« Un modéré » selon Le Monde. C’est l’avis relayé par sa correspondante à Beyrouth à propos d’Ismaïl Haniyeh, l’un des chefs du Hamas éliminé à Téhéran. Il faut dire que le journal du soir pratique un euphémisme aussi troublant que constant à propos des Frères musulmans (un traitement rigoureusement inverse à celui qu’il réserve aux vigilants laïques, régulièrement grimés en extrémistes). Ce fut longtemps la spécialité de Xavier Ternisien. Lorsqu’il était chargé de couvrir l’islam de France pour Le Monde, il a signé de très nombreux articles présentant les frères de l’UOIF ou leur mentor théologique Youssef al-Qaradawi (ayant délivré la fatwa autorisant le Hamas à mener des attentats kamikazes) comme de doux agneaux. Une approche que l’on a retrouvée chez la journaliste Stéphanie Le Bars à propos du mouvement frériste tunisien Ennahda, tout au long du printemps arabe.
Depuis le 7 octobre, le flambeau est dignement repris par Benjamin Barthe, ancien correspondant à Ramallah devenu chef adjoint du service international du Monde. Sous sa plume, le pogrom du Hamas n’est qu’un « chaudron qui a fi ni par exploser », par la faute d’Israël et des Occidentaux, bien sûr. Quant à Haniyeh, toujours selon Le Monde, c’était un « modéré ». L’article de trop, après une longue série, suscite la polémique sur les réseaux. Des lecteurs mettent en cause la couverture de la guerre Hamas-Israël par le journaliste Benjamin Barthe et pointent l’influence de son épouse : Muzna Shihabi, une activiste palestinienne radicale. Le 7 octobre, elle saluait les terroristes arrivés en parapente, avant de verser dans le négationnisme sur leurs « prétendues atrocités ». Tout récemment, elle voyait une « programmation du Crif » derrière l’hommage national aux victimes. Et, bien entendu, elle a pleuré l’élimination du leader du Hamas sur X : « Que Dieu bénisse son âme. » Ses positions lui ont valu d’être licenciée de l’association humanitaire Care en avril dernier. Depuis, elle gagne sa vie comme « responsable du développement » au Carep. Un centre de recherche affilié au Doha Institute, bras armé du « soft power » qatari, dont le président en France n’est autre que François Burgat : un universitaire propagateur de l’idéologie frériste, récemment convoqué pour apologie du terrorisme. La question du conflit d’intérêt se pose. Puisque le journaliste du Monde relaie souvent sur twitter les positions pro-Hamas du patron de son épouse. Rappelons qu’en janvier la cheffe du service politique du journal, Yvaine Trippenbach, s’est vue sommée de quitter son poste pour moins que ça : son compagnon devenait conseiller de Gabriel Attal. Une sévérité inverse à l’indulgence dont la Société des rédacteurs du Monde fait preuve envers Benjamin Barthe