger ».
Le procès, ouvert le , est un procès politique, jugé d’avance. Au bout de deux séances, l’accusateur Fouquier-Tinville et le président Herman doivent réclamer l’aide du Comité : « Un orage horrible gronde… Les accusés en appellent au peuple entier… Malgré la fermeté du tribunal, il est instant que vous vouliez bien nous indiquer notre règle de conduite, et le seul moyen serait un décret, à ce que nous prévoyons[164]. »
Un projet de complot en vue d’arracher les accusés de leur prison (Lucile Desmoulins aurait proposé de l’argent « pour assassiner les patriotes et le Tribunal ») permet à Saint-Just de faire voter par la Convention un décret mettant les accusés hors des débats. La défense de Danton est étranglée, comme avait été étouffée celle des girondins. Le procès-verbal du Tribunal révolutionnaire a été très « arrangé » et son grand discours purement et simplement supprimé. Certaines de ses réponses ont été conservées : « Moi vendu ! Moi ! Un homme de ma trempe est impayable ! », interrogé sur ses nom, prénoms, domicile : « Bientôt dans le néant, et mon nom au Panthéon. »
Exécution
modifierDanton est guillotiné le , à l'âge de trente-quatre ans. Passant en charrette devant la maison de Robespierre (qui sera guillotiné le suivant), il s'écrie : « Robespierre, tu me suis ! Ta maison sera rasée ! On y sèmera du sel[165] ! »
Il existe un récit de son exécution par Antoine-Vincent Arnault :
« L’exécution commençait quand, après avoir traversé les Tuileries, j’arrivai à la grille qui ouvre sur la place Louis XV. De là, je vis les condamnés, non pas monter, mais paraître tour à tour sur le fatal théâtre, pour disparaître aussitôt par l’effet du mouvement que leur imprimait la planche ou le lit sur lequel allait commencer pour eux l’éternel repos (…) Danton parut le dernier sur ce théâtre, inondé du sang de tous ses amis. Le jour tombait. Je vis se dresser ce tribun, à demi éclairé par le soleil mourant. Rien de plus audacieux comme la contenance de l’athlète de la Révolution ; rien de plus formidable comme l’attitude de ce profil qui défiait la hache, comme l’expression de cette tête qui, prête à tomber, paraissait encore dicter des lois. Effroyable pantomime ! Le temps ne saurait l’effacer de ma mémoire. J’y trouve toute l’expression du sentiment qui inspirait à Danton ses dernières paroles, paroles terribles que je ne pus entendre, mais qu’on répétait en frémissant d’horreur et d’admiration : « N’oublie pas surtout, n’oublie pas de montrer ma tête au peuple : elle en vaut la peine. »[166]. »
L’acte de décès est dressé le 7 floréal an II () par l'état civil de Paris[167]. Il est inhumé au cimetière des Errancis.
Le , une dernière « fournée » envoie à la guillotine Lucile Desmoulins, la femme de Camille, Chaumette et la veuve d’Hébert.
Ayant obligé la Convention à livrer Danton, le Comité se croyait sûr de sa majorité. « Il se trompait », écrit Georges Lefebvre, « elle ne lui pardonnait pas ces sacrifices. Tant de places vides répandaient une terreur secrète qui, aisément, tournerait en rébellion, car c’était sa position de médiateur entre l’assemblée et les sans-culottes qui avaient fait la force du Comité ; en rompant avec ces derniers, il libérait l’assemblée et, pour achever de se perdre, il ne lui restait plus qu’à se diviser[168]. »
Historiographie
modifierAu XIXe siècle, la tradition républicaine a vite réhabilité Danton. Michelet, qui va se consacrer pendant dix ans aux sept volumes de son histoire de la Révolution française, parus entre 1847 et 1853, fait de Danton l'incarnation de la Révolution, « le vrai génie pratique, la force et la substance qui la caractérise fondamentalement ». Son génie ? « L’action, comme dit un ancien. Quoi encore ? L’action. Et l’action comme troisième élément[170]. » Edgar Quinet, dans sa Révolution de 1865 voit dans le triple appel de Danton à l’audace « la devise de tout un peuple ». Pour Auguste Comte et les positivistes, la philosophie encyclopédiste a produit au moins deux héros : « l’un théorique – c’est Condorcet, l’autre pratique – c’est Danton. »
Le véritable promoteur du culte de Danton est le docteur Robinet, un disciple d'Auguste Comte, qui consacre 25 ans de sa vie à militer pour Danton. Son premier livre Danton. Mémoire sur sa vie privée date de 1865 ; son dernier, Danton, homme d’État, de 1889.
