The Wayback Machine - https://web.archive.org/web/20230222175742/https://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/france-1demo.htm
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R�publique fran�aise
|
|
France
1) Situation g�opolitique
et d�molinguistique
LES LANGUES DE FRANCE |

Capitale: Paris
Population: 65,8 millions (est. juillet
2014) Langue officielle: fran�ais
Groupe majoritaire: fran�ais (82 %)
Groupes minoritaires: occitan (12, 2 %), alsacien (2,6 %), breton
(2 %), catalan (0,45 %), corse (0,49 %), basque (0,1 %), flamand (1, %),
etc.
Syst�me politique: r�publique parlementaire � deux chambres
Articles constitutionnels (langue): art. 2 et 75-1 de la
Constitution de 1958 (modifi�e par la
Loi constitutionnelle n�
92-554 du 25 juin 1992)
Lois linguistiques: loi Deixonne de 1951;
loi
n� 75-620 du 11 juillet 1975
relative �
l'�ducation (loi Haby);
loi
n� 84-52 du 26 janvier 1984 sur l'enseignement sup�rieur
(loi Savary);
loi d'orientation
n� 89-486 du 10 juillet 1989 sur l'�ducation
(loi Jospin);
d�cret
n� 93-535 du 27 mars 1993 portant approbation du cahier des missions et
des charges de la Soci�t� nationale de radiodiffusion et de t�l�vision
fran�aise pour l'outre-mer (RFO);
Loi relative � l'emploi de la langue fran�aise ou loi Toubon (1994);
Code de l'�ducation (2000);
Loi d'orientation pour l'outre-mer
(2000); Loi
n� 2005-380 du 23 avril 2005
d'orientation et de programme pour l'avenir de l'�cole (loi Fillon);
Loi n� 2006-911 du 24 juillet
2006 relative � l�immigration et � l�int�gration;
Proposition de loi n� 3008 relative au
d�veloppement des langues et cultures r�gionales (2010);
Loi de refondation de l��cole de la R�publique du 6 juin (2013);
Loi n� 2013-595 du 8 juillet 2013
d'orientation et de programmation pour la refondation de l'�cole de la
R�publique (2013).
Au total: au moins une cinquantaine
de lois, d�crets, arr�t�s, sans compter les innombrables
circulaires administratives (voir une
liste des textes juridiques en mati�re de langue). |
Plan de l'article
1
Situation g�opolitique
1.1 La structure administrative m�tropolitaine
1.2 La France d'outre-mer
2
Donn�es d�molinguistiques
2.1 La question des minorit�s linguistiques
2.2 Le probl�me des recensements linguistiques
2.3 Le classement des langues r�gionales
3
Les
langues r�gionales en France m�tropolitaine
3.1 Les langues patrimoniales
3.2 Les langues germaniques
3.3 Une langue celtique: le breton
3.4 La langue basque
3.5 Le corse
3.6 La langue d'oc et ses vari�t�s |
3.7 Le catalan
3.8 Le franco-proven�al
3.9 Les langues d'o�l
3.10 L'enqu�te de l'INSEE (2002)
3.11 Les autres langues d'int�r�t historique
3.12 Les langues en danger, selon l'Unesco
4 Les langues
r�gionales d'outre-mer
4.1 Les d�partements d'outre-mer (DOM)
4.2 Les �pays d'outre-mer� (POM)
4.3 Les collectivit�s territoriales (COM)
5
Les langues immigrantes dans la France m�tropolitaine
5.1 Les �trangers
5.2 Les langues immigrantes
5.3 La difficile int�gration |
La France (543 965 km�) est bord�e au nord par la mer du Nord et
la Manche, � l'ouest par l'oc�an Atlantique, au sud par la M�diterran�e. Elle
est limit�e � l'est par la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne, la Suisse et
l'Italie, au sud par l'Espagne et la petite principaut� d'Andorre.
Avec ses voisins, la France poss�de 56,6 km de fronti�re
commune avec
Andorre, 620 km avec la Belgique, 451 km avec l'Allemagne,
488 km avec l'Italie, 73 km avec le Luxembourg 73 km, 4,4 km
avec Monaco, 623 km avec l'Espagne et 573 km avec la Suisse. Si
l'on prend en consid�ration les DOM-TOM, la superficie de la
R�publique atteint 1 007 329 km�.
 |
1.1 La structure
administrative m�tropolitaine Le pays est administrativement d�coup� en 96
d�partements m�tropolitains, regroup�s en
13 r�gions m�tropolitaines (incluant la Corse), mais
18 r�gions si l'on
compte les cinq r�gions d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique,
Guyane, La R�union et Mayotte). Avant la R�volution de 1789, la
France �tait organis�e administrativement en
provinces.
Aujourd'hui, on compte g�n�ralement plusieurs
d�partements dans une r�gion (voir
la carte). Les d�partements fran�ais correspondent �
des divisions administratives
plac�es sous l'autorit� d'un pr�fet et administr�es par un conseil
g�n�ral. Les comp�tences propres au d�partement concernent essentiellement
l'action sanitaire et sociale, l'�quipement rural, la voirie
d�partementale et les d�penses d'investissement et de fonctionnement des
coll�ges. 1.2 La France
d'outre-mer La France comprend
�galement ce qu'on appelait jusqu'� r�cemment des
DOM-TOM.
Depuis la r�forme de 2003, on distingue quatre
DROM ou �d�partements et
r�gions d'outre-mer� (Martinique, Guadeloupe, Guyane et La
R�union), deux POM ou �pays
d'outre-mer au sein de la R�publique� (Nouvelle-Cal�donie et
Polyn�sie), un TOM ou
�territoire d'outre-mer� (les Terres australes et antarctiques
fran�aises) et trois COM ou
�collectivit�s d'outre-mer�, dont une �collectivit� sp�cifique�
(Corse), une �collectivit� d'outre-mer d�partementale� (Mayotte)
et une �collectivit� d'outre-mer territoriale�
(Saint-Pierre-et-Miquelon). Les collectivit�s d'outre-mer sont
des COM. |
De plus, depuis le 14 juillet 2007, les �les de Saint-Barth�lemy et de
Saint-Martin ne font plus partie des communes de la Guadeloupe. Elles ont
cess� d�appartenir � la cat�gorie des DOM et sont �rig�es en �collectivit�
d'outre-mer� (COM) et quittent �galement l�Union europ�enne. Ces nouvelles
collectivit�s d'outre-mer assument maintenant les comp�tences qui
�taient hier exerc�es par les communes de Saint-Barth�lemy et de
Saint-Martin ainsi que par le d�partement et la r�gion de la Guadeloupe. En
date du 16 avril 2017, Mayotte, la Martinique et la Guyane fran�aisn sont
des COM.
Les d�partements ou territoires fran�ais d'outre-mer
fran�ais repr�sentent seulement de 23 % de la superficie totale de la
R�publique fran�aise, mais 93 % des 11 millions de kilom�tres carr�s de la
zone �conomique exclusive (ZEE) de la France. Parce que les territoires
d'outre-mer font partie int�grante de la France, celle-ci est voisine du
Canada, des �tats-Unis, du Br�sil, de l'Australie et de Madagascar, ce qui
lui donne voix au chapitre presque partout. Gr�ce � ces territoires
d'outre-mer, la France demeure une grande puissance maritime dans le monde.
Il est manifeste que ces territoires d�outre-mer sont essentiels �
l'influence de la France, en raison de leurs int�r�ts politiques,
�conomiques, strat�giques, militaires, scientifiques, etc. On peut
comprendre pourquoi la France d�sire conserver et maintenir ces territoires
sans lesquels elle serait une puissance de seconde zone dans le monde
d�aujourd�hui. De plus, en tant que pilier de la Francophonie, la France
agit aussi comme une sorte de �club� � l'int�rieur de l'ONU. Et son
influence passe par l'Agence France-Presse qui diffuse en plusieurs langues
(fran�ais, anglais, allemand, russe, espagnol, portugais et arabe).
La population de la France �tait de 58,6 millions en
1998, puis � 61,4 millions en juillet 2004
et, en janvier 2016, � 66,6 millions. La majorit� (82 %) des Fran�ais parlent le
fran�ais comme langue maternelle, mais on compte un certain nombre de
�minorit�s historiques� dont les membres parlent une �langue r�gionale�
comme langue maternelle (voir
� ce sujet la carte des parlers r�gionaux).
2.1 La question des minorit�s
linguistiques
En France, les
expressions telles que minorit�s nationales,
minorit�s historiques et
langues minoritaires sont exclues du vocabulaire �politiquement correct�
fran�ais et du discours officiel, mais l�expression langues r�gionales
est d�usage courant, ce qui les diff�rencie des �langues �trang�res� et
des �langues immigrantes�. Officiellement, que le fran�ais n'est pas �la langue
d'un groupe distinct des autres�, mais celle de tous les multiples groupes qui
vivent et parlent en France. Autrement dit, il n'y a pas de �minorit�s� en
France, puisque tous les individus sont des Fran�ais. En 1977, alors qu'il �tait
maire de Paris, le futur pr�sident Chirac avait fait cette d�claration au
journal Le Monde: le 3 septembre 1977) en employant les mots �minorit�s� et
�ph�nom�ne minoritaire�, mais ce n'est gu�re courant:
|
� cet �gard, le probl�me le plus
d�licat qui reste � r�soudre au sein de la nation fran�aise est celui du droit
� l'identit� et � l'expression culturelle des minorit�s. � juste titre, notre
syst�me d�mocratique ignore le ph�nom�ne minoritaire. Un Fran�ais vaut un
Fran�ais, quelle que soit sa personnalit� propre ou son identification
collective.
|
�videmment, il est habile d'affirmer qu'il n'y a pas de
�minorit�s� sur son territoire, ce qui implique qu'il n'est pas n�cessaire de les
prot�ger. De plus, pour bien des politiciens fran�ais, les langues r�gionales
auraient perdu de toute fa�on leur statut de langue maternelle, car elles ne
seraient plus parl�es; pour ces politiciens, il s'agit l� de �langues apprises�
(des langues secondes) et dont les structures grammaticales auraient �t�
largement modifi�es �afin de r�pondre � des imp�ratifs politiques autonomistes,
voire s�paratistes�. Voil�, le probl�me est r�gl�! Par ailleurs, comme la
plupart des langues r�gionales ne sont r�ellement �maternelles� que pour les
personnes d�j� tr�s �g�es et en milieu rural... on comprend que la Nation ne
soit pas tr�s motiv�e � r�agir et � revendiquer des droits linguistiques.
