Roger de Collerye

poète français

Roger de Collerye, dit Roger Bontemps fut un prêtre et secrétaire de l'évêque d'Auxerre, ainsi qu'un poète français. Probablement né en 1468[1] et mort après 1536[2], il est connu notamment pour ses épîtres, satires, rondeaux, ballades et dialogues dépeignant un personnage particulièrement bohème, contribuant à sa légende. L'expression Roger Bontemps présente dans la langue française lui serait attribuée, bien que cela ne semble en réalité pas avéré.

Roger de Collerye
Biographie
Naissance

Paris
Décès
Après 1536
Surnom
Roger Bontemps
Activités
Page de titre de l'édition des Œuvres de Roger de Collerye (Paris, veuve de Pierre Roffet, 1536, source : Gallica)

Biographie

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Probablement « natif de Paris » (comme l'indique le titre de l'édition de ses Œuvres en 1536), il y fait des études de droit et obtient le grade de bachelier en décret ; il y fréquente également les Enfants sans souci, la Basoche et les Clercs du Châtelet. Il passe ensuite la majorité de sa vie à Auxerre. On dispose de peu de dates et de détails précis sur sa vie. Tout comme son « nom de guerre » Roger Bontemps l'illustre, cette présentation repose sur une vision sans doute assez romancée. Les historiographes donnent de lui l’image d’un homme à l’humeur joviale, ayant vécu une vie de bohème assez pauvre. Toutefois, cette vision est sans doute romancée et doit être nuancée.

En 1494, Collerye est nommé secrétaire de l'évêque d'Auxerre, Jean III Baillet d'abord, puis à sa mort en 1513 de François I de Dinteville qui lui succède en . Malgré une certaine renommée auprès de la haute société d'Auxerre, pour laquelle il compose des Épitaphes et "Epithetons", il ne parvient pourtant pas à obtenir de bénéfices ecclésiastiques, qu'il sollicite en vain entre 1520 et 1528. Il aurait été chassé de son poste de secrétaire en 1530 ou 1531 par François II de Dinteville, qui a sans doute jugé Roger de Collerye « trop vieux d'âge et de littérature[3]» et trop scandaleux pour pouvoir lui conserver son poste. Il est à noter cependant que François II de Dinteville pourrait être l'un des protecteurs de Roger de Collerye, notamment durant son séjour à Paris, où celui-ci écrit à son Mecenas désigné par les initiales « M.R.P. » mais qui s’avérerait être François II de Dinteville[4].

L'abandon de sa condition de secrétaire à Auxerre aurait poussé Roger de Collerye à tenter sa chance à Paris, qu'il aurait rejoint en 1530. Il établit alors une correspondance avec Marot, vers 1532[5]. Marot est alors un poète reconnu et bien en cour. Collerye serait à l'initiative de cette correspondance, félicitant Marot pour son Epistre au Roy pour avoir esté dérobé (aussi appelée Épître du valet de Gascogne[6]). On sait aussi que Marot lui renvoie par la suite un exemplaire de L'Adolescence clémentine dans son édition de 1532. D'après Charles d'Héricault, cette correspondance lui aurait valu une grande renommée dans les milieux lettrés d'Auxerre[7]. Deux épîtres (XV et XVIII dans l'édition de Sylvie Lécuyer) et un rondeau comportant le nom de Marot en acrostiche lui ont été adressés par Collerye, et les premiers vers du Monologue du résolu ont très certainement été inspirés par un poème de Marot[8].

Ses œuvres ont probablement été publiées de son vivant, en 1536 à Paris chez la veuve du relieur et libraire Pierre Roffet sous le titre Les Œuvres de maistre Roger de Collerye homme tres savant natif de Paris[9], mais il apparaît peu probable que Roger de Collerye ait lui-même supervisé l'édition, au regard de sa piètre qualité, comparé à d'autres éditions de recueils poétiques de la même époque.

