Île Gough

île du Royaume-Uni

L'île Gough[1] [gɔf], en anglais Gough Island[1], aussi connue sous le nom de Gonçalo Álvares, est une île isolée, rattachée administrativement à l'archipel Tristan da Cunha, située dans l'océan Atlantique Sud. Elle fait partie du territoire britannique d’outre-mer de Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha et, avec l’île Inaccessible, du bien du patrimoine mondial intitulé îles Gough et Inaccessible[2],[3]. Elle constitue également un site Ramsar depuis le 20 novembre 2008[4].

Île Gough
Gough Island (en)
Carte topographique de l'île Gough
Carte topographique de l'île Gough
Géographie
Pays Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Archipel Tristan da Cunha
Localisation Océan Atlantique
Coordonnées 40° 19′ 12″ S, 9° 56′ 24″ O
Superficie 65 km2
Point culminant Edinburgh Peak (910 m)
Géologie Île volcanique
Administration
Statut Réserve naturelle

Territoire britannique d'outre-mer Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha
Démographie
Population Aucun habitant
Patrimoine mondial Patrimoine mondial
Site du Bien Îles de Gough et Inaccessible
Numéro
d’identification
740-001
Année d’inscription
Autres informations
Fuseau horaire UTC+0
Géolocalisation sur la carte : océan Atlantique (Sud)
(Voir situation sur carte : océan Atlantique (Sud))
Île Gough
Île Gough
Géolocalisation sur la carte : Subantarctique (océan Atlantique)
(Voir situation sur carte : Subantarctique (océan Atlantique))
Île Gough
Île Gough
Île au Royaume-Uni

Géographie

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Sommet de l'île Gough

Elle se trouve à environ 350 km au sud-sud-est de l'île Tristan da Cunha et à environ 2 400 km de l'Afrique australe[2],[5]. Île d'origine volcanique, elle a une superficie d'environ 65 km2. Elle mesure approximativement 13 km de long sur 5 à 6 km de large et son point culminant, l'Edinburgh Peak, atteint 910 m[2],[6]. Son relief est très accidenté, avec de hautes falaises littorales, des plages étroites de galets et de profonds vallons, surtout sur les façades nord et est[6].

L'île est entourée de petites îles et de rochers comme Southwest Island, Saddle Island (au sud), Tristiana Rock, Isolda Rock (à l'ouest), Round Island, Cone Island, Lot's Wife, Church Rock (au nord), Penguin Island (au nord-est) et The Admirals (à l'est)[7].

L'Afrique du Sud entretient sur l'île une station météorologique depuis 1956[8]. D’abord installée à The Glen, celle-ci a été déplacée en 1963 sur un plateau au-dessus de Transvaal Bay[9]. Elle relève du South African National Antarctic Programme et le suivi météorologique de long terme y est notamment assuré par le South African Weather Service[10].

Description

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L’île constitue le sommet émergé d’un vaste édifice volcanique océanique situé à environ 500 km à l’est de la dorsale médio-atlantique. Cet édifice s’élève depuis environ 3 500 m de profondeur. Une révision stratigraphique a distingué plusieurs grandes phases volcaniques, les datations K-Ar publiées situant les unités principales entre environ 2,5 et 0,1 million d’années, l’activité la plus récente correspondant aux basaltes d’Edinburgh Peak[11].

La végétation a fait l’objet d’une étude de référence au début des années 1960. Wace y distingue cinq grands ensembles : les prairies à touffes (tussock grassland), le fern bush, le wet heath, les moorlands et feldmarks d’altitude, ainsi que les tourbières[12]. Dans cette étude, 32 plantes à fleurs indigènes et 27 ptéridophytes étaient recensées[13].

L'île abrite également deux espèces endémiques d'oiseaux terrestres, le rowettie de Gough et la gallinule de Gough, ainsi que d'importantes colonies d'oiseaux marins[14],[15]. Elle constitue l’un des principaux sites de reproduction de l’albatros de Tristan ; un recensement réalisé en 1999 y a compté 1 129 poussins, ce qui a été interprété comme correspondant à un effort annuel d’environ 1 500 couples nicheurs[16]. Des suivis plus récents ont mis en évidence chez cette espèce un déclin d’environ 3 % par an et un succès reproducteur faible, de l’ordre de 23 %, en lien notamment avec la prédation par les souris introduites[17].