Les républicains fondateurs de la IIIe République, qui veulent une incarnation républicaine de la Révolution (ce qui exclut Mirabeau) non compromise dans la Terreur (ce qui exclut Robespierre), font de Danton le héros par excellence de la Révolution française. Danton a alors des voies publiques ou des établissements scolaires portant son nom, des statues et un cuirassé. Son nom est évoqué dans de nombreuses cérémonies officielles.
Le début du XXe siècle va être marqué par une célèbre polémique entre deux grands historiens universitaires de gauche, Aulard et Mathiez (le premier est radical, le second socialiste) au sujet de Danton et Robespierre[171]. Alphonse Aulard, le premier à occuper la chaire d’histoire de la Révolution française à la Sorbonne, créée en 1886, est un admirateur de Danton qui incarne pour lui la synthèse de la Révolution française, et en qui il voit un précurseur de Gambetta, « Danton était avant tout un homme d'État… C'est aussi et surtout un esprit français. Il y a de la gaieté, de la verve, un bon sens endiablé et une bonhomie fine dans le discours »[172]. La réaction a lieu en 1908 avec Albert Mathiez, ancien collaborateur d’Aulard qui a été son directeur de thèse. C’est lui qui va établir de façon quasi irréfutable, en épluchant minutieusement ses comptes et en faisant un inventaire systématique de ses amis douteux, la corruption de Danton. Il fonde sa propre revue destinée à exalter l’œuvre de Robespierre et va reprendre, en l’étayant de documents, le réquisitoire de Robespierre et de Saint-Just contre Danton. Pour lui et pendant longtemps pour les historiens de la Société des études robespierristes qui se réclament de lui, Danton est un vendu et un débauché qui a mené une politique de double-jeu, Mathiez résumant sa pensée en écrivant « Danton était un démagogue affamé de jouissances, qui s'était vendu à tous ceux qui avaient bien voulu l'acheter, à la Cour comme aux Lameth, aux fournisseurs comme aux contre-révolutionnaires, un mauvais Français qui doutait de la victoire et préparait dans l'ombre une paix honteuse avec l'ennemi, un révolutionnaire hypocrite qui était devenu le suprême espoir du parti royaliste »[173].
En 1932, Louis Barthou, homme politique de la IIIe République, conteste dans son Danton les arguments de Mathiez et refait l'apologie du grand révolutionnaire au service de la patrie.
Georges Lefebvre, qui occupe à son tour en 1937 la chaire d’histoire de la Révolution à la Sorbonne et sera jusqu’à sa mort en 1959 le spécialiste incontesté du domaine, adopte en 1934 une position moins partisane et plus équilibrée : admettant la vénalité, il n’en tire pas toutes les conséquences qu’en déduit Mathiez sur la politique de Danton.
La position de Lefebvre a été adoptée par les historiens contemporains François Furet et Mona Ozouf, qui s’intéressèrent surtout aux contradictions et à la complexité du personnage. François Furet reconnaît que les documents mis au jour par Mathiez permettent d'établir, ou au moins de rendre très vraisemblable, la corruption de Danton. Mais il lui reproche de tirer de ces preuves plus qu'elles ne peuvent offrir et de mélanger politique révolutionnaire et vertu privée : Danton n'est ni chaste, ni vertueux, ni convaincu comme l'est Robespierre, le héros de Mathiez[174]. Pour François Furet, Danton est « un homme politique opportuniste, intermittent, peu délicat sur les moyens, en même temps qu'un orateur un peu génial dans l'improvisation, et un vrai tempérament politique dans les grandes occasions : la Patrie en danger, la levée en masse, le Salut public, son procès enfin »[175].
