Zorille de Libye

espèce de mammifères

Ictonyx libyca, Poecilictis libyca

Poecilictis libyca
Description de cette image, également commentée ci-après
Illustration d’un couple de Zorille de Libye par John Anderson, dans Zoology of Egypt, Université de Harvard, 1902.
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Super-ordre Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Mustelidae
Sous-famille Ictonychinae

Genre

Poecilictis
Thomas and Hinton, 1920

Espèce

Poecilictis libyca
(Hemprich & Ehrenberg, 1833)

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Statut CITES

Sur l'annexe III de la CITES Annexe III , Rév. du 22/04/76

Répartition géographique

Description de l'image Saharan Striped Polecat area.png.

Synonymes

La Zorille de Libye (Ictonyx libycus syn. Poecilictis libyca), est une espèce de mammifère carnivore de la famille des mustélidés. On rencontre cet animal de taille moyenne essentiellement sur le pourtour du Sahara en Afrique du Nord.

Bien qu'un débat subsiste parmi les experts quant à son genre d'appartenance ; s’il est le plus souvent placé dans le genre Ictonyx aux côtés du zorille commun, il est dans les sources les plus récentes considéré comme le seul membre d'un genre distinct appelé Poecilictis. Les analyses génétiques ont montré que ses plus proches parents vivants sont le zorille commun et la Poecilogale à nuque blanche[2][3]. Il habite principalement des environnements secs de type steppique avec un couvert arbustif clairsemé le long des bordures du désert du Sahara et sur ses massifs montagneux, évitant les régions les plus arides de son centre. On le trouve occasionnellement dans les oasis, les zones boisées et les terres cultivées. En tant qu'animal discret, il était probablement méconnu dans certaines parties de son aire de répartition, et des observations sont encore signalées ces dernières années dans des localités où il n'avait jamais été recensé auparavant[4].

Mesurant entre 23 à 29 cm de long sans la queue, c’est un petit animal svelte avec des pattes courtes et une queue touffue. Il a tendance à avoir la face, le ventre et les pattes noirs, avec des motifs faciaux blancs, un dos et des flancs de couleur claire, et des rayures sombres courant le long du dos. Cependant, la coloration et les motifs exacts sont très variables d'un individu à l'autre, et plusieurs sous-espèces ont été établies sur la base de ces différences. La longueur de la fourrure est également variable ; chez certaines populations, les poils clairs deviennent si longs qu'ils masquent partiellement les rayures dorsales, donnant l'impression de taches ou de plaques. Contrairement à ses proches parents, le zorille de Libye possède de la fourrure sous la plante des pattes, probablement une adaptation à son habitat sablonneux. Il possède des glandes près de l'anus qui peuvent projeter un liquide nauséabond sur d'éventuels prédateurs afin de se défendre. Sa coloration contrastée est un exemple d'aposématisme, avertissant les prédateurs de sa projection pour les dissuader d'attaquer. Il est également très agressif envers les espèces qu'il perçoit comme des menaces, y compris l'humain, sifflant et crachant couramment au lieu de fuir immédiatement. Parfois, il peut aussi faire le mort pour éviter la prédation.

Cet animal est doué pour creuser des tunnels, utilisant ses griffes pour aménager des terriers afin de s'abriter. Il est nocturne et se retire dans ces terriers pendant la journée, bien qu'il occupe également des crevasses rocheuses ou des terriers creusés par d'autres animaux. La nuit, il chasse de petits animaux qu'il tue d'une morsure à l'arrière du crâne. Il s'attaque principalement aux lézards, mais consomme aussi des insectes, des oiseaux, des œufs et de petits mammifères. Les individus en captivité sont également connus pour manger de petites quantités de matières végétales. En raison de son comportement défensif agressif et de ses projections, la plupart des prédateurs évitent probablement de s'attaquer à lui, le Grand-duc du désert (Bubo ascalaphus) étant celui qui le chasse le plus régulièrement. Il peut également entrer en compétition avec d'autres mustélidés tels que le zorille commun et la belette d'Europe. Animal solitaire, le zorille de Libye vit généralement seul à l'état sauvage, mais il est rapporté que des individus captifs peuvent être gardés ensemble sans se battre. La saison des amours est sans doute variable, et les femelles donnent naissance dans un terrier à une portée de deux à six petits après une gestation allant de 37 jours à 11 semaines. Bien que classée comme espèce de préoccupation mineure par l'UICN, peu de recherches ont été effectuées sur sa population. Compte tenu de la pression exercée par la perte et la modification de son habitat, les conflits avec les humains, la collecte pour la médecine traditionnelle et les chiens errants, cette espèce pourrait en réalité être menacée.

