Racisme scientifique

mésusage de méthodes scientifiques et dites objectives, pour justifier le racisme

Le racisme scientifique, parfois nommé racisme biologique ou assimilé au racialisme, est une idéologie pseudoscientifique postulant l'existence de races humaines distinctes et hiérarchisées. L'expression a notamment été popularisée en 1981 par le paléontologue Stephen Jay Gould pour décrire le rôle historique de la science dans la légitimation d'une prétendue supériorité raciale.

Ses prémices apparaissent dès le XVIIe siècle et au XVIIIe siècle à l'époque moderne, lorsque les premières classifications naturalistes tentent d'apporter une caution biologique à la traite atlantique et à l'esclavage. Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, cette idéologie se structure et se généralise au sein de la communauté scientifique, s'appuyant sur un mésusage de disciplines comme l'anthropologie physique, la craniométrie ou la biologie évolutionniste. Elle sert alors de fondement théorique pour justifier le suprémacisme blanc, l'expansion coloniale et les politiques de ségrégation ou de discrimination.

Le racisme scientifique a fortement influencé l'eugénisme et a trouvé son application la plus meurtrière au XXe siècle avec l'idéologie nazie et les génocides qui y sont associés. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il est formellement dénoncé par la communauté internationale, notamment via la déclaration de l'UNESCO de 1950 (La Question des races), qui consacre le consensus selon lequel les races humaines sont une construction socio-politique et non une réalité biologique.

Bien qu'il soit aujourd'hui totalement réfuté par la génétique moderne, le racisme scientifique continue d'être ponctuellement mobilisé par des mouvances marginales ou des publications controversées (à l'instar de l'ouvrage The Bell Curve ou des travaux de J. Philippe Rushton à la fin du XXe siècle).

Terminologie

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Origine et emploi de l'expression

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Le racisme scientifique désigne la démarche consistant à mobiliser les méthodes et l'autorité de la science pour établir l'existence de races humaines distinctes et leur hiérarchisation[1],[2],[3],[4]. L'expression a été popularisée en 1981 par le paléontologue Stephen Jay Gould dans La Mal-mesure de l'homme[5].

Pierre-André Taguieff a établi la généalogie de ce racisme, qu'il qualifie, conformément à des critères de scientificité plus rigoureux, de « pseudo-scientifique » : « le primat de la race, dans le devenir individuel comme dans l'évolution sociale, constitue le présupposé absolu de ces visions racialistes de l'histoire universelle »[6].

Carole Reynaud-Paligot désigne du terme de « raciologues » les spécialistes de l'étude des races humaines[7].

Racisme scientifique, racialisme et raciologie

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Le terme « racialisme » recouvre plusieurs acceptions[8]. Pour l'anthropologue Bernard Formoso, « par racialisme, il faut entendre un mode de classification fondé sur la notion de race »[9]. Pour l'historien des sciences Benoît Massin, il s'agit de l'ensemble des « théories faisant de la race ou des conflits de race le facteur déterminant dans l'évolution des sociétés humaines »[10], définition que reprend Laurent Dornel en 1995[11]. L'anthropologue Denis Blondin y voit une « composante cognitive du racisme », laquelle constituerait une structure de la cosmologie sociale occidentale plutôt que son antithèse[12]. Taguieff le définit pour sa part comme toute construction idéologique fondée sur l'idée de race humaine et faisant appel, à un degré variable, à une conceptualité supposée scientifique[13].

L'articulation entre les deux notions fait débat. Dans Nous et les autres (1989), le philosophe et historien Tzvetan Todorov distingue le racialisme — une idéologie, une doctrine relative aux races humaines — du racisme, qui relève du comportement[14]. Il caractérise la doctrine racialiste par cinq propositions : la réalité des races humaines ; la continuité entre le physique et le moral ; l'action déterminante du groupe sur l'individu ; l'existence d'une hiérarchie unique de valeurs, qui fonde un ethnocentrisme ; et une action politique se réclamant de ce savoir[14],[15].

Cette distinction est largement contestée. Elle est « spécieuse » pour Ama Mazama : qu'un raciste soit incapable d'exposer une doctrine n'implique pas que son comportement n'en soit pas influencé, et l'on voit mal un théoricien des races échapper dans sa conduite à ses propres thèses[16]. Gérard Lenclud la juge de peu d'intérêt[17]. Michel Fievet estime la marge entre les deux notions fort étroite, la conception racialiste se gardant d'interroger les capacités d'évolution et d'ouverture à l'autre des populations en présence[18]. L'historien Jean-Frédéric Schaub y voit une « scission malheureuse » entre racisme et antisémitisme[19]. Pour Bernard Maro, directeur de recherche au CNRS, la distinction présente un avantage politique pour les tenants du rejet de l'autre, le racialisme n'étant pas juridiquement condamnable là où le racisme l'est[20]. L'universitaire Markus Arnold observe enfin que la langue courante subsume la distinction sous le seul terme de « racisme »[21]. Les deux termes sont de ce fait fréquemment employés comme synonymes.

L'Unesco traduit le mot anglais « racialism » par le concept de « racisme » en français[22]. Ainsi, la résolution 9.12 adoptée par la conférence générale de l'Unesco en 1968, réitère l'objectif de l'Unesco d'aider à éradiquer le colonialisme et le racisme. La résolution 12.1 adoptée par la conférence générale de l'Unesco en 1976, proclame que « le colonialisme, le néo-colonialisme et le racisme sous toutes ses formes et manifestations sont incompatibles avec les objectifs fondamentaux de l'Unesco »[23].

Utilisation du terme pour critiquer les approches décoloniales

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Certain théoriciens libéraux qualifient les théories critiques de la race de racialistes car elles mettent en évidence le role de la race comme construction sociale. Mais cette qualification est basée sur une définition non consensuelle du racialisme comme approche qui accorde une place explicite et assumée à la race dans l’analyse et l’action juridique ou politique[24]. Plus tard, en France, dans les années 2010, de nombreux critiques de la pensée « décoloniale » voient en elle le retour du racialisme[25]. Cette qualification ignore le contexte historique et l'évolution linguistique de la notion de race[26]. Elle est rejetée par ceux qu'elle vise, car ils étudient la race comme une construction sociale et non pas comme une réalité biologique[27]. « Faire du concept de race un concept social a pu être considéré comme dangereux par certains anthropologues tel que Peter Fry. Ils y voient un risque de naturaliser les différences. Ce genre de positions correspond à une tradition non racialiste. La « race », selon cette conception est un concept crée par les racistes pour justifier le racisme. Il paraît alors contradictoire à ceux qui défendent cette conception de vouloir la récupérer pour lutter contre ce racisme »[28].

Dans Les Nouveaux Rouge-Brun : le racisme qui vient (2014)[29] l'anthropologue Jean-Loup Amselle parle d'avènement d'une nouvelle société raciale, et relève ce qui est selon lui une dérive de la pensée postcoloniale[30] :

« Nous sommes entrés depuis quelque temps, en France, dans une nouvelle ère, celle d’une société raciale, où la race vaut pour le social. Les conflits qui traversent la société ne sont plus appréhendés en termes de classes mais dans une perspective ethnique. Une tendance lourde où les Indigènes de la République rejoignent paradoxalement le Front national, et Farida Belghoul, la militante anti-genre, Dieudonné ou Alain Soral. Une tendance alimentée par le traitement médiatique de la question sociale, qui procède par généralisations, comme dans les reportages sur les banlieues où les individus sont constamment référés à un « groupe » et jamais envisagés comme tels. Dans ce contexte d’ensemble, le phénomène des transfuges passant de l’extrême gauche à la droite extrême s’explique aisément. Il s’opère sur fond d’un relativisme généralisé qui mine le socle de l’universalité des valeurs d’égalité de genre ou de droits humains et les repères que cette universalité offre à l’analyse politique. Ce relativisme puise ses arguments et sa rhétorique à la pensée postcoloniale qui a détrôné l’Occident de sa position de surplomb, ce qui est une bonne chose, mais a entraîné comme on peut le voir des effets pervers. »

Les éditions Libertalia publient le livre La Fabrique du musulman, dans lequel le docteur en sciences politiques Nedjib Sidi Moussa fustige « une gauche cléricale à tendance racialiste » représentée par les positions d'Houria Bouteldja[31], accusée de véhiculer une rhétorique identitaire et racialiste plus en phase avec les idées de l'extrême droite que de la gauche.