Elles ont été rééditées en 1855 par Pierre Jannet sous la direction de Charles d'Héricault qui établit alors une biographie romancée de la vie de Roger de Collerye[3]. En 1942, Fréderic Lachèvre fait publier chez le libraire editeur Raymond Clavreuil une plaquette tirée à 200 exemplaires comprenant 26 pièces et 13 épîtres inédites de Roger de Collerye, retrouvées parmi 40 autres présentes dans l'édition de 1536 dans un volume destiné à son ami et confrère d'église Pierre Grosnet[10]. En 1997, Sylvie Lécuyer lui consacre un volume intitulé Roger de Collerye - Un héritier de Villon [11]. Le Sermon pour une Nopce se lit aussi dans le recueil de sermons joyeux de Jelle Koopmans[12] publié en 1988.

Œuvre littéraire

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Œuvre poétique

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Sommaire de l'édition des Œuvres de 1536 (source : Gallica)

Collerye est l'auteur d'un certain nombre de pièces dramatiques (une « satyre », trois dialogues et trois monologues - dont le bien obscène Sermon pour une nopce, pour un prédicateur déguisé en femme), d'épîtres, de complaintes, de rondeaux, de ballades, d'epithetons ou dictons et d'épitaphes. Pierre Grognet le cite parmi les « bons facteurs ».

Dans ses œuvres poétiques, Roger de Collerye recourt à des formes anciennes encore très courantes dans le premier tiers du XVIe siècle. Ce choix le rattache à la poésie des Grands rhétoriqueurs et à des figures comme François Villon. Cet héritage formel est aussi thématique, puisque Roger de Collerye reprend à Villon certains topoi comme celui du « poete despourveu » ou du « posvre escolier ». Adressés à un protecteur ou à une maîtresse, ses poèmes relèvent bien souvent de la poésie de circonstance. Ils sont organisés en plusieurs cycles autobiographiques (qui traitent surtout des mésaventures parisiennes des années 1530), amoureux (pour trois figures de femmes différentes), et enfin d’inspiration satirique, politique, morale et religieuse. Les poèmes jouent souvent sur un brouillage entre le réel et sa subversion au moyen de l’écriture poétique. Cette analyse est particulièrement pertinente pour aborder les poèmes d’inspiration autobiographique, où le poète se plaît à mettre son malheur en vers pour échapper poétiquement aux expériences les plus douloureuses[13].

Les poèmes d’inspiration amoureuse sont dédiés à deux femmes, Marguerite et Gilleberte de Beaurepaire, et jouent sur le double registre de la dévotion et de la grivoiserie. La première femme, Marguerite, est désignée métaphoriquement par le nom d’une fleur, le poète taisant le nom de la dame, de peur d’être éconduit. La passion est soudaine, intense, non partagée, et la dame semble être une protectrice que le poète tente de s’attacher. La seconde femme, Gilleberte de Beaurepaire, est cette fois explicitement nommée en acrostiche dans l’épître XII. L’expérience de la déconvenue amoureuse se déroule à peu près de la même façon qu’avec Marguerite ; on peut supposer qu’il s’agit de la même aventure amoureuse et de la même femme que le poète utilise de diverses manières afin de nourrir son écriture poétique. D’autres figures féminines mondaines apparaissent également dans certains poèmes : parmi elles, on trouve Marie Bourgeois, davantage protectrice que maîtresse, Dame Clémence et Madame Blaise. Toutes trois sont évoquées dans des pièces isolées. Un ensemble de poèmes semble aussi dédié et adressé à Claude de Prye, poétesse avec laquelle Roger de Collerye semble entretenir une amitié littéraire. Enfin, certaines épîtres et certains rondeaux font l’éloge des plaisirs de l’amour donnés par des prostituées[14].