On trouve également sur l'île des colonies d’otaries à fourrure et d’éléphants de mer. Au XVIIIe et au XIXe siècles, ces pinnipèdes ont attiré des chasseurs pour leurs peaux et leur graisse[18]. Après avoir été fortement exploitée, l’otarie à fourrure subantarctique a connu un net retour au XXe siècle : une estimation d’environ 13 000 individus en 1955-1956 a été suivie d’une estimation de plus de 100 000 individus à la fin des années 1970[19]. Les éléphants de mer se reproduisent surtout sur la côte nord-est, notamment à Long Beach ; leur population reproductrice y reste réduite, avec une production de jeunes passée de 38 en 1975 à 11 en 1997 dans les séries publiées[20],[21].

Les conditions climatiques rudes, l’isolement et la pauvreté relative des sols ont empêché toute colonisation humaine durable[2]. L’île a néanmoins été fréquentée par des chasseurs de phoques puis, plus régulièrement, par des scientifiques et par le personnel de la station météorologique[22].

Des souris domestiques, introduites accidentellement par l’être humain au XIXe siècle, constituent aujourd’hui l’une des principales menaces pour la biodiversité de l’île[23]. Leur masse corporelle moyenne est nettement supérieure à celle observée dans d’autres populations insulaires ou commensales, et leur régime alimentaire varie selon la saison[24]. Une étude comparative sur dix espèces d’oiseaux marins a estimé qu’environ 1 739 000 œufs ou poussins étaient perdus chaque année à Gough, et a souligné que le total réel pouvait dépasser 3 millions par an si l’on prenait en compte les espèces insuffisamment documentées[25]. Les espèces nichant en terrier et se reproduisant en hiver sont les plus affectées[25]. Un signalement de rat en 1983 a conduit à une enquête spécifique en 1984, mais aucune population établie n’a alors été mise en évidence[26]. Un programme d’éradication fondé sur l’épandage aérien de rodenticide a été annoncé à la fin des années 2010, avec une mise en œuvre alors envisagée pour 2020[27].

Les caractéristiques écologiques de l’île et l’abondance de ses oiseaux marins ont conduit assez tôt à la présenter comme un site à préserver strictement[28]. Elle est, avec l'île Inaccessible, devenue une réserve naturelle en 1976 ; elle a reçu en 1985 le statut de réserve naturelle stricte (catégorie I de l’UICN), puis a été inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1995 au sein du bien intitulé îles Gough et Inaccessible[2],[3]. En 2004, le bien a été étendu à l'île Inaccessible, tandis que la zone marine de Gough a été portée de 3 à 12 milles nautiques ; l’ensemble a alors pris son nom actuel[29]. L’île est en outre inscrite sur la liste des zones humides d’importance internationale de la convention de Ramsar depuis 2008[4].

Selon la classification de Köppen, le climat de l'île Gough est de type océanique frais (Cfb). Les mesures effectuées à la station météorologique indiquent des températures mensuelles moyennes allant d’environ 8,9 °C en août à 14,5 °C en février ; la pluviométrie annuelle moyenne observée entre 1963 et 1990 est de 3 154 mm, et elle est probablement supérieure de plus de 50 % au-dessus de 600 m d'altitude.[30] Les premières séries disponibles pour 1956-1957 donnaient au niveau de la mer une température annuelle moyenne de 11,7 °C et une pluviométrie de 3 225 mm[6].

Histoire

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La découverte de l’île demeure partiellement incertaine. L’hypothèse la plus couramment retenue l’attribue à un navire portugais au début du XVIe siècle, probablement en 1505, ce qui explique le nom de Gonçalo Álvares ou Gonçalo Alvarez, resté longtemps en usage sur les cartes[2],[5]. Elle fut ensuite revue au début des années 1730 par l’Anglais Charles Gough, capitaine du Richmond, ce qui contribua à la diffusion de son nom actuel[2],[5]. Mais selon certains historiens, le marchand anglais Anthony de la Roché aurait été le premier à accoster sur l'île en avril 1675[31].

Au XIXe siècle, l’île fut fréquentée de manière saisonnière par des chasseurs de phoques ; la majorité des visites recensées pour cette période relevaient de cette activité[18]. Les premières investigations scientifiques proprement dites furent menées lors de l’expédition écossaise Scotia en 1904[32].

Gough fut formellement annexée par le Royaume-Uni le 29 mars 1938[2],[5]. La Gough Island Scientific Survey de 1955-1956 y établit une base scientifique ; celle-ci fut reprise officiellement le 13 mai 1956 par le South African Weather Bureau, qui maintint ensuite la station météorologique de façon permanente[32]. Cette présence s’inscrivit notamment dans la participation sud-africaine à l’Année géophysique internationale de 1957-1958[32].

