Syphax

roi de Numidie

Syphax (en punique : 𐤎𐤐𐤒, en berbère : ⵙⵉⴼⴰⵇⵙ, Sifaqs[1]), né vers 260 av. J.-C. dans le royaume des Massæsyles (en Algérie actuelle) et mort vers 202 av. J.-C. à Tivoli dans la République romaine, est un roi berbère du royaume des Massæsyles, situé en Numidie occidentale, qu'il dirige d'environ 225 à 203 av. J.-C. Sa capitale principale est Siga (sur le territoire de l'actuelle commune d'Oulhaça El Gheraba, en Algérie)[2].

Syphax
Sifaqs
ⵙⵉⴼⴰⵇⵙ
Illustration.
Le roi Syphax de Numidie reçoit à Siga Scipion l'Africain et Hasdrubal Gisco, fresque d'Alessandro Allori (1535-1607), sala di Léon X, Villa médicéenne de Poggio a Caiano.
Titre
Roi des Massæsyles (Numidie occidentale)
vers 225 av. J.-C. –
Prédécesseur Inconnu, peut-être Naravas
Successeur Vermina
Biographie
Nom de naissance Sifaqs
Date de naissance vers 260 av. J.-C.
Lieu de naissance Royaume des Massæsyles (actuelle Algérie)
Date de décès vers 202 av. J.-C.
Lieu de décès Tibur (Tivoli), République romaine
Sépulture Mausolée de Beni Rhenane (présumé)
Conjoint Sophonisbe
Enfants Vermina
Tanakwa
Religion Religion berbère et punique
Résidence Siga, Cirta

Le royaume de Syphax correspond à celui des Massaesyles, une confédération de tribus numides installées dans l'ouest de la Numidie, couvrant une grande partie de l'Algérie occidentale et pouvant s'étendre jusqu'à la vallée de la Moulouya dans l'actuel Maroc[3]. Son histoire est principalement rapportée par Tite-Live dans Ab urbe condita libri[4], ainsi que par Polybe et Appien.

Origines et règne

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Carte de la Numidie vers 220 av. J.-C. : à l'ouest, le royaume des Massæsyles dirigé par Syphax ; à l'est, celui des Massyles.

Syphax appartient à la dynastie des rois des Massæsyles, dont la capitale était Siga, port situé sur la côte méditerranéenne près de l'embouchure de la Tafna. Selon plusieurs auteurs antiques, son prédécesseur pourrait être Naravas, chef numide ayant aidé Hamilcar Barca lors de la guerre des Mercenaires[5].

Sous son règne, le royaume connaît un essor remarquable : Syphax frappe sa propre monnaie, témoignage de la souveraineté numide et de l'intégration de son royaume dans les échanges économiques du monde méditerranéen[3]. Plusieurs pièces portent l'inscription punique « SPQ HMMLKT » (« Syphax le roi »)[6].

La deuxième guerre punique

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Premières alliances

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Pendant la deuxième guerre punique, Syphax s'allie d'abord aux Romains, s'opposant ainsi à Gaïa, roi des Massyles (Numidie orientale), et à son fils Massinissa, alors alliés des Carthaginois[7]. Vers 213 av. J.-C., il subit toutefois une lourde défaite face à Massinissa, alors âgé de dix-sept ans, qui lui inflige plusieurs revers militaires.

La rencontre de Siga

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La Continence de Scipion devant Syphax, par Bernardino Fungai (XVe siècle).

En 206 av. J.-C., Syphax reçoit à sa cour de Siga le général carthaginois Hasdrubal Gisco et le général romain Scipion l'Africain, qui cherchent tous deux à obtenir son alliance[7]. Cette rencontre, rapportée par Tite-Live, constitue un épisode diplomatique fameux de la deuxième guerre punique : Syphax tente alors de négocier avec les deux puissances méditerranéennes afin de préserver l'indépendance de son royaume. Selon la tradition antique, les deux ambassadeurs se seraient rencontrés à la table même de Syphax, dînant côte à côte sans hostilité apparente.

Le retournement d'alliance

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Le festin chez Syphax, dessin conservé au musée du Louvre (RF 44340).

À la mort de Gaïa, Syphax annexe le territoire des Massyles. Son mariage avec Sophonisbe — auparavant promise à Massinissa selon Appien —, fille d'Hasdrubal Gisco, provoque un retournement total des alliances : Syphax bascule définitivement dans le camp carthaginois, tandis que Massinissa rejoint Rome[8]. Les historiens antiques, notamment Polybe et Tite-Live, rapportent l'influence supposée de Sophonisbe sur Syphax, veillant à ce qu'il reste fidèle à l'alliance carthaginoise.

Défaite et captivité

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Le mausolée de Beni Rhenane, dans la région d'Aïn Témouchent (Algérie), parfois associé par la tradition à la sépulture de Syphax.