À l'inverse, l'historienne Ludivine Bantigny conteste cette utilisation du terme « racialisme » pour qualifier le décolonialisme :

« Dire qu’elle [la pensée décoloniale] serait “racialiste” est plus qu’une calomnie, indigne en général et de celles/ceux qui affirment faire profession de penser en particulier. Faut-il le rappeler : le “racialisme”, théorisé par Gobineau et Vacher de la Pouge dans la deuxième moitié du XIXe siècle, est un racisme systémique, une idéologie de la hiérarchie, un système haineux et destructeur, jusqu’à sa mise en œuvre nazie. Traiter ainsi la pensée antiraciste décoloniale est une pure et simple infamie[32]. »

Histoire

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Avant la racialisation

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La xénophobie et l'idée suprémaciste sont des phénomènes anciens, qui remontent à l'Antiquité, mais qui ne procèdent pas encore d'une racialisation[33]. Selon l'historien George M. Fredrickson, la distinction s'opère longtemps sur des fondements religieux — entre chrétiens et non-chrétiens — plutôt que physiques ou héréditaires : le préjugé cesse en principe d'être fondé dès lors que l'individu se convertit et reçoit le baptême[34].

Ce principe se rompt dans la péninsule Ibérique à la fin du Moyen Âge. Après les conversions massives de Juifs consécutives aux violences de 1391, les « nouveaux chrétiens », ou conversos, demeurent suspects en dépit de leur baptême : les statuts de limpieza de sangre pureté de sang »), dont le premier est promulgué à Tolède en 1449, réservent l'accès aux charges à ceux qui justifient d'une ascendance dépourvue d'aïeul juif ou maure[35]. Le critère cesse d'être la foi de l'individu pour devenir son ascendance ; la différence religieuse se transmet désormais par le sang. Fredrickson voit dans ce dispositif la transition entre l'intolérance religieuse médiévale et le racisme naturaliste de l'époque moderne[33],[34].

Prémices : les premières échelles et classifications (1676-1721)

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Les premières échelles raciales apparaissent à la fin du XVIIe siècle. L'économiste et statisticien anglais William Petty (1623-1687) rédige à partir de 1676 un traité inachevé et resté inédit, Of the Scale of Creatures, qui refond la scala naturae et avance l'idée de races humaines équivalentes aux races des animaux d'élevage[36],[33]. L'anatomiste anglais Edward Tyson (1650-1708) publie en 1699 Orang-Outang, sive Homo Sylvestris, où il compare l'anatomie d'un chimpanzé à celle d'un singe, d'un grand singe et d'un homme, fondant l'anatomie comparée et installant un degré intermédiaire entre le singe et l'homme dans la chaîne des êtres[33].

En avril 1684, le médecin et voyageur français François Bernier (1620-1688) fait paraître anonymement dans le Journal des savants, première revue scientifique publiée en Europe, un article intitulé « Nouvelle division de la terre par les différentes espèces ou races d'hommes qui l'habitent »[37]. S'appuyant sur ses années de voyage en Inde, il rompt avec la logique géographique qui prévalait jusqu'alors et propose de répartir les hommes selon leurs caractères physiques, en quatre groupes[38],[39]. Il distingue les différences essentielles de celles, accidentelles, qui dépendent du milieu, et n'établit pas de hiérarchie culturelle entre les groupes qu'il conçoit — même s'il place clairement l'Européen blanc comme la norme dont les autres s'écartent[40],[38]. La portée de son geste est débattue : Siep Stuurman y voit l'invention de la classification raciale et le commencement de la pensée raciale moderne, quand Joan-Pau Rubiés la juge moins décisive dès lors qu'on considère l'ensemble de sa vision de l'humanité[40],[38].

La question est alors dans l'air, et abordée depuis des points de départ étrangers les uns aux autres. Le chimiste et physicien anglo-irlandais Robert Boyle (1627-1691) y vient par l'optique et la théorie des couleurs. Monogéniste, il tient toutes les populations pour issues d'Adam et Ève, qu'il suppose originellement blancs, et s'appuie sur des cas rapportés d'albinos nés de parents de couleur différente pour soutenir que des Blancs peuvent engendrer des variétés colorées[41]. Boyle note par ailleurs qu'aux yeux européens de son temps, la beauté se mesure moins à la couleur qu'à la stature, à la symétrie du corps et aux traits du visage[42].

Le naturaliste anglais Richard Bradley (1688-1732) énonce quant à lui en 1721, dans son Philosophical Account of the Works of Nature, l'existence de « cinq sortes d'hommes » distinguées par la couleur de peau et d'autres caractères physiques ; certains auteurs estiment que cette classification a inspiré celle de Linné[43]. La démarche de Bradley s'inscrit dans une tradition de naturalisation de la diversité humaine, qui la traite comme une question d'histoire naturelle et non plus de théologie, et qui s'ouvre en Grande-Bretagne avec John Locke[44].

La taxinomie linnéenne (XVIIIe siècle)

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Dans son Systema naturae, le naturaliste suédois Carl von Linné place l'être humain au sein du règne animal, de manière controversée pour ses contemporains même si Aristote l'avait déjà fait[45],[39]. Dans la première édition, en 1735, le genre Homo est subdivisé en variétés (varietates) de rang inférieur, fondées sur des critères géographiques et sur la couleur de peau[45] :

Cette division de l'humanité n'est pas entièrement nouvelle, Bernier l'ayant déjà proposée dans les années 1680[39].

Dans la dixième édition, parue en 1758-1759, Linné regroupe l'ensemble des êtres humains au sein d'une seule espèce, Homo sapiens. Les quatre catégories demeurent, mais se voient adjoindre, en plus de l'origine géographique et de la couleur de peau, certaines caractéristiques que Linné considérait comme endémiques aux individus qui les représentaient[45]. Les Amérindiens seraient colériques, rouges de peau, francs, enthousiastes et combatifs ; les Africains flegmatiques, noirs de peau, lents, détendus et négligents ; les Asiatiques mélancoliques, jaunes de peau, inflexibles, sévères et avaricieux ; les Européens seraient quant à eux sanguins et pâles, musclés, rapides, astucieux et inventifs. En attribuant ainsi un tempérament à chaque variété, Linné reprend les quatre catégories de la théorie des humeurs héritée d'Hippocrate et de Galien — colérique, flegmatique, mélancolique et sanguin — qui structurent la médecine occidentale depuis l'Antiquité[46],[47]. C'est ce glissement d'une classification descriptive vers l'attribution de traits de caractère héréditaires qui fait de la taxinomie linnéenne l'une des racines du racisme scientifique moderne[46].

Linné y décrit par ailleurs une cinquième variété d'êtres humains, qualifiés de monstrueux (Monstrosus)[48]. Elle regroupe notamment les Samis, les nains des Alpes, les géants de Patagonie et les Khoïkhoïs — alors appelés « Hottentots » et réputés pourvus d'un seul testicule[48]. C'est également dans cette dixième édition qu'il ajoute une deuxième espèce humaine, Homo troglodytes, appelée aussi Homo nocturnus, qui serait active uniquement la nuit et résiderait essentiellement dans l'Est de l'Asie ; il précise plus tard qu'elle constituerait le lien entre les primates et les êtres humains[45].

Cette taxinomie sert de socle aux tentatives ultérieures de classification raciale de l'humanité[46], produisant ce que certains auteurs nomment le « mythe des races »[49]. Peu après, le naturaliste allemand Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840) propose une classification en cinq races fondée sur l'observation de crânes et popularise le terme « caucasien » (ou « caucasoïde ») pour désigner la « race blanche »[50]. Bien que leur validité soit contestée par de nombreux anthropologues contemporains, ces termes sont encore employés aujourd'hui.

