
À nos lecteurs et lectrices : l’édition 2006-2024 du Maitron en ligne est désormais qualifiée de « patrimoniale ». Ses notices reflètent l’état du savoir au moment de leur publication. Quelques erreurs factuelles peuvent y figurer. C’est donc avec un nécessaire recul que nous vous invitons aujourd’hui à les lire. Le Maitron « actif » est constitué de corpus biographiques dans lesquels des notices actualisées seront insérées et c’est dans ce cadre éditorial que des mises à jour pourront être envisagées.
Par Claude Cuenot
Maitron patrimonial (2006-2024)
Né le 26 mars 1910 à Grandvillars (Territoire de Belfort), mort le 24 mai 2005 à Héricourt (Haute-Saône) ; ajusteur, modeleur puis contremaître chez Peugeot à Sochaux (Doubs) ; syndicaliste CGT puis FO et militant socialiste, secrétaire du syndicat CGT puis FO des métaux de Sochaux, membre de la commission exécutive de la fédération des métaux FO ; maire d’Héricourt (1971-1983), conseiller général d’Héricourt-Ouest (1979-1992), président du conseil général de la Haute-Saône (1979-1982).
Fils naturel de Lina Girard, ouvrière à domicile puis gérante d’un magasin d’alimentation, André Girard vécut son enfance et son adolescence à Grandvillars. Sa mère se maria en 1920 avec un ouvrier métallurgiste. Ses parents ne l’influencèrent pas pour son activité militante. Le jeune garçon obtint le certificat d’études primaires, suivi de deux années d’enseignement secondaire, dont une par correspondance. En effet, il travailla parallèlement dès treize ans comme ouvrier aux établissements métallurgiques Vieillard et Migeon. Il franchit rapidement les premières étapes de la qualification professionnelle puisqu’en 1928, il quitta l’entreprise comme ajusteur au service entretien. André Girard, domicilié à Héricourt, rejoignit alors la société des automobiles Peugeot à Sochaux et l’usine de carrosserie. Il gravit successivement les échelons professionnels, d’ajusteur à préparateur d’outillage niveau contremaître en passant par chef d’équipe modeleur métallique. Il siégea au jury de correction des CAP ajusteur, tourneur, fraiseur de 1943 à 1970.
André Girard adhéra au syndicat CGT des métaux de Sochaux en 1935, suivi par le secrétaire de l’Union départementale Adrien Jeannin. Depuis l’échec de la grève de juillet 1929, la CGT et la CGTU organisaient clandestinement une vingtaine d’adhérents à elles deux dans cette usine de 11 000 ouvriers. Le réseau de surveillance mis en place par la société Peugeot était efficace et plusieurs conseillers municipaux socialistes élus en 1935 dans la commune de Sochaux furent par exemple licenciés.
Convoqué par son contremaître lors de la campagne pour les élections législatives de 1936 pour rejoindre les radicaux indépendants dirigés par l’industriel François Peugeot, André Girard refusa. La direction lui proposa à nouveau en juillet suivant de représenter le syndicat professionnel pour les premières élections de délégué du personnel, mais il annonça alors sa candidature sur la liste CGT. Après la grève qui débuta le 13 juin 1936, il avait en effet rejoint les autres travailleurs qui jetèrent les bases d’une organisation syndicale sur l’ensemble de l’usine. Trésorier du comité syndical de la carrosserie, André Girard fut élu délégué d’atelier titulaire le 4 août 1936. Du mois de novembre suivant à avril 1938, il fut élu secrétaire permanent du syndicat CGT des métaux de Sochaux, avec 8 000 adhérents sur un total de 12 000 travailleurs, doublés par un syndicat CGT des techniciens.
André Girard fut rapidement très contesté à partir de la grève avec occupation de février 1937, à la fois par les communistes comme Marcel Boillot ou Charles Reffay ou d’autres syndicalistes très combatifs comme Maurice Diebold ou Herzog. Les syndicalistes communistes conduits par Gaston Genin se renforçaient en effet chez Peugeot et dans la plupart des usines du Pays de Montbéliard. André Girard préféra démissionner de sa charge de secrétaire permanent en avril 1938 avant d’en être écarté par une cabale. Élu en mai 1937 à la commission administrative de l’UD toujours dirigée par des ex-confédérés, André Girard y siégea jusqu’à la déclaration de guerre. Il vota l’exclusion de tous les ex-unitaires au congrès départemental d’avril 1939 et approuva la rupture avec les communistes au moment du Pacte germano-soviétique.
Affecté spécial à l’usine Peugeot de Bordeaux (Gironde) lors de la mobilisation, André Girard revint ensuite à Sochaux. En 1941, le sous-préfet de Montbéliard le proposa au conseil de prud’hommes pour remplacer les communistes révoqués, « paraissant particulièrement qualifié tant en raison de ses connaissances des relations syndicales que de la correction qu’il a toujours eue dans ses rapports antérieurs avec le patronat ». Mais il ne fut pas retenu car il résidait en dehors de cette juridiction. Toujours en contact avec des ex-confédérés, il participa aux réunions de la Charte du Travail au sein de la société Peugeot et évita le STO. En 1943, André Girard fut convoqué par la direction de l’usine en présence de la Gestapo. Il reconnut ses objectifs syndicalistes tout en précisant qu’il n’avait pas d’objectif politique dans son activité. Craignant l’arrestation, il ne fut finalement pas inquiété. Exclu du syndicat le 9 janvier 1945, officiellement pour sa participation à la Charte du Travail, André Girard fut plutôt écarté par le nouveau secrétaire de la CGT, le communiste Georges Gauchet, parce qu’il pouvait contester l’orientation syndicale majoritaire à la Libération.
