Zeilah

ville de Somalie

Zeilah ou Zeila ou Zaila, (somali : Saylac, arabe : زيلع), est une ville portuaire située dans le Nord d'Awdal (région principalement habitée par les différents clans somalis[1]), au bord du golfe d'Aden, non loin du débouché méridional du golfe de Tadjoura. C'est la deuxième principale ville de la région d'Awdal et depuis peu la nouvelle région créée par le Somaliland, État qui occupe le territoire de l'ancienne Somalie britannique sans être reconnu par les institutions internationales.

Zeila la ville Imaan (foi) sultanat d’Imaan des pieux Al ikhma
زيلع
Saylac
Zeilah
Front de mer de Zeilah vers 1880
Administration
Pays Drapeau du Somaliland Somaliland
Région Awdal
Géographie
Coordonnées 11° 21′ 14″ nord, 43° 28′ 26″ est
Localisation
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Zeila la ville Imaan (foi) sultanat d’Imaan des pieux Al ikhma
زيلع
Saylac
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Zeila la ville Imaan (foi) sultanat d’Imaan des pieux Al ikhma
زيلع
Saylac
Zeilah
Ruines, Zeilah
Carte allemande de 1860
Le sultanat d'Ifat (1285-1415)
Le sultanat d'Adal vers 1500
La Province d'Égypte vers 1840

Dans l'Antiquité, cette ville correspondait au port antique des Avalites décrit dans le Periplus maris Erythraei (récit gréco-romain du Ier siècle) située dans la région historique du nord de Barbara. Au VIIe siècle la ville a évolué en un centre islamique précoce. La mosquée Al-Qiblatayn de Zeila, une des plus anciennes mosquées du monde, aurait été construite entre 620 et 630[2]. Zeila est associé à plusieurs communautés somalis de la région de guban et d’adwal, du Sultanat d'Adal composé principalement de différents communautés somalis, Afars et arabes. Au XVe siècle, un port important pour son état successeur, il atteindrait son apogée de prospérité quelques siècles plus tard au XVIe siècle. Le traité signé le atteste d’un accord signé entre les autorités françaises et les chefs coutumiers à cette époque, comme d’autres traités signés par d’autres communautés somalis, mais ne suffit pas établir une continuité historique absolue telle que formulée dans l’aticle au XVIIIe siècle.

Source du Taité de protectorat sur les territoires :

40 COL 876/1 - Traité de protectorat sur les territoires du pays des Gada-boursis - 25 mars 1885 Archives nationales d'outre-mer

La ville de Zeila est habitée en majorité par la communauté Gadaboursi , comme partout dans la région d'Awdal. Cette ville fait l'objet de convoitise du pouvoir djiboutien qui souhaite implanter des refugiés issus du sous-clan somali issa d'Éthiopie afin de légitimer le pouvoir politique à Djibouti que le colonisateur français leur a mis entre les mains en 1977 [ Si la France a soutenu le pouvoir afar pendant des années, le vent tourne radicalement au milieu des années 1970. En juin 1977, lors de l'indépendance, c'est Hassan Gouled Aptidon, un Issa, qui prend la tête du nouvel État. Ce basculement est le fruit d'un calcul pragmatique de Paris.]

.À Zeila, les Gadaboursi se sentent chez eux (au Somaliland) et perçoivent les manœuvres démographiques de l'élite issa de Djibouti comme une tentative tardive de « corriger » l'histoire coloniale à leur détriment.

L'intérêt persistant, voire les tensions récurrentes entre le pouvoir djiboutien et la région de Zeila (située au Somaliland, dans le nord de la Somalie actuelle), s’expliquent par un entremêlement complexe d'intérêts géopolitiques, économiques et surtout claniques.

Bien que le gouvernement djiboutien s'en défende officiellement, les accusations (notamment portées par le Somaliland et d'autres clans rivaux) concernant des tentatives de modifier la démographie locale ou d'asseoir une influence à Zeila reposent sur plusieurs leviers stratégiques :

1. Le facteur clanique : Le foyer historique des Issas

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Le président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh, et son élite politique appartiennent au clan des Issas. Or, la frontière coloniale tracée par la France et le Royaume-Uni a coupé le territoire traditionnel des Issas en trois : Djibouti, l'Éthiopie (région de l'Ogaden/Shinile) et le nord de la Somalie (la région d'Awdal, dont Zeila fait partie).