Monogénisme, dégénérescence et polygénisme

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Le naturaliste français Georges-Louis Leclerc de Buffon (1707-1788) et l'anatomiste allemand Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840), tous deux monogénistes, développent une « théorie de la dégénérescence » de la différence raciale[51]. Ils affirment l'un et l'autre qu'Adam et Ève étaient blancs et que les autres variétés sont apparues par dégénérescence sous l'effet de facteurs environnementaux — climat, maladie, régime alimentaire : la pigmentation serait née de la chaleur du soleil tropical, le teint des Esquimaux du vent froid, et les Chinois auraient la peau plus claire que les Tatars parce qu'ils vivaient en ville, à l'abri du milieu. L'un et l'autre tiennent cette dégénérescence pour réversible : toutes les formes contemporaines de l'homme pourraient revenir à la race blanche originelle si le milieu adéquat leur était rendu[51]. Buffon reprend à Maupertuis l'idée que le blanc serait la couleur originelle de l'homme[52]. Blumenbach distingue cinq races appartenant toutes à une seule espèce — caucasienne, mongole, éthiopienne, américaine et malaise — et assigne la première place à la caucasienne, qu'il tient pour la variété primitive[53]. Le terme « caucasien » (ou « caucasoïde »), qu'il popularise pour désigner la « race blanche », passera à la postérité[54].

Le philosophe Emmanuel Kant (1724-1804) reprend ce cadre dans Von den verschiedenen Racen der Menschen Des différentes races humaines »), opuscule publié en 1775 pour annoncer son cours de géographie physique[55]. Monogéniste lui aussi, il postule une souche originelle blanche dont quatre races se seraient différenciées selon les climats : blonds du nord de l'Europe sous le froid humide, rouges cuivrés d'Amérique sous le froid sec, noirs de Sénégambie sous la chaleur humide, jaunes olivâtres des Indes sous la chaleur sèche[55]. Il tient toutefois ces caractères pour définitivement fixés une fois formés, là où Buffon et Blumenbach les jugeaient réversibles, et définit la race par ce qui se transmet invariablement dans le croisement[56]. Ce faisant, il comble l'écart explicatif que Linné avait laissé[44].

L'unité de l'espèce n'implique cependant nulle égalité. L'un des pères fondateurs des États-Unis, le médecin Benjamin Rush (1745-1813), pourtant abolitionniste, soutient que la noirceur serait une maladie de peau héréditaire — qu'il nomme « négroïdisme » — et qu'elle serait curable : les non-Blancs seraient blancs par-dessous, atteints d'une forme non contagieuse de lèpre qui aurait assombri leur teint. Il en tire que les Blancs ne doivent pas tyranniser les Noirs, leur maladie leur donnant droit à une double portion d'humanité, mais qu'ils ne doivent pas non plus se marier avec eux, sous peine d'infecter leur descendance[57]. Le pasteur Samuel Stanhope Smith (1751-1819) soutient dans le même esprit que la pigmentation ne serait qu'une immense tache de rousseur couvrant le corps entier, née d'un excès de bile sous les climats tropicaux[51].

Face à eux, les polygénistes, qui supposent aux races des origines distinctes. Le juriste écossais Henry Home (1696-1782) ou Lord Kames, soutient dans ses Sketches of the History of Man (1774) que ni le milieu, ni le climat, ni l'état de société ne peuvent rendre compte des différences entre groupes humains, lesquels doivent donc provenir de souches séparées[58]. Le chirurgien anglais Charles White (1728-1813) tient chaque race pour une espèce séparée, créée par Dieu pour sa région géographique propre, et occupant une station distincte dans la chaîne des êtres. Son Account of the Regular Gradation in Man (1799) s'attaque au principal argument adverse, celui de l'interfécondité — seuls des individus de même espèce pourraient se reproduire entre eux —, en objectant l'existence d'hybrides entre espèces distinctes comme le renard, le loup et le chacal[58].

L'Allemand Christoph Meiners (1747-1810), polygéniste lui aussi, partage l'humanité en deux divisions qu'il nomme la « belle race blanche » et la « laide race noire », et fait de la beauté ou de la laideur le caractère principal de la race : les races laides lui paraissent inférieures, immorales et proches de l'animal[59],[60].

Le polygénisme n'est pas le fait des seuls conservateurs. Voltaire (1694-1778) en est partisan, et selon Christian Delacampagne, c'est son hostilité aux religions qui l'y conduit : poursuivant d'une même haine le christianisme et le judaïsme, il lui faut se démarquer des doctrines qu'ils défendent, et donc combattre le monogénisme[61].

L'homme d'État Thomas Jefferson (1743-1826), scientifique et propriétaire d'esclaves, avance dans ses Notes sur l'État de Virginie que les Noirs sont inférieurs aux Blancs pour les dons du corps et de l'esprit — mais il le pose « comme une suspicion seulement »[62]. Sa contribution propre au racisme scientifique tient moins à cette conviction qu'au geste qui l'accompagne : l'appel à la science pour établir cette prétendue infériorité, étape jugée déterminante dans la formation du racisme scientifique[63]. En 1791, recevant une lettre et un almanach du mathématicien noir Benjamin Banneker, Jefferson lui répond souhaiter plus que quiconque de telles preuves que la nature a donné à leurs « frères noirs » des talents égaux à ceux des autres couleurs d'hommes, et que l'apparence de leur absence tient seulement à leur condition dégradée[64].

La mesure des corps

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La couleur de la peau n'est jamais le seul critère retenu dans la définition des races élaborée par les savants des XVIIIe et XIXe siècles. Les nouvelles exigences de scientificité les poussent à s'appuyer sur une multitude de critères quantifiables, à défaut d'être significatifs. De nouvelles disciplines apparaissent, qui se fixent l'étude de l'être humain, de ses origines et de sa classification : l'anatomie comparée, initiée par le britannique Edward Tyson (1650-1708), l'ethnologie, puis l'anthropologie physique, connaissent au XIXe siècle un développement croissant. Elles s'appuient sur des méthodes de mesure qui donnent naissance à autant de sous-disciplines aujourd'hui réfutées comme pseudosciencescraniométrie, céphalométrie, anthropométrie, phrénologie — définissant des critères de comparaison et de classification raciale des groupes et des individus.

L'anatomiste allemand Samuel Thomas von Sömmerring (1755-1830), élève de Blumenbach à Göttingen, publie en 1784 Über die körperliche Verschiedenheit des Mohren vom Europäer, réédité l'année suivante sous le titre Über die körperliche Verschiedenheit des Negers vom Europäer. C'est le premier ouvrage à soumettre le corps entier — et singulièrement la taille proportionnelle du crâne cérébral et du crâne facial — à une analyse anatomique comparée entre singes anthropoïdes, Noirs et Européens, au moyen des méthodes de mesure de son temps[65],[66]. La détermination du volume cérébral y sert à rapporter les différences intellectuelles et culturelles entre Européens et Africains à des différences de conformation physique. Sömmerring peut ainsi être tenu pour le premier naturaliste ayant cru établir anatomiquement un lien racialement spécifique entre constitution physique et intellect[65].

Les critères initialement retenus par les premiers naturalistes pour distinguer l'homme du reste du monde animal se voient alors appliqués aux groupes humains, dans une perspective de hiérarchie. Louis Jean-Marie Daubenton (1716-1800) et Petrus Camper (1722-1789) avaient initié une méthode fondée sur la mesure de l'angle facial ; reprise par Georges Cuvier (1769-1832) et Saint-Hilaire (1772-1844), elle trouve une application nouvelle : le degré d'inclinaison du front est censé indiquer la place laissée libre au cerveau, et donc l'intelligence[67].

Les travaux de Cuvier influencent à la fois le polygénisme et le racisme scientifique. Il distingue trois races — caucasienne, mongole et éthiopienne — et note chacune selon la beauté ou la laideur du crâne et la qualité de sa civilisation, tenant la blanche pour la plus belle de toutes et supérieure aux autres par son génie, son courage et son activité[68]. Des Noirs, il écrit que la projection du bas du visage et les lèvres épaisses les rapprochent manifestement de la famille des singes[69].

L'un des élèves de Cuvier, Friedrich Tiedemann (1781-1861), est pourtant l'un des premiers à contester scientifiquement le racisme. À partir de ses propres mesures craniométriques et cérébrales, portant sur des Européens et des Noirs de différentes régions du monde, il établit en 1836 que la croyance européenne alors répandue selon laquelle les Noirs auraient un cerveau plus petit — et seraient donc intellectuellement inférieurs — est scientifiquement infondée et repose sur le seul préjugé des voyageurs et des explorateurs[70].