Gérard Walter écrit dans son introduction au procès de Danton (Actes du Tribunal révolutionnaire, Mercure de France, 1986) :
« Que demandons-nous à Danton ? Est-ce de savoir combien d’argent il a gagné au cours de sa carrière politique, et comment ? Ou quels sont les services qu’il a rendus à la Révolution ? Si l’on entend le juger sous ce dernier rapport, ce n’est pas le bilan de sa fortune qu’il y a lieu de dresser, mais celui de ses actes. Si celui-ci, en fin de compte, est en mesure d’établir que l’activité de Danton a contribué effectivement au triomphe de la Révolution, peu importe s’il a reçu de la Cour ou d'ailleurs, 30 000 livres, ou 300 000, ou même 3 millions. Par contre, s’il avait été démontré qu’il n’eût jamais touché un sol de personne, mais qu’il ne fut pas le sauveur de la France révolutionnaire à l’époque où les Allemands et les émigrés marchaient sur Paris, on aurait bien le devoir de le proclamer « grand honnête homme », mais aussi celui de le rayer définitivement du nombre des grands révolutionnaires. »
En sans se poser de questions Lénine choisit l'option révolutionnaire. S'appuyant sur un écrit de Karl Marx publié en 1907 la révolution et la contre-révolution en Allemagne, afin en de galvaniser ses camarades de combat pour les entraîner à la fameuse insurrection d'octobre-novembre, dans deux publications Lénine fait explicitement référence au Danton du :
« Il faut contraindre l'ennemi à la retraite avant qu'il ait pu rassembler des troupes contre vous ; bref agissez suivant les paroles de Danton, le plus grand maître jusqu'à ce jour de la tactique révolutionnaire : de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace[176]. »
Il le répète la semaine suivante en termes proches :
« Marx résumait le bilan des leçons de toutes les révolutions, en ce qui concerne l'insurrection armée, par les paroles du plus grand maître de la tactique révolutionnaire de l'histoire, Danton : de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace[177]. »
Le , Lénine instrumentalise le grand « historien bourgeois », Alphonse Aulard, de la révolution française - également bourgeoise selon Lénine- qui dans une lettre publiée dans L'Humanité du comparait les mensonges portés contre Danton et Robespierre à ceux portés contre les Bolcheviks :
« Ce même historien Aulard qui a adressé une lettre à l'Humanité écrit, "J'ai appris l'histoire et je l'ai enseignée. Quand je lis que parmi les Bolcheviks il n'y a que des monstres, des croquemitaines, des épouvantails, je dis : on a dit la même chose de Robespierre et de Danton. Ce faisant, dit-il, je ne compare nullement avec ces grands hommes, les Russes d'aujourd'hui, absolument pas. Ils n'offrent pas la moindre ressemblance avec eux. Mais je dis en tant qu' historien il n'est pas possible de croire tous les bruits."
Lorsqu'un historien bourgeois se met à parler de la sorte nous voyons que les mensonges qu'on répand sur notre compte commencent à se dissiper. Nous disons : la terreur nous a été imposée[178]. »
Représentations
modifierHuile sur toile d'Alfred Loudet, musée de la Révolution française, 1882.
Gravure de Jean Mathias Fontaine d'après un dessin d'Auguste Raffet, Paris, musée Carnavalet, 1834.
Gravure de Lefebvre d'après un dessin de Tony Johannot, XIXe siècle.
Gravure de Charles Barbant d'après un dessin de Frédéric Lix, XIXe siècle.
Cinéma et télévision
modifier- 1913 : Danton d’Henri Pouctal.
- 1921 :
- Les Deux Orphelines, film réalisé par D. W. Griffith avec Monte Blue dans le rôle de Danton.
- Danton, film réalisé par Dimitri Buchowetzki. Rôle joué par Emil Jannings.
- 1923 : Scaramouche, film réalisé par Rex Ingram avec George Siegmann dans le rôle de Danton.