Cette conception fran�aise des langues r�gionales est le r�sultat d�une uniformisation
linguistique toujours pr�sente non seulement dans l�Administration, mais
encore dans l�esprit de nombreux fonctionnaires et d�une bonne partie de la
population. C'est pourquoi beaucoup de Fran�ais seraient eux-m�mes surpris d�apprendre
que leur pays est, apr�s l�Italie, le pays d�Europe occidentale qui compte
le plus grand nombre de �langues minoritaires� sur son territoire.
En r�alit�, seuls les militants des partis
nationalistes � base ethnique revendiquent un statut de �minorit�s
opprim�es�, mais c'est infiniment marginal et le fait, le plus souvent, de
fonctionnaires, surtout en �ducation, trop heureux d'avoir la subsistance
assur�e par l'�tat �colonisateur�. Comme les politiques savent que ces
revendications n'ont aucun �cho dans la masse de la population, elles n'ont
pratiquement aucune chance d'aboutir � des r�alisations concr�tes.
2.2 Le probl�me des recensements
linguistiques
En France, les recensements ne tiennent pas compte de
l'origine ethnique ou religieuse, ce qui prive les autorit�s d'instruments
indispensables pour lutter contre les discriminations. Cette absence de
donn�es d�montre non seulement le faible int�r�t (un euph�misme) que portent
depuis longtemps les dirigeants fran�ais, mais aussi leur aveuglement
concernant les minorit�s linguistiques. La France milite depuis quelques
d�cennie au plan international en faveur de �la diversit� culturelle�, mais
elle ne reconna�t pas dans asa constitution l'existence de ses langues
nationales minoritaires comme le breton, l'alsacien, l'occitan, le catalan,
le basque, etc. Tout ce qui semble aller de soi dans les autres pays voisins
de l'Europe, par exemple la prise en compte de l'existence de minorit�s, est
chose occult�e en France, o� l'on craint plus que tout le glissement vers le
�communautarisme� interpr�t� comme le repli sur sa communaut� d'origine.
�tant donn� qu'il n�existe pas de recensement
linguistique officiel en France, il faut se reporter sur des donn�es
approximatives transmises par diverses associations. En juillet 1998 et en avril 1999, deux rapports sur les langues
r�gionales furent remis successivement au gouvernement fran�ais. Le premier,
celui de
Bernard Poignant, maire de Quimper, ne nous permet pas de recenser le
nombre des locuteurs des langues r�gionales. Il dresse n�anmoins la
nomenclature des langues r�gionales parl�es sur l�ensemble du territoire
m�tropolitain; le rapport �Langues et cultures r�gionales� de B. Poignant a
surtout le m�rite de nous pr�senter un tableau de la situation de ces langues
employ�es dans l�enseignement et les m�dias. Quant au rapport de
Bernard
Cerquiglini (avril 1999), directeur de l'Institut national de la langue
fran�aise (CNRS), il ne nous informe pas plus sur le d�nombrement des
locuteurs des langues r�gionales. � ce sujet, l�auteur semble affirmer
presque � regret ce qui suit au sujet des �langues r�gionales� (qu'on
n'h�siterait pas � appeler dans un autre pays �langues minoritaires�):
| En tant que linguiste, le rapporteur ne peut s'emp�cher de noter combien
faible est notre connaissance de nombreuses langues que parlent des citoyens
fran�ais. Il se permet de sugg�rer que la France se donne l'intention et
les moyens d'une description scientifique de ses langues, aboutissant � une
publication de synth�se. La derni�re grande enqu�te sur le patrimoine
linguistique de la R�publique, men�e il est vrai dans un esprit assez
diff�rent, est celle de l'abb� Gr�goire (1790-1792). |
Cela dit, M. Bernard Cerquiglini a retenu 75 langues diff�rentes
consid�r�es comme des �langues r�gionales� (voir
� ce sujet la carte des parlers r�gionaux).
Cependant, en 2008, les 75
langues inventori�es par Bernard Cerquiglini sont pass�es � 79 dans un texte
de la ministre de la Culture et de la Communication devant le S�nat:
l'occitan (-1) a �t� remplac� par chacune de ses composante, soit
l'auvergnat, le gascon, le languedocien, le limousin et le proven�al (+5).
Or, cette �richesse
exceptionnelle� du patrimoine linguistique est reli�e en partie �
l'appartenance � la France de d�partements et de territoires d'outre-mer. En
effet, les deux tiers de ces langues, soit 51 au total, sont parl�es
principalement dans les DOM-TOM. N�anmoins, la publication en mars 2003 du
volume Les langues de France (Presses Universitaires de France), sous la
direction de Bernard Cerquiglini, donne un aper�u d'un d�nombrement partiel
de la plupart des langues r�gionales non seulement dans l'Hexagone, mais aussi
dans les DOM-TOM (appel�s aujourd'hui DOM et COM). C'est � partir de ces sources que nous pourrons nous baser
pour pr�senter le nombre (approximatif) des locuteurs des langues r�gionales.
Dans le tableau ci-dessous, le nombre des
locuteurs est celui inscrit par le Comit� consultatif pour la promotion
des langues r�gionales et de la pluralit� interne dans son rapport de
2013.
|
(LR)
Langue r�gionale |
(P)
Population r�gionale totale |
(L)
Locuteurs
r�gionaux - Tableau % |
(PS)
Population
scolaire 2008 - 18 % P |
(E)
�l�ves en LR en 2008 - Pourcentage |
(EB)
Enseignement
bilingue 2010 - % |
Alsacien
germanique |
1
700 000 |
900 000 |
53 % |
309
000 |
193 820 |
53 % |
22 683 |
14 % |
Basque
basque |
250 000 |
72 000 |
29 % |
45 000 |
11 060 |
26 % |
11 532 |
100 % |
Breton
celtique |
1 500 000 |
172 000 |
12 % |
270
000 |
23 432 |
9 % |
19 467 |
83 % |
Catalan
romane |
370 000 |
126 000 |
34 % |
66 000 |
13 048 |
20 % |
3 053 |
24 % |
Corse
romane |
250 000 |
150 000 |
60 % |
45 000 |
34 598 |
77 % |
7 059 |
21 % |
Flamand
germanique |
1
400 000 |
30 000 |
2 % |
252 000 |
720 |
--- |
123 |
17 % |
Franco-proven�al
romane |
6
000 000 |
150 000 |
3 % |
1 080 000 |
275 |
--- |
165 |
60 % |
Langues d'o�l
romane |
35 000 000 |
204 000 |
1 % |
6 300 000 |
1 761 |
(gallo
seulement) |
--- |
Occitan
romane |
13 000 000 |
3 000 000 |
23 % |
2 340 000 |
80 000 |
4 % |
6 875 |
9 % |
Francique
germanique |
2
300 000 |
400 000 |
17 % |
414 000 |
810 |
--- |
810 |
100 % |
|
Total |
61 770 000 |
5 202 000 |
9 % |
11 121 000 |
329 524 |
3 % |
71 767 |
22% |
(LR) = langue r�gionale
(P) = population totale de la
r�gion
(L) = locuteurs et pourcentage |
(PS) = population scolaire
(E) = �l�ves en langue
r�gionale (LR)
(EB) = enseignement bilingue |
Dans ce
Tableau
r�capitulatif des langues r�gionales
de France, il s'agit des langues r�gionales parl�e sur le
territoire fran�ais (Hexagone) et r�pertori�es en 1999 par Bernard Cerquiglini, directeur de l'Institut national de la langue fran�aise (CNRS),
dans un rapport remis au ministre de l'�ducation nationale, de la Recherche et
de la Technologie, ainsi qu�� la ministre de la Culture et de la
Communication.
On se rend compte que, � l'exception de l'Alsace (53
%) et de la Corse (60 %), la proportion de locuteurs des langues locales
dans une r�gion demeure relativement faible: 29 % pour le basque, 12 % pour
le breton, 34 % pour le catalan, 2 % pour le flamand, 3 % pour le
franco-proven�al, 1 % pour les langues d'o�l, 23 % pour l'occitan et 17 %
pour le francique mosellan. Encore une fois, ces statistiques sont peu
fiables, ce qui signifie que ces r�sultats pourraient �tre revus � la baisse.
2.3 Le classement
des langues r�gionales
N'oublions pas que les langues r�gionales de France sont
nombreuses et qu'on peut les classer en fonction de leur origine
�g�n�tique�. La plupart proviennent du latin
(les langues d'o�l, l'occitan et ses vari�t�s, le catalan, le franco-proven�al et
le corse), d'autres du germanique initial
(francique, flamand, alsacien) ou du celtique
(breton); seul le basque est une langue
isol�e (famille basque). On distingue les
langues
gallo-romanes (langues d'o�l et langues d'oc) et les
langues
non gallo-romanes, mais le catalan et le corse demeurent des
langues romanes. On peut �galement consulter une carte historique repr�sentant
les aires linguistiques de toutes les langues de France en
cliquant ICI. On constatera que les langues non gallo-romanes
parl�es au nord-est et au sud font partie d'une autre aire linguistique
(langues germaniques, catalan et basque).
Selon la D�l�gation g�n�rale � la langue fran�aise et aux
langues de France (DGLFLF), les langues de France sont �les langues r�gionales
ou minoritaires parl�es traditionnellement par des citoyens fran�ais sur le
territoire de la R�publique, et qui ne sont langue officielle d�aucun �tat.� On
peut les d�signer comme �r�gionales� ou �non territoriales�, mais elles
constituent un bien commun et une partie du patrimoine de l�humanit�. En ce
sens, on pourrait les qualifier de �langues patrimoniales�.
