Mausolée de Beni Rhenane

mausolée en Algérie

Le Mausolée de Beni Rhenane, aussi connu localement sous le nom de Kerkour el Aiers[1], est un monument funéraire datant de la fin du IIe s. avant J.-C., situé en Algérie à 12 km au sud ouest de Béni Saf dans la wilaya d'Aïn Témouchent. Il est situé plus exactement sur l’un des sommets du Jbel Skouna (altitude de 221 m), sur la rive droite de la Tafna, où il domine le site de l’antique Siga, capitale du roi Massaesyle Syphax. La dénomination du mausolée a été adoptée par l'archéologue français Gustave Vuillemot, selon le toponyme de la plus proche ferme située en contrebas[1], aujourd’hui village de Beni-ghanem relevant de la commune d'El Emir Abdelkader[2]. Il s'agit d'un mausolée turriforme présentant un plan similaire à celui du mausolée B de Sabratha et de celui d’Henchir Bourgou à Djerba avec cette succession de façades alternativement concaves et rectilignes bien qu’il présente un vocabulaire formel hellénistique plus simplifié et des dimensions plus importantes. De même, sa hauteur devait atteindre les 30 m au minimum, ce qui en fait le plus imposant des monuments turriformes d’Afrique du Nord. Il est par ailleurs également le seul de ces mausolées à présenter, sous le dallage qui le borde, une série de chambres souterraines[3].

Mausolée de Beni Rhenane
Kerkour el Aiers
Vestiges du mausolée de Beni Rhenane
Présentation
Type
Civilisation
Matériau
Construction
Fin du IIe siècle av. J.-C.
Destruction
Vers 108-106 avant J.-C.
Commanditaire
Vermina ou un autre roi plus tardif de la dynastie Massæsyle
Hauteur
30 mètres
Patrimonialité
Localisation
Pays
Division administrative
Commune
El Emir Abdelkader
Coordonnées
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Le mausolée est par ailleurs inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2002 au titre des « Mausolées Royaux de Numidie, de la Maurétanie et les monuments funéraires pré-islamiques » pour les critères (ii)(iii)(iv)[4].

Découverte

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Le monument fut dégagé et fouillé partiellement par Gustave Vuillemot au début des années soixante[5]. Il a par la suite été l'objet d'une campagne de fouilles par une équipe algéro-allemande dirigée par Mounir Bouchenaki et Friedrich Rakob durant l'été 1976[6]. Avant ces campagnes de fouilles, il était enfoui sous un volumineux amas de terre et de pierres que les habitants de la région désignaient sous l’appellation de Kerkour el Aiers, c'est-à-dire «la Butte aux mariages». En effet, une tradition locale voulait que les jeunes mariés et leurs cortèges nuptiaux fassent plusieurs fois le tour du monticule pour s'assurer de la fidélité de leurs futures épouses[1].

Histoire et chronologie

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Le monument a été attribué à titre d'hypothèse par Friedrich Rakob et Gustave Vuillemot au fils de Syphax, Vermina, lequel régna pour un temps sur ce qui subsista du royaume de son père après la défaite à la bataille des Grandes Plaines en 203[7],[1]. Jean-Pierre Laporte rappelle par ailleurs que le monument ne peut avoir servi de sépulture au roi Syphax lui-même, puisque celui-ci mourut captif en Italie et y fut enterré au frais de la République[8]. Gabriel Camps, à partir des restes non pillés du mobilier découvert sur place, propose plutôt la fin du IIe s. avant J.-C. qui correspond historiquement à la fin du règne du roi massyle Micipsa. Ce qui semble certain néanmoins c’est que le monument fit l’objet d’une destruction volontaire peu de temps après son édification possiblement en lien avec un changement dynastique et notamment l’annexion de la partie occidentale du royaume numide par Bocchus Ier[9] vers 108-106 avant J.-C.[3] Un point significatif qui vient renforcer cette dernière hypothèse chronologique est celle des nombreuses similarités partagées entre ce mausolée et le mausolée royal de Maurétanie se situant près de l'antique site de Tipasa. En effet, le couloir d’accès à la chambre centrale de ce dernier est également construit en voûte en plein cintre, nous y retrouvons aussi au niveau des parois, quatre assises sur lesquelles viennent s’appuyer des claveaux rayonnants, une fermeture à herse, des gradins sur lesquels s’appuie le tambour extérieur avec autour un dallage, des demi-colonnes soutenant une corniche moulurée à gorge égyptienne avec ici encore l’ordre ionique et enfin un mortier de plâtre pour la jointure des moellons ; nous sommes donc ici probablement face à un même architecte ou une même école[1]. Ces deux monuments seraient donc contemporains et Coarelli et al. 1988 propose pour le mausolée royal de Maurétanie, d’après une analyse stylistique, une datation dans la première moitié du Ie s. avant J.-C., période correspondant au règne de Bocchus Ier[10][réf. à confirmer] bien que Gabriel Camps[3] et Virginie Bridoux[11] y voit plutôt un mausolée destiné à Micipsa.

Description

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Le monument se présente comme une construction élancée, sur plan hexagonal et dont les façades sont alternativement rectilignes et concaves. La structure verticale reposait sur un socle à 3 gradins en pierre de taille supportant un massif appareillé avec ses crépis et qui devait se terminer, à 30 m de hauteur, par un possible pyramidion ou une lanterne[3],[1]. La découverte de deux chapiteaux ioniques appartenant à des demi-colonnes engagées et des éléments moulurés de corniche, pousse Friedrich Rakob à envisager un entablement à gorge égyptienne supporté par deux demi-colonnes encadrant une fausse porte au niveau de l'étage central. Ceci rappelle des éléments du Medracen, du mausolée royal de Maurétanie et du mausolée B de Sabratha[3].