Dénominations

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Taxonomie et évolution

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Illustration réalisée avant 1875 d'un zorille de Libye.

Le Zorille de Libye a reçu son nom scientifique en 1833, lorsque les biologistes allemands Wilhelm Hemprich et Christian Gottfried Ehrenberg ont rapporté qu'une espèce de mammifère similaire au zorille commun (mais différant par ses motifs et sa taille plus petite) avait été découverte en Libye. À l'époque, le zorille commun était classé dans le genre Mustela, ils ont donc assigné cette nouvelle espèce au même genre sous le nom de Mustela libyca, l'épithète spécifique faisant référence à son pays d'origine[10]. Un genre distinct nommé Ictonyx fut établi plus tard en 1835, ne contenant initialement que le zorille commun[11]. Le zorille de Libye fut ensuite déplacé dans ce genre, étant désigné sous le nom d'Ictonyx libyca pendant des années ; toutefois, un article publié en 2013 a souligné que, le nom générique Ictonyx étant masculin, l'épithète spécifique devrait s'orthographier libycus au lieu de libyca lorsqu'elle est rattachée à ce genre[12].

 
Deux spécimens naturalisés exposés au Muséum d'histoire naturelle de Vienne ; la couleur de la fourrure s’est légèrement éclaircie avec le temps.

Le placement générique du zorille de Libye a fait l'objet de débats. Son assignation à Ictonyx fut contestée pour la première fois en 1920 par les zoologistes britanniques Oldfield Thomas et Martin Hinton, qui conclurent qu'il était suffisamment distinct du zorille commun pour justifier un genre séparé. Ils créèrent donc le genre Poecilictis, dont le zorille de Libye devint l'espèce type, renommé alors Poecilictis libyca[13]. Le nom de ce genre combine les mots du grec ancien « poikilos » (ποικίλος, signifiant « multicolore » ou « pie ») et « iktis » (ἴκtiς, signifiant « belette »), en référence à son pelage contrasté noir et blanc[14].

De nombreux auteurs ultérieurs ont accepté l'usage de ce genre, comme le paléontologue américain George Gaylord Simpson en 1945, ou les naturalistes britanniques John Ellerman et Terence Morrison-Scott en 1951[15],[16]. À l'inverse, les zoologistes Pierre Louis Dekeyser (1950) et Jochen Niethammer (1987) ont rejeté l'usage de Poecilictis, classant le zorille de Libye dans le genre Ictonyx, classification suivie dans la troisième édition de Mammal Species of the World en 2005[17],[18],[19]. Avec les progrès des analyses génétiques, des études moléculaires du XXIe siècle ont montré que limiter le genre Ictonyx aux seuls zorille commun et zorille de Libye le rendrait paraphylétique. Ce problème peut être résolu soit en incluant la Poecilogale à nuque blanche dans Ictonyx, soit en isolant le zorille de Libye dans le genre Poecilictis[20],[2].

Sous-espèces

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Plusieurs formes du zorille de Libye ont été initialement nommées comme des espèces distinctes, mais elles sont aujourd'hui considérées comme représentant une seule espèce très variable[14]. Quatre sous-espèces étaient reconnues dans la troisième édition de Mammal Species of the World en 2005 [19] et sont toujours valables selon Mammal Species of the World (version 3, 2005) (2026-05-08)[19] :

Sous-espèce d’Ictonyx libycus selon ITIS (8 mai 2026)[21]
Sous-espèce Autorité Description Répartition Synonymes
I. l. libyca
(Espèce-type)
Hemprich et Ehrenberg, 1833 Sous-espèce plus petite avec des motifs irréguliers et indistincts ; bout de la queue noir[13]. Égypte et Libye[22] alexandrae Setzer, 1959[23]
I. l. multivittata Wagner, 1841 Taille variable, motifs plus distincts que la sous-espèce type ; bout de la queue noir ou blanc[13]. Maroc, Algérie, Tunisie, Sahara occidental, centre du Soudan et peut-être Tchad oriental[22] frenata Sundevall, 1842 ; vaillanti (Loche, 1856)[19]
I. l. oralis Thomas et Hinton, 1920 Plus grande que la sous-espèce type ; motifs également indistincts et bout de la queue noir[13]. Zones côtières du Soudan[22]
I. l. rothschildi Thomas et Hinton, 1920 Petite sous-espèce à fourrure fine, motifs distincts et bout de la queue noir. Crâne plus robuste que celui d'I. l. multivittata[24]. Sud-ouest du Sahara et nord du Nigeria[22]