  • Une terre sacrée : Pour les Issas, Zeila n'est pas simplement une ville somalienne ; c'est leur berceau historique et culturel. C'est traditionnellement à Saylac (Zeila) que l'Ugas (le roi/chef coutumier suprême de tous les Issas) est couronné.
  • Le levier démographique : Le pouvoir djiboutien est régulièrement accusé par le gouvernement du Somaliland (dominé par le clan rival des Isaaq) et par le clan des Gadabursi de vouloir renforcer la présence des Issas dans cette zone frontalière. L'implantation ou la sédentarisation de populations (parfois sous couvert de programmes de déplacés ou de réfugiés climatiques/politiques) est perçue par ses rivaux comme une tentative de « grignotage démographique » pour arracher le contrôle politique local de Zeila au profit du bloc Issa aligné sur Djibouti.

2. L'obsession économique : Protéger le monopole portuaire de Djibouti

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L'économie de Djibouti repose quasi exclusivement sur son modèle de hub portuaire, servant de débouché maritime unique pour le géant éthiopien (privé d'accès à la mer depuis l'indépendance de l'Érythrée).

  • La menace de projets concurrents : Zeila dispose d'une façade maritime stratégique et historique. Si le Somaliland (ou un autre acteur) y développait un port moderne, cela créerait une concurrence directe pour les ports de Djibouti, situés à seulement quelques dizaines de kilomètres de là.
  • Le contrôle des infrastructures : Récemment, Djibouti a poussé pour financer et investir dans des infrastructures routières reliant son territoire à Zeila. Pour les autorités du Somaliland, ces investissements massifs sont perçus au mieux comme une tentative de siphonner l'activité économique de leur frontière ouest, et au pire comme une stratégie d'ingérence économique visant à rendre la région de Zeila totalement dépendante de Djibouti.

3. Le grand jeu géopolitique régional (Éthiopie, Somaliland, Somalie)

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La géopolitique de la Corne de l'Afrique a été profondément bouleversée, notamment par les velléités de l'Éthiopie d'obtenir un accès souverain à la mer Rouge.

  • Le protocole d'accord Éthiopie-Somaliland : Début 2024, l'Éthiopie et le Somaliland ont signé un accord controversé prévoyant le bail d'une bande côtière (justement près de la zone de Lughaya/Zeila) pour que l'Éthiopie y installe une base navale et un port commercial, en échange de la reconnaissance officielle du Somaliland par Addis-Abeba.
  • La contre-attaque de Djibouti : Cet accord est un cauchemar géopolitique pour Djibouti, qui perdrait son monopole sur le commerce éthiopien. Pour contrer cette alliance, le président djiboutien s'est positionné en fervent défenseur de la souveraineté de la Somalie fédérale (Mogadiscio) contre le Somaliland séparatiste.

Dans ce contexte tendu, avoir une influence directe à Zeila — que ce soit par le biais de populations affiliées (réfugiés ou tribus locales), d'alliances claniques ou de projets d'infrastructure — permet à Djibouti de disposer d'un moyen de pression direct sur la frontière du Somaliland et d'entraver les projets éthiopiens à ses portes.

Le conflit d'intérêts : Une collision entre l'Histoire et le Mythe

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C'est précisément là que réside le conflit d'intérêts et le dialogue de sourds entre les clans :

  • Pour les Gadaboursis (et les historiens matérialistes) : Ils soulignent que Zeila a été gouvernée par diverses dynasties et que, lors de la colonisation au XIXe siècle, ce sont leurs chefs qui occupaient l'espace politique et ont signé les traités pour cette ville. Pour eux, l'argument des Issas est une "reconstruction mémorielle" ou une tradition nomade qui ne vaut pas droit de propriété territoriale ou politique sur une ville sédentaire.
  • Pour les Issas : Le fait de ne pas avoir administré la ville au sens moderne du terme n'enlève rien à son caractère sacré. Empêcher un Ougas ou ses représentants d'accéder à Zeila pour des rituels est perçu par les Issas comme une profanation de leur identité profonde.

L'affrontement n'est donc pas seulement pour des kilomètres carrés de terre ou pour un port, mais pour la légitimité de l'histoire : d'un côté une légitimité foncière et contractuelle (Gadaboursi), de l'autre une légitimité rituelle et mémorielle (Issa).

l[1]

Histoire

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Zeilah a été identifiée avec la cité antique d'Avalites[3].

La ville portuaire aurait été islamisée dès le début de l'histoire de l'islam[4].

Elle apparaît ensuite en 891 sous la plume du géographe Ya'qubi qui la mentionne dans son Kitab al-Balden Le Livre des pays »), puis par Al-Mas'ûdî vers 935 et Ibn Hawqal en 988.