De plus, le monument était ceinturé d’un grand dallage qui recouvrait lui-même un hypogée complexe creusé à même la roche et qui se compose d'une série de salles souterraines voûtées reliées entre elles et entourant le monument sur quatre de ses six côtés. Elles présentent une hauteur de 2,60 m et une largeur de 2 m ; les longueurs variant de 2,60 m à 5,6 m pour la plus longue. Elles pourraient avoir servi de sépultures dynastiques pour les proches du défunt[1]. Le nombre de dix chambres suggère que le mausolée était effectivement destiné à plusieurs inhumations. Jean-Pierre Laporte y voit plutôt des salles d’offrandes et de provisions compte tenu de leur exiguïté bien que des ossements humains y ont été découverts[8]. Aucune salle n’a été creusée au-devant de la façade est et ceci s’expliquerait par la présence d’une aire dédiée au culte funéraire à l’instar d’autres mausolées numides. Ces chambres étaient accessibles depuis trois puits extérieurs débouchant sur des portes fermables par des herses en pierre qui coulissaient dans des glissières taillées dans les pieds-droits et à la base, une rainure profonde de 0,10 m creusée dans une dalle. Elles donnaient accès à trois groupes de salles séparés par des murs transversaux mais aujourd'hui transpercés d'ouvertures pratiquées par des pillards. Au vu de l’étroitesse de ces accès, il est peu probable que ces chambres étaient destinées à accueillir des sarcophages et les rares fragments osseux découverts ne présentent pas de trace de crémation. Il est ainsi probable qu’on ait ici à faire à des inhumations secondaires après décharnement. Un rite qui est par ailleurs bien attesté dans la région notamment à Gouraya et aux Andalouses. Le plan de l’ensemble n’étant par ailleurs pas parfaitement axé sur celui de la tour dont les fondations sont très proches du mur intérieur de la chambre nord-ouest[1].

Mobilier

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Le mobilier se réduit à des tessons de poterie modelée et tournée, quelques débris de verre, des fragments de plomb et de fer et enfin une lame de couteau. En ce qui concerne les tessons, ceux retrouvé dans l’angle d’une chambre appartiennent à une même amphore du type Dressel I (Lamboglia 1c) et datée de la fin du IIe siècle avant J.-C. Sur les fragments du col d’une de ces amphores a été tracée à la peinture rouge une inscription punique incomplète (retranscrite par M. J. G. Février en B ‘lzyd ou B’lzwd. De même, d'autres tessons découverts sont du type Lamboglia 4 datés également du IIe siècle avant J.-C. Un type d’amphore à col en pavillon est lui daté de la fin de ce même siècle. Dans une autre chambre (salle X de Vuillemot[1]) ont été retrouvés deux unguentaria entiers datés pour l’un du IIIe-IIe s. avant J.-C. et pour l’autre du IIIe s. avant J.-C. Enfin, on note aussi la découverte d’une lampe-enclume datée du IIe s. avant J.-C.[1]

Références

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  1. a b c d e f g h i et j Gustave Vuillemot, « Fouilles du mausolée de Beni Rhenane en Oranie », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 108, no 1,‎ , p. 71–95 (DOI 10.3406/crai.1964.11676, lire en ligne, consulté le )
  2. « Béni-Saf : Mausolée de Béni-Rhénane, une richesse à restaurer », sur Djazairess (consulté le ).
  3. a b c d et e G. Camps, « Beni Rhénane », Encyclopédie berbère, no 10,‎ , p. 1464–1468 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.1684, lire en ligne, consulté le )
  4. Ref. 1776 du patrimoine mondial.
  5. https://www.elwatan.com/edition/actualite/protection-et-reprise-dun-programme-de-fouilles-reclamees-26-09-2018
  6. « Le mausolée de Syphax, entre histoire, légende et pillages », sur Djazairess (consulté le ).
  7. F. Rakob, Numidische Königsarchitektur in Nordafrika, in: Die Numider Reiter und Könige nördlich der Sahara, Rheinisches Landesmuseum Bonn, 1979, pp. 151-152
  8. a et b J.-P. Laporte, Une contribution méconnue du monde amazigh à l'architecture mondiale : Les grands mausolées d'Afrique du Nord,in: Actes du colloque "L'apport des Amazighs à la civilisation universelle, Alger, novembre 2008, Haut Conseil de l'Amazighité, 2009
  9. patrimoinealgerie, « Le mausolée de Beni Rhénane », sur vitaminedz.com, (consulté le ).
  10. Coarelli Filippo, Thébert Yvon. Architecture funéraire et pouvoir : réflexions sur l'hellénisme numide. In: Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, tome 100, n°2. 1988.
  11. Virginie Bridoux, Les Royaumes d’Afrique du Nord: Émergence, consolidation et insertion dans les aires d’influences méditerranéennes (201-33 av. J.-C.), Publications de l’École française de Rome, (ISBN 978-2-7283-1421-8 et 978-2-7283-1524-6, DOI 10.4000/books.efr.31955., lire en ligne)

Voir aussi

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Articles connexes

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Lien externe

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