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Mois des fiertés. "J’avais l'obligation d'avoir les cheveux longs parce qu'il fallait correspondre aux standards"

À l’occasion du mois des fiertés, Éléa Guillon, médecin de 35 ans à Saint-Pierre-et-Miquelon, revient sur son parcours de personne non-binaire et pansexuelle. Entre quête d’identité, militantisme LGBTQIA+ et discriminations, elle livre un témoignage intime et engagé.

Par  Edouard Nonmoira

Élea Guillon, médecin de 35 ans. · ©E.Nonmoira / SPM la 1ère.
Élea Guillon, médecin de 35 ans. · ©E.Nonmoira / SPM la 1ère.

Des cheveux courts, une apparence androgyne, un ton jovial, Éléa Guillon, 35 ans, est médecin addictologue de profession et non-binaire. Un terme générique qui désigne une personne qui ne se reconnaît ni exclusivement dans le genre féminin, ni uniquement dans le genre masculin, ou dans aucun des deux.

Présidente de l’UNII, l'association de défense des personnes LGBTQIA+ à Saint-Pierre-et-Miquelon, Éléa Guillon a débuté le militantisme il y a huit ans. “Moi, ça m'a vraiment permis de créer un lien avec la communauté et de rencontrer plein de gens qui sont comme moi et qui ne jugent pas, dans des espaces sûrs où on se sent bien. Ça m'a vraiment libérée”. Un témoignage essentiel en ce “Mois des fiertés”, une célébration qui a lieu chaque année en juin, pour rappeler le combat pour les droits des personnes LGBTIA+.

À quel âge avez-vous conscientisé le fait d’avoir une identité de genre autre que l'hétérosexualité ?

Éléa Guillon : “C’est lorsque j’avais six ans que je me suis rendu compte qu'il y avait une inadéquation entre ce que je ressentais et ce que me renvoyaient les autres, et notamment sur le fait qu'on me considérait comme étant une fille. Et moi, très jeune, je ne me reconnaissais pas du tout, mais alors vraiment pas du tout dans ce qualificatif. Je demandais déjà à l'époque que l’on me genre au masculin, je voulais changer mon prénom et j'ai pris conscience très jeune du fait que je n'étais pas une personne cisgenre (quand le genre de naissance est le même que celui par lequel on se définit, NDLR). Je n'avais pas les termes, ils n'existaient pas et j'avais longtemps comme objectif de faire une transition masculine. Finalement, je pense au fur et à mesure de mon parcours militant, le fait de découvrir que justement le genre, c’est quelque chose d'un peu plus poreux en fait et que c'était un spectre, qu'on n'était pas forcément que d'un côté ou de l'autre, ça m'a permis de me retrouver dans l'identité non-binaire et de me sentir plus à l'aise là-dedans sans avoir besoin d'aller forcément au-delà, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Je ne suis pas en train de dire qu'il ne faut pas transitionner. En-tout-cas, moi, ça m'a mis à l'aise”.

Et cela vous a pris du temps pour poser des termes sur la personne que vous êtes ?

Éléa Guillon : “Je pense que j’ai conscientisé avec des mots vers 18,19 ans. C'était assez tardif parce que je viens d'un milieu où ces choses-là n'existaient pas, où on n'avait pas de mots pour désigner ça, ou alors c'était que des mots qui étaient très insultants. Donc ce n'était pas possible de s'identifier à quelque chose qui est forcément connoté de façon très négative et très méprisante. C'est, je pense en grandissant et en rencontrant d'autres personnes LGBTQIA+ qui justement portaient, elles, ces qualificatifs-là, qui se définissaient comme bisexuelles, gay, lesbiennes... Et je me suis dit « ah, mais en fait, on peut être ça »”.

Et comment avez-vous abordé le sujet avec votre famille ? Est-ce que ça s'est fait assez tôt ou est-ce que vous avez d'abord pris le temps de vous connaître vous-même ?

Éléa Guillon : “Avec ma famille, on ne parle pas trop de la vie privée d'une manière générale. Ma mère a toujours considéré que je n'étais pas une fille, qu’il y avait quelque chose qui n’était pas raccord, même si elle aurait vraiment souhaité. Elle a très vite pris conscience qu’il y avait mon frère, ma sœur et moi. J’étais un peu comme l’ovni au milieu. Elle a d’ailleurs très vite arrêté certaines batailles autour de la longueur de mes cheveux ou de comment je m’habille. Je pense que ma mère perçoit ma façon d’être, mais elle n'est pas du tout familière des termes comme non-binaire, ça ne lui parle pas du tout. Elle est OK avec ça, mais elle ne saurait pas du tout poser des mots dessus”.

Les cheveux courts, vous les avez depuis l'enfance ?

Éléa Guillon : “Non, en fait, j'avais l'obligation d'avoir les cheveux longs parce qu'il fallait correspondre aux standards, donc de porter aussi des robes. En plus, j'habitais en Guadeloupe, on avait encore les uniformes à l'école, donc de filles, très genrés et en fait, moi ça me créait vraiment un mal-être. Je passais mon temps à prendre les ciseaux, à me couper les cheveux et à me faire engueuler. J'ai porté les cheveux longs, vraiment à la période où j'étais un peu obligée. Puis à l'adolescence, une fois que j'ai eu le choix, j’ai opté pour une présentation assez non-binaire en soi. J'ai des critères sexuels secondaires féminins qui sont assez visibles, mais en même temps, j'ai une allure androgyne”.

Justement, sur votre adolescence, après une enfance en Guadeloupe, vous retournez dans l’Hexagone, comment ça s’est passé pour vous et pour vos études supérieures par la suite ?