Les travaux des « raciologues »[note 1] aboutissent à une biologisation de l'ancienne typologie empirique des peuples. La méthode linguistique promue par Volney, Friedrich Schlegel, Adriano Balbi ou James Cowles Prichard est de ce fait remise en cause par des anatomistes dans les années 1840, au motif que les caractères physiques, estimés fixes, seraient plus pertinents que les caractères linguistiques, qui présentent des signes d'instabilité[71]. Les sciences biologiques s'octroient à cette occasion un rôle prescripteur dans la définition de l'être humain et des déterminants de son comportement social.

La taille du cerveau, mesurée par la craniométrie, tient une place centrale dans ce dispositif classificatoire[72]. D'autres éléments sont retenus : forme du crâne et des mâchoires, taille des os du squelette. Stephen Jay Gould consacrera en 1981 une part importante de La Mal-mesure de l'homme à la critique des séries craniométriques de Paul Broca et de Samuel George Morton[5].

Le paradigme racial au XIXe siècle

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Le débat scientifique sur les origines de l'humanité, qui traverse le XIXe siècle, contribue largement à fixer l'attention sur la question des races et sur son corrélat, la mesure des caractères extérieurs ; il constitue aussi le générateur des différentes positions occupées dans l'espace académique de l'étude des races[73]. Deux couples d'opposition le structurent : monogénisme/polygénisme et fixisme/transformisme.

La thèse monogéniste, compatible avec le récit biblique, se voit défendue par les spiritualistes, majoritaires dans l'Université française ; la thèse polygéniste reçoit les suffrages de libres-penseurs peu influencés par les doctrines religieuses, de matérialistes et de républicains anticléricaux[73].

Cette division recoupe celle qui sépare les partisans du créationnisme et du transformisme. Formulée au début du XIXe siècle par Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829), la théorie transformiste débouche en France dès les années 1820 sur la controverse entre Georges Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire[74].

C'est dans ce contexte, et avant même la publication des thèses évolutionnistes, que le diplomate Arthur de Gobineau (1816-1882) fait paraître son Essai sur l'inégalité des races humaines (1853-1855). Souvent présenté comme le théoricien du racialisme, son cas est en réalité plus complexe[75]. Pierre-André Taguieff a établi la généalogie de ce racisme : le primat de la race, tant dans le devenir individuel que dans l'évolution sociale, constitue selon lui le présupposé absolu de ces visions racialistes de l'histoire universelle[6].

À la parution de L'Origine des espèces de Charles Darwin en 1859, la communauté scientifique adhère encore largement au créationnisme et à son corollaire, le fixisme. Les lettrés sont tout aussi divisés : Victor Hugo refusera toute sa vie l'idée du darwinisme, quand Ernest Renan l'adoptera d'emblée. À partir de cette date, le transformisme rallie cependant un nombre grandissant de partisans, jusqu'à devenir majoritaire en France à la fin du siècle[76]. Il établit le schéma d'une continuité évolutionniste depuis quelque anthropoïde alors inconnu — baptisé « singe » par les détracteurs de la théorie — jusqu'à l'homme blanc, schéma dans lequel les races non occidentales se voient attribuer opportunément une place intermédiaire.

Au cœur de la controverse, ceux qui se désignent sous le nom d'« anthropologistes » multiplient les études visant à établir la proximité physique des « sauvages » et des primates[73]. Une supposée bestialité des races primitives, argument traditionnel de leur infériorité, se voit désormais intégrée à une idéologie générale d'évolution de l'humanité.

Les théories raciales sont portées tout au long du siècle par des figures telles que Julien-Joseph Virey (1775-1846) et Ernst Haeckel (1834-1919), puis prolongées jusqu'au début du XXe siècle par Gustave Le Bon (1841-1931)[77] et Georges Vacher de Lapouge (1854-1936). Cette théorisation est contemporaine de l'expansion coloniale européenne, à laquelle elle apporte une caution savante : l'histoire du racisme scientifique reste intimement liée à l'entreprise sociale de division de l'humanité en catégories raciales[1].

Les deux positions, fixiste et transformiste, s'accordent cependant sur un point : l'existence de races humaines inégalement capables et inégalement perfectibles.

Des zoos humains

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Du début du XIXe siècle aux années 1930, les exhibitions de « sauvages » — « exotiques » comme « monstres » — se multiplient en Europe, aux États-Unis et au Japon. Situées au carrefour du discours savant, des cultures de masse et de l'intérêt des puissances coloniales, elles ont touché près d'un milliard et demi de visiteurs depuis l'exhibition en Europe de la Vénus hottentote au début du siècle[78]. Dans ces exhibitions dites « anthropozoologiques », des individus « exotiques » sont mis en scène derrière des grilles ou des enclos, mêlés à des bêtes sauvages[78].

Ce dispositif prend des formes variées : les freak shows de Barnum aux États-Unis, les quelque soixante-dix ethno-shows organisés par l'Allemand Hagenbeck entre 1874 et 1932, les expositions ethnographiques du Jardin d'acclimatation à Paris, ou encore les « villages nègres » des expositions coloniales françaises et britanniques[78].

Pour les auteurs de l'ouvrage de référence sur la question, ces exhibitions ont constitué une étape majeure du passage progressif d'un racisme scientifique à un racisme populaire[78].

Les contestations précoces et leur échec

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Le paradigme racial n'est pas resté sans contradicteurs, y compris parmi ceux qui en maniaient les instruments.

L'un des élèves de Cuvier, l'anatomiste allemand Friedrich Tiedemann (1781-1861), est l'un des premiers à contester scientifiquement le racisme. À partir de ses propres mesures craniométriques et cérébrales, portant sur des Européens et des Noirs de différentes régions du monde, il établit en 1836 que la croyance européenne alors répandue selon laquelle les Noirs auraient un cerveau plus petit — et seraient donc intellectuellement inférieurs — est scientifiquement infondée et repose sur le seul préjugé des voyageurs et des explorateurs[70].

Un demi-siècle plus tard, la contestation vient de l'intérieur même de l'institution savante française. L'avocat, diplomate et essayiste haïtien Joseph Anténor Firmin (1850-1911), en poste à Paris depuis 1883, est élu en 1884 membre de la Société d'anthropologie de Paris — la société dont les travaux visaient précisément à établir la hiérarchie des races, et dont les thèses contredisaient sa présence même, lui-même issu d'une prétendue race inférieure[79],[80].

Il y publie en 1885 De l'égalité des races humaines. Anthropologie positive[81], dont le titre répond terme à terme à l'Essai sur l'inégalité des races humaines de Gobineau. Firmin y accepte a priori la notion de race, mais soutient que sa définition est floue et que la hiérarchisation des races manque de fondements théoriques ; il traite notamment la question de la taille du cerveau, et fait valoir que les différences interindividuelles l'emportent sur les différences entre groupes[81]. Sa démarche consiste à passer en revue les principaux systèmes prétendant fonder une anthropologie raciste pour montrer que leurs conclusions ne contiennent rien de plus que leurs postulats, lesquels se réduisent à un seul : la supériorité des humains à l'épiderme non pigmenté, affirmation sans fondement rationnel[82].

L'ouvrage paraît au moment où l'inégalité des races est couramment invoquée par les dirigeants de la Troisième République engagés dans la conquête coloniale : en juillet 1885, Jules Ferry affirme à la tribune de la Chambre des députés que « les races supérieures […] ont le devoir de civiliser les races inférieures »[80]. En début d'année, à l'initiative du chancelier Otto von Bismarck, la conférence de Berlin règle le partage de l'Afrique.

La réception est celle du silence. L'ouvrage est très peu commenté à sa parution puis progressivement occulté, du moins en France — quand l'Essai de Gobineau, auquel il répondait, est régulièrement réédité et entre dans la Pléiade en 1983[82]. Il faudra attendre plus d'un siècle et une traduction américaine en 2000, suivie de rééditions française et québécoise, pour que ce texte soit redécouvert hors d'Haïti[79],[83].

Selon Carole Reynaud-Paligot, le « paradigme racial » s'est à ce point intégré aux schémas de pensée du siècle que personne ne semble le remettre sérieusement en cause : les rares études empiriques venant le contredire sont rationalisées pour être aussitôt réintégrées dans son schéma explicatif. Quand la taille du cerveau cesse d'apparaître comme un critère pertinent de différenciation, elle cède par exemple la place à des considérations sur la localisation de la zone où siégerait l'intelligence[84].

Eugénisme et nazisme

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Le racisme scientifique influence fortement l'eugénisme, mouvement qui entend appliquer aux populations humaines les principes de la sélection[85], selon les préceptes du cousin de Charles Darwin, Francis Galton, qui forge le terme en 1883.