En 203 av. J.-C., Syphax est vaincu et capturé après la défaite de la bataille des Grandes Plaines par le commandant romain Caius Laelius, grâce à l'intervention décisive de Massinissa, qui s'empare ensuite de Cirta, seconde capitale du roi numide[7]. Sa capture marque un tournant décisif dans la guerre en Afrique du Nord, permettant à Massinissa de consolider progressivement son pouvoir sur l'ensemble de la Numidie.

Scipion envoie le souverain vaincu en tant que prisonnier à Rome, où il meurt vers 203 ou 202 av. J.-C., probablement à Tibur (l'actuelle Tivoli)[9]. Sophonisbe, remariée hâtivement à Massinissa après la prise de Cirta, préfère s'empoisonner plutôt que de connaître le même sort.

Après la mort de Syphax, c'est son fils Vermina qui lui succède, dernier roi massæsyle avant l'unification de la Numidie par Massinissa. Vermina tente de poursuivre la lutte aux côtés de Carthage contre les forces romaines et celles de Massinissa, mais la défaite carthaginoise à Zama (202 av. J.-C.) met définitivement fin au royaume indépendant des Massaesyles.

Monnayage

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Plusieurs pièces de monnaie ont été frappées à l'effigie de Syphax, où il apparaît coiffé d'un diadème. Ces monnaies, principalement en bronze, portent fréquemment l'inscription punique « 𐤎𐤐𐤒 𐤄𐤌𐤌𐤋𐤊𐤕 » (SPQ HMMLKT, « Syphax le roi »)[10]. Elles attestent du caractère puissant de la royauté de Syphax et de l'intégration du royaume numide dans les échanges économiques méditerranéens.

Postérité

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Statue conservée aux musées du Vatican, identifiée par l'inscription latine « SVPHAX NVMIDIAE REX » (« Syphax, roi de Numidie »).

Le nom de Syphax est associé à plusieurs sites archéologiques d'Afrique du Nord, notamment le mausolée de Beni Rhenane, près d'Aïn Témouchent, parfois attribué par la tradition locale à ce souverain numide[11]. Une rue de Carthage, située à proximité de l'édifice à colonnes, porte également son nom[12].

Certains auteurs ont suggéré que le nom du roi numide pourrait être à l'origine de certains patronymes maghrébins modernes, bien que ce lien étymologique ne fasse pas l'objet d'un consensus parmi les historiens[5].

Le personnage de Syphax a inspiré plusieurs œuvres de la peinture européenne, notamment des fresques de la Renaissance italienne commandées par les Médicis pour la villa de Poggio a Caiano, ainsi que des opéras baroques tels que Siface de Nicola Porpora (1725) et Sofonisba de Tommaso Traetta.

Galerie

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Notes et références

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  1. Foued Laroussi, Plurilinguisme et identités au Maghreb, Presses universitaires de Rouen et du Havre, (ISBN 978-2-87775-817-8, lire en ligne)
  2. Gilbert Meynier, L'Algérie des origines : de la préhistoire à l'avènement de l'islam, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-5088-2), p. 213
  3. a et b Gabriel Camps, « Les derniers rois numides : Massinissa II et Arabion », Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, CTHS,‎ (lire en ligne)
  4. Tite-Live, Ab urbe condita libri, vol. VIII, livres XXVIII–XXX, Loeb Classical Library, p. 73-99, 173-225, 405-421
  5. a et b André Berthier, La Numidie : Rome et le Maghreb, Picard, (ISBN 9782402228916)
  6. (en) Barclay V. Head, Historia Numorum: A Manual of Greek Numismatics, Clarendon Press, (lire en ligne), p. 887
  7. a b et c Louis Lacroix, L'Univers. Afrique : esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienne. Carthage. Numidie et Mauritanie, t. III, Paris, (lire en ligne), p. 9-22
  8. Appien, Histoire romaine : Livre VIII : Le Livre africain, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France »
  9. (en) Howard H. Scullard, Scipio Africanus: Soldier and Politician, Cornell University Press, (ISBN 978-0801405495)
  10. Jean Mazard, « Corpus nummorum Numidiae Mauretaniaeque », Arts et métiers graphiques,‎
  11. Stéphane Gsell, Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, t. III, Hachette, (lire en ligne sur Gallica)
  12. Rue Syphax, Site archéologique de Carthage, Tunisie sur Google Maps.

Annexes

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Bibliographie

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  • Gabriel Camps, Les Berbères : Mémoire et identité, Errance, (ISBN 978-2-87772-221-6)
  • Gilbert Meynier, L'Algérie des origines, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-5088-2)
  • Stéphane Gsell, Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, t. III, Hachette,
  • André Berthier, La Numidie : Rome et le Maghreb, Picard,
  • (en) Howard H. Scullard, Scipio Africanus: Soldier and Politician, Cornell University Press,
  • Jean Mazard, Corpus nummorum Numidiae Mauretaniaeque, Arts et métiers graphiques,

Articles connexes

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Liens externes

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