On pense également que Marco Polo se réfère à Zeilah (alors capitale d'Adal) quand il décrit comment le « sultan d'Adal » captura un évêque d'Éthiopie voyageant à travers ses États, tenta de le convertir de force, et le circoncit selon les pratiques musulmanes. Cet affront provoqua la levée d'une armée par le Négus et la prise de la capitale du sultan[5].

Le voyageur Ibn Battûta visite Zeilah vers 1331. Impressionné par cette ville, il écrit qu'elle est « la plus sale au monde, la plus laide et la plus puante. L'odeur nauséabonde qui s'en dégage vient du grand nombre de poissons qu'on y consomme et du sang des chameaux qu'on égorge dans les rues[6]. »

Vers cette même époque, Zeilah est sous gouvernance des Somalis qui sont sans doute les fondateurs de cette cité et grand port antique et qui vont bâtir par la suite le sultanat d'Ifat, détruit pour faire place à un célèbre royaume somali, ou sultanat d'Adal dont le nom de la région Awdal prend référence et qui s’étend de l’Érythrée à l’Éthiopie et jusqu’au nord de la Somalie, dont un célèbre souverain somali, Ahmed Ibn Ibrahim Al-Ghazi dit Ahmed Gurey, à l’origine de la guillotine de Christophe de Gama et de la défaite du royaume portugais et de l'Abyssinie lors de la guerre adalo-éthiopienne.

Le sultanat d'Adal s’étend à son optimum sur les territoires actuels de Djibouti, du Nord de la Somalie, du Sud de l'Érythrée, et de l'Éthiopie. Il est le successeur du sultanat d'Ifat. Avec Tadjourah, Zeilah est un des principaux débouchés portuaires de la ville d'Harar et des régions d'Asayita et de Choa. Son importance comme port de commerce est confirmée par Al Idrissi et Ibn Saïd, qui décrivent Zeilah comme une ville importante, centre de traite d'esclaves bantous vendus par les marchands Somalis en Somalie, au Moyen-Orient et en Asie.

Les Portugais voulant contrôler la route des Indes orientales attaquent les ports somaliens au XVIe siècle. En 1517, ils incendient Zeilah. Vers 1542-1543 Christophe de Gama mène une expédition en Abyssinie pour repousser les musulmans du sultanat d'Adal, Gama est capturé après la bataille de Wofla et décapité : guerre adalo-éthiopienne (1527-1543).

La conquête ottomane de l'Habesh (en) entraîne la création d'une province ottomane des bords de la mer Rouge : Habesh (Habeş Eyaleti) (1554–1802 et 1813–1872), à géographie variable, et dont une subdivision est le sandjak de Zeilah.

À partir de 1864, Zeilah est directement occupée par les Ottomans, qui transfèrent leur souveraineté à l'Égypte en 1865 : Province d'Égypte (Egypt Eyalet). C'est de Zeila que part en 1875 l'armée égyptienne qui occupe Harrar.

Zeilah est occupée par les Britanniques dès 1885, et intégrée à la Somalie britannique lors de sa création en 1888, après un conflit de légitimité avec la France[7]. La construction de la voie ferrée de Djibouti à Addis-Abeba au début du XXe siècle a accéléré son déclin.

Sa situation géographique est aussi utilisée pour la contrebande d'armes, activité répandue dans le golfe d'Aden et en Somalie, et contre laquelle le gouvernement britannique s'engage en 1909 aux côtés de la France et de l'Italie[8].

Notes et références

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  1. 1 2 région appartenant à la somsliland[Quoi ?] actuelle (en) Federico Battera (Walter Dostal, Wolfgang Kraus (ed.)), Shattering Tradition : Custom, Law and the Individual in the Muslim Mediterranean, Londres, I.B. Taurus, , 327 p. (ISBN 1-85043-634-7, lire en ligne), « Chapter 9: The Collapse of the State and the Resurgence of Customary Law in Northern Somalia », p. 296
    « Awdal is mainly inhabited by the Gadabuursi confederation of clans. The Gadaabursi are concentrated in Awdal.... »
  2. « Liste des premières mosquées au monde prophètique, rashidun et omeyyade selon les écris historique et les traces archéologiques », Histoire Islamique, (lire en ligne, consulté le )
  3. Ports antiques [PDF]
  4. Jacques Leclerc, « Somalie », sur ulaval.ca (consulté le ).
  5. Le Livre de Marco Polo, ch. 187 (ou 193) sur l’Éthiopie et Zeila (Ci commence d'Abasie qui est la Moyenne Inde).
  6. Voyageurs arabes, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1995, p. 603
  7. Imbert-Vier [2011], p. 70-74.
  8. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6456477b Journal officiel du 2 mai 1909 - Gallica

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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