Semiotica 2025 (265):107-120 (
2025)
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Abstract
Résumé Le mot mysticisme et ses dérivés ont été et sont, surtout aujourd’hui, utilisés de manière imprécise, parfois banale ou en déformant son sens originel; et bien sûr, dans certains cas, en maintenant la dimension du « secret ». On observe aussi un lien direct mais erroné entre le mysticisme et la religion, et une indifférenciation entre discours mystique et discours religieux. Dans cet article, nous partons d’une définition stricte du terme mystique, en nous limitant non seulement à la sphère religieuse mais aussi à la tradition hispanique née au Siècle d’or espagnol, qui a fait de la mystique une Science, une science du dire, et donc un problème de langage. Pour les mystiques espagnols – c’est ce qui les différencie des autres expériences religieuses telles que la contemplation ou le quiétisme – le plus important est le discours et l’action sociale, le militantisme, l’acte destiné aux autres. C’est donc l’équilibre entre le mysticisme et la politique qui s’exprime dans l’une des plus belles figures du langage religieux: le « mariage », et qui pour les érudits en mystique est l’état théopathique. Thérèse d’Avila et Jean de la Croix constituent deux exemples clairs de ce mysticisme normatif en équilibre avec la politique (évidemment d’autres types de relation sont possibles). Ainsi, le lien contraire mais complémentaire entre mystique et politique traverse le monde hispanophone du XVIe au XXe siècles, et on le retrouve dans les textes de C. Urquiza – poète socialiste et religieux – et dans la théologie de la Libération.