Évolution

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Le zorille commun (en haut) et la poecilogale à nuque blanche (en bas) sont les plus proches parents vivants du zorille de Libye.

Le zorille de Libye appartient plus spécifiquement à la sous-famille des Ictonychinae. Cette sous-famille est divisée en deux tribus connues sous les noms d'Ictonychini et de Lyncodontini. Cette espèce est membre de la première tribu, qui comprend également le zorille commun, le poecilogale à nuque blanche et le pérousca. Les résultats des analyses génétiques indiquent que les plus proches parents vivants du zorille de Libye sont le zorille commun et la poecilogale à nuque blanche. Ces deux espèces forment un clade qui constitue le groupe frère de la lignée dont le zorille de Libye est le seul représentant vivant[20],[2][3].

Une étude publiée en 2008 a suggéré que les lignées de ces deux groupes ont divergé il y a entre 3,5 et 3 millions d'années, et a émis l'hypothèse qu'une augmentation de l'aridité en serait la cause[20]. Cependant, une étude de 2012 a proposé une date plus ancienne pour cette divergence, située entre 4,8 et 4,5 millions d'années[2]. Le cladogramme suivant montre la position du zorille de Libye parmi ses plus proches parents vivants[3] :

Ictonychinae

Galictis vittata (Grand grison)




Vormela peregusna (Pérousca)




Poecilictis libyca (Zorille de Libye)




Ictonyx striatus (Zorille commun)



Poecilogale albinucha (Poecilogale à nuque blanche)






Des restes fossilisés de zorilles de Libye ont été découverts dans des dépôts datant du Pliocène et du Pléistocène en Afrique du Nord. Les premiers spécimens découverts proviennent d'Ahl al Oughlam, un site au Maroc préservant des fossiles datant d'il y a 2,8 à 2,4 millions d'années. Cette période s'étend de l'étage Plaisancien du Pliocène supérieur jusqu'au Gélasien du Pléistocène inférieur, traversant ainsi la limite Pliocène-Pléistocène[25]. En 1997, des fossiles ressemblant étroitement aux os des zorilles de Libye modernes ont été signalés sur ce site, se distinguant uniquement par leur taille plus petite. Une sous-espèce préhistorique nommée Poecilictis libyca minor a donc été établie sur la base de ces spécimens[26]. Sur le site de Tighennif, en Algérie, des dents fossilisées et des fragments de mâchoires comparables à ceux du zorille de Libye ont également été découverts. Ils ont été répertoriés sous le nom de Poecilictis cf. libyca car, bien qu'ils représentent probablement l'espèce moderne, le matériel est trop fragmentaire pour une identification concluante[27]. L'âge exact des dépôts de Tighennif n'est pas connu avec certitude, mais on estime qu'ils se sont formés il y a environ 1 million d'années, durant l'étage Calabrien du Pléistocène[28].

Caractéristiques physiques

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Individus sous tranquilisant montrant la variété des longueurs de fourrure et des motifs chez cette espèce.

Le Zorille de Libye est un petit mammifère mesurant environ 23 à 29 cm (longueur tête-corps) pour un poids de 240 à 390 g. Bien qu'il n'y ait pas de variation significative de la longueur du corps entre les deux sexes, les mâles ont tendance à être plus lourds que les femelles, en plus de posséder des pattes antérieures plus larges et des canines plus longues[29]. Cette espèce possède un corps svelte avec des pattes courtes, et sa longue queue ajoute 12 à 19 cm à sa longueur totale[30]. Sa fourrure est érectile, se gonflant lorsque l'animal s’énerve, ce qui lui donne une apparence plus imposante[30]. Le pelage se compose de deux types de poils principaux : un sous-poil dense et courte, et des poils de jarre longs et robustes. La longueur du poil varie considérablement selon les sous-espèces, celles ayant les poils les plus longs présentant un aspect hirsute[22].