3.1 Les langues patrimoniales
 |
Les rapports
Poignant (1998) et
Cerquiglini (1999) mentionnent pr�cis�ment
l�alsacien, le basque,
le breton, le catalan,
le corse, le
francique, le flamand
occidental,
le franco-proven�al, l�occitan
ou langue d'oc (partag� entre le gascon, le languedocien, le proven�al, l'auvergnat-limousin et
l'alpin-dauphinois)
et huit langues d'o�l: le franc-comtois,
le wallon, le picard,
le normand, le gallo,
le poitevin, le saintongeais
et le
bourguignon-morvandiau (voir
la carte des langues d'o�l).
Les �langues transfrontali�res� sont
les suivantes: l'alsacien, le
francique (souvent lorrain sur les cartes), le
basque, le catalan, le
flamand (occidental) et
le franco-proven�al. On peut consulter le
TABLEAU
r�capitulatif des langues r�gionales
de France.
Beaucoup de ces langues r�gionales sont consid�r�es comme des
�langues en p�ril�, c'est-�-dire en voie d'extinction, sauf pour l'alsacien, le
breton et le catalan.
|
� ces langues dites �historiques� (voir
� ce sujet la carte des parlers r�gionaux) s�ajoutent des
langues
immigrantes telles que le berb�re, l�arabe dialectal, le yiddish, le tsigane
(ou romani chib) et l�arm�nien occidental. �videmment, exception faite des minorit�s
immigrantes tr�s r�centes, tous les Fran�ais parlent aussi la langue nationale en
tant que langue seconde.
Le probl�me fondamental r�side surtout dans le nombre
des locuteurs de toutes ces langues, les sources non officielles ayant la
f�cheuse tendance � se contredire et � pr�senter des donn�es statistiques
souvent discordantes. En guise de r�f�rence, nous allons nous servir des
donn�es relev�es en 1999 par l�Agence
France-Presse en ce qui a trait aux langues r�gionales plus
importantes (voir la carte)
en usage sur le territoire de la M�tropole:
|
Alsacien |
environ 900 000
locuteurs sur 1,7 million d'habitants (53 %). |
|
Breton |
172 000 locuteurs sur 1,5 million d'habitants
(12 %), dans la zone dite
bretonnante (Finist�re, une partie des C�tes d'Armor et du Morbihan)
contre 1,2 million au d�but du si�cle. |
|
Occitan |
3 millions de
locuteurs, sur 13-14 millions d'habitants (23 %), contre 10 millions en 1920.
|
|
Basque |
72 000 locuteurs sur
250 000 habitants (29 %); pr�s de 100 % de la population parlait la langue au
d�but du si�cle. |
|
Corse |
environ 60
000 locuteurs sur 250 000 habitants (env. 60 %); pr�s de 100 % de la population
parlait corse au d�but du si�cle. |
|
Catalan |
126 000
locuteurs ou 34 % de la
population des Pyr�n�es Orientales (126 000 habitants) ont d�clar� le
parler, dans une enqu�te r�cente; parmi ces 34 %, quelque 17 % ont
d�clar� le parler �bien�. |
On peut consulter aussi le tableau des langues r�gionales
en cliquant ICI,
s.v.p., ainsi que les d�nombrement des langues selon le
Comit� consultatif pour la promotion des langues r�gionales et de la
pluralit� interne de 2013.
On compte en France trois langues r�gionales d�origine
germanique: l�alsacien, le francique et le flamand du Westhoek (ou
flamand occidental).
 |
- L�alsacien
(ou Els�sserditsch),
qui fait partie des langues al�maniques, serait parl� par pr�s de 900 000
locuteurs en Alsace (sur
une population r�gionale � Haut-Rhin et Bas-Rhin � de 1,7 million d�habitants).
Mais quelque 230 000 personnes le parleraient de fa�on occasionnelle. Le sondage DNA/CSA Opinion de 1998 r�v�le qu'un Alsacien sur deux
d�clare parler couramment l'alsacien (�dialecte parl� couramment�). Au point de vue historique, l�alsacien
appartient � l��allemand sup�rieur� (l�Oberdeutsch), parce qu'il
s�agit de langues ou de dialectes g�n�ralement en usage dans les r�gions
montagneuses de la partie m�ridionale de l�Allemagne. Voir � ce sujet la
carte
des dialectes allemands. - Le
francique
mosellan (ou francique de Moselle: Lothringer Platt ou
Lothringer Deitsch) fait partie des parlers franciques de l�Ouest (le Westmitteldeutsch)
et �tait parl� par quelque 360 000 locuteurs en 1962; Une enqu�te effectu�e
par l'Institut national des �tudes d�mographiques, dans le cadre du
recensement de 1999, confirme le recul du francique, qui compterait encore 400
000 locuteurs, dont 80 000
dans le d�partement de
la Moselle (n� 57), notamment dans la r�gion
de Thionville et l'extr�me-nord du d�partement (Sarreguemines-Bitche). On y
distingue le francique luxembourgeois, le francique mosellan et le
francique rh�nan. La langue semble se transmettre de moins en moins chez les
jeunes g�n�rations, puisque seulement 20 % des jeunes de moins de 15 ans la
parlerait. Cette langue serait donc particuli�rement en grand danger de
disparition.
|
Les dialectes
franciques font partie du moyen allemand :
francique rh�nan (lorrain), hessois, francique mosellan,
luxembourgeois, francique ripuaire, thuringien et haut-saxon. Trois formes de
francique sont parl�es en France (Moselle): le
francique mosellan (dans le
�pays de Nied�:
Bouzonville et Boulay);
le francique rh�nan (du bassin houiller jusqu'� l'Alsace)
et le francique
luxembourgeois (dans le �pays thionvillois�:
Thionville, Sierck-les-Bains,
Cattenom et la vall�e de la Fensch, ainsi que dans le
grand-duch� de Luxembourg, la r�gion
belge d'Arlon et certaines r�gions allemandes du
Land de Sarre � la fronti�re ouest, au nord d'Echternach, dans les arrondissements de Pr�m et de
Bitburg. N'oublions pas que l'aire du francique est coup�e en deux par la fronti�re linguistique s�parant les
langues romanes et germaniques. En France, les locuteurs du francique disent
parler le platt (mir redde platt : �nous parlons le platt�),
m�me si celui-ci ne co�ncide pas avec le Platt Deutsch d'Allemagne.
Ils n'emploient jamais le mot fr�nkisch dans l'expression mir
redde fr�nkisch (�nous parlons le francique�).
Quant au
francique ripuaire,
il n'est pas parl� en France, mais dans la r�gion allemande de Cologne (Dusseldorf
et Bonn) et dans les
cantons belges germanophones, son aire d'influence s'�tendant essentiellement
dans le Land de Rh�nanie-du-Nord-Westphalie,
avec quelques influences mineures sur le nord du Land de Rh�nanie-Palatinat et la
r�gion d'Eupen en
Belgique. On peut consulter une carte
linguistique de toutes les vari�t�s de francique (France, Luxembourg,
Belgique et Allemagne)
en
cliquant ICI, s.v.p.
Les dialectes franciques (rh�nan, mosellan,
luxembourgeois, ripuaire, etc.) sont li�s
par des �l�ments communs issus du francique
initial, une ancienne langue germanique parl�e par les Francs qui ont conquis
les Romains en Gaule au Ve si�cle. Le francique demeure donc un vestige linguistique des
Francs qui ont fond� la France, m�me s'il est peu probable que ce soit la m�me
langue. En effet, la langue du roi Clovis et de sa cour �tait le �francique
salien�, un francique plus proche du francique ripuaire, dont il n'existe pas de trace en France.
N�anmoins, l'influence francique a �t� consid�rable en
fran�ais, et cette langue (incluant ses variantes) a laiss� quelque 400 mots encore en usage aujourd'hui.
- Le
flamand
(flamand occidental), appel�
le flamand du Westhoek, est utilis� par environ
30
000 locuteurs (2 % de la population de la r�gion), ainsi que 50 000 occasionnels,
dans le d�partement du Nord (n� 59) de la France (r�gion
de Dunkerque), sur une population pr�s de quatre millions d'habitants. En
r�alit�, il est tr�s difficile de savoir exactement combien de locuteurs
parlent le flamand: les chiffres varient �norm�ment, soit de 30 000 � 100 000 locuteurs (dans
les visions les plus optimistes) et on ignore tout du degr� de connaissance de
la langue. Le flamand encore parl� en France est un dialecte du n�erlandais associ� au flamand
occidental (le West-Vlaams); il est �galement parl� en Flandre et aux Pays-Bas (voir
la carte linguistique � ce sujet). Le flamand du Westhoek est
aujourd�hui en nette r�gression.
 |
Le
breton
(appel� brezoneg ou brezhoneg) est la
seule langue celtique parl�e en France. Selon l'Institut TMO R�gion, 172 000
locuteurs (12 % de la population localre)parleraient actuellement le breton, contre
quelque 246 000 en 1999. Il
s'agit d'une population totale de 1,5 million d�habitants dans la �zone
bretonnante� de l�Ouest appel�e Basse-Bretagne
ou Breizh Izel. � l�est, se trouve la partie francophone dite
Haute-Bretagne (ou Breizh Uhel) appel�e �galement �le pays gallo�,
o� l'on parle le gallo et le fran�ais. On consid�re g�n�ralement
qu'il existe quatre vari�t�s de breton: 1) le l�onais
(au nord-ouest); 2) le tr�gorrois
(au nord-est); 3) le cornouaillais
(au sud-ouest); 4) le vannetais
(au sud-est). Les jeunes ne savent pratiquement plus le breton, car deux
bretonnants sur trois se situent dans la cat�gorie des plus de 60 ans.
Selon un rapport de 2013, il y aurait 280 00 locuteurs du breton ainsi
que 600 000 occasionnels. Le breton a pour origine le gallois et le cornique, introduits au Ve
si�cle par les immigrants venus du pays de Galles et de
Cornouailles (dans l��le
de Grande-Bretagne), apr�s l�invasion de la Grande-Bretagne par les Saxons.