Tout comme le cycle amoureux, la majeure partie du cycle autobiographique semble s’inscrire dans le contexte du séjour parisien que Roger de Collerye effectue à la fin de sa vie, en quête de reconnaissance littéraire. Au cours de ce séjour, le poète fait l’expérience d’une profonde désillusion : le succès littéraire ne vient pas, le poète croule sous les dettes et souffre de la misère, du froid et de la faim. Au terme de cet échec, et souffrant du manque de reconnaissance poétique et sociale, Roger de Collerye finit par se résigner. Toutes les pièces sont adressées à un correspondant nommé énigmatiquement « M.R.P. ». Son identité n’est pas établie de manière certaine, mais Sylvie Lécuyer pense qu’il pourrait s’agir de François II de Dinteville[4]. Le poète tente d’attirer son attention pour être tiré de la mauvaise situation dans laquelle il se trouve. Transformer l’expérience de la misère en écriture poétique permet à Roger de Collerye de mettre à distance son malheur et de se mettre en scène pour dépasser la réalité. Toutes les recherches verbales et ressources poétiques sont ainsi mises au service de cette entreprise : multiplication des rimes équivoquées, créations verbales, mystification, utilisation et mise en scène du topos du poète « despourveu » dans la lignée de Villon et subversion de cette figure[15].

L’œuvre de Roger de Collerye comporte également un ensemble de poèmes satiriques, qui reste toutefois limité au regard des poèmes amoureux et autobiographiques. Les satires sont dirigées envers les femmes pour leur perversité supposée (selon la tradition misogyne), mais aussi contre les courtisans. Roger de Collerye y exprime notamment la rancœur d’avoir été délaissé par ses protecteurs. L’écriture satirique se fait à nouveau à la faveur d’une grande inventivité verbale, le poète se plaisant à jouer avec l’étymologie des mots et à mélanger les registres. Roger de Collerye traite aussi dans certains poèmes de sujets politique, moral et religieux.

La position de Roger de Collerye à l’égard de la religion est ambiguë : sa condamnation radicale de l’hérésie luthérienne pourrait tenter de cacher un attachement antérieur à la Réforme. Roger de Collerye semble aussi prendre conscience des violences qu’a engendrées cette dernière, signalant la vision parfois plus humaniste que foncièrement catholique du poète. Son écriture à caractère religieux témoigne également d’une forte imprégnation de la pensée stoïcienne. Notons, pour finir, que tous ces thèmes seront davantage développés et explorés dans la production dramaturgique de l’auteur.

Œuvres dramaturgiques

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L’œuvre dramaturgique de Roger de Collerye compte une sottie, quatre dialogues et quatre monologues. Elle témoigne d’une grande recherche sur le plan métrique (on trouve surtout des quintils enchaînés en octosyllabes), mais aussi dans les effets dramaturgiques qu’elle met en œuvre.

La sottie

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La sottie Satyre pour les habitants d’Auxerre est une pièce donnée à rédiger à Roger de Collerye en 1529, à Auxerre, au moment du traité de Cambrai (la « Paix des Dames ») et à l’occasion du trajet en France de la reine Éléonore de Habsbourg. En ce qui concerne le genre on voit que Roger de Collerye a pu hésiter entre l’Entrée et la Sottie, penchant finalement pour le second genre, qui est davantage doté d’une fonction satirique. Mais le terme « satyre » est aussi un rappel de la satura latine qui mélange les thèmes et les tons et permet une certaine liberté formelle. Le but de la pièce est de célébrer la paix et le bon temps revenus pour le peuple français. Mais la portée satirique prend peu à peu le pas sur l’image satisfaisante du pouvoir ; le dysfonctionnement des institutions et de la société est tourné en dérision, et le réel même finit par être remis en question. Tout en se trouvant à la confluence des genres, Roger de Collerye parvient également, dans cette pièce, à mélanger registre savant et populaire, en ayant recours à la fatrasie et en proposant des jeux de duplication et d’opposition entre les personnages.