Les jarres de la queue sont particulièrement longs, lui conférant un aspect touffu. Comme d'autres mustélidés, cette espèce possède des glandes anales qui projettent un liquide nauséabond en cas de menace. La tête porte un museau court et de petites oreilles[22]. Les pattes sont de forme plutôt étroite et la plupart des doigts sont largement espacés, bien que les troisième et quatrième doigts de chaque patte postérieure soient plus rapprochés. Chaque patte possède cinq doigts munis de griffes, celles des membres antérieurs étant plus longues que celles des membres postérieurs. Contrairement à ses deux plus proches parents vivants (le zorille commun et la zorille à nuque blanche), dont le dessous des pattes est majoritairement nu, le zorille de Libye se distingue par des soles plantaires recouvertes de poils épais. On pense qu'il s'agit d'une adaptation à son habitat sablonneux, tout comme ses coussinets plus petits[31]. Les femelles possèdent deux paires de mamelles, toutes deux classées comme inguinales[29].

 
Motif facial « standard » du Zorille de Libye (a) et deux exemples de variantes plus rares (b et c).

La coloration et les motifs exacts varient grandement selon les sous-espèces et les populations. Les membres et les parties inférieures sont noirs ou brunâtres, bien que des taches blanches isolées puissent être présentes[29]. En revanche, le dos et les flancs sont d'une couleur beaucoup plus claire, pouvant être blanche, chamois ou même orangée (comme observé chez certains individus égyptiens). Trois bandes sombres s'étendent généralement de l'arrière des oreilles jusqu'au dos, la bande centrale se divisant en deux ou trois rayures supplémentaires avant de fusionner au niveau de la croupe[22][29]. Chez certaines sous-espèces, les jarres blancs du dos sont plus longs et masquent partiellement ces rayures, rendant le motif moins distinct et donnant l'impression de taches ou de plaques plutôt que de bandes[14].

La face présente des motifs caractéristiques, notamment un anneau blanc qui entoure le visage majoritairement noir ; cet anneau passe sous la gueule et entre les yeux et les oreilles[22][29][32]. Les oreilles sont noires, bien que leurs pointes puissent être blanches chez certains individus[29]. Ces motifs faciaux permettent de distinguer l'espèce du zorille commun, chez qui le motif blanc est généralement divisé en deux taches sur les joues et une tache frontale[14]. La queue présente un motif noir et blanc variable, mais son extrémité et sa face inférieure sont généralement noires[32][29].

 
Illustration du crâne vu de profil (en haut), de dessus (en bas à gauche) et de dessous (en bas à droite).

Le crâne est large et court, de forme vaguement triangulaire vu de dessus. Bien qu'absentes chez les adultes, les sutures sont visibles sur le crâne des juvéniles. La Crête sagittale est basse et large chez les jeunes, devenant légèrement plus haute et étroite à maturité[23]. Globalement, le crâne ressemble à celui du zorille commun mais s'en distingue par sa taille plus petite. Les bulles tympaniques et mastoïdiennes sont proportionnellement beaucoup plus grandes que chez le zorille commun (elles ont environ la même taille absolue, alors que l'animal est plus petit). Comme les bulles tympaniques contiennent l'oreille moyenne et l'interne, cela suggère un sens de l'ouïe très fin[14][22]. Les processus mastoïdes et postorbitaux sont en revanche plus petits que chez son cousin[23]. La dentition est similaire à celle du zorille commun, avec des incisives supérieures externes plus longues que les internes et des dents carnassières tranchantes[22].

 
Illustration du bacula de mâles adultes (a et b) et immatures (c et d).

Les mâles possèdent un baculum (os pénien). Chez un mâle adulte, cet os mesurait 3,28 cm de long, ce qui le rend robuste et grand par rapport à la taille de l'animal. Le baculum d'un adulte présente une texture ridée à sa base et une extrémité en forme de larme inclinée par rapport à la tige. Chez les mâles immatures, le baculum est plus petit, la texture ridée n'est pas encore développée et la forme de l'extrémité ressemble plutôt à une coupe, l'os n'étant pas encore pleinement formé[33].

Distribution et habitat

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Environnement semi-désertique dans le sud de l'Algérie, où la présence du Zorille de Libye est attestée.