- 1927 : Napoléon, film réalisé par Abel Gance. Rôle joué par Alexandre Koubitzky.
- 1930 : Captain of the Guard, film réalisé par John S. Robertson and Pál Fejös avec Richard Cramer dans le rôle de Danton.
- 1931 : Danton, film réalisé par Hans Behrendt, avec Fritz Kortner dans le rôle de Danton.
- 1932 : Danton, film réalisé par André Roubaud avec Jacques Grétillat dans le rôle de Danton.
- 1959 : Danton’s Death de Michael Elliott avec Patrick Wymark.
- 1963 : Dantons Tod de Fritz Umgelter avec Wolfgang Reichmann.
- 1964 : La Terreur et la Vertu - 1re partie de Danton réalisé par Stellio Lorenzi, rôle interprété par Jacques Ferrière.
- 1970 :
- La mort de Danton de Claude Barma avec Georges Wilson.
- Danton de John Howard Davies avec Anthony Hopkins.
- 1972 : La morte di Danton de Mario Missiroli avec Gastone Moschin.
- 1974 : Dantons Tod de Fritz Bornemann avec Friedo Solter.
- 1978 : Danton’s death d’Alan Clarke avec Norman Rodway.
- 1981 : Dantons Tod de Rudolf Noelte avec Götz George.
- 1983 : Danton, film réalisé par Andrzej Wajda. Rôle joué par Gérard Depardieu.
- 1989 :
- La Révolution française (1989), film réalisé par Robert Enrico et Richard T. Heffron. Rôle joué par Klaus Maria Brandauer.
- Les Nuits révolutionnaires (1989), mini-série réalisée par Charles Brabant. Rôle joué par Bernard Fresson.
- 1990 : La mort de Danton de Klaus Grünber et Guy Seligmann avec André Marcon.
- 1994 : Hope in the Year Two de Bill Bryden avec Jack Shepherd.
- 2013 : Une femme dans la Révolution, réalisé par Jean-Daniel Verhaeghe. Rôle joué par Grégory Gadebois.
- 2014 : émission Secrets d'histoire intitulée Danton, aux armes citoyens !, documentaire réalisé par David Jankowski et David Perrier.
Musique
modifier- Danton de Michel Sardou sortie en 1974 sur l'album du même nom.
Théâtre
modifier- La Mort de Danton : pièce de théâtre de Georg Büchner (1835).
- Danton : drame historique et philosophique de Romain Rolland (1899).
- Danton et Robespierre suivi de La Liberté ou la mort (1988) deux spectacles de Robert Hossein coécrits avec Alain Decaux, (avec Bernard Fresson dans le rôle de Danton, Jean Négroni dans le rôle de Maximilien de Robespierre).
- La Mort du Révolutionnaire : pièce de théâtre de Patrick Lacombe (2006).
- 1789 : Les Amants de la Bastille : spectacle musical de Dove Attia et Albert Cohen, avec David Bàn dans le rôle de Danton (2012).
- La Rencontre Marat, Danton, Robespierre est une pièce de théâtre de Jean-Vincent Brisa (2014) (ISBN 978-2-343-05618-0), inspirée par le tableau d'Alfred Loudet : Robespierre, Danton et Marat, peint en 1882, lequel avait imaginé une recontre entre les trois révolutionnaires[179].
- Danton Robespierre – Les Racines de la liberté est une pièce de théâtre de Hugues Leforestier, mise en scène par Morgane Lombard et jouée par Hugues Leforestier et Nathalie Mann au Festival Off d'Avignon et en tournée (2021)[180].
Bande Dessinée
modifier- Olympe de Gouges de José-Louis Bocquet et Catel Muller : Il y fait une apparition en sa qualité de Président de la Convention du au . Début août il reçoit par l'intermédiaire de Cubières une lettre d'Olympe de Gouges, détenue depuis le , et avec laquelle il converge sur l'abolition de l'esclavage colonial. Pour la faire libérer, il décide sur conseil de Cubières de rendre publique l'arrestation.
