Abstract
Aucune méthode d'hypothèse et de raisonnement hypothétique en science ne peut être examinée dc façon critique sans que soit résolue au préalable la question de ce qui sert d'hypothèse. D'un point de vue très général, des éléments très différents peuvent servir à constituer la partie hypothétique ou conjecturale de la science. Du temps de Gassendi, il était possible de recourir à des entités hypothétiques tels les tourbillons cartésiens, à de généralisations idéalisées de phénomènes telle la loi de la chute libre, à des élaborations conjecturales comme l'image céleste de Ptolémée, à des modèles explicatifs et synthétiques comme la description par Harvey de la circulation sanguine ou à de modèles précurseurs comme celui de Kepler (orbites planétaires). Tous ces éléments de nature différente ont au moins un point commun : nous les acceptons comme tels avec la promesse de pouvoir justifier leur utilisation, plus tard, d'une façon ou d'une autre. La difficulté de cette acceptation préliminaire, selon une conception
toute classique, réside dans le paradoxe qui consiste à profiter des avantages - de nature explicative, déductive ou illustrative, pour n'en citer que quelque-uns - offerts par l'emploi de tels éléments hypothétiques, même si nous manquons de preuves satisfaisantes à leur sujet, et cela pour approfondir notre compréhension de phénomènes pour lesquels nous disposons réellement de preuves.