Originaire d'Afrique du Nord, le Zorille de Libye est présent sur les bordures septentrionales et méridionales du Sahara. On le trouve à l'ouest en Mauritanie, au Sahara occidental et au Maroc, le long de la côte méditerranéenne de l'Afrique du Nord jusqu'à la vallée du Nil en Égypte ; au sud, son aire de répartition englobe le Sahel jusqu'au Soudan et à Djibouti à l'est[34]. Il est également présent en dehors du continent africain, sur l'île de Farwa dans la mer Méditerranée[35].

Cependant, cette espèce a été très peu étudiée par rapport à d'autres petits carnivores de la région, et peu de travaux portent sur son aire de répartition et ses mœurs. De plus, cet animal est de nature discrète, ce qui conduit probablement à une sous-estimation de sa présence. Ce fait est étayé par des observations récentes de zorilles de Libye dans des localités où ils étaient auparavant inconnus[36]. Parmi celles-ci, on note la découverte d'un cadavre près de la côte atlantique du Maroc en 2018, la capture d'un individu dans le sud de l'Algérie en 2020, et plusieurs signalements en Tunisie tout au long du début du XXIe siècle[36][37],[38].

Le Zorille de Libye préfère les environnements de type steppique et vit sur les marges et dans les massifs montagneux du Sahara. Les terrains arides et rocheux ainsi que les semi-déserts sableux constituent son habitat préférentiel, bien qu'il puisse plus rarement fréquenter des zones boisées[30]. Les oasis et les zones cultivées sont également des habitats connus pour cette espèce. La plupart des régions qu'il habite ne possèdent qu'un couvert végétal clairsemé ou très parsemé, composé essentiellement de petits buissons. On le trouve le plus souvent dans des zones sèches où les précipitations annuelles sont inférieures à 15 cm, mais il ne peuple pas les régions les plus arides du centre du Sahara. Il peut également être observé dans les dunes côtières où les précipitations peuvent atteindre 25 cm[22].

Comportement et biologie

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Le Zorille de Libye est un animal nocturne, dont l'activité débute au crépuscule. Il se cache durant la journée dans des terriers ; il est capable de creuser de simples tunnels dans le sol à l'aide de ses griffes, bien qu'il occupe également des terriers creusés par d'autres animaux[39] . Un terrier découvert au Niger mesurait environ 3 m de long et atteignait une profondeur de 70 cm sous la surface, se terminant par une petite chambre[22]. Outre les terriers, les crevasses rocheuses servent également d'abri. Il se déplace à découvert d'une manière lente et délibérée, avec la queue tenue verticalement. C'est un animal principalement solitaire[30]. Cependant, il est rapporté que des couples peuvent être maintenus ensemble en captivité sans manifester d'agression mutuelle. Bien que le Zorille de Libye vive essentiellement au sol, il est capable de grimper sur des branches ou sur le grillage des cages[40].

Reproduction

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Trois juvéniles âgés de deux à trois semaines (a) et un juvénile plus âgé de quatre à cinq semaines (b).

La saison de reproduction du Zorille de Libye n'est pas connue avec précision ; des observations de jeunes individus ont été signalées en avril, août et novembre[22]. Le moment exact de la reproduction varie selon les régions : les populations de Tunisie mettent bas de mars à mai, tandis que celles d'Égypte et d'Afrique de l'Ouest ont tendance à le faire entre janvier et mars[29]. La période de gestation pourrait n'être que de 37 jours, ce qui est exceptionnellement court pour un carnivore, mais cela n'est pas établi avec certitude et pourrait durer jusqu'à 11 semaines. Après cette période, la femelle donne généralement naissance au printemps à une portée de deux ou trois petits, bien que des portées plus importantes allant jusqu'à six jeunes aient été enregistrées[14][29].