Le breton reste l'une des quatre langues celtiques qui subsistent encore
aujourd'hui, avec le gallois, l'irlandais et l'�cossais, le gaulois, le
mannois et le cornique �tant �teints (malgr� les efforts de restauration
pour le mannois et le cornique). |
 |
Le
basque appartient
� une famille linguistique isol�e (famille basque) et
est parl� en France par quelque 72 000 locuteurs (chiffres optimistes) sur une population de 250 000
Basques fran�ais (29 % de la population locale). Les Basques sont r�partis en Espagne et en France, soit dans sept
provinces historiques. Pour la France, les Basques habitent le d�partement
des Pyr�n�es-Atlantiques (n� 64), qui comprend les provinces du Labourd, de la
Basse-Navarre et de la Soule. Quant � la langue basque, elle se compose de
plusieurs vari�t�s dialectales dont les plus importantes sont, pour la
France, le labourdin et le bas-navarrais,
pour l�Espagne, le guip�zcoan, le
biscayen et le haut-navarrais. |
Alors que la plupart des Basques espagnols re�oivent un enseignement en
basque, seulement 20 % des enfants basques-fran�ais apprennent cette langue
dans les �coles primaires (deux � trois heures hebdomadaires).
Le corse est une langue
romane apparent�e au groupe italien (groupe italo-roman) et est parl� par moins de
70 000
locuteurs sur 250 000 habitants (dans l'�le de Corse,
une collectivit� territoriale sp�cifique), mais 100 000 autres parleraient
cette langue de fa�on occasionnelle, ce qui donnerait un nombre maximal et
optimiste de 160 000 locuteurs (60 % de la population locale).
Cette langue a longtemps �t� consid�r�e comme une forme dialectale de
l'italien. Bien que le corse ait subi une forte influence du toscan, il est
apparu dans l'histoire avant la naissance de l'italien standard, ce qui en fait
une langue bien distincte, et ce, d'autant plus que son vocabulaire comporte
une part importante de mots d'origine ligure.
Aujourd�hui, le corse demeure
la seule des langues minoritaires �fran�aises� � b�n�ficier d'un statut
particulier, lui-m�me �troitement li� au statut administratif de l'�le. En
1999, quelque 20 % des �l�ves scolaris� en corse ont pass� l'�preuve de
corse � l'examen. �
l�ext�rieur de l'�le de Corse, l�enseignement de cette langue est dispens�
dans les villes d�Aix-en-Provence, Marseille, Nice et Paris.
On peut lire la
page Web qui est consacr�e exclusivement � la Corse en cliquant
ICI,
s.v.p.
La langue
d'oc ou occitan, comme le fran�ais, fait partie des
langues romanes, toutes issues du latin populaire. Le mot �occitan� est une
francisation savante du latin occitanus, alors que la forme populaire
fran�aise aurait �t� �occitain� (1886). Il semble que �occitanus� ait �t�
form� parall�lement avec �aquitanus�. L'�crivain Fr�d�ric Mistral, pour sa
part, �crivait ��ucitan�.
- Les cat�gories de Dante
L'une des premi�res attestations de l'expression langue
d'oc est attribu�e � l'�crivain florentin Dante Alighieri (1265-1321).
Dans son De Vulgari Eloquentia (�De l'�loquence vulgaire�) r�dig�
vers 1305 en latin, celui-ci
classait les trois langues romanes qu'il connaissait d'apr�s la fa�on de dire oui dans chacune
d'elles (par exemple, o�l, oc, si), d'o� la distinction
�langue d'oc� (< lat. hoc) au sud et �langue d'o�l� (< lat. hoc ille)
au nord, pour ensuite d�signer les parlers italiens (s� < lat. sic). Le
c�l�bre Florentin
distinguait dans leur fa�on de dire �oui� les trois grandes branches des
langues romanes (issues du latin) connues: �Nam alii Oc; alii Oil, alii S�, affirmando loquuntur, ut puta Yispani, Franci et Latini�, ce qui signifie
�les uns disent oc, les autres o�l, et les autres si,
pour affirmer, par exemple, comme les Espagnols, les Fran�ais et les Latins�.
Dante ajoute aussi :
|
Istorum vero
proferentes oc meridionalis Europe tenent partem occidentalem, a
Ianuensium finibus incipientes. Qui autem s� dicunt a predictis
finibus orientalem tenent, videlicet usque ad promuntorium illud
Ytalie qua sinus Adriatici maris incipit, et Siciliam. Sed
loquentes oil quodam modo septentrionales sunt respectu istorum:
nam ab oriente Alamannos habent et ab occidente et settentrione
anglico mari vallati sunt et montibus Aragonie terminati; a
meridie quoque Provincialibus et Apenini devexione clauduntur.
|
[Ceux qui disent
�oc� tiennent la partie occidentale de l�Europe, � partir des
fronti�res des G�nois. Ceux qui disent �si� tiennent la partie
orientale de ces fronti�res, soit jusqu�� ce promontoire
d�Italie, d�o� commence le golfe de la mer Adriatique jusqu�� la
Sicile. Et ceux qui disent �o�l� sont en quelque sorte
septentrionaux par rapport � ceux-ci; ils ont en effet les
Allemands � l�orient, ils sont prot�g�s au septentrion et �
l�occident par la mer anglaise ou gauloise, et ils sont born�s
par les montagnes d�Aragon; au sud, ils sont enferm�s par les
Proven�aux et la courbe des Apennins.] |
Ces
termes sont employ�s par Dante pour d�signer respectivement les Espagnols (oc),
les Fran�ais (o�l) et les Italiens (s�). Pour lui, les
Franci (Fran�ais) qu'il situe au nord des montagnes
d'Aragon, donc � partir de la Navarre, parlent le fran�ais d'o�l, ce qui, on
le sait aujourd'hui, �tend consid�rablement l'aire linguistique des langues
d'o�l. De plus, lorsque Dante affirme que les Yispani (Espagnols) disent �oc�, il
fait allusion uniquement au royaume d'Aragon, ce qui correspondait aux Aragonais (�Aragoniae�)
et aux
Catalans qu'ils associait aux Espagnols. � cette �poque, les Catalans
employaient �oc� (jusque vers 1500) et ils se sont ensuite castillanis�s en
adoptant �si�, comme les Castillans.
Dans un passage de Vita Nuova (�Vie nouvelle�), Dante opposait
d�j� (vers 1293) la litt�rature catalane de �lingua d'oco� � celle en italien de langue
�di s�. Dante parlait donc de
litt�rature: il avait en haute estime la langue italienne
(florentin) et, dans Il Convivio
(�Le Banquet�, vers 1303-1304), il reprochait � ses
compatriotes � �a perpetuale infamia�
� de pr�f�rer des langues vulgaires
�di lingua d'ocho� (de langue d'oc)
comme le proven�al (�prouenza�). Il consid�rait que l'italien (�lo
parlare italicho� �tait plus pr�cieux et plus beau que le
proven�al.
 |
Or, �proven�al� est le nom donn� par Dante � la langue
employ�e dans la c�l�bre Chronique de Jacques Ier
d�Aragon, dit le Conqu�rant (catalan : "Jaume I el Conqueridor"),
comte de Barcelone et seigneur de Montpellier, une chronique
litt�raire r�dig�e en catalan et connue comme le Livre des faits (catalan:
Llivre dels fe�ts). Ce livre �tait c�l�bre en Italie, comme
d'ailleurs les chansons des troubadours proven�aux. Dante a
totalement ignor� le castillan des Espagnols pour lesquels
oui se disait s�, alors que les Catalans et les
Aragonais employaient oc. Dans ces conditions, il devient
difficile de distinguer � l'�crit le s� de l'espagnol et
le s� de l'italien. Bref, le point
de vue de Dante �tait litt�raire et teint� de partialit�.
Pour le
grand �crivain florentin,
il
n'existait alors que trois langues litt�raires issues du latin:
- le fran�ais
d�o�l au nord de la Navarre et les trois quarts de la France;
- la langue d�oc dans le nord-est de la
p�ninsule ib�rique et le sud de la France;
- la langue du si utilis�e dans la p�ninsule
italique.
|
Si Dante ne s'est pas tromp� pour d�signer l'aire linguistique des
langues italiennes, il a consid�rablement err� en ce qui concerne les
langues d'o�l et d'oc en France et en Espagne. N�anmoins, les termes o�l, oc
et si utilis�s par Dante ont connu beaucoup de succ�s, bien que ces
termes ne recouvrent pas les m�mes aires linguistiques ni les m�mes r�gions
que pour nous. Dante n'�tait pas linguiste et il n'avait pas les
connaissances qui se sont d�velopp�es depuis la fin du XIXe
si�cle.
On peut consulter aussi le texte �Les
domaines d�oc, si et o�l, selon Dante� de MM. Jean Lafitte et Guilhem P�pin,
en cliquant ICI, s.v.p.
Heureusement que d'autres termes ont servi � d�signer cette langue
d'oc: roman, limousin,
proven�al, gascon, catalan, etc., mais le mot proven�al semble
avoir �t� plus populaire. C'est � partir du milieu du XIXe si�cle
que le mot occitan a commenc� � d�signer l'ensemble des langues
d'oc. Il existe aujourd'hui une controverse en France au sujet de l'emploi du
singulier ou du pluriel pour l'expression �langue d'oc� / �langues d'oc�. Dans
le premier cas, on consid�re qu'il n'existe qu'une seule langue d'oc,
l'occitan; dans le second, plusieurs (limousin,
proven�al, gascon, languedocien, etc.). Cette controverse semble plus
id�ologique � l'unicit� de la France � que vraiment linguistique, mais les
partisans de l'unicit� de la langue occitane semblent les plus nombreux.