Aux États-Unis, l'avocat et naturaliste Madison Grant (1865-1937) publie en 1916 The Passing of the Great Race, qui hiérarchise les populations européennes au profit d'une prétendue race nordique. Ses thèses pseudo-scientifiques influencent des dirigeants nazis, dont Alfred Rosenberg et Adolf Hitler[86].

Le cas le plus documenté de l'application eugéniste du racisme scientifique est celui du nazisme et de la Shoah[85].

Le cas français : René Martial

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En France, le médecin René Martial (1873-1955) illustre le passage de l'hygiénisme à la raciologie. Hygiéniste se revendiquant socialiste, diplômé en 1900, il dirige le bureau d'hygiène de Douai en 1908 puis met en place, pendant la Première Guerre mondiale, un bureau de contrôle sanitaire des immigrants espagnols[87].

Dans l'entre-deux-guerres, il promeut un « colbertisme biologique » de nature eugéniste et devient un spécialiste officiel de l'immigration, dont il entend fonder la sélection sur des critères biochimiques — notamment les groupes sanguins — et sur une théorie de la « greffe interraciale »[88]. Ses ouvrages Traits de l'immigration et de la greffe inter-raciale (Larose, 1931) et La Race française (Mercure de France, 1934, rééd. 1943) sont l'un et l'autre couronnés par l'Institut de France[87].

Sous le régime de Vichy, Martial devient professeur d'« anthropologie des races » à la Faculté de médecine de Paris, puis accède en 1942 à la codirection de l'Institut d'anthroposociologie — l'anthropo-sociologie étant la discipline raciste fondée par Otto Ammon et Georges Vacher de Lapouge. Le comité de direction de cet institut, composé de membres de l'Institut Pasteur et de l'Académie de médecine, lui confère l'autorité des sommets de la médecine française[87],[89].

La portée de ce courant est discutée. Il apparaît dans les travaux sur Vichy et sur l'antisémitisme comme un jalon essentiel du racisme scientifique « à la française »[88],[89] ; pour Gérard Noiriel en revanche, Martial et le courant auquel il appartient avec Georges Montandon demeurent marginaux dans le monde intellectuel français, y compris sous Vichy[90].

Nazisme: application du racisme scientifique

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Environ 120 000 prisonniers de guerre issus de l'Afrique française ont été capturés par les nazis. Contrairement aux autres Français captifs, ils n'ont pas été déportés en Allemagne par peur racialiste.

Le livre de Grant figurait en bonne place dans la bibliothèque personnelle d'Adolf Hitler qui a écrit personnellement à Grant pour le remercier d’avoir écrit ce livre qu’il appelait « ma Bible »[91].

Les théories pseudo-scientifiques du racisme nazi empruntées à celles du Dr René Martial, s'appuyaient sur la prévalence accrue du groupe sanguin B chez les Juifs pour prétendre quantifier la « pureté du sang » au sens littéral. On sait aujourd'hui que la prévalence accrue du facteur B dans les populations sémitiques est d'origine purement géographique, sans aucun rapport avec l'origine ethnique.[réf. nécessaire]

Racialisme linguistique nazi
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Selon Wolfgang Geiger, durant la période nazie, c'est Edgar Glässer[92] qui introduit le racialisme anthropologique (de Hans F.K Günther) dans la linguistique des langues romanes et Alex Niederstenbruch a produit « le pire de (…) l'idéologie racialiste nazi » en linguistique[93].

Remise en cause après 1945

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le racisme scientifique est formellement dénoncé par une série de déclarations de l'UNESCO. La première, La Question des races, publiée le 18 juillet 1950, est rédigée par un comité composé principalement de spécialistes des sciences sociales, parmi lesquels Claude Lévi-Strauss ; elle affirme que la race relève moins d'un fait biologique que d'un mythe social[94].

Ce texte suscite de vives critiques chez les anthropologues physiques et les généticiens, qui lui reprochent son inspiration sociologique. Un second comité, réunissant cette fois des anthropologues physiques et des généticiens, produit à l'été 1951 une déclaration révisée qui, plutôt que de récuser la notion de race, la redéfinit dans les termes de la génétique des populations[95]. Deux autres révisions suivront, en 1967 et en 1978[96].

Dans le prolongement de la déclaration de 1950, l'UNESCO commande une collection de brochures de vulgarisation destinées à combattre le racisme, dont la responsabilité est confiée à l'anthropologue Alfred Métraux. Celui-ci sollicite Lévi-Strauss pour un texte montrant que l'idée d'une inégalité des hommes, récusée sur le plan biologique, ne saurait davantage se justifier sur le plan culturel : ce sera Race et histoire (1952), qui part des thèses de Gobineau pour les réfuter[97].

À partir des années 1970, la génétique des populations apporte à la question un fondement empirique. En 1972, le généticien Richard Lewontin analyse la variation de dix-sept protéines sanguines à l'échelle mondiale et l'apportionne entre trois niveaux : il établit que 85,4 % de la diversité génétique humaine se situe entre individus d'une même population, 8,3 % entre populations d'une même « race », et 6,3 % seulement entre « races »[98]. Il en conclut que la classification raciale de l'humanité est dépourvue de valeur scientifique et sociale[98].

Ce résultat est devenu l'argument central des descriptions de la diversité génétique humaine[99]. Il a toutefois été contesté : en 2003, le généticien et statisticien A. W. F. Edwards soutient, sous le titre « Lewontin's fallacy », que la conclusion ne suit pas de la mesure — sans remettre en cause le chiffre de 85 %, il objecte que l'information distinguant les populations réside dans la structure de corrélation entre les locus et non dans la variation de chacun pris isolément[100]. Cette objection est elle-même discutée, plusieurs auteurs faisant valoir qu'Edwards répond à une question — l'assignation d'un individu à une population — différente de celle que traitait Lewontin[99].

En 1981, le paléontologue Stephen Jay Gould publie La Mal-mesure de l'homme (The Mismeasure of Man), qui documente et déconstruit les biais méthodologiques des théories raciales du XIXe siècle, en particulier les séries craniométriques de Samuel George Morton et de Paul Broca, ainsi que les usages racialistes des tests d'intelligence[5].

Invité par l'UNESCO le 16 novembre 2005, à l'occasion du soixantième anniversaire de sa fondation, Lévi-Strauss revient sur son propre texte. Il observe qu'autour de 1950, la génétique des populations n'avait pas pris son plein essor, et qu'elle conduit aujourd'hui à reconnaître, derrière l'unité de l'homme qu'elle ne remet pas en cause, une plus grande complexité : elle y discerne des « ensembles flous de variantes génétiques » qui se croisent, s'isolent, se dispersent ou se confondent au cours du temps. Tout en continuant de proclamer l'unité de l'homme, ajoute-t-il, il faut demeurer attentif aux courants de la recherche — d'autant que certaines publications récentes de biologistes cherchant à redonner un statut à la notion de race, fût-ce en des acceptions nouvelles, restent délicates à manier[101].

Le 9 août 2019, cent ans jour pour jour après la mort d'Ernst Haeckel, professeur à l'Université d'Iéna, la Société zoologique allemande tient dans cette même ville sa 112e assemblée annuelle. Le 10 septembre y est rendue publique, lors d'une soirée intitulée « Iéna, Haeckel et la question des races humaines : comment le racisme fait les races », la « déclaration d'Iéna », soutenue par le bureau de la société et par le président de l'université[102]. Le texte rappelle que Haeckel, fondateur de la recherche phylogénétique et surnommé le « Darwin allemand », a contribué de façon funeste à un racisme prétendument fondé en science par son agencement des « races » humaines dans un arbre généalogique. Il énonce qu'il n'existe aucune justification biologique à une division de l'humanité en races et qu'il n'y en a jamais eu : le concept de race, conclut-il, est le résultat du racisme et non sa condition préalable[102].

Persistance contemporaine

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Bien que réfuté par le consensus scientifique, le racisme scientifique continue de nourrir les stéréotypes racialistes, le suprémacisme blanc et l'eugénisme contemporain[1].

