Abstract
Le droit de manifester est souvent considéré comme un élément fondamental de la démocratie, et la protestation a une longue histoire, tant dans les démocraties que dans les régimes autoritaires. Manifester permet d'exprimer une opposition, un soutien ou une solidarité. Visant à faire évoluer les mentalités, la protestation peut influencer les convictions sur un sujet, sensibiliser et informer sur une injustice ou une crise, et modifier les réactions affectives. Souvent collective, la protestation peut aussi être individuelle et prendre de multiples formes : marches et rassemblements, débrayages, piquets de grève, pétitions, sit-in et occupations, grèves de la faim, perturbations du trafic routier et maritime, et actions spectaculaires telles que les attaques contre des œuvres d'art célèbres. Bien que la protestation ait fréquemment pour but de perturber l'ordre public, mais elle peut être efficace sans pour autant être agitatrice ou violente. Dans cet article, j'examine dans quelle mesure la protestation peut être considérée comme une forme d'argumentation et comme une composante légitime du débat public. Mon point de départ est la notion d'« événement visuel » et de pratique argumentative, développée par John Delicath et Kevin DeLuca (2002). Je considère les manifestations comme des exemples d'arguments multimodaux, en m'appuyant sur des exemples de manifestations actuelles pour montrer comment celles-ci se prêtent à des analyses multimodales.