- La r�partition de l'occitan
L'aire linguistique de l'occitan comprend pratiquement le
tiers de la France, c'est-�-dire un territoire tr�s vaste dans toute
la partie sud du pays. Au point de vue du d�coupage administratif, l'occitan
englobe les d�partements suivants (voir la
carte):
- S�rie
ne concernant que le gascon:
Pyr�n�es-Atlantiques
(sauf le Pays basque), Hautes Pyr�n�es,
Gers,
Landes et Gironde (� l'exception de la Grande et de la Petite
Gavacherie);
- S�rie partag�e entre le gascon et le languedocien: Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Haute-Garonne
et Ari�ge;
- Une faible partie des
Pyr�n�es-Orientales, Aude, H�rault, Tarn, Aveyron, Lot; Dordogne (sauf quelques
communes de l'ouest); Corr�ze; Haute-Vienne (sauf l'extr�me-nord); une partie de
la Charente; plus de la moiti� orientale de la Creuse, Puy-de-D�me (�
l'exception de quelques
communes du Nord-Ouest); quelques communes de l'Allier autour de Gannat; une
r�gion au sud-ouest de la Loire, autour de Saint-Bonnet-le-Ch�teau; Cantal;
Haute-Loire, Loz�re, Gard; Ard�che (sauf dans la
partie nord), le sud-est de
l'Is�re; Dr�me (sauf le nord du d�partement); Hautes-Alpes,
Alpes-de-Haute-Provence,
Vaucluse, Bouches-du-Rh�ne, Var et Alpes-Maritimes.
Hors de France,
l'occitan dans sa vari�t� gasconne est parl� dans le
Val-d'Aran (en Catalogne, Espagne);
le proven�al et le proven�al alpin sont parl�s dans quelques
vall�es alpines italiennes de Torino et Cuneo (Pi�mont), ainsi que dans la
principaut� de Monaco (except� les quartiers ligures de la capitale).
|
 |
La langue d'oc est fragment�e
linguistiquement entre le gascon
(appel� aranais en Espagne), le
languedocien, le proven�al
alpin et le proven�al maritime, l�auvergnat-limousin et l�alpin-dauphinois (voir la carte
linguistique d�taill�e des vari�t�s occitanes). L'auvergnat et le limousin sont consid�r�s g�n�ralement comme
deux dialectes diff�rents. Le vivaro-alpin,
une appellation controvers�e, est la vari�t� de occitane du Nord parl�e
dans une partie du Velay, le nord du Vivarais, le Dauphin� m�ridional et
les Alpes (de langue occitane) en France et en Italie (noter que le
bas-vivarois, occitan du Nord lui aussi, est du languedocien c�venol du
Nord). Ceci �tant dit, l'expression �auvergnat-limousin� de
M. Cerquiglini ne para�t pas
vraiment g�nante, puisque personne n'oserait affirmer parler
�l'auvergnat-limousin�, mais l'auvergnat et/ou le limousin.
Certains linguistes croient que ces diff�rentes formes d'occitan sont relativement intelligibles entre elles.
D'autres, comme le linguiste Jean Lafitte, consid�rent que
l'intercompr�hension n'est pas si ais�e et qu'elle repose sur une
id�ologie bien plus politique que sur les r�sultats d'�tudes s�rieuses. |
Rappelons que m�me l'�crivain Fr�d�ric que Mistral
(1830-1914) a �prouv� le besoin de traduire en proven�al un conte gascon de
Jean-Fran�ois Blad� (�Lou mau-parlant in Armana prouven�au�, de 1868). Quoi qu'il en soit, un Proven�al
comprendra difficilement un Gascon sans apprentissage (dont la langue est la plus diff�renci�e du
groupe), tout en lui trouvant un petit
accent �exotique� (le [f] en [h] aspir�), quelques tournures imag�es, mais
compr�hensibles (pr'amor � la place de perqu�) ou encore de
rares mots issus par inversion de consonnes (craba au lieu de
cabra). On peut consulter une petite liste de mots occitans pour des
fins de comparaison en cliquant
ICI.
- Le nombre des locuteurs
Il est difficile de
d�terminer avec pr�cision le nombre des locuteurs de l'occitan, mais ceux-ci peuvent
�tre estim�s � environ deux millions de locuteurs (la plupart �tant �g�s
de plus de 50 ans) sur une population
locale de 13 � 14 millions d�habitants, dont entre 700 000 et un million de
locuteurs (passifs compris) pour le seul proven�al. En 2013, le
rapport du
Comit� consultatif pour la promotion des langues r�gionales et de la
pluralit� interne fixait ce nombre � 600 000
occitanophones et � 1,6 million pour les locuteurs occasionnels. Compte tenu de la �d�soccitanisation�
des villes de grande et moyenne importance, il est vraisemblable de fixer �
environ deux � trois millions de locuteurs ayant, � des degr�s variables, une certaine
connaissance de
l'occitan. L'occitan est la principale langue d'enseignement dans quelques
�coles primaires (les Calandretas) et une mati�re facultative dans
d'autres. L'occitan n'est jamais employ� dans l'administration fran�aise et
dans les rapports de celle-ci avec les citoyens. Il est permis d'utiliser les
noms de famille en occitan, mais les r�ticences demeurent encore tr�s fortes en
ce qui a trait � l'occitanisation des toponymes officiels, des panneaux de
signalisation routi�re et des affiches et communications des services publics.
- Les probl�mes de classement
Dans le groupe occitan, on classe parfois le
catalan. En
fait, jusqu'au Moyen �ge, ces deux langues (l'occitan et le catalan) ne
faisaient qu'une: ce sont des destins politiques diff�rents et deux
rattachement � des blocs dominants oppos�s qui les ont fait �voluer chacune de
leur c�t�. Ce n'est qu'en 1934 que les intellectuels catalans ont fini par
proclamer solennellement que le catalan �tait distinct de l'occitan. C'est pourquoi, aujourd'hui, on a plut�t tendance � en faire deux groupes distincts,
mais certains linguistes placent d�lib�r�ment le catalan au nombre des
�langues d'oc� (au pluriel). Ainsi, ce sont souvent des raisons politiques
qui servent de crit�re pour classer les langues. Du point de vue strictement
linguistique, le catalan est plus proche de l�occitan qu�il ne l�est du
castillan (espagnol); par ailleurs, l�occitan est plus proche du catalan que
du fran�ais. Peu importe les classements officiels et non officiels, il
existe n�anmoins une bonne intercompr�hension entre les locuteurs du catalan
et ceux de l'occitan.
 |
Le
catalan est une langue romane parl�e par quelque
126
000 locuteurs sur une population 370 000 habitants dans le d�partement
des Pyr�n�es-Orientales (n� 66). Cette langue a acquis un statut officiel dans la
principaut� d�Andorre et en Espagne (Catalogne, Pays valencien et Bal�ares)
o� l'on retrouve cette aire linguistique.
Le catalan forme un groupe particulier parmi les langues
romanes, bien que historiquement catalan et occitan ont d�j� constitu� une
seule et m�me langue. En France, le catalan est principalement parl� dans
ce qu'on appelle la Catalogne du Nord (Catalunya del Nord), tout
autour de Perpignan. La variante g�ographique du catalan parl�e en France
a �t� traditionnellement connue sous le nom de catalan septentrional
ou plus souvent roussillonnais. |
 |
La Catalogne du Nord ou Catalunya
del Nord (par opposition �
la Catalogne du Sud), plus souvent
appel�e le Roussillon, correspond globalement � l�actuel
d�partement des Pyr�n�es-Orientales,
bien que la r�gion des Fenouill�des (Fenolleda) et celle des
Corberes, toutes deux situ�es au nord; elle est
occitane et faisait partie � l'origine du
Languedoc. Cette r�gion compte sept zones g�ographiques (d'ouest en
est): l'Alta
Cerdanya (Haute-Cerdagne), le Capcir, le Conflent, le Vallespir,
le Rossell� (Roussillon), les Aspres
et
les Corberes (Corbi�res). Bien que
le catalan soit consid�r� comme une des langues r�gionales de France,
il ne b�n�ficie d'aucun statut juridique sp�cifique.
Perpignan (Perpiny�
en catalan) est la capitale de la Catalogne du Nord. On peut consulter une page particuli�re
consacr�e � la description et � l'histoire de la langue catalane
en cliquant
ICI, sv.p. |
 |
Le
franco-proven�al
(lire
le texte de Manuel Meune � ce sujet)
est une autre langue romane parl�e � l'origine dans
les r�gions qui s'�tendaient des environs de Neuch�tel en Suisse jusqu'au
sud de l'Is�re et de la Savoie (France),
en passant par la Vall�e d'Aoste en
Italie. Cette langue, ou l'une de ses vari�t�s, est encore parl�e dans
certains villages
de la r�gion Rh�ne-Alpes, ainsi que dans les
canton de Fribourg et du
Valais et dans la
Vall�e d�Aoste. Sauf pour le Val-d�Aoste (et encore!), il
est difficile de conna�tre le nombre exact des locuteurs de cette langue, y
compris en
France. On
estime le nombre de ses locuteurs � 80 000, voire 150 000 avec les
locuteurs occasionnels, la plupart �g�s de
plus de 60 ans, pour une population totale de quelque six millions d'habitants.
Mais le nombre des locuteurs occasionnels est nettement sup�rieur (voir le
tableau). La langue est en voie d'extinction en
France et en Suisse, mais elle est demeur�e vivante jusqu'� r�cemment dans la
Vall�e d'Aoste
(Italie). Dans ce dernier cas, l'absence de recensement linguistique depuis
1921 masque certainement la r�alit�. Il est donc possible que le
franco-proven�al ne soit plus une langue utilis�e par beaucoup de locuteurs,
m�me dans la Vall�e d�Aoste o� il est r�put� avoir
surv�cu. Le sondage de la Fondation
�mile-Chanoux de 2001 r�v�le qu'environ 5 % des Vald�tains utilisent le
franco-proven�al comme langue maternelle (patois confondus), alors qu'il n'est
parl� que par 7 % des habitants de la vall�e.
|
Si cette tendance devait continuer � ce qui est
probable �, le franco-proven�al de la Vall�e d'Aoste serait
sur la voie de l'extinction d'ici une ou deux d�cennies. Th�oriquement, en France, le franco-proven�al serait encore parl�
dans la plus grande partie du Dauphin�, dans le Lyonnais, le Forez, la Savoie,
le Bugey, la Bresse, le sud de la Franche-Comt�.