Éléa Guillon : “Moi, j'ai adoré, je suis sorti de mon milieu familial très réactionnaire pour aller étudier dans une grande ville, Bordeaux, où des personnes queer, il y en a plein et où je prenais conscience que la personne que j’étais finalement, ce n’était rien d'extraordinaire. Je rencontrais des gens qui avaient des modes de vie similaires au mien et avec qui on pouvait discuter et bien s'entendre, parce que je suis non-binaire et pansexuelle (éprouve une attirance physique, sexuelle et/ou émotionnelle envers une personne indépendamment de son identité de genre, de son sexe ou de son orientation sexuelle, NDLR). Donc les relations que je pouvais avoir, avec des hommes, des femmes ou des personnes trans ou non-binaire, en fait, à l’université tout le monde s'en foutait. Tu vis ta meilleure vie, t'es dans une grande ville. J'avais plein de potes queer, donc c'était chouette. C'était vraiment le côté famille choisi en fait. Je m'entourais de gens comme moi et c'était bien”.

Être une personne LGBTQIA+ qui s’assume suscite malheureusement encore des réactions négatives malgré le fait qu’il s’agisse d’un délit et non d’une opinion. Vous est-ce qu'il y a un ou des événements qui vous ont marqués ?

Éléa Guillon : "J'ai surtout des souvenirs assez nets des manifestations contre le mariage pour tous puisque c'était la période où moi, j'étais à la faculté. Et Bordeaux est quand même une ville assez traditionaliste. Il y avait des pas mal de manifestations et je trouvais ça hyper violent et douloureux de voir que des gens manifestaient contre mes droits civiques. C'était quand même un peu étrange, on va dire. Et après, comme toutes les personnes queer, j'ai vécu 2-3 agressions dans la rue sans violence extrême, sans énorme gravité. Rien de traumatique, mais par exemple, c’était usant de ne pas pouvoir sortir main dans la main avec ma copine de l’époque sans qu’il n'y ait un vieux mec qui vienne nous proposer un plan à trois. C’était une hypersexualisation permanente”.

« C’était usant de ne pas pouvoir sortir main dans la main avec ma copine de l’époque sans qu’il n'y ait un vieux mec qui vienne nous proposer un plan à trois. C’était une hypersexualisation permanente. »

Éléa Guillon

Après vos études, vous avez commencé votre carrière de médecin, notamment en Guadeloupe, en Guyane et à La Réunion. Vous exercez à Saint-Pierre depuis trois ans, comment ça se passe et quel regard porte la population de l'archipel sur les personnes LGBTQIA+ ?

Éléa Guillon : “Franchement, pour moi, ça se passe bien, mais parce qu'il y a plein de gens qui ne me considèrent pas comme une personne queer. J'ai beau le dire, mais les gens oublient ou je ne sais pas. Je dois refaire un coming out presque à chaque nouvelle personne que je rencontre pour rappeler que non, en fait, je suis ni cisgenre, ni hétérosexuelle. C'est particulier parce que la principale discrimination à l'égard des personnes pansexuelles et non-binaires, c'est surtout l'invisibilisation finalement. Moi, c’est à cause de mon engagement militant et du fait d'avoir repris la présidence de l’UNII que les gens tiltent. Grosso modo, dans l'archipel, je dirais que pour les femmes queer, c'est plus facile, avec des discriminations qui existent notamment en termes de travail et de logement, ça peut être compliqué. L'accès est, en tout cas, forcément moins facile que pour une personne hétérosexuelle. Mais globalement, je ne pense pas qu'il y ait de femme queer qui craigne pour sa sécurité physique ici. Par contre, pour les hommes, c’est beaucoup plus compliqué. Les rares hommes gays qui sont visibles, ils sont très mis en avant et je pense qu'ils doivent subir beaucoup de violences verbales et psychologiques. Les quelques-uns que je connais ont des parcours qui ont été émaillés par une quantité de violences qui ne sont pas extrêmes mais qui se cumulent quand même, et qui sont assez lourdes à tel point qu’ils sont peu nombreux à s’être révélé aux yeux de tous.”

Vous avez 35 ans, depuis votre enfance, comment a évolué la société vis-à-vis des personnes queer selon vous ?

Éléa Guillon : “Ça va vers le mieux quand même. Je pense qu'il faut être assez optimiste là-dessus. Le regard a changé, il y a beaucoup de choses qui sont possibles maintenant et qui ne l'étaient pas quand moi, j'étais jeune. Je pense qu’il y a quand même une prise de conscience à la fois sur la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre. Et puis une prise de conscience féministe générale aussi qui aide là-dessus parce que la discrimination à l'égard des personnes LGBTQIA+, c'est très lié à la discrimination des femmes. Les 2 causes avancent dans le même sens. Et d'ailleurs aujourd’hui, nous orientons l'association de façon à ce qu’elle soit intersectionnelle. C'est-à-dire réunir les causes des minorités : de genre, de sexe, de couleur... C’est ainsi que l’on va avancer”.

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Avez-vous un message à passer à des jeunes qui se questionnent et qui n’ont pas de personnes à qui s’identifier ?

Éléa Guillon : “Je leur dirais déjà de ne pas rester seuls, de trouver des gens comme eux, parce que c'est beaucoup plus sympathique de traverser tout ça en étant avec des amis. Et puis je leur dirais que malgré les difficultés et le fait que ce soit compliqué, ça nous apporte tellement de bien-être d'être aligné dans sa vie et de savoir qui on est, d'être à l'aise avec ça. Franchement, ça n’a pas de prix. En fait, on passe par des chemins qui sont parfois compliqués, mais ça nous rend plus solides et heureux”.

Par  Edouard Nonmoira

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Édition du mardi 23 juin 2026
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