Statuaire
modifier- Des statues de Danton sont visibles dans plusieurs villes de France, par exemple Arcis-sur-Aube, Paris et Tarbes.
Littérature
modifier- Georg Büchner, La Mort de Danton (Dantons Tod), 1835
- Alexandre Dumas, Ingénue, 1853.
- Alexandre Dumas, Création et rédemption (« Le docteur mystérieux », « La fille du marquis »), 1872.
- Victor Hugo, Quatrevingt-treize, 1874.
- Hilary Mantel, Révolution tome 1 l'Idéal, 1992 (2016 pour la traduction Française)
- Hilary Mantel, Révolution tome 2 les désordres, 1992 (2016 pour la traduction française)
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ L'apposition de scellés chez Danton le par le juge Thuilier, après le décès de son épouse, donne de nombreux détails sur la configuration du logement dans une maison « sise à Paris, rue des Cordeliers, cour du Commerce »[21].
- ↑ La thèse de la vénalité de Danton, établie par Albert Mathiez, est aujourd'hui retenue par des historiens aussi différents que Georges Lefebvre, Albert Soboul, François Furet et Mona Ozouf, tout en faisant l'objet de nuances quant à sa portée exacte. Seul Louis Barthou, dans la biographie qu'il a consacré à Danton en 1932, conteste les résultats de l'enquête d'Albert Mathiez
- ↑ À son procès en germinal an II, Saint-Just l'accusa d'être parti en Angleterre dès juillet 1789. Cette accusation est très probablement inexacte. La date mentionnée dans le bulletin révolutionnaire qui en est la seule source semble être une erreur pour août, et le voyage, s'il eut lieu, était vraisemblablement lié à ses beaux-frères fabricants de machines, non à une mission politique[55].
- ↑ On ne saura jamais si Danton a employé une partie des fonds secrets du ministère à des dépenses personnelles. Il n'y a aucune preuve. Danton prétendit en avoir justifié devant ses collègues en l'absence de Roland, et ceux-ci finirent par attester qu'il disait vrai. Mais on les soupçonna de complaisance et Danton lui-même a reconnu devant l'Assemblée que sa comptabilité n'avait pas été rigoureuse[77].
- ↑ « Il faut, écrit-il au ministre de la guerre Pache le , que je sois maître de mes moyens, je n'ai ni pain, ni argent ni fourrages… Si cet état de chose n'est pas changé, je donne ma démission dans huit jours »[81].
- ↑ Le , Danton, le tout premier, demande la publication intégrale du rapport Valazé (premier acte énonciatif des crimes de Louis Capet) qui venait d'être lu, en même temps qu'il rejette l'inviolabilité de Louis XVI et appelle à la condamnation en cas de reconnaissance de sa culpabilité. Le , il exprime le souhait d'un rapport sur le décret du 13, présenté par Pétion sur le thème « Louis est-il jugeable ? » en précisant la nécessité de se prononcer sur l'inviolabilité, le mode de jugement et la peine. Dans cette logique, le , avant de partir en mission, il appelle à l'accélération des procédures de jugement, afin d'obtenir au plus vite la condamnation à mort de Louis Capet.
Il aurait même dit en privé : « il ne faut pas juger le roi mais simplement le tuer[89] ». De ce fait, en , il avait la confiance pleine et entière des régicides ou pro-régicides qu'on n'a jamais dans cette affaire soupçonnés de corruption : de René Choudieu à l'abbé Grégoire et Hérault de Séchelles[90]. Si on s'en tient aux faits, par ses propres votes, il a ignoré les menaces de révélations de cette corruption politique par Bertrand dans une lettre du , qu'il a découverte à son retour de mission, c'est-à-dire au moment de choisir[91]. Les tentatives vénales de sauvetage du roi ont existé mais en réalité, selon René Choudieu, elles concernaient majoritairement ceux qui n'avaient pas voté la mort du roi ou dans quelques cas contraires, qui avaient assorti la peine capitale de l'appel au peuple et du sursis. Ce qui n'était pas le cas de Danton ; ni d'ailleurs des dantonistes montrés du doigt dans cette affaire (Lacroix, Chabot, Bazire, Fabre d'Églantine, Robert, Thuriot)[92].