Les dialogues

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Roger de Collerye est également l’auteur de quatre dialogues : le Dialogue pour jeunes enfants, le Blason des dames en dialogue, le Dialogue des abusez et du temps passé et enfin le Dialogue de MM. De Dela et De Deça. Les deux premiers ont une valeur de divertissement (registre familier et littéraire), tandis que les deux derniers comportent un résonance autobiographique et polémique. Le choix de ce genre par Roger de Collerye paraît assez original, quand on sait qu’on trouve seulement une vingtaine de dialogues dans la production dramaturgique du temps, et que Roger de Collerye en a écrit quatre. Le dialogue tire son origine d’une recherche d’expressivité plus grande que le monologue par dissociation du personnage en deux entités. Les dialogues d’inspiration autobiographique et polémique, qui présentent de nombreuses ressemblances bien qu’ils n’aient pas été écrits à la même époque, jouent sur l’opposition entre deux visions contradictoires du monde qui témoignent de l’existence d’une réalité irréductiblement plurielle. Cependant, les conclusions diffèrent : dans le Dyalogue des Abusez la réalité doit être prise telle quelle, sans idéalisation ni dérision, tandis que dans le Dyalogue de MM. De Mallepaye et de Baillevant le seul recours à une réalité insupportable est la fuite chimérique, qui témoigne d’une vision du monde bien plus pessimiste.

Les monologues

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Roger de Collerye a écrit deux monologues :

Dans le premier monologue, l’influence de Guillaume Coquillart est sensible, notamment par la reprise de la structure de la pièce et de la présentation d’un héros guerrier. Roger de Collerye s’approprie pourtant pleinement le genre, en tirant profit de toutes les ressources comiques de la farce. Dans le deuxième monologue, Roger de Collerye parodie l’exercice d’école de la disputatio et présente une version dégradée du discours amoureux en puisant dans le registre populaire. Enfin, le Sermon pour une nopce, œuvre la plus connue et rééditée de Roger de Collerye et souvent associée à Coquillart, présente une version parodique de l’homélie d’un Psaume sur le modèle de l’inversion carnavalesque, par le fait de donner à tout ce qui comporte un caractère symbolique un caractère grivois. Même si la pièce n’est pas dénuée de portée satirique, elle ne peut pour autant pas être qualifiée de polémique.

Édition des œuvres et influences

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Publication de ses œuvres de son vivant

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Un exemple de la mise en page peu lisible des Œuvres de 1536 (source : Gallica)

La production littéraire de Roger de Collerye n’a été publiée qu’une fois de son vivant, en 1536, sous le titre Les Œuvres de maistre Roger de Collerye homme tres savant natif de Paris[16]. Si le nom de l'imprimeur reste inconnu, l'édition paraît sous l'enseigne du Faucheur, qui est alors celle de Jeanne Cassot, veuve du libraire Pierre Roffet[17]. Elle est imprimée au format in-8° en caractères romains.

Contrairement au soin porté à d'autres éditions de textes poétiques de l'époque, l’ouvrage est de piètre qualité : mise en page peu soignée et peu aérée, sans intérêt porté à la composition du recueil, ni à l’établissement philologique du texte. Ces indices semblent indiquer que Roger de Collerye n’a pas participé à l’élaboration de cette édition. Cette dernière porte toutefois l’influence de François Villon et de Clément Marot[14].

Influence de Villon

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Les choix éditoriaux qui président à la confection de l’ouvrage montrent bien que la production littéraire de Roger de Collerye s’inscrit dans la lignée de celle de Villon et des Grands Rhétoriqueurs. En effet, la volonté de réunir la quasi-totalité des pièces littéraire d’un poète français sous le nom d’« œuvres » est une nouveauté éditoriale très récente, qui date du début des années 1530[18]. Cette pratique est inaugurée par le libraire Galliot du Pré, premier à publier une collection dédiée à l'œuvre d'anciens poètes français :François Villon, la Farce Pathelin, Guillaume Coquillart, Gringore, Alain Chartier, Martin le Franc, mais aussi le Roman de la Rose. Cette collection se distingue par le remplacement de la typographie gothique bâtarde par des caractères romains, présentation typographique jusque là réservée aux textes antiques[19]. Les éditions ne comportent pour la plupart aucune illustration et montrent un grand soin éditorial. Même si la présentation des textes de l’édition de Roger de Collerye n’est pas aussi soignée, on perçoit une volonté de reprendre les même codes que la collection de Galliot du Pré, et, ce faisant, de l’inscrire, du point de vue de la réception et de l’histoire littéraire, dans la même lignée que les autres poètes de la collection.