Le psychologue britanno-canadien J. Philippe Rushton (1943-2012) en est l'un des représentants les plus cités à la fin du XXe siècle[103],[104]. La publication en 1994 de The Bell Curve de Richard Herrnstein et Charles Murray, qui propage l'idée d'une infériorité intellectuelle des Afro-Américains, suscite de vives critiques de la communauté scientifique, notamment de Gould[105].

Depuis les années 2020, plusieurs commentateurs observent une résurgence de ces thèses dans certains cercles technologiques de la Silicon Valley[105]. Une enquête du Guardian révèle en octobre 2024 l'existence d'un réseau international de promotion de la « race science », financé depuis le secteur technologique américain[106].

Au Québec : l'affaire Mailloux

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Au Québec, le psychiatre et animateur Pierre Mailloux (1949-2024) affirme en 2005, sur le plateau de l'émission Tout le monde en parle, que des études établiraient que le quotient intellectuel moyen des Noirs et des Amérindiens est « nettement inférieur à 100 »[107].

Le 16 octobre 2012, le conseil de discipline du Collège des médecins du Québec le radie pour cinq ans en raison de ces propos, y voyant un manquement au code de déontologie[107]. Le Tribunal des professions maintient sa culpabilité en 2014 mais adoucit la sanction, ramenée à trois mois de radiation et à une amende de 20 000 dollars ; la Cour d'appel du Québec la confirme en mai 2017, et la Cour suprême du Canada refuse d'entendre sa contestation le 9 novembre suivant — Mailloux invoquait alors l'arrêt Jordan sur les délais judiciaires[108].

Selon le conseiller en génétique Jonathan Roberts, la rhétorique de Donald Trump et d'Elon Musk a pour fil commun le déterminisme génétique, l'idée que ce qu'un individu est et peut accomplir tiendrait à son seul ADN. Trump s'y fait le promoteur de la « théorie du cheval de course », qu'il partage avec des suprémacistes blancs, et dont procède son discours sur l'immigration lorsqu'il affirme que le pays doit être protégé des « mauvais gènes » des étrangers ; Musk, pour sa part, entend sauver l'humanité en engendrant le plus de descendants possible[109].

Anthropologie raciale

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Les premières classifications

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Au XVIIIe siècle, le travail de mise en ordre et de classification de la nature aboutit aux premières taxonomies qui, organisant de manière logique les organismes vivants pour la commodité des chercheurs. Elles vont s'accompagner presque indépendamment de classifications des êtres humains servant cette fois-ci des intérêts davantage géopolitiques que scientifiques, produisant ainsi le mythe des races[1] dans lequel les Blancs seraient supérieurs[2].

On avait observé dès 1684 dans La Revue des Savants la première de ces tentatives[110]. L’auteur, le médecin et philosophe François Bernier, se propose à cette occasion de rompre avec la logique géographique qui prévalait jusqu’alors dans l’appréhension des groupes humains. Il avance l’idée que les hommes puissent être classés selon leurs caractéristiques physiques, en distinguant « quatre ou cinq races humaines ».

La position de Bernier s’inscrit dans un nouveau cadre de pensée, celui d'une philosophie émancipée de la religion dont les premiers représentants, Fontenelle, Pierre Bayle et surtout Pierre Gassendi, dont Bernier est l’un des principaux admirateurs, apparaissent au XVIIe siècle. À l'opposé de la doctrine chrétienne, ce courant de pensée cherche à placer l’homme comme élément de la nature et non comme son métayer. Cela lui fait donc perdre la position privilégiée que lui attribuait la Genèse.

La proposition de Bernier, qui indique un changement d’attitude profond, passe en son temps relativement inaperçue. Il en va tout autrement des systèmes proposés au siècle suivant par Buffon (1707-1788) et Carl von Linné, tous deux naturalistes respectés de la Faculté et de leurs pairs.

Le naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778), posant les bases de la systématique moderne, distingue en 1758[111], quatre races différenciées au sommet de l’ordre des « anthropomorpha » (les futurs primates) : Européens, Américains (nous dirions aujourd'hui Amérindiens), Asiatiques et Africains[112].

Buffon reprend pour sa part à Maupertuis (1698-1759)[113] l’idée que le blanc serait la couleur originelle de l’homme, les colorations sombres évoquées autrefois par la malédiction de Canaan dans la Bible étant selon lui le produit d’une dégénérescence partielle due à l’éloignement de la zone climatique tempérée. Cette théorie de la dégénération connaîtra différentes déclinaisons empruntant notamment à la théorie des climats[114], seront évoquées par Johann Friedrich Blumenbach ou le philosophe Emmanuel Kant. Une divergence au sein des dégénérationnistes portera sur la question de la réversibilité des différentiations phénotypiques en cas d’immersion prolongée dans le milieu adéquat[115].

De Blumenbach à Gobineau

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Parmi les premiers théoriciens des races, le philosophe Kant et Johann Friedrich Blumenbach sont partisans du monogénisme, Christoph Meiners et Samuel Thomas von Sömmering du polygénisme. Ernest Renan parle en philologue des civilisations qu'il peut connaître par les documents écrits d'époque. Arthur de Gobineau, qui a écrit un Essai sur l'inégalité des races humaines, est présenté comme le théoricien du racialisme, ce qui est en réalité plus complexe[116]. Pierre-André Taguieff a établi la généalogie de ce racisme qu'il qualifie, conformément à nos critères actuels plus rigoureux, de « pseudo-scientifique » ; « Le primat de la race, dans le devenir individuel comme dans l'évolution sociale, constitue le présupposé absolu de ces visions racialistes de l'histoire universelle. »[117] Seront créés des zoos humains, où la curiosité légitime du public  connaître l'autre, qui habite un pays qu'on ne verra jamais  est transformée en exploitation commerciale à la Barnum. Lors des expositions ethnographiques, il n'est pas rare de voir les prétendus sauvages enfermés dans des cages (la sécurité est invoquée), et dans certains cas non loin de singes.

Hervé Le Bras s'est intéressé aux modalités du racialisme et de la raciologie lors de ses travaux sur l'idéologie démographique. Parmi les hommes de science ou de pouvoir approuvant cette idéologie, il a indiqué Vacher de Lapouge, Ludwig Woltmann, (darwiniste social et socialiste), sir Ronald Fisher (démocrate et eugéniste négatif)[réf. nécessaire].

La thèse de l’inégalité raciale est remise en cause dès 1885 au nom de critères scientifiques également avec le livre De l'égalité des races humaines de Joseph Anténor Firmin, qui discute les publications racistes se présentant comme scientifiques.

Racisme scientifique et raciologues

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L'anthropologie, l'ethnologie, la médecine, la psychologie la psychiatrie, la biologie et d'autres sciences sont impliquées dans la recherche de distinctions raciales.

Page du livre Histoire naturelle.

La couleur de la peau n'est jamais le seul critère retenu dans la définition des races élaborée par les scientifiques des XVIIIe et XIXe siècles. Les nouvelles exigences de scientificité poussent les savants à s’appuyer sur une multitude de « critères » quantifiables, à défaut d'être significatifs. De nouvelles disciplines font leur apparition, se fixant l’étude de l’être humain, de ses origines et de sa classification. L’anatomie comparée, initiée par le britannique Edward Tyson (1650-1708), l’ethnologie ou plus tard l’anthropologie physique connaissent au XIXe siècle un développement croissant. Elles s’appuient sur des méthodes de mesure qui donnent naissance à autant de sous-disciplines aujourd'hui réfutées comme pseudosciences (craniométrie, céphalométrie, anthropométrie, phrénologie), qui définissent des critères de comparaison et de classification raciste des groupes et individus humains. Il importe de ne pas inclure dans cette classification le travail signalétique d'Alphonse Bertillon qui ne vise qu'à identifier sans ambiguïté, en 1870, des individus précis à des fins de recherche, et non des groupes humains.

Les travaux des « raciologues »[118] aboutissent à une biologisation de l'ancienne typologie empirique des peuples. La méthode linguistique promue par Volney, Friedrich Schlegel, Adriano Balbi ou James Cowles Prichard est de ce fait remise en cause par des anatomistes dans les années 1840, au motif que les caractères physiques, estimés fixes, seraient plus pertinents que les caractères linguistiques qui présentent des signes d’instabilité[119]. Les sciences biologiques s’octroient à cette occasion un rôle prescripteur de la définition de l’être humain et des déterminants de son comportement social.

