Derrida en de fenomenologie : Supplement AlS oorsprong

Tijdschrift Voor Filosofie 45 (1):63-89 (1983)
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Abstract

La lecture de Husserl proposée par Jacques Derrida s'inspire avant tout de Heidegger. Si Husserl s'intéresse au phénomène dans sa fonction constituante, Heidegger interroge plutôt ce qui constitue le phénomène. Le présupposé ou l'impensé majeur de toute philosophie de la subjectivité constituante et, plus largement, de la tradition dite onto-théologique, c'est le dévoilement de l'Etre entendu comme présence. Une philosophie nouvelle qui se veut attentive à la conjonction de l'Etre et du Temps et qui se laisse solliciter par la différence ontologique doit surmonter cette tradition en la soumettant à une répétition critique, à une „destruction”. L'œuvre de Derrida chemine entre la tradition et une pensée différente. Ce chemin ne mène cependant ni à un au-delà ni à un en-deça de la tradition métaphysique. Une philosophie de la différance ne naît pas des cendres d'une métaphysique à jamais détruite, elle s'embarque plutôt pour une traversée sans fin des textes de la tradition. Une telle lecture se laisse dériver par les textes pour mieux en surprendre les courants capricieux. Elle ne cherche cependant pas à les canaliser vers un sens unique, elle s'abandonne aux jeux du non-sens, c'est-à-dire à tout ce qui doit être méconnu, écarté, oublié, refoulé pour qu'un texte puisse être lu comme le reflet d'un même sens. Derrida appelle cette lecture paradoxale une „déconstruction”. Celle-ci renverse et déplace les valeurs manifestes du texte métaphysique. Cette lecture est une écriture dont le texte s'inscrit dans la marge d'un autre texte pour en souligner la „clôture”. Ce travail d'une déconstruction de la métaphysique de la présence forme la trame de la plupart des textes que Derrida a consacrés à Husserl. Examinant ce que Husserl a écrit du langage, de la conscience du temps et de l'origine de l'histoire, Derrida y déchiffre les traces d'un même désir de la présence absolue. Une philosophie de la présence pense à partir d'un hypothétique assouvissement de ce désir. Cela la conduit à méconnaître que le signe linguistique est „trace”, que le maintenant présent n'est donné que dans „l'après-coup” et que l'origine de l'histoire se perd dans la contingence des histoires. Les textes de Husserl portent l'empreinte de la force de ce désir de la présence absolue et ils nous enseignent en même temps son impossible accomplissement. C'est à travers l'articulation de cette tension et à partir du déplacement de ses effets que le texte de Derrida s'est greffé sur celui de Husserl.

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