Le , alors que des girondins tels que Lanjuinais et Lehardy désireux de sauver le roi réclamaient le vote de la mort à une majorité des 2/3, Danton fit front avec plusieurs montagnards et réclama avec succès le vote de la mort à la majorité simple[93],[94],[95].
« … Je demande si vous n'avez pas voté à la majorité absolue seulement la république, la guerre ; et je demande si le sang qui coule au milieu des combats ne coule pas définitivement ? Les complices de Louis n'ont-ils pas subi immédiatement la peine, sans aucun recours au peuple, et en vertu de l'arrêt d'un tribunal extraordinaire ? Celui qui a été l'âme de ces complots mérite-t-il une exception[96] ? »…
Toujours le , à propos d'une discussion futile sur une pièce de théâtre, il s'exclame : « Je vous l’avouerai citoyens, je croyais qu’il s’agissait d'une tragédie que vous devez donner en spectacle à toute l’Europe. Je croyais qu’aujourd’hui vous deviez faire tomber la tête du tyran et c’est d’une misérable comédie dont vous vous occupez[97]. »
Il se trouve que l'Espagne, qui aurait tenté de l'acheter, envoya une lettre au Président de la Convention. Danton protesta fermement contre les risques d'une négociation, visiblement destinée à faire traîner le procès, voire à l'annuler.
« Cependant, qu'on entende si on le veut cet ambassadeur, mais que le président lui fasse une réponse digne du peuple, dont il sera l'organe, et qu'il lui dise que les vainqueurs de Jemmapes ne démentiront pas la gloire qu'ils ont acquise, et qu'ils retrouveront, pour exterminer tous les rois de l'Europe conjurés contre nous, les forces qui déjà les ont fait vaincre… Rejetez, rejetez, citoyens, toute proposition honteuse[98]… »
Par ailleurs, contrairement à ce qu'affirme Bertrand de Molleville, Danton motiva son vote. Toujours, le , il s'écrie : « Je ne suis point de cette foule d'hommes d'État qui ignorent qu'on ne compose pas avec les tyrans, qui ignorent qu'on ne frappe les rois qu'à la tête, qui ignorent qu'on ne doit rien attendre de ceux de l'Europe que par la force de nos armes ! Je vote la mort du tyran ! »[99].
Le lendemain 17, en fin d'après-midi, le vote terminé avec une très courte majorité favorable à la mort inconditionnelle, on préfère décider du sursis.
Tallien, montagnard comme lui, demande qu'il soit ouvert sur le champ. Danton s'y oppose : « Il ne faut pas décréter, en sommeillant, les plus chers intérêts de la patrie. Je déclare que ce ne sera ni par la lassitude, ni par la terreur qu'on parviendra à entraîner la Convention nationale à statuer, dans la précipitation d'une délibération irréfléchie, sur une question à laquelle la vie d'un homme et le salut public sont également attachés… Je demande donc la question préalable sur la proposition de Tallien ; et que, si cette proposition était mise aux voix, elle ne pût l'être que par l'appel nominal[100]. »
Il est difficile de ne pas prendre en compte les remarques de Louis Barthou quand il écrivait : « Quand il parlait à la tribune, Danton avait toute la Convention pour témoin et pour juge des responsabilités qu'il assumait : il accomplissait un acte. Qui fut le témoin de ses entrevues avec Lameth ? »[101]. - ↑ Danton et Delacroix expédièrent de Belgique deux voitures arrêtées à Béthune faute de laissez-passer. Un inventaire fut dressé qui a disparu avant leur procès. Que contenaient-elles ? « 400 000 livres d’objets précieux », selon les accusateurs du Tribunal révolutionnaire, « des malles de linge » selon les accusés. Il est impossible de trancher. Albert Mathiez parle de « trois fourgons chargés de linge fin et d'argenterie expédiés par des créatures de Danton et par son ordre et destinés à lui et à Delacroix »[108].