Les nouveau-nés sont altriciaux, avec les yeux clos mais les oreilles ouvertes, et possèdent une fourrure blanchâtre très courte. Un couple né en captivité pesait seulement 5 g par individu à la naissance, pour une longueur corporelle de 6,3 cm[40]. La mise bas a lieu dans une chambre située à l'extrémité d'un terrier. En 1974, le mammalogiste britannique Donovan Reginald Rosevear affirmait que le terrier n'était pas tapissé, les petits naissant sur le sol nu[14]. Cependant, une étude de 2025 indique au contraire que la femelle tapisse son terrier de fragments d'herbe ou de tissu avant la mise bas[29]. Les motifs sombres distinctifs de l'espèce se développent à l'âge de trois semaines, et les yeux s'ouvrent environ trois ou quatre jours plus tard[14]. À l'âge de cinq semaines, les jeunes commencent à consommer de la nourriture solide. La mère transporte ses petits par le cou jusqu'à l'âge de deux mois ; un mois plus tard, la mère et ses jeunes se séparent. Les femelles sont capables d'avoir une nouvelle portée dès 40 jours après la naissance de la précédente, comme cela a été observé chez une femelle captive dont la première portée était morte prématurément[40].

Défense

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Le Zorille de Libye est très agressif envers les espèces qu'il perçoit comme des menaces, y compris l'humain. De ce fait, même les individus captifs sont réputés difficiles à manipuler, sauf lorsqu'ils dorment, car ils ne se réveillent pas immédiatement[14]. Il a tendance à faire face à son agresseur plutôt que de fuir instantanément, sifflant et crachant parfois s'il est agité[22]. Il hérisse également ses poils pour paraître plus gros, lève sa queue et se retourne de manière à pointer son anus vers l'agresseur. Si la menace continue de s'approcher, il projette un liquide nauséabond par ses glandes anales[30][32]. Ses motifs noirs et blancs contrastés sont un exemple d'aposématisme, avertissant les prédateurs de son comportement agressif et de ses projections malodorantes pour les dissuader d'attaquer[41]. De plus, il lui arrive parfois de faire le mort pour échapper à la prédation, restant immobile sur le sol, la langue pendante et les yeux fermés[40].

Écologie

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Alimentation

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Comme les autres mustélidés, cette espèce est un animal prédateur, et les lézards constituent la majeure partie de son régime alimentaire[39]. Un individu capturé en 1903 à Ouadi Natroun, en Égypte, aurait manifesté une préférence marquée pour ces reptiles par rapport à toute autre nourriture[42]. Il se nourrit également d'œufs, d'oiseaux, d'insectes et de petits mammifères, les gerbilles (genre Gerbillus) étant les mammifères les plus fréquemment capturés. Il s'attaque parfois à la volaille des populations locales[22]. En captivité, il peut consommer de petites quantités de matières végétales, telles que des légumes râpés, des céréales bouillies et des graines, en complément de viande hachée[40].

Il suit ses proies à l'odeur et les déloge de leurs terriers ; bien qu'il se déplace normalement lentement, il peut se mouvoir très rapidement et bondir avec agilité lorsqu'il poursuit une proie[30]. Pour tuer sa victime, il mord l'arrière du crâne[22]. En raison de son métabolisme élevé, cet animal doit s'alimenter fréquemment et ne peut subsister que dans des zones présentant une forte densité de proies[36].

Concurrents, prédateurs et parasites

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Cette espèce a une vie courte ; des individus en captivité ont atteint une longévité maximale de six ans[43]. Grâce à son agressivité et à ses projections défensives, la plupart des prédateurs évitent probablement de le cibler. Le Grand-duc du désert (Bubo ascalaphus) est considéré comme son principal prédateur, des crânes de ce mustélidé ayant été retrouvés dans des pelotes de régurgitation de ce rapace. Bien que ce ne soit pas pour se nourrir, les humains tuent parfois des zorilles de Libye pour des pratiques de sorcellerie ou accidentellement lors de collisions routières[22]. Il existe cependant un fort préjugé dans certaines régions contre le fait de déterrer ce mustélidé de son terrier, car cela se solde souvent par une aspersion malodorante pour l'importun[14]. D'autres animaux susceptibles de chasser cette espèce incluent le dhibb, le Caracal et divers oiseaux de proie[41]. La tique ixodidée Haemaphysalis erinacei erinacei est un parasite répertorié de ce mustélidé[44].

 
Spécimens de mustélidés collectés en Égypte. De gauche à droite : vues supérieure et inférieure de la belette ; deux vues supérieures et une vue inférieure du Zorille de Libye ; vues supérieure et inférieure du zorille commun.