Le terme de franco-proven�al a �t� cr�� au XIXe si�cle par un linguiste italien du nom de
Ascoli qui, le premier, a identifi� cette langue
(franco-provenzale) comme un ensemble
linguistique sp�cifique. Le terme est parfois
contest� et semble relativement impropre dans la mesure o� il cette langue
n'est m�me pas en contact � proprement parler avec le proven�al et n'a pas
grand-chose � voir avec le fran�ais. Le franco-proven�al est plus
proche des langues d'o�l que de la langue d'oc. On utilise parfois les termes
savoyard,
dauphinois, lyonnais,
bressan, for�zien et arpitan (en France, de ar-, signifiant �montagnes� ou
�rochers�, de pe au sens de �sous� et de tan signifiant �pour�:
la langue de celui qui vit au pied des montagnes), romand,
valaisan, fribourgeois (en Suisse),
vald�tain (en
Italie) ou assez g�n�ralement
le mot patois (partout), ce qui, en ce cas, ne d�signe pas
particuli�rement le �franco-proven�al�.
Par ailleurs, il existe une tendance �
remplacer le terme de franco-proven�al avec trait d'union
(comme dans toute graphie fran�aise du type franco-qu�b�cois, franco-am�ricain
ou anglo-am�ricain) par celui de
francoproven�al sans trait d'union, ceci pour �viter la fr�quente
confusion qui am�ne � penser que les idiomes de ce type (savoyard, vald�tain,
etc.) forment un �m�lange� de fran�ais et d'occitan (proven�al), alors qu'elles
constituent un groupe linguistique roman distinct. Autrement dit, la graphie
francoproven�al (sans trait d'union) ne repose pas sur une
r�gle typographique, mais id�ologique. Tout au cours de son
histoire, le franco-proven�al est rest� une langue essentiellement orale.
Pour
prendre la mesure de sa diversit�, on peut consulter quelques textes illustrant
diverses variantes du franco-proven�al:
- France: la
variante bressane
(Bresse), la variante bugiste
(Bugey), la variante dauphinoise
(Dauphin�), la variante
for�zienne (r�gion historique du Forez) et la
variante lyonnaise
(Lyon);
- Italie: la variante vald�taine (Vall�e d'Aoste, Italie);
- Suisse:
la variante genevoise�
(Gen�ve), la variante gru�rienne (Fribourg),
la variante vaudoise
(Vaud), la variante
neuch�teloise� (Neuch�tel) et la
variante valaisanne
(Valais).
3.9 Les langues d�o�l
 |
Il est malais� de parler des �langues
d'o�l� en raison de notre ignorance en g�n�ral � leur sujet et du
fait que le fran�ais en est issu. Les locuteurs des langues
d�o�l (voir la carte) sont aujourd�hui peu
nombreux en France et la plupart de ces idiomes ont pratiquement disparu.
Il sont associ�s maintenant � des parlers fran�ais r�gionaux.
Autrement dit, certains parlers r�gionaux tels que le picard (au nord,
pr�s de la Belgique), le gallo (� l'ouest, pr�s de la Bretagne), le poitevin,
le saintongeais, le normand, le morvandiau, le champenois,
et d'autres encore (wallon, lorrain, franc-comtois, bourguignon), constituent aujourd�hui des formes r�gionales du
fran�ais. Ces parlers � en r�alit� des langues � sont relativement intelligibles
entre eux: un locuteur de l'orl�anais comprend assez bien un locuteur du
tourangeau et un Qu�b�cois comprendrait encore plus facilement un locuteur
du normand, si tant est qu'il en rencontre un! |
Dans certains �tablissements d'enseignement, ces parlers r�gionaux b�n�ficient d'un
horaire sp�cifique sous l�appellation de �langues r�gionales�. Il n�existe
pas de statistiques sur le nombre de ces locuteurs, mais une enqu�te de
l'INSEE estime � 204 000 pour l'ensemble des locuteurs de ces langues. En 2013,
le rapport du
Comit� consultatif pour la promotion des langues r�gionales et de la
pluralit� interne fixait ce nombre � 204 000,
ainsi que 730 000 autres comme locuteurs occasionnels. De toute fa�on, seul
1 % de la population peut encore s'exprimer dans l'une des langues d'o�l.
3.10 L'enqu�te de l'INSEE
(2002)
Une enqu�te de l'INSEE (Institut
national de la statistique et des �tudes �conomiques), publi�e le 21
f�vrier 2002 et intitul�e Langues r�gionales, langues �trang�res: de
l'h�ritage � la pratique, montre que la place du fran�ais progresse
continuellement et
que les autres langues, surtout r�gionales, se transmettent de moins en moins.
Cette a �t� r�alis�e aupr�s de 380 000 personnes vivant �en M�tropole�
et porte sur les langues parl�es aux gens pendant leur petite enfance. Ainsi,
pour 74 % de l'ensemble des adultes, on ne leur a parl� qu'en fran�ais. Pour
les 26 % restant, 10 % parlent habituellement le fran�ais et occasionnellement
une autre langue, 2 % habituellement deux langues, 6 % habituellement une autre
langue et occasionnellement le fran�ais et 8 % ne parlent pas le fran�ais du
tout. L'�tude montre �galement que les langues �trang�res se transmettent
mieux que les langues r�gionales. Parmi ces derni�res, les plus en usage sont
l'alsacien, le breton, le basque, le corse, le �Platt mosellan� et le
catalan.
L'enqu�te de l'INSEE montre aussi que l'usage des langues r�gionales
est l'apanage des g�n�rations n�es avant 1940 et semble particuli�rement
fr�quent chez les agriculteurs, mais tr�s rare chez les cadres. La situation
semble particuli�rement critique pour le franco-proven�al, le breton, le
flamand et les langues d'oc, dont le nombre des locuteurs para�t avoir subi un
recul tr�s important, par rapport � la g�n�ration pr�c�dente; ces langues
semblent se pratiquer entre adultes, sans �tre retransmises aux enfants. Par
ailleurs, cette enqu�te r�v�le que, dans l'�chantillonnage, pr�s de 400
langues ont �t� identifi�es.
L'enqu�te �Famille� de 1999 (de l'INSEE)
montre que la plupart des langues r�gionales semblent avoir �t� transmises
presque toujours de fa�on occasionnelle, en accompagnement du fran�ais, et plus
souvent par un seul des parents. C'est particuli�rement vrai de la �langue
d'oc� et des �langues d'o�l�, d�j� en nette r�gression. Ces langues (voir la
figure 1) ont accompagn� l'enfance de tr�s nombreux adultes, soit
respectivement 610 000 � titre habituel et 1 060 000 � titre secondaire pour la
�langue d'oc� (l'occitan et ses vari�t�s : nissart, proven�al, languedocien,
rouergat, limousin, gascon, etc., 570 000 et 850 000 pour les �langues d'o�l�
(picard, chtimi ou �patois du Nord�, lorrain roman, normand, gallo de Bretagne,
vend�en, bourbonnais, etc.). Quelque 280 000
personnes se souviennent d'avoir parl�, lorsqu'ils �taient enfants, le breton
et 400 000 autres l'ont re�u �en compl�ment du fran�ais�. Avec le
corse, le catalan ou les cr�oles (sachant que l'enqu�te est limit�e � la
M�tropole), le breton figure parmi les langues
dont la transmission �tait d�j� plus souvent occasionnelle qu'habituelle, sans
que le d�calage soit toutefois aussi avanc� que pour les langues d'o�l et d'oc.
Le cas est diff�rent avec l'alsacien, car il semble re�u plus souvent sur un
mode habituel (660 000 personnes) qu'occasionnel (240 000). Rappelons que
l'alsacien �tait encore, il y a une g�n�ration, la langue r�gionale la mieux
transmise. De m�me, dans une bonne partie de la Moselle voisine, le francique (ou
�Platt
lorrain�) �tait transmis habituellement dans la famille. Dans le reste de la
France, seul le basque semble avoir connu une situation similaire.
Figure 1 -
Principales langues autres que le fran�ais re�ues
dans l'enfance et retransmises � la g�n�ration suivante

La connaissance des langues r�gionales
est g�n�ralement per�ue par bien des Fran�ais comme peu utile pour l'avenir, �tant donn� leur manque
de prestige. Malheureusement, il semble que l'int�r�t pour ces langues importe
beaucoup plus en raison de leur valeur culturelle et symbolique pour l'identit�
r�gionale que pour leur utilit� pratique. Bref, l'�tat fran�ais aurait beaucoup
de travail � faire pour redonner un certain souffle � ces langues qui font
toutes partie du patrimoine fran�ais.
3.11 Les autres
langues d'int�r�t historique
Certaines langues ne sont que rarement
identifi�es, mais elles constituent des langues historiquement �fran�aises�:
le ligurien, le wallon, le ni�ois et l'al�manique. Le ligurien est
une langue romane parl�e essentiellement dans la principaut� de Monaco o�
elle est d�sign�e comme le mon�gasque, et dans les campagnes fran�aises
environnantes. Le ni�ois (ou nissart) est une langue occitane,
relativement proche du proven�al, parl�e � Nice et
dans ses environs imm�diats. Le wallon est parl� pr�s de la fronti�re
avec la Belgique dans une r�gion appel�e �Wallonie fran�aise�. Quant � l'al�manique,
une langue germanique diff�rente de l'alsacien, il est utilis� par peu de
locuteurs en Alsace.
3.12 Les langues en
danger, selon l'Unesco
Depuis plusieurs ann�es, l'Unesco publie
un Atlas des langues en danger dans le monde. Cet atlas vise �
susciter une prise de conscience de la part des autorit�s, des communaut�s
de locuteurs et du public en g�n�ral � propos des menaces pesant sur les
langues et du besoin de sauvegarder la diversit� linguistique mondiale.
