Paris: Geuthner (
2019)
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Abstract
Cette serie est destinee a regrouper des etudes thematiques faisant le point sur differents aspects de l'histoire ou de la culture syriaques, celles des communautes chretiennes dont la langue de culture est le syriaque (maronites, syriaques catholiques et orthodoxes, assyro-chaldeens, communautes du Proche-Orient et de l'Inde...). Cible de jugements malveillants pendant un siecle, la philosophie en syriaque a recemment ete l'objet d'un renouveau d'interet qui en a fait l'un des sujets les plus debattus dans les etudes syriaques. Les Syriaques ont ete regardes dans le meilleur des cas comme de simples transmetteurs aux musulmans de la philosophie grecque, incapables d'une pensee philosophique originale. Si leur role crucial de vecteurs culturels n'est pas en question, ce volume se propose pourtant de montrer aussi la specificite des formes que la philosophie grecque a revetues en monde syriaque au long d'un millenaire, du iie au xiiie siecle. Des le debut, la selection des themes et textes philosophiques par les Syriaques temoigne d'une continuite avec les courants contemporains de l'Empire romain et d'une participation active aux debats qui y avaient cours. Un auteur syriaque comme Bardesane pouvait s'inserer avec originalite dans les controverses du monde imperial sur le determinisme et la providence. La traduction de textes grecs d'ethique et l'utilisation de textes de sagesse attribues aux philosophes grecs attestent un interet pour la philosophie comme " exercice spirituel ", partage par les auteurs chretiens de langue grecque et de langue syriaque, qui dans les memes annees s'interrogeaient sur la valeur de la paideia hellenique pour l'education du chretien. On pourrait donc parler pour ces premiers siecles d'une philosophie chretienne greco-syriaque. A partir du vie siecle, surtout par l'intermediaire des miaphysites, la logique aristotelicienne penetre en monde syriaque. La figure cle pour ce passage est Sergius de Res'ayna (m. 536), et encore une fois la continuite avec le monde grec marque cette entreprise : les commentaires aux uvres logiques d'Aristote ecrits par Sergius et ses successeurs, en particulier au monastere de Qennere, reprennent la structure des commentaires grecs produits a Alexandrie dans l'Antiquite tardive. Des le viiie siecle on assiste aussi au developpement de la logique parmi les elites ecclesiastiques syro-orientales. L'essor de la falsafa, la philosophie d'empreinte grecque en monde musulman, produit une rupture de cette continuite greco-syriaque. Les Syriaques, decisifs dans la transmission de la philosophie a l'Islam, ressentent de plus en plus l'influence de la falsafa. A la fin du premier millenaire, des auteurs chretiens de culture syriaque ecrivent des ouvrages philosophiques en arabe et participent a la phase formative de la falsafa ; au debut du deuxieme millenaire paraissent des ouvrages philosophiques qui, ecrits en syriaque, refletent les structures conceptuelles de la falsafa. C'est la naissance d'une philosophie syro-arabe, qui culmine dans l'uvre de Barhebraeus (xiiie siecle). Le volume s'enrichit de deux contributions bibliographiques qui fourniront au lecteur un panorama exhaustif des sources et des etudes qui ont ete consacrees a la philosophie en syriaque.