En 1945-1946, André Girard était en relation avec le courant minoritaire de la Fédération des Métaux à Paris et lisait régulièrement Force Ouvrière. Aux côtés de Jules Spiess, il participa à la scission syndicale chez Peugeot et compta parmi les fondateurs de FO dans le Pays de Montbéliard en liaison avec Léon Chevalme et André Bergeron. Il dirigea le syndicat des métaux FO de Sochaux à partir de 1949. Délégué du personnel titulaire dans le deuxième collège de février 1948 jusqu’à son départ à la retraite en 1970, il fut élu parallèlement au comité d’entreprise en 1954 et au comité central d’entreprise en 1960. Il signa la convention collective de la métallurgie pour la région Belfort-Montbéliard en 1953 puis l’accord d’entreprise Peugeot en décembre 1955, rejeté en revanche par la CGT conduite par Oreste Pintucci*. Au sein de la Fédération des Métaux, André Girard fut aussi membre de la commission administrative de 1948 à 1958 et de la commission de contrôle de 1972 à 1989. À ce titre, il participa à plusieurs conférences internationales des syndicats de l’automobile (Paris, Francfort, Turin) et à une mission d’étude avec l’AFL-CIO aux États-Unis en avril 1958. Toujours membre du syndicat FO de Sochaux comme retraité, il assista dans les années 1970-1980 à la mainmise de la direction Peugeot et du RPR sur cette organisation, choisie comme relais de la politique d’encadrement patronal après le discrédit rapide de la Confédération française du travail (CFT) apparue à Sochaux après 1968.
Élu conseiller municipal d’Héricourt d’octobre 1947 à 1965, André Girard devint ensuite deuxième adjoint du maire socialiste Georges Tournu* jusqu’en 1971. Il adhéra alors au parti socialiste et présenta une liste aux élections municipales de 1971, dans laquelle, influencé par son ami le maire sortant, il accepta finalement des communistes. Élu maire, il assista dés son premier mandat à la disparition des usines textiles de la ville. Mais avec le développement de l’industrie automobile voisine, la population héricourtoise augmenta pour atteindre les 10 000 habitants, et il fallut développer rapidement les équipements en conséquence.
Aux législatives de 1973, André Girard était suppléant de Marc Roussel (radicaux de gauche) dans la deuxième circonscription de Haute-Saône, mais cette liste fut battue. En revanche, en septembre suivant, André Girard fut élu au premier tour conseiller général du canton d’Héricourt avec 58 % des suffrages. Il présida durant un an l’Union départementale des élus socialistes. En mars 1977, il régla ses comptes avec les conseillers municipaux du PCF et patronna une liste à dominante socialiste sans participation communiste. « Grâce à l’appui de la droite locale », selon un rapport des renseignements généraux, les vingt-trois membres de sa liste furent élus au premier tour et il retrouva son poste de maire. Aux législatives de mars 1978, il apporta son soutien au candidat socialiste Jean-Pierre Michel, de tendance CERES, lequel deviendra vite un adversaire personnel. En mars 1979, à l’occasion des cantonales, André Girard n’accepta pas l’investiture de ce dernier par le Parti socialiste sur le canton d’Héricourt. Il se présenta sous l’étiquette d’« indépendant de gauche » et fut élu une nouvelle fois. Élu à la présidence du conseil général de la Haute-Saône avec l’aide des représentants du Mouvement des radicaux de gauche (MRG), il occupa cette fonction jusqu’au 25 mars 1982. Ne renouvelant pas sa carte au PS en 1979, il ne put en être exclu comme la fédération avait décidé de le faire. Aux municipales de 1983, André Girard ne sollicita pas le renouvellement de son mandat de maire et laissa la place à Jean-Pierre Michel. En 1985, il fut réélu dans le canton d’Héricourt-Ouest et ne sollicita pas de nouveau mandat en 1992.
Mariés le 11 mai 1935 à Héricourt, André Girard et Amélie Hirsch, fille du tambour municipal d’Héricourt et mère au foyer, eurent trois enfants. L’aîné des enfants travaille aujourd’hui comme agent technique chez Peugeot et leurs deux filles sont professeures des écoles. André Girard avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en juillet 1981 au titre du ministère de l’Industrie et chevalier des Palmes académiques en janvier 1989.
Maitron patrimonial (2006-2024)
Par Claude Cuenot
SOURCES : Arch. Dép. Doubs, fonds CGT ; 121 W 8, lettre du préfet du Doubs au sous-préfet de Montbéliard, 23/04/1941 ; 1 Z 131 rapports renseignements généraux 1937-1948. — Arch. Dép. Haute-Saône, rapports des renseignements généraux 1947-1992. — L’Est républicain, 16 mai 1995. — Témoignages d’André Girard, Georges Gauchet et Oreste Pintucci. — Claude Cuenot, Ouvriers et mouvement ouvrier dans le Doubs de la fin de la Première Guerre mondiale au début des années 1950, thèse histoire, Dijon, 2000. — État civil.