Influence de Marot

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L’empreinte de Clément Marot sur l’édition de 1536 est également prégnante, puisque le poète de Cahors médiatise, en quelque sorte, le lien qui unit Roger de Collerye à François Villon. En effet, en 1533, une réédition des œuvres de François Villon revues par Clément Marot est publiée par Galliot du Pré dans la collection des anciens poètes français. Il est possible que Clément Marot, qui se présente comme l’exécuteur testamentaire de Villon et qui entretient dans les mêmes années une relation épistolaire avec Roger de Collerye, ait eu une influence sur la publication des œuvres du clerc auxerrois. D’autant que l’éditrice Jeanne Cassot, veuve de Pierre Roffet, détient à la même époque un monopole sur la publication des œuvres de Clément Marot, et que ces éditions connaissent le même type de dégradations qu’on trouve dans l’édition de 1536[20]. On peut aussi noter que l’influence de Clément Marot transparaît également d'un point de vue intertextuel : le Monologue du résolu de Roger de Collerye est inspiré du poème Noël en forme de ballade de Clément Marot[21]. La référence à Marot sert aussi comme argument de vente : le titre de l’ouvrage indique que les œuvres sont écrites « en la jeunesse de Roger de Collerye » alors qu’on peut dater certaines pièces des années 1530, date qui correspond bien plus à la maturité qu’à la jeunesse de Roger de Collerye. Cette précision permet en fait de citer implicitement L’Adolescence Clémentine de Clément Marot, et on peut penser que la libraire Jeanne Cassot tente ici de se servir du succès éditorial que connaît alors Clément Marot pour faire vendre un auteur beaucoup moins connu[22].

Un corpus incomplet ?

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Il faut enfin noter que l’édition de 1536 présente certaines lacunes. On trouve en effet des traces de certaines pièces de Roger de Collerye ailleurs, notamment dans l’édition en deux volumes des Motz dorez publiés par Pierre Grosnet, ami de Roger de Collerye, en 1530 et 1534, et qui contient les quatre livres du pseudo-Caton, un vaste répertoire de moralités, adages et sentences pris chez les écrivains du premier quart du XVIe siècle. Certaines pièces seront reprises dans l’édition de 1536, mais ce n’est pas le cas de toutes : 37 rondeaux et 13 épîtres manquent. Ces lacunes peuvent s’expliquer par deux raisons : certains poèmes de circonstance adressés à François II de Dinteville peuvent avoir passé de main en main, et ne pas avoir été en possession de la personne à l’initiative de l’édition de 1536. Autre hypothèse : certaines pièces qui contenaient un violent réquisitoire contre la corruption des mœurs, dans l’esprit de la Réforme, peuvent avoir été écartées par prudence suite à l’éclatement de l’Affaire des Placards en 1534. Frédéric Lachèvre est le premier à avoir attiré l’attention sur l’existence de ces pièces dans la monographie qu’il consacre à Roger de Collerye en 1942[23]. D’autre part, certaines pièces semblent présenter des problèmes de datation et d’attribution. C’est la cas du Dialogue de MM. De Mallapaye et de Baillevant, publié pour la première fois en 1532 par Galliot du Pré. Si ce dialogue a longtemps été attribué à Villon, Jean-Claude Aubailly propose de l’attribuer à Roger de Collerye[24]. Cette attribution s’appuie sur certains choix formels, génériques et stylistiques, mais ne peut pas être affirmée de manière certaine. La datation de la pièce n’est pas non plus clairement établie. La date de 1516 peut-être retenue, mais sans certitude, si l’on s’en tient à certaines allusions politiques qui renvoient à la conjoncture politique et religieuse de 1516. Enfin, seul le Sermon pour une nopce fait l’objet d’une réédition au XVIe siècle, dans un ouvrage où il accompagne les œuvres de Coquillart.