L'Atlas distingue plusieurs niveaux de vitalit� linguistique:
|
Niveau de vitalit� |
Langues |
Transmission de la langue d'une
g�n�ration � l'autre |
|
S�re |
? |
La
langue est parl�e par toutes les
g�n�rations ; la transmission
interg�n�rationnelle est
ininterrompue. |
|
Vuln�rable |
flamand
occidental, francique mosellan,
francique rh�nan, al�manique, basque |
La
plupart des enfants parlent la
langue, mais elle peut �tre
restreinte � certains domaines (par
exemple, la maison). |
|
En danger |
gascon,
corse, ligurien (mon�gasque),
franco-proven�al, proven�al alpin,
wallon |
Les
enfants n'apprennent plus la langue
comme langue maternelle � la maison. |
|
S�rieusement en danger |
breton,
gallo, normand, picard (ch'ti),
lorrain, champenois, bourguignon,
franc-comtois, limousin,
poitevin-saintongeais, auvergnat,
languedocien, proven�al |
La
langue est parl�e par les
grands-parents ; alors que la
g�n�ration des parents peut la
comprendre, ils ne la parlent pas
entre eux ou avec les enfants. |
|
En situation critique |
? |
Les
locuteurs les plus jeunes sont les
grands-parents et leurs ascendants,
et ils ne parlent la langue que
partiellement et peu fr�quemment. |
|
�teinte |
? |
Il ne
reste plus de locuteurs. |
L'Unesco
d�nombre 26 langues pour la France, mais n'en
donne aucune dans les cat�gories �En situation
critique� et ��teinte�. Il n'en demeure pas
moins que l'Unesco identifie 26 langues �en
danger�, �s�rieusement en danger� ou
�vuln�rables�. Aucune de ces langues n'a obtenu
de statut ni n'a �t� reconnue par la loi. La
Constitution fran�aise reconna�t uniquement,
depuis le 23 juillet 2008, que
�les langues r�gionales
appartiennent au patrimoine de la France�.
 |
Distinguons les langues parl�es dans les d�partements
d'outre-mer (DOM) et celles parl�es dans les territoires (TOM). Rappelons que, depuis la
r�forme constitutionnelle de 2003,
les DOM sont devenus techniquement des
DROM (pour �D�partement et r�gion
d'outre-mer�, mais DOM pour �D�partement d'outre-mer�) et les
TOM sont disparus, sauf pour les Terres
australes, afin de faire place aux COM
(pour �Collectivit� d'outre-mer�). Quant � la Polyn�sie fran�aise et la
Nouvelle-Cal�donie, elles forment maintenant des POM
(pour �Pays d'outre-mer� au sein de la R�publique); la Polyn�sie fran�aise est
n�anmoins une �collectivit� d'outre-mer�, tandis que la Nouvelle-Cal�donie a un
statut provisoire de �collectivit� sp�cifique� en attendant qu'un r�f�rendum local d�cide de son ind�pendance ou de son maintien au sein de la
R�publique.
|
4.1 Les d�partements
d'outre-mer (DOM)
Dans les d�partements d�outre-mer ou DOM (Martinique,
Guadeloupe, La R�union et Guyane: voir
la carte cliquable) il
faut d�abord distinguer les cr�oles � base lexicale fran�aise (cr�ole
martiniquais, cr�ole guadeloup�en, cr�ole guyanais et cr�ole r�unionnais),
les cr�oles bushineng�s (� base lexicale anglo-portugaise) de Guyane (saramaca,
aluku, njuka, paramaca), les langues am�rindiennes de Guyane (galibi ou
kalina, wayana, palikour, arawak proprement dit ou lokono, wayampi et �merillon)
ainsi que le hmong (parl� par les Laotiens).
4.2 Les �pays d'outre-mer� (POM)
Dans les pays d'outre-mer, on a
recens� en Nouvelle-Cal�donie
28 langues kanakes (groupe m�lan�sien de la
famille austron�sienne): nyel�yu, kumak, caac, yuaga, jawe, nemi, fw�i, pije, pwaamei, pwapw�, dialectes de la
r�gion de Voh-Kon�, c�muh�, paic�, aji�, arh�, arh�, �r�we, neku,
s�ch�, t�r�, x�r�c��, x�r�g�r�, drub�a, num��; nengone, drehu,
iaai, fagauvea).
En
Polyn�sie
fran�aise, on
a r�pertori� les langues polyn�siennes suivantes: tahitien, marquisien, langue des Tuamotu,
langue mangar�vienne, langue de Ruturu (�les Australes), langue de Ra'ivavae
(�les Australes), langue de Rapa (�les Australes).
4.3 Les collectivit�s territoriales
(COM)
Dans l'oc�an Indien, �
Mayotte on distingue le shimaor� (ou mahorais) et le
shibushi, c'est-�-dire des langues
comoriennes d�riv�es du swahili appartenant � la
famille bantoue.
Dans le Pacifique, plus pr�cis�ment l'archipel de
Wallis-et-Futuna,
mentionnons le wallisien et le futunien, des langues
appartenant au
groupe malayo-polyn�sien
oriental
de la
famille austron�sienne.
Les autres COM sont les suivantes: la Corse, l'archipel de
Saint-Pierre-et-Miquelon, l'�le de
Saint-Barth�lemy et l'�le de
Saint-Martin. Depuis 2015, il
faut ajouter l��le Mayotte, la Martinique
et la Guyane
fran�aise.
Pour une pr�sentation plus exhaustive de toutes ces
langues, il suffit de consulter le fichier
DOM-TOM ou cliquer sur l�une des pages consacr�es �
la Guadeloupe,
� l��le de La
R�union, la Nouvelle-Cal�donie,
la Polyn�sie
fran�aise, les �les Wallis-et-Futuna.
La France actuelle compte
beaucoup d'immigrants, ce qui les distingue des �vrais Fran�ais de souche�. Il
n'existe pas de statistiques officielles sur les populations immigrantes. Les
statistiques fran�aises ne font pas la distinction entre un Mohamed n� de
parents ouvriers en banlieue de Paris et un Didier du XVIe
arrondissement. Ce sont des Fran�ais!
5.1 Les �trangers
On estime � quelque 3,6 millions d'�trangers et 4,2
millions d'immigrants incluant les �trangers (69 %) et les personnes n�es �
l'�tranger et qui ont obtenu la citoyennet� fran�aise (env. 100 000
annuellement). C'est pr�s de 10 millions de personnes! Avant 1990, plus ou moins 55 % des immigrants provenaient
d'autres pays d'Europe, surtout l'Espagne, le Portugal, l'Italie, etc. Depuis
1990, les origines g�ographiques des immigrants
se sont diversifi�es, aux d�pens des personnes d�origine europ�enne.
D'ailleurs, la part des immigrants venus d�un pays de l�Union europ�enne
est en baisse constante depuis un quart de si�cle. Ils repr�sentaient 57 % de
la population �trang�re en 1975, 49 % en 1990, puis 45 % en 1999. Au milieu de
2004, la France m�tropolitaine comptait 4,9 millions d�immigr�s, d�apr�s
l�INSEE, soit 760 000 de plus qu�en 1999 et 8,1 % de la population totale.
Quarante pour cent d�entre eux avaient la nationalit� fran�aise, qu�ils ont
pu acqu�rir par naturalisation ou par mariage. En 2010, l'immigration en
France repr�sentait 7,2 millions de personnes, soit 11,1 % de sa population,
dont 5,1 millions (7,8 %) n�es hors de l'Union europ�enne. En guise de
r�sum�, voici le tableau qui suit:
Flux d'immigration en
France par ann�e et r�gion d�origine
|
R�gion |
2004 |
2005 |
2006 |
2007 |
2008 |
2009 |
2010 |
2011 |
2012 |
|
Europe |
80 500 |
78 660 |
80 120 |
79 290 |
80 330 |
75 040 |
88 820 |
94 580 |
105 830 (46,0%) |
|
Afrique |
70 200 |
66 110 |
62 340 |
62 140 |
63 470 |
66 480 |
65 610 |
66 280 |
68 640 (29,8%) |
|
Asie |
30 960 |
30 120 |
30 520 |
32 070 |
30 180 |
32 960 |
29 810 |
32 430 |
32 060 (13,9%) |
|
Am�rique et Oc�anie |
19 810 |
19 990 |
20 460 |
18 770 |
21 440 |
20 450 |
26 270 |
26 270 |
23 070 (10,0%) |
|
Toutes nationalit�s
confondues |
201 460 |
194 880 |
193 440 |
199 658 |
195 410 |
194 920 |
210 510 |
216 640 |
229 600 |
De 2004 � 2012, quelque 200 000 immigrants sont entr�s
chaque ann�e, en moyenne, sur le territoire fran�ais. Compte tenu des d�c�s
et des d�parts, la population immigr�e a cr� en moyenne de 90 000 personnes
par an. Au d�but 2013, elle repr�sentait 8,8 % de la population fran�aise.
De 2004 � 2009, les entr�es en France sont rest�es stables, puis elles ont
augment� de 2009 � 2012 en raison essentiellement de l�afflux d�Europ�ens.
En 2012, les immigrants venaient d'autre pays d'Europe
dans une proportion de 46% (Allemagne, Espagne, Pologne, Royaume-Uni,
Roumanie, Belgique, Suisse, Portugal, Italie, etc.); l'Afrique a fourni pr�s
de 30 % des immigrants (Maroc, Tunisie, Alg�rie, S�n�gal, etc.); l'Asie,
pr�s de 14 % (Chine, Turquie, etc.); l'Am�rique, 10% (�tats-Unis, Br�sil,
Ha�ti, etc.). La tr�s
grande majorit� de ces immigrants habitent les villes, la concentration �tant
particuli�rement sensible � Paris o� plus d�un habitant sur six est �tranger
et en Seine-Saint-Denis o� la proportion atteint une personne sur cinq.