L'aire de répartition du Zorille de Libye chevauche celles de deux autres espèces de petits mustélidés. À la limite nord de son aire, il coexiste avec la belette (Mustela nivalis) et peut entrer en compétition avec elle dans les zones productives[22]. Cette compétition pourrait être atténuée par un partage de niche, la belette étant une espèce diurne tandis que le zorille de Libye est nocturne[36]. Parallèlement, le zorille commun, plus grand, est présent à la limite sud de l'aire du zorille de Libye et s'avère être l'espèce la plus abondante là où elles coexistent[14]. Contrairement à la belette, le zorille commun est également nocturne. De plus, les zorilles de Libye atteignent une taille bien plus importante dans le nord de leur aire de répartition (où ils sont comparables aux petits zorilles communs) que dans le sud, ce qui pourrait indiquer une compétition plus directe entre ces deux espèces[22].

Menaces et conservation

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Le surpâturage par le bétail dans son habitat (comme ces moutons au Maroc) est l'une des menaces pesant sur le Zorille de Libye.

Le Zorille de Libye est évalué comme espèce de « préoccupation mineure » (LC) par l'UICN depuis 1996, car il est largement répandu, relativement commun et ne semble pas faire face à des menaces majeures à l'échelle globale[34]. En Tunisie, il est menacé par le braconnage et pourrait avoir subi une extinction locale dans certaines zones ; par exemple, aucun enregistrement confirmé n'a été effectué dans le nord du pays depuis 1935. Les conflits avec les humains constituent une menace connue, l'animal tuant parfois des poulets dans les zones rurales. Il est également capturé pour être utilisé en médecine traditionnelle ou en sorcellerie[37]. Il est souvent chassé et exploité en raison de croyances tribales lui prêtant des vertus sur la fertilité masculine. Un commerce international existe également, certains individus étant vendus de la Tunisie vers la Libye[34].

L'espèce est également menacée par la perte de son habitat, une grande partie de son environnement naturel étant modifiée par l'expansion de l'agriculture et de l'agroforesterie, particulièrement dans la région méditerranéenne. De plus, le surpâturage par le bétail réduit le couvert végétal nécessaire à ses proies, diminuant ainsi les ressources alimentaires disponibles pour ce mustélidé. L'expansion des établissements humains dans l'aire de répartition du zorille augmente également le nombre de chiens errants, qui entrent en compétition avec lui pour les proies ou le tuent directement[36].

Au Maroc, en Algérie et en Tunisie, le Zorille de Libye est protégé par la loi[34]. Au niveau national, il bénéficie d'une protection intégrale en Algérie, bien qu'il ait été noté que l'application de cette loi est parfois incohérente[38]. En Tunisie, la chasse, le commerce, le transport ou la possession d'un zorille de Libye sont interdits tout au long de l'année. Des recherches supplémentaires sur sa distribution et son intégration dans des projets de conservation sont nécessaires pour assurer une meilleure protection de l'espèce[37].

Notes et références

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  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z et aa ASM Mammal Diversity Database, consulté le 8 mai 2026.
  2. a b c et d (en) J. J. Sato et M. Wolsan, « Evolutionary and biogeographic history of weasel-like carnivorans (Musteloidea) », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 63, no 3,‎ , p. 745–757 (DOI 10.1016/j.ympev.2012.02.025)
  3. a b et c (en) A. Gray, J. C. Brito, C. W. Edwards, H. V. Figueiró et K.-P. Koepfli, « First complete mitochondrial genome of the Saharan striped polecat (Ictonyx libycus) », Mitochondrial DNA Part B, vol. 7, no 11,‎ , p. 1957–1960 (DOI 10.1080/23802359.2022.2141080)
  4. (en) UICN, « Ictonyx libycus (Saharan Striped Polecat) » (consulté le )
  5. UICN, consulté le 1 juin 2013.
  6. Mammal Species of the World (version 3, 2005), consulté le 1 juin 2013.
  7. a b c d e et f Meyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad.
  8. Catalogue of Life Checklist, consulté le 1 juin 2013.
  9. a et b (en) Murray Wrobel, 2007. Elsevier's dictionary of mammals: in Latin, English, German, French and Italian. Elsevier, 2007. (ISBN 0444518770), 9780444518774. 857 pagesRechercher dans le document numérisé
  10. (la) C. G. Ehrenberg et W. F. Hemprich, Symbolae physicae, seu, Icones et descriptiones corporum naturalium novorum aut minus cognitorum, Berolini, Ex Officina Academica, venditur a Mittlero, (lire en ligne)
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