Œuvres

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Postérité

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Roger de Collerye : naissance d'une légende

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L’œuvre de Roger de Collerye, déjà peu connue du vivant de son auteur, tombe complètement dans l’oubli après la mort de celui-ci. Dès le milieu du XVIe siècle elle est éclipsée par l’influence grandissante des poètes de la Pléiade qui s’imposent et désavouent les « Grands Rhétoriqueurs ». Seul son Sermon pour une nopce se transmet, quoique de manière anonyme, en entrant au répertoire des bateleurs. Aussi, la réapparition de Roger de Collerye au XVIIIe siècle donnera lieu à la construction d’un légende. En effet, au XVIIIe siècle, époque où sont rééditées les œuvres de Coquillart et Villon par goût des érudits pour les curiosités folkloriques et traditionnelles des « siècles gothiques », Roger de Collerye cristallise une rêverie autour de la dramaturgie et des rites de Carnaval. C’est l’abbé Lebeuf qui s’intéresse le premier à l’auteur dans une étude parue dans le Mercure de France. Le critique se penche sur le rituel de l’élection de l’abbé des fous et attribue, à partir de la lecture du Cry pour l’abbé d’Auxerre, ce titre à Roger de Collerye. Il fait par ailleurs de la figure de Roger de Collerye l’origine de l’expression « Roger Bontemps », association renforcée par la mention du personnage dans la Satyre pour les habitants d’Auxerre, mais qui témoigne d’une confusion entre auteur et personnage. Cette première redécouverte et relecture signe la naissance d’un mythe.

La mythification se poursuit au XIXe siècle, à l’aune cette fois de la figure romantique du bohème littéraire. Dans un article paru dans La Revue des deux mondes en , puis dans sa préface des Œuvres de Roger de Collerye, Charles d’Héricault livre une biographie largement romancée de l’auteur, où la mise en scène du poète par lui-même dans des poèmes à caractère autobiographique est mise au service de la fascination pour un poète marginal et méconnu, perçu comme précurseur des poètes maudits. Les lacunes biographiques sont comblées par des inventions, la chronologie comporte de nombreuses incohérences, et l’établissement des textes est peu rigoureux[25]. Si la monographie consacrée à Roger de Collerye publiée par Frédéric Lachèvre en 1942 prend en compte certains textes ne se trouvant pas dans l’édition de 1536, les informations biographiques ne bénéficient pas du même souci de vérification et sont tout droit tirées de celles qui se trouvent dans l’édition de Charles d’Héricault. La légende se trouve une nouvelle fois confirmée.

On voit comment, tout au long de la réception de l’œuvre de Roger de Collerye, l’écriture poétique a fini par se substituer à la réalité des faits biographiques de la vie de l’auteur et comment la légende a pu se construire et se diffuser à la faveur d’une relecture du corpus littéraire sous l’angle de l’idéal romantique du poète marginal.