Les critères initialement retenus par les premiers naturalistes pour distinguer l’homme du reste du monde animal se voient appliqués aux groupes humains, dans une perspective de hiérarchie. Louis Jean-Marie Daubenton (1716-1800) et Petrus Camper (1722-1789) avaient initié une méthode fondée sur la mesure de l’angle facial. Reprise par Georges Cuvier (1769-1832) et Saint-Hilaire (1772-1844), la méthode trouve une nouvelle application : le degré d’inclinaison du front est censé indiquer la place laissée libre au cerveau et donc l’intelligence[67],[120].

Les recherches internationales aboutissent à une multitude de taxonomies. Celle de Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840) revenant à cinq races sur la base de l’observation des crânes passera à la postérité en appliquant le terme « caucasien » (ou « caucasoïde »)  toujours en vigueur aux États-Unis  à la « race blanche »[121].

Bien que de validité contestée par de nombreux anthropologues contemporains, le terme « caucasien » ou « caucasoïde » est encore utilisé aujourd'hui.

Le débat sur les origines de l’humanité

secoue la communauté scientifique au début du XIXe siècle.

Deux couples d’opposition, monogénisme/polygénisme et fixisme/transformisme, structurent ce débat tout au long du siècle. Ce dernier contribue largement à fixer l’attention sur la question des races et de leur corrélat, la mesure des caractères extérieurs. Il constitue aussi le générateur de différentes positions occupées dans l’espace académique de l’étude des races.

Le monogénisme suppose l’humanité issue d’un ancêtre unique et fait donc du milieu (au sens d' habitat) la cause principale des différenciations. Le polygénisme suppose au contraire des origines distinctes. La première thèse, compatible avec le récit biblique, se verra défendue par les spiritualistes, majoritaires dans l’Université française. La thèse polygéniste reçoit quant à elle les suffrages de libres-penseurs peu influencés par les doctrines religieuses (Voltaire[122] et plus loin encore Paracelse en furent les partisans), des matérialistes et des républicains anticléricaux.

Cette division recoupe celle séparant partisans du créationnisme et du transformisme. Formulée au début du XIXe siècle par Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829), la théorie transformiste débouche en France dès les années 1820 sur la controverse entre Georges Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire[74]. À la parution de l’Origine des espèces de Charles Darwin en 1859, la communauté scientifique adhère encore largement au créationnisme et à son corollaire le fixisme. Des lettrés influents sont tout aussi divisés : Victor Hugo refusera toute sa vie l'idée du darwinisme, tandis qu'Ernest Renan l'adoptera d'emblée.

À partir de cette date, le transformisme rallie cependant un nombre grandissant de partisans, jusqu’à devenir majoritaire en France à la fin du siècle[123] ; il établit le schéma d’une continuité évolutionniste depuis quelque anthopoïde alors inconnu (baptisé « singe » par les détracteurs de la théorie) jusqu’à l’homme blanc, dans laquelle les races non-occidentales se voient attribuer opportunément une place intermédiaire.

Au cœur de la controverse, ceux qui se désignent sous le nom d’« anthropologistes », multiplient les études pour établir la proximité physique des sauvages et des primates[73]. La taille du cerveau, mesurée par la craniométrie[124] tient une place centrale dans ce dispositif classificatoire[72]. D'autres éléments sont retenus : forme du crâne et des mâchoires, taille des os du squelette sont aussi prises en compte. Une supposée bestialité des races primitives, argument traditionnel de leur infériorité, se voit intégrée désormais dans une idéologie générale d’évolution de l’humanité.

Les deux positions  fixiste et transformiste  s’accordent cependant sur un point : l’existence de races humaines inégalement capables et inégalement perfectibles. Au long du siècle, ce que Caroline Reynaud-Paligot désigne comme le « paradigme racial » s'est tellement intégré aux schémas de pensée que personne ne semble le remettre sérieusement en cause : quelques études empiriques venant le contredire sont rationalisées pour être aussitôt réintégrés dans son schéma explicatif. Quand la taille du cerveau n’apparaît plus comme critère pertinent de différenciation, il cède par exemple la place à des considérations d’identification de la zone où serait localisée l’intelligence[84].

Dans le monde

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En France

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« Les quatre races d'hommes. — La race blanche, la plus parfaite des races humaines, habite surtout l'Europe, l'ouest de l'Asie, le nord de l'Afrique, et l'Amérique. Elle se reconnaît à sa tête ovale, à une bouche peu fendue, à des lèvres peu épaisses. D'ailleurs son teint peut varier. — La race jaune occupe principalement l'Asie orientale, la Chine et le Japon : visage plat, pommettes saillantes, nez aplati, paupières bridées, yeux en amandes, peu de cheveux et peu de barbe. — La race rouge, qui habitait autrefois toute l'Amérique, a une peau rougeâtre, les yeux enfoncés, le nez long et arqué, le front très fuyant. — La race noire, qui occupe surtout l'Afrique et le sud de l'Océanie, a la peau très noire, les cheveux crépus, le nez écrasé, les lèvres épaisses, les bras très longs. »
Le Tour de la France par deux enfants, G. Bruno, 1877, p. 188[125].

Après 1870, dans son ouvrage Histoire naturelle, destiné à l'enseignement secondaire[126], J. Langlebert revient à quatre races, plus exactement des types humains (blanche ou caucasique, race vue comme supérieure, jaune ou mongolique ; noire ou africaine ; rouge ou américaine).

En 1900, Joseph Deniker divise les peuples européens en six races principales (littorale, ibéro-insulaire, occidentale, adriatique, nordique, orientale) et quatre secondaires (subnordique, vistulienne, nord-occidentale, subadriatique)[127]. En 1933, George Montandon divise l'espèce humaine en cinq « grand'races » (europoïde, mongoloïde, négroïde, vedd-australoïde, pygmoïde) elles-mêmes divisées en vingt « races », puis en « sous-races » et pour finir en « groupes somatiques »[128]. En 1944, Henri Victor Vallois propose de diviser l'humanité en quatre groupes (primitifs, noirs, blancs, jaunes) répartis en vingt-sept « races »[129],[130]. Selon Delphine Peiretti, spécialiste en histoire de la race et du genre[131], les discours qui prolifèrent dans l’espace public français contemporain tendent à prétendre que le racisme scientifique n'existe plus, force à s'opposer sans relâche aux manifestations évidentes de racisme biologique qui perdurent dans la société française. Elle donne l'exemple des cris de singes dans les tribunes des stades, ou de la comparaison à une guenon, qu'a subit Cristianne Taubira

Racialisme opposé au métissage en France

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Taguieff écrit : « Dans l'imaginaire racialiste, le métissage est pathologisé »[132] et à propos de mixophobie : « La hantise du métissage, noyau dur de la pensée racialiste, entre en syncrétisme avec la mythologie nationaliste de l'identité pure de la communauté homogène »[133],[134].

Racialisme et lutte de classes

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Selon Galaad Wilgos, « Aux États-Unis, le discours "racialiste" qui tend à remplacer la lutte des classes par la "lutte des races" trouve aussi des détracteurs au sein de la gauche radicale »[135].[source insuffisante]

Selon Laurent Joffrin, la « sinistre perspective » du remplacement de la lutte de classes par une lutte des races est ce que dénonce l'ouvrage de Manuel Boucher, professeur de sociologie, en réfutant les thèses de la minoritaire « gauche décoloniale »[136].

Arts en France

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L'universitaire Isabelle Barbéris (maître de conférences en arts de la scène) s'oppose à la « vision racialiste de la « diversité », aux « contradictions » du racialisme »[137] « institutionnalisé »[138] et dénonce ce qu'elle perçoit comme une « racialisation des arts » et « l'idéologie ethno-différentialiste » du collectif Décoloniser les arts[27]. Selon Mikaël Faujour, « elle conclut que le « racialisme (ou “décolonialisme”) » serait le nouveau monisme informant les idéologies de l’art, signant la régression de notre conception du demos (peuple) vers une conception ethnique et biologique (ethnos, genos) et entraînant une vue « de l’art proche de la propagande » »[139].

Racialisme et pensées identitaires de gauche en France

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La critique du racialisme à gauche se fonde notamment sur la critique du parti des Indigènes de la République. Le , le Grand Maître du Grand Orient de France Philippe Foussier dénonce des « porosités » d'une partie de la gauche avec des courants identitaires et racialistes : « Ces idées trouvent des relais médiatiques et chez des intellectuels, comme à l'université Paris-VIII », visant également le « camp d'été décolonial » organisé en 2016[140].