Notes et références

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  1. 1 2 (fr) Commission nationale de toponymie, conseil national de l'information géographique, Pays, territoires et villes du monde juillet 2021, , 34 p. (présentation en ligne, lire en ligne), p. 28
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 Hänel 2008, p. 329.
  3. 1 2 « Réserves naturelles des îles de Gough et Inaccessible », sur UNESCO (consulté le )
  4. 1 2 « Gough Island », sur Service d'information sur les Sites Ramsar (consulté le )
  5. 1 2 3 4 Wace 1961, p. 337.
  6. 1 2 3 Wace 1961, p. 339.
  7. Wace 1961, p. 338-339.
  8. Hänel 2008, p. 329-330.
  9. (en) « Gough Island », sur Tristan da Cunha Government and Tristan da Cunha Association (consulté le )
  10. (en) « SA Agulhas II will depart for Gough Island under strict health protocols », sur Government of South Africa, (consulté le )
  11. Maund et al. 1988, p. 175.
  12. Wace 1961, p. 339-341.
  13. Wace 1961, p. 364-367.
  14. Holdgate 1957, p. 169-170.
  15. Caravaggi et al. 2019, p. 649.
  16. Ryan et al. 2001, p. 39, 44.
  17. Cuthbert et al. 2014, p. 163, 166-168.
  18. 1 2 Hänel 2008, p. 331.
  19. Bourne 1981, p. 46-47.
  20. Bester 1980, p. 235-236.
  21. Bester et al. 2001, p. 68-69.
  22. Hänel 2008, p. 330-331.
  23. Jones et al. 2003, p. 2107-2108.
  24. Jones et al. 2003, p. 2107-2109.
  25. 1 2 Caravaggi et al. 2019, p. 648, 654.
  26. Wace 1986, p. 85-87.
  27. (en) Matt McGrath, « 'Super-sized' mice threaten seabird colonies with extinction », sur bbc.com, (consulté le )
  28. Holdgate 1957, p. 169-171.
  29. (en) « Decision 28 COM 14B.17: Extension of Properties Inscribed on the World Heritage List (Gough Island Wildlife Reserve) », sur UNESCO World Heritage Centre (consulté le )
  30. Jones et al. 2003, p. 2108-2109.
  31. Wace, N.M. (1969). The discovery, exploitation and settlement of the Tristan da Cunha Islands. Proceedings of the Royal Geographical Society of Australasia (South Australian Branch) 10: 11-40.
  32. 1 2 3 Hänel 2008, p. 330.

Bibliographie

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  • (en) M. N. Bester, H. Möller, J. Wium et B. Enslin, « An update on the status of southern elephant seals at Gough Island », South African Journal of Wildlife Research, vol. 31, nos 1-2, , p. 68-71 (DOI 10.10520/EJC117111)
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  • (en) Anthony Caravaggi, Richard J. Cuthbert, Peter G. Ryan, John Cooper et Alexander L. Bond, « The impacts of introduced House Mice on the breeding success of nesting seabirds on Gough Island », Ibis, vol. 161, , p. 648-661 (DOI 10.1111/ibi.12664)
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  • (en) Christine Hänel, « Gough Island 500 years after its discovery: a bibliography of scientific and popular literature 1505 to 2005 », South African Journal of Science, vol. 104, nos 9-10, , p. 329-332 (DOI 10.10520/EJC96843)
  • (en) M. W. Holdgate, « Gough Island—A Possible Sanctuary », Oryx, vol. 4, no 3, , p. 168-176 (DOI 10.1017/S0030605300039508)
  • (en) A. G. Jones, S. L. Chown et K. J. Gaston, « Introduced house mice as a conservation concern on Gough Island », Biodiversity and Conservation, vol. 12, , p. 2107-2119 (DOI 10.1023/A:1024190331384)
  • (en) J. G. Maund, D. C. Rex, A. P. Le Roex et D. L. Reid, « Volcanism on Gough Island: a revised stratigraphy », Geological Magazine, vol. 125, no 2, , p. 175-181 (DOI 10.1017/S0016756800009572)
  • (en) Peter G. Ryan, John Cooper et James P. Glass, « Population status, breeding biology and conservation of the Tristan Albatross Diomedea [exulans] dabbenena », Bird Conservation International, vol. 11, , p. 35-48 (DOI 10.1017/S0959270901001058)
  • (en) N. M. Wace, « The Vegetation of Gough Island », Ecological Monographs, vol. 31, no 4, , p. 337-367 (DOI 10.2307/1950757)
  • (en) Nigel Wace, « Rat hunt on Gough Island », Polar Record, vol. 23, no 142, , p. 85-87 (DOI 10.1017/S0032247400006872)

Voir aussi

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Liens externes

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