Le mythe de Roger Bontemps

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La légende de Roger de Collerye comme poète romantique et bohème avant l’heure se produit parallèlement à l’attribution qui lui est faite de la figure de « Roger Bontemps », expression passée dans la langue courante et qui lui est, semble-t-il, fautivement attribuée. Sur l’origine de cette expression, plusieurs théories entrent en concurrence : la première théorie est étymologisante et fait du prénom « Roger » un dérivé de « rouge » ou de « réjoui », les deux termes dénotant un homme joyeux de bonne chair. La seconde théorie est historique et attribue le nom de Roger Bontemps à un troubadour toulousain du XVIIe siècle, nommé Pierre Roger, chanoine d’Arles et de Nîmes, auteur de comédie et qui aurait abandonné son bénéfice pour « aller de cour en cour », ou encore à un certain Roger, de la famille de Bontemps, en Vivarais. Toujours dans la perspective historique, la théorie qui a eu le plus de retentissement est celle avancée en 1652 par l'abbé Lebeuf, historien d’Auxerre, selon lequel la figure de Roger Bontemps pourrait être attribuable à Roger de Collerye. Toutefois, cette hypothèse est peu convaincante étant donné que cette expression est attestée dès le milieu du XVe siècle dans la littérature. On en trouve plusieurs occurrences et l’on sait que ce personnage était solidement établi dans la tradition littéraire et populaire. Il semblerait alors que la figure de Roger Bontemps ne soit pas une création de Roger de Collerye, mais un simple emprunt, comme le poète avait l’habitude d’en faire, à la tradition populaire[26].