Au 1er
janvier 2014, on comptait 5,9 millions d'�trangers en France, soit
8,9 % de la population, selon le d�compte de l'INSEE (Institut national de
la statistique et des �tudes �conomiques). Ce chiffre �tait en hausse de 731
000 personnes par rapport � 2006. Leur part dans la population s'est accrue
de 0,8 point entre 2006 et 2014. Dans le m�me temps, l'ensemble de la
population a progress� parall�lement de 2,6 millions, � 65,8 millions
d'habitants.
5.2 Les langues immigrantes
�videmment, ce flux d'�trangers entra�ne l'arriv�e et le maintien des
langues �trang�res. Au moins 660 000 locuteurs parleraient l'arabe
alg�rien;
492 000 l'arabe marocain; 212 900 l'arabe tunisien; 537 000 le kabyle
(berb�re); 150 000 le tamazight (berb�re); un million l'italien; 260 000
l'espagnol; 150 000 le portugais; 150 000 le cr�ole
(antillais); 135 000 le turc; 70
000 l'arm�nien; 40 000 le farsi (iranien); 50 000 le khmer; 35 000 le
wolof; 10 000 le vietnamien; etc. Par le fait m�me, on
compterait entre trois et cinq millions de musulmans en France. Comme il n�existe gu�re de statistiques fiables en ce
qui a trait � ces langues, il s'agit l� de donn�es bien approximatives.
Cependant, l'enqu�te de l'INSEE (Institut
national de la statistique et des �tudes �conomiques) du 21
f�vrier 2002 � Langues r�gionales, langues �trang�res: de
l'h�ritage � la pratique � r�v�le que les langues les plus utilis�es
dans les foyers sont d'abord l'arabe (toutes vari�t�s confondues), puis
l'espagnol, le portugais et l'italien, ensuite l'allemand, le polonais et le
turc.
En 1999, l'enqu�te �Famille�, r�alis�e aupr�s de 380 000
personnes, r�v�lait que la transmission des langues d'immigration dans
l'enfance semble avoir �t� plut�t habituelle qu'occasionnelle. En effet,
quelque 940 000 adultes vivant en m�tropole se souviennent que leurs parents
leur parlaient d'abord l'arabe dans leur prime enfance, contre seulement 230
000 qui �voquent une transmission occasionnelle g�n�ralement associ�e au
fran�ais. La situation est la m�me pour le portugais : 580 000 adultes l'ont
re�u � titre habituel, contre 100 000 � titre occasionnel. Cependant,
l'espagnol et l'italien, langues dont l'immigration est plus ancienne, voient
augmenter la part de la transmission de �second rang�. Enfin, la
diversification des courants migratoires se traduit par l'apparition de
nouvelles familles de langues, africaines ou asiatiques, dont le mode de
transmission (presque toujours habituel) t�moigne d'une installation r�cente :
l'enfant les a g�n�ralement re�ues de ses deux parents au pays d'origine, avant
la migration. Le turc pr�sente un autre exemple de cette situation similaire.
Figure 2 -
Principales langues autres que le fran�ais re�ues
dans l'enfance et retransmises � la g�n�ration suivante

D�ici quelques d�cennies, il est probable que beaucoup d'immigrants
actuels feront aussi partie des �minorit�s historiques�. Dans la mesure o�
quelques-uns de ces groupes auront conserv� leur langue, il serait logique
qu�ils b�n�ficient des m�mes droits linguistiques que les autres.
5.3 La difficile int�gration
En attendant, la France semble conna�tre des difficult�s
� int�grer ses millions d'immigrants et enfants d'immigrants, souvent
diss�min�s autour des banlieues des grandes villes. En r�alit�, la plupart
d'entre eux sont �tablis en France depuis au moins deux g�n�rations. N'oublions pas que pr�s d�un tiers de la
population fran�aise d'aujourd'hui descend des immigrants du
XXe si�cle. Si la France a su davantage int�grer ses immigrants au
cours des si�cles pass�s, elle �prouve aujourd'hui des difficult�s avec les derni�res
g�n�rations arriv�es, surtout depuis que les deux tiers des nouveaux
arrivants sont de confession musulmane. �videmment, l�opinion publique
pressent que l�islam pose un probl�me quand il n�est plus v�cu comme une
religion personnelle, mais comme comme une id�ologie politique ou un code de
conduite. En ce sens, l'islam peut �tre plus qu'une religion. Sondage apr�s
sondage, les r�sultats montrent que l'image de l'islam se d�grade fortement
depuis une dizaine d'ann�es.
Or, lorsqu'il existe ce type de
divergence entre les nouveaux venus et la population autochtone, il peut
s'ensuivre une certaine p�riode d'incompr�hension en raison des m�fiances et
des craintes que cette diff�rence suscite. Il n'est pas
r�aliste de demander que les immigrants renoncent compl�tement � leur h�ritage
pass� pour devenir des Fran�ais; il faut du temps. Quoi qu'il en soit, beaucoup
d'anciens immigrants ou enfants d'immigrants ne sont plus des immigrants: ce sont
maintenant des �Fran�ais�, mais certains Fran�ais dits �de souche�, plus conservateurs, l'ignorent!
Il existe encore en France une minorit� de citoyens qui demeurent plus craintifs
lorsqu'ils voient arriver des immigrants diff�rents d'eux par la couleur de
la peau ou la religion, surtout lorsque ces immigrants ont tendance � habiter les
m�mes quartiers.
La
France est aujourd'hui, proportionnellement � sa superficie et � sa population (65
millions), le plus important foyer musulman du monde occidental (avec cinq
millions de musulmans).
Plusieurs si�cles de colonisation intensive �
travers le monde n'ont pas encore banalis� la pr�sence des �basan�s� sur le sol
fran�ais.
La France se semble pas avoir r�ussi � assainir ses relations avec
son pass� colonial. Ni Charles de Gaulle, ni Fran�ois Mitterrand, ni aucun
autre pr�sident fran�ais n'ont essay� d'adoucir la m�moire meurtrie de la
guerre d'Alg�rie, voire de la guerre d'Indochine. La France n'a jamais pris
en charge le destin de ceux qui appartiennent � cette deuxi�me ou troisi�me
g�n�ration d'immigrants qui ne sont plus des immigr�s, mais des Fran�ais.
Rien n'a �t� fait, ni dans les quartiers ni dans les prisons. En ce sens, le �mod�le fran�ais� n'est
pas forc�ment une r�ussite, mais il n'est pas non plus un �chec consid�rable. Il faut admettre qu'il est nettement plus facile d'int�grer trois
Papous dans une soci�t� que des millions de
personnes appartenant plus ou moins toutes au m�me groupe ethnique, habitant plus ou moins dans les m�mes
r�gions.
De plus, l'int�gration des immigrants dans la soci�t�
d'accueil peut devenir un m�lange
explosif si la situation est mal g�r�e! Or, selon une �tude de 2006 sur
les ressortissants de pays tiers (INTI), les immigrants s�journant en France
sont ceux qui ont le moins acc�s au march� du travail parmi les 28 pays
�tudi�s: ils sont exclus de l'emploi, de la cr�ation d'entreprise, ou bien leurs
qualifications obtenues en dehors de l'Union europ�enne ne sont pas reconnues dans
plusieurs secteurs. La mauvaise gestion est une exp�rience que les �tats-Unis connaissent
fort bien: il
n'est pas ais� d'int�grer des millions de Latinos qui ont la peau
basan�e, mangent des tacos, parlent l'espagnol et sont catholiques dans un
monde de Blancs, mangeant des hamburgers, parlant l'anglais et professant le
protestantisme. Au
contraire, il para�t plus ais� d'int�grer des milliers de Cor�ens ou de Japonais r�partis dans
l'ensemble du territoire am�ricain.
En France, la loi n� 2005-32 de programmation pour la
coh�sion sociale du 18 janvier 2005 contient des mesures pr�voyant la
g�n�ralisation des contrats d�accueil et d�int�gration. En cas de besoin,
une formation � la langue fran�aise d�une dur�e comprise entre deux cents et
cinq cents heures est propos�e. De plus, la loi
n� 2006-911 du 24 juillet
2006 relative � l�immigration et � l�int�gration, instaure une �immigration
choisie�, c�est-�-dire la possibilit� de s�lectionner la main-d��uvre selon
les besoins de l��conomie fran�aise et d�accueillir des �trangers �porteurs
d�un projet �conomique, scientifique, culturel ou humanitaire�; la loi veut
aussi favoriser l�accueil des �tudiants �trangers. Devant l'afflux des
immigrants en France, la candidate du Front national � la pr�sidence de la
R�publique, Marine Le Pen, croit que les immigrants sont � la source de tous
les maux ou presque de la soci�t� fran�aise. Pour elle, beaucoup
d'immigrants ont recr�� leur communaut� d�origine; ils vivent dans une
langue, selon des m�urs et des lois qui ne sont pas de France, sur le sol
fran�ais. La politicienne fran�aise se d�fend d'�tre raciste, tout en se
positionnant contre l'immigration massive: �L'immigration n'est pas une
chance pour la France. C'est un drame pour la France.� Elle consid�re que
plusieurs gouvernements �trangers �taient �na�fs face � l'immigration� et
elle les qualifie de �Bisounours� (jouets en peluche). L'expression �on ne
vit pas dans le monde des Bisounours� est pass�e dans le langage courant
pour signifier qu'on ne vit pas dans le monde id�al.
Pour finir, pr�cisions que la loi n� 2007-1631 du 20 novembre 2007 relative � la ma�trise de l�immigration, �
l�int�gration et � l�asile a pour objets de lutter contre l�immigration
irr�guli�re, de limiter les conditions d�entr�e et de s�jour en France, de
ma�triser l�immigration familiale et d�encourager l�immigration pour des
raisons professionnelles. Bien que la France �prouve certaines difficult�s
avec l'int�gration des immigrants, on ne voit pas pourquoi
elle ne trouverait pas � long terme de
solution satisfaisante. Ce pays demeure une grande d�mocratie et dispose de
moyens financiers et sociaux consid�rables.

Derni�re mise � jour:
02 mars 2022


La Francophonie