Le politologue Laurent de Boissieu, donne une définition qui lui est propre du racialisme. Selon lui celui-ci : « prône, au nom du “droit à la différence”, la préservation de l'identité des groupes raciaux et ethniques supposés contre tout métissage. Ce dernier est alors perçu comme du racisme en ce qu'il nierait et retirerait à chaque groupe racial et ethnique supposé sa nature propre »[141]. Selon lui,

« le racialisme a notamment été théorisé dans les années 1970 par la Nouvelle Droite (GRECE). Il a été repris dans les années 2000 par le courant dit “identitaire”, pour qui la couleur de peau est une composante de l'identité à préserver. »

Il dénombre plusieurs mouvements identitaires en France, se situant très majoritairement à l'extrême-droite ; mais aussi à droite, dont un à l'extrême-gauche (les Indigènes de la République), ou se définissant apolitiques dans des cas uniques[141].

Le directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Bernard Maro[142] classe le parti des Indigènes de la République parmi les « racialistes », notant « les mêmes obsessions identitaires qu'à l'extrême droite » : pureté de la race avec une opposition aux mariages mixtes et au métissage, anti-universalisme avec un refus de la convergence des luttes (féminisme, anticapitalisme, LGBT), soutien au machisme et sexisme religieux, homophobie, religion « d'origine » en tant que ciment commun au groupe, l'islam étant une libération, distinguer les Français des musulmans, et anti-sionisme radical[20].

Pour le professeur de sociologie Manuel Boucher[143] dont l'analyse se base sur l'étude des Indigènes de la République[144]: « Combattre les processus d’oppression sociale, économique, culturelle et raciste ne peut en aucun cas s’accorder avec des logiques populistes tiers-mondistes et racialistes sous peine d’alimenter le cercle vicieux des haines identitaristes »[136]. Il ajoute, dans une tribune de Marianne[145] :

« Défendre la cause des racialistes décoloniaux sert les intérêts de l’extrême droite nationaliste qui affirme que l’accueil de migrants venus des ex-colonies ne peut aboutir qu’à des formes de séparatisme et de violences ethno-raciales. »

Blaise Wilfert[146], Maître de conférences en histoire contemporaine à l’École normale supérieure renvoie dos à dos la dénonciation médiatique des positions identitaires du racialisme par Mathieu Bock-Côté[147] et l'idéologie identitaire nationaliste défendue par le même auteur : selon Wilfert, il existe « une affinité profonde entre le discours national et le discours racialiste. »[148]

Repentance

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Selon l'historienne Myriam Cottias, directrice de recherche au CNRS :

« la question de la repentance, par exemple, est une idéologie aux fondements implicites racialistes, qui construit des frontières entre les individus, malgré la multitude des origines des Français. La responsabilité de chaque citoyen, aujourd'hui, est plutôt de ne pas reproduire les discriminations d'hier[149]. »

Allemagne

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Une vitrine de l'exposition de propagande nazie Le Juif éternel montrant les traits anatomiques « typiques » attribués aux Juifs.

En Allemagne les principales classifications furent établies au cours de la première partie du XXe siècle par Egon von Eickstedt (de), puis par Hans Günther. Elles donnèrent jusqu'à un certain point naissance à l'opposition supposée entre « sémites » et « aryens » faite par les nazis, et servant en partie à justifier la mise en œuvre de la « solution finale »

Etats Unis

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L'Américain William Z. Ripley[150] propose des classifications qui divisent les peuples européens en sous-catégories..

Sénégal

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Les travaux de Cheikh Anta Diop conduisent à se focaliser sur la couleur de peau, pourtant inhomogène dans l'espace et le temps, pour établir des liens entre l'Égypte et le reste de l'Afrique, ce qui constitue un point commun extrêmement superficiel tendant à nier la diversité des différentes cultures africaines[151].

Brésil

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Drapeau du Brésil.

Raimundo Nina Rodrigues (1862 — 1906) est le premier Brésilien à introduire dans son pays les thèses racistes modernes, en les faisant passer pour scientifiques et avancées. En cela, il subit fortement l’influence du criminologue italien Cesare Lombroso[152], mais aussi, pour ce qui touche aux liens entre délinquance et types raciaux, d'Ernest-Charles Lasègue, Jean-Pierre Falret, Scipio Sighele, Gustave Le Bon et Jean-Martin Charcot[153]. De façon plus générale, ses travaux s’inscrivent dans une vaste tentative entreprise au XIXe siècle d’édifier une science systématique de la nature humaine[154].

Les recherches génomique et génétique modernes brésiliennes (« Portrait moléculaire du Brésil ») sont antiracialistes. Elles suscitent, selon Maio et Santos, des réactions politiques et militantes opposées mais proches; « une étrange « proximité » a semblé apparaître entre un militant pour les droits des Noirs et un membre d’une mouvance d’extrême droite », dont du racialisme hiérarchique et du racialisme égalitaire, du racialisme-antiraciste et du racialisme-raciste; avec comme point commun la croyance en des identités raciales[155].

« Le racialisme nippon est original. Là où les Occidentaux dénigrent la race de l'autre, les Japonais se soucient d'établir leur unicité comme race du Yamato (nom toponyme de l'ancien Japon), et, par là, leur supériorité »[156].

« Dans la Libye de Kadhafi […] l’arabisme confinait à un « racialisme » niant toute réalité anté-arabe »[157].

Tunisie

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En Tunisie les africains noirs sont stigmatisés, le président Kaïs Saïed a notamment reconnu l'existence d'une arabité musulmane en Tunisie[158].

Sud-africain

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Le régime d'apartheid étant racialiste[159] et ségrégationniste[160], Nelson Mandela et l'ANC refusaient et combattaient donc le racialisme[161]

Catégories sociales affectées

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Communautés religieuses

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L'islamophobie, tout comme l'antisémitisme, peuvent relever du racisme scientifique contemporain car bien que d'allure culturelle, l'appel à la "race", à l'hérédité de comportements, à l'idée d'un sang chrétien supérieur est observable[1].

Populations considérées non-blanches

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En Amériques, les peuples autochtones subissent les effets du racisme scientifique[162] Le peuple Sami, peuple indigène du nord de l'Europe, souffre aussi des dommages du racisme scientifique et d'avoir été racialisé[1].

Le racisme scientifique étaye nombre des croyances racistes que les médecins ont aujourd'hui, notamment l'idée erronée que les personnes noires ont les terminaisons nerveuses moins sensibles ou la peau plus épaisse[3].

Le racisme scientifique pourrait entraîner une résistance face à la théorie de l'évolution et les sciences en général, chez les populations qui en sont victimes, puisqu'elle a été largement associée à des conceptualisations et études infériorisant les populations noires, selon une étude au Zimbabwe[163]

Antiracisme

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Dès le XIXe siècle, selon Marlène Laruelle, les intellectuels russes dont Nikolaï Danilevski, les philosophes Alexeï Khomiakov et Vladimir Soloviev, le linguiste et ethnologue Vladimir Lamanskij, condamnent et rejettent sans ambiguïtés le racialisme[164].

Selon le rapport de la commission nationale consultative des droits de l'Homme de 1996, l'antiracisme est un antiracialisme, par définition : « L'antiracisme est au sens strict, un antiracialisme, qui revient à rejeter comme mal formées les catégories de la pensée raciale, à mettre en évidence la fausseté des propositions racialistes (les hiérarchies raciales, par exemple) ou les sophismes constitutifs des théories racialistes à prétention explicative »[165].

Notes et références

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  1. C'est ainsi que Carole Reynaud-Paligot désigne les spécialistes de l'étude des races humaines.[7]

Références

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Voir aussi

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Bibliographie

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En français

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  • Agnès Lainé, « L’anthropologie biologique et l’Afrique au XXe siècle », dans Christine Deslaurier et Dominique Juhé-Beaulaton, dir., Afrique, terre d’histoire. Au cœur de la recherche avec Jean-Pierre Chrétien, Paris, Karthala, , p. 131-158
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  • Tzvetan Todorov, Nous et les autres : la réflexion française sur la diversité humaine, Paris, Seuil, (ISBN 978-2-02-010582-8)
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En anglais

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Articles connexes

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Liens externes

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