Notes et références

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  1. Sylvie Lécuyer et Roger de Collerye, Roger de Collerye: un héritier de Villon, H. Champion ; Slatkine, coll. « Bibliothèque du XVe siècle », (ISBN 978-2-85203-634-5), p. 9-10
  2. Maître Antitus, « MONOLOGUE DU RÉSOLU », sur Sotties et Farces, (consulté le )
  3. 1 2 Roger de Collerye, Oeuvres de Roger de Collerye (Nouvelle édition avec une préface et des notes), (lire en ligne)
  4. 1 2 Sylvie Lécuyer, Roger de Collerye: un héritier de Villon, H. Champion, coll. « Bibliothèque du XVe siècle », (ISBN 978-2-85203-634-5), p.16-17
  5. « Jean-Charles Monferran, « "Chantons Noël" (à propos de la ballade XI de L’Adolescence clémentine) », Babel [En ligne], Hors-série Agrégation | 2019, mis en ligne le 01 janvier 2019, consulté le 05 mars 2026. URL : http://journals.openedition.org/babel/5669 ; DOI : https://doi.org/10.4000/babel.5669 », sur journals.openedition.org (consulté le )
  6. Clément Marot, Guillaume Berthon et Jean-Charles Monferran, Les épîtres, Gallimard, coll. « Collection Poésie », (ISBN 978-2-07-293987-7), p.120-124
  7. C.-D. d’Héricault, « Les Poètes bohêmes du XVIe siècle - Roger Bontemps », Nouvelle période, , p. 1145–1178 (lire en ligne, consulté le )
  8. Jean-Charles Monferran, « "Chantons Noël" (à propos de la ballade XI de L’Adolescence clémentine) », Hors serie agrégation, , p 103-122 (lire en ligne Accès libre)
  9. Roger de Collerye, Les Oeuvres de maistre Roger de Collerye homme tres savant natif de Paris. Secrétaire de feu monsieur Dauxerre lesquelles il composa en sa jeunesse. Contenant diverses matières plaines de grant recreatiom [sic] & passetemps, desquelles la declaration est au second feuillet., Paris, Pierre Roffet, (lire en ligne)
  10. Roger de Collerye et ses poésies dolentes, grivoises et satiriques : un émule de Coquillart / augmentées d'inédites, publiées avec sa biographie par Frédéric Lachèvre ; et suivies du traité de Pierre Grosnet, De la louange et excellence des bons facteurs (1533), (lire en ligne)
  11. 1 2 Sylvie Lécuyer et Roger de Collerye, Roger de Collerye: un héritier de Villon, H. Champion ; Slatkine, coll. « Bibliothèque du XVe siècle », (ISBN 978-2-85203-634-5)
  12. Recueil de sermons joyeux, Librairie Droz, (ISBN 978-2-600-02629-1)
  13. Sylvie Lécuyer, Roger de Collerye: un héritier de Villon, H. Champion, coll. « Bibliothèque du XVe siècle », (ISBN 978-2-85203-634-5)
  14. 1 2 Sylvie Lécuyer et Roger de Collerye, Roger de Collerye: un héritier de Villon, H. Champion ; Slatkine, coll. « Bibliothèque du XVe siècle », (ISBN 978-2-85203-634-5)
  15. Vulnerabilität: Diskurse und Vorstellungen vom Frühmittelalter bis ins 18. Jahrhundert = La vulnérabilité: discours et représentations du Moyen-Âge aux siècles classiques, Mohr Siebeck, coll. « Bedrohte Ordnungen », (ISBN 978-3-16-157675-1 et 978-3-16-157676-8)
  16. Roger de (1470?-1540?) Auteur du texte Collerye, Les Oeuvres de maistre Roger de Collerye homme tres savant natif de Paris. Secrétaire de feu monsieur Dauxerre lesquelles il composa en sa jeunesse. Contenant diverses matières plaines de grant recreatiom [sic] & passetemps, desquelles la declaration est au second feuillet., (lire en ligne)
  17. « Les Oeuvres », sur bp16.bnf.fr (consulté le )
  18. Christine de Buzon et Michèle Clément, « Oeuvres et collection : L’emploi du mot oeuvres dans un titre français avant 1560 et l’impression des Oeuvres d’un auteur avant 1560 en France », Réforme, Humanisme, Renaissance, vol. 74, no 1, , p. 135–159 (DOI 10.3406/rhren.2012.3168, lire en ligne, consulté le )
  19. Guillaume Berthon, Bibliographie critique des éditions de Clément Marot (ca. 1521-1550), Droz, coll. « Travaux d'humanisme et Renaissance », (ISBN 978-2-600-05938-1), p.122-123
  20. Guillaume Berthon, Bibliographie critique des éditions de Clément Marot (ca. 1521-1550), Droz, coll. « Travaux d'Humanisme et Renaissance », (ISBN 978-2-600-05938-1)
  21. Jean-Charles Monferran, « "Chantons Noël"(à propos de la ballade XI de L’Adolescence clémentine) », Babel, vol. Hors-série Agrégation, , p.103-122, ici n. 31 (ISSN 1277-7897 et 2263-4746, DOI 10.4000/babel.5669, lire en ligne, consulté le )
  22. Paola Cifarelli, « Juvenilia. Poétique et rhétorique de l’œuvre de jeunesse (xvie-xviiie siècle), dir. Déborah Knop, Florence Lotterie et Jean Vignes », Studi Francesi, vol. 206 (LXIX | II), , p. 451–453 (ISSN 0039-2944 et 2421-5856, DOI 10.4000/15gjl, lire en ligne, consulté le )
  23. Roger de (1470?-1540?) Auteur du texte Collerye et Pierre (15 ?-1540?) Auteur du texte Grognet, Roger de Collerye et ses poésies dolentes, grivoises et satiriques : un émule de Coquillart / augmentées d'inédites, publiées avec sa biographie par Frédéric Lachèvre ; et suivies du traité de Pierre Grosnet, De la louange et excellence des bons facteurs (1533), (lire en ligne)
  24. Jean-Claude Aubailly, « Du narré au joué : le motif du faux confesseur », dans Mélanges de langue et littérature françaises du Moyen Âge offerts à Pierre Jonin, Presses universitaires de Provence, , 47–61 p. (ISBN 978-2-8218-3684-6, lire en ligne)
  25. Roger de (1470?-1540?) Auteur du texte Collerye, Oeuvres de Roger de Collerye (Nouvelle édition avec une préface et des notes), (lire en ligne)
  26. Jean-R. Gosselin, « Une Légende tenace: Roger Bontemps », The French Review, vol. 48, no 4, , p. 690–694 (ISSN 0016-111X, lire en ligne, consulté le )

Bibliographie

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