- ↑ D'après l'historien Alphonse Aulard, David représente le Danton un peu fatigué et alourdi de 1794 ; l'artiste, qui a cédé à quelques préoccupations caricaturales, a saisi une attitude caractéristique de l'orateur écoutant et bougonnant à part lui.
- ↑ Publiées en 1841 et analysées par Albert Mathiez[161], ces notes (une vingtaine de pages) rédigées par Robespierre à la veille du procès de Danton étaient destinées à Saint-Just pour son rapport d'accusation à la Convention :
- « Le mot de vertu faisait rire Danton ; « il n'y avait pas de vertu plus solide », disait-il plaisamment, « que celle qu'il déployait toutes les nuits avec sa femme. »
- Quand je montrais à Danton le système de calomnie des brissotins développé dans les papiers publics, il me répondait : « Que m'importe ! L'opinion publique est une putain, la postérité une sottise ! »
- C'est en vain que l'on se plaignait à Danton de la faction girondine : il soutenait qu'il n'y avait point là de faction, et que tout était le résultat de la vanité et des animosités personnelles.
- Une autre maxime de Danton était qu'il fallait se servir des fripons. Aussi était-il entouré des intrigants les plus impurs. Il professait pour le vice une tolérance qui devait lui donner autant de partisans qu'il y a d'hommes corrompus dans le monde. C'était sans doute le secret de sa politique.
- Il ne faut pas oublier les thés de Robert, où d'Orléans faisait lui-même le punch, où Fabre, Danton et Wimpffen assistaient. C'était là qu'on cherchait à attirer le plus grand nombre de députés de la Montagne pour les séduire, ou pour les compromettre.
- Il ne voulait pas la mort du tyran ; il voulait qu'on se contentât de le bannir, comme Dumouriez.
- Il a vu avec horreur la révolution du ; il a cherché à la faire avorter ou à la tourner contre la liberté, en demandant la tête du général Hanriot, sous prétexte qu'il avait gêné la liberté des membres de la Convention.
- Danton voulait une amnistie pour tous les coupables; il s'en est expliqué ouvertement ; il voulait donc la contre-révolution. Il voulait la dissolution de la Convention, ensuite la destruction du gouvernement : il voulait donc la contre-révolution.
- Il y avait un trait de Danton qui prouve une âme ingrate et noire : il avait hautement préconisé les dernières productions de Desmoulins : il avait osé, aux jacobins, réclamer en leur faveur la liberté de la presse, lorsque je proposai pour elles les honneurs de la brûlure. Dans la dernière visite dont je parle, il me parla de Desmoulins avec mépris : il attribua ses écarts à un vice privé et honteux, mais absolument étranger à la Révolution. »
- ↑ En bordure du boulevard Saint-Germain et sur l'actuelle place Henri-Mondor officiellement dans la nomenclature des rues de Paris.
- ↑ À la suite d'un concours lancé en 1889 à l'occasion du centenaire de la Révolution française.
- ↑ Le premier qui porte un tambour, le second un fusil.
- ↑ Sur les faces de la statue se trouvent des citations illustrant les principaux moments de sa vie.
Références
modifier- ↑ Il se décore lui-même d’une particule lorsqu’il s'installe à Paris avant la Révolution, suivant la mode des bourgeois souhaitant copier la noblesse par recherche de prestige social : Cabinet de M. d’Anton, avocat ès conseils (source : L’État actuel de Paris de 1788).
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- ↑ Catherine Robert, « « Le Premier Homme » d’Hugues Leforestier chamboule le couple et le pouvoir », sur La Terrasse, (consulté le ).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifier- Antoinette Gabrielle Danton
- Louise Sébastienne Danton
- Discours de Georges Danton au club des Jacobins le 3 décembre 1793
- Procès de Georges Danton et des dantonistes
- Danton (film, 1983)
Sources primaires
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- François-Alphonse Aulard éd., La Société des Jacobins : recueil de documents pour l'histoire du club des Jacobins de Paris, t. IV : juin 1792 à janvier 1793, Paris, Librairie Jouaust / Librairie Nobelet / Maison Quantin, , III-709 p. (lire en ligne)
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