Abstract
La figure de Dieu dans l’art chrétien passe pour avoir été exclusivement masculine, voire masculiniste, en particulier au Moyen Âge. L’article examine et tente de corriger cette vision simplifiée en présentant un échantillon d’images de la Trinité (miniatures, sculptures, fresques des xie-xve siècles) où ont été convoqués des motifs caractéristiques de l’iconographie mariale ou maternelle (« joue à joue », enveloppement dans le manteau, gestes de tendresse, etc.). Une méthode d’analyse est ainsi suggérée, qui permet d’apprécier au cas par cas, sur des critères vérifiables, ce qu’il en est de la part féminine de Dieu. La comparaison entre les images de la Trinité et celles de la Vierge à l’Enfant et les évolutions respectives de ces sujets sur un demi-millénaire donnent finalement à penser que celles-ci ont submergé celles-là et progressivement cantonné la figure occidentale du Dieu chrétien dans les strictes limites du masculin.