Suivi temporel des oiseaux communs

programme de science participatuve
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Le programme STOC, Suivi Temporel des Oiseaux Communs, est un programme de sciences participatives de suivi des populations d'oiseaux nicheurs lancé en 1989.

Il s'agit pour ces participants de collecter des données sur la présence et l'abondance d'oiseaux nicheurs afin de produire des indices (ou indicateurs) de variation spatiale et temporelle des populations de différentes espèces d'oiseaux communs[1].

Les indices de suivis de ce type, déployés sur de grands territoires et à long terme, permettent de suivre les tendances des populations d'oiseaux communs, ce qui est nécessaire à l'élaboration de stratégies de conservation.

Méthodologie

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Les écoutes se font dans un rayon de 10 km : un carré de 2 km de côté est tiré aléatoirement, où le participant place dix points distants d'au moins 300 m. Il a le choix entre deux carrés au cas où l'un des deux soit inaccessible.
1. Harmas Jean-Henri Fabre
2. Base aérienne 115 Orange

L'acquisition de données se fait par points d'écoute de cinq minutes durant lesquels des ornithologues inventorient, dénombrent et estiment la distance à l'individu[2].

Échantillonnage spatial

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Dix sites sont répartis dans des carrés de 2 km sur 2 km[3]. Les carrés sont attribués aux participants en sélectionnant au hasard un de ces carrés dans un cercle de 10 km de rayon autour d'un point désigné par l'ornithologue. Dans le carré choisi, le participant place dix points distants d'au moins 300 mètres les uns des autres et dans des milieux représentatifs de l'occupation du sol du carré proportionnellement à celle-ci. Ainsi, un carré comprenant 40% de boisements et 60% de milieux agricoles se verra doté de 4 points en forêt et 6 points en milieu agricole. Ces points d'écoute sont appelés EPS, pour échantillonnages ponctuels simples.

Échantillonnage temporel

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Sur chacun de ces points, le participant fait un point d'écoute de cinq minutes trois fois par an, aux mêmes dates plus ou moins trois jours, par conditions favorables, au mois de mars, entre le 1ᵉʳ avril et le et entre le et le .

Collecte des données

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Durant ces points d'écoute, il estime le nombre d'individus vus (à l’œil nu) ou entendus et la classe de distance à laquelle il se trouve (de 0 à 25 mètres, de 25 à 100 mètres, de 100 à 200 mètres, plus de 200 mètres ou vu en vol de passage).

Partage des données

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Les données collectées sont entrées dans l'application mobile NaturaList ou le site internet Faune-France[4]. En 2015 est lancé le site Vigie-Plume, mais il n'a pas le succès escompté[5].

Résultats

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Le programme STOC a permis de collecter prêt de cinq millions d'observations dans la version du protocole actuelle, c'est-à-dire depuis 2001. Outre les indicateurs mentionnés plus haut, les données du STOC ont été mobilisées dans la production d'articles et de thèses en écologie portant sur les facteurs de déclin (intensification agricole, réchauffement climatique...), l'évaluation des politiques publiques (Natura2000, Réserves Naturelles...), ou encore en écologie fondamentale (homogénéisation biotique...).

 
Troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes) à l'école de botanique du Jardin des plantes de Paris, 2019. Chant : répétitions de motifs très simples, aigus et stridents, avec des séries de sifflets brefs, puis un trille soutenu, parfois deux, et une conclusion.

Dans le cadre de ce protocole, sont entendues par communes les espèces dont suffisamment de données sont collectées par points d'écoute en début de matinée au printemps. Ainsi, par exemple, la Chouette hulotte, pouvant être considérée comme commune, ne pourra être concernée faute d'être vocalement active à cette période de la journée puisqu'elle est plutôt nocturne.

Les données collectées permettent de produire un indicateur environnemental retenu parmi les indicateurs de développement durable par la France[6], aussi décliné dans l'Observatoire national de la biodiversité (ONB) sous la dénomination "évolution des populations des oiseaux communs spécialistes"[7].

Historique

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Depuis 1923, le Centre de recherches sur la biologie des populations d'oiseaux (CRBPO), une structure du Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) s'appuie sur des ornithologues amateurs pour les activités de baguage des oiseaux communs, le STOC-Capture. Les bénévoles de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) s'y investissent. Dans les années 1960, des programmes de suivi des populations d'oiseaux par des ornithologues amateurs sont lancés au Royaume-Unis et aux États-Unis, les Bird Monitoring Scheme. En 1989, ils inspirent la création du STOC-EPS[8].

En 2001, le programme est relancé et restructuré par les chercheurs du Muséum Frédéric Jiguet et Olivier Leclerc[9]. Ils introduisent le tirage aléatoire des sites suivis pour les nouveaux participants[10]. En 2016, est ajouté une quatrième classe de distance, pour noter les oiseaux aperçus entre 100 et 200 mètres de l'observateur[5].

D'autres programmes de suivi des oiseaux sont développés, dont le Suivi hivernal des oiseaux communs (SHOC) en 2013, le Suivi temporel des oiseaux de montagne (STOM) en 2014 et le protocole Estimation des populations d’oiseaux communs (EPOC) en 2017[11]. Oiseaux des jardins, lancé en 2012, est plus grand public[12]. Tous ces programmes font partie de Vigie-Nature[13].

Ce suivi est déployé en France et dans certains des territoires d'outre-mer. Ailleurs dans le monde, des suivis comparables existent. En Europe et dans quelques pays limitrophes le Pan-European Common Bird Monitoring Scheme, et en Amérique du Nord, le North American Breeding Bird Survey.

En 2023, est lancé le site AcouSTOC, un site d’entrainement pour reconnaitre les cris et chants d'oiseaux[14]. Il s'appuie sur la base de données Xeno-canto[15].

Actuellement, ce suivi est co-animé par le Centre d’écologie et des sciences de la conservation (CESCO) du Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN), l'Office Français de la Biodiversité (OFB) et l'association Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO). Il est généralement effectué par des réseaux locaux d'ornithologues bénévoles et pour partie, des ornithologues professionnels[16].

Notes et références

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  1. « Évolution des populations d'oiseaux communs spécialistes » (consulté le )
  2. « Protocole du STOC »
  3. Laurianne Geffroy, « Où sont passés les oiseaux des champs? », sur CNRS Le journal, (consulté le )
  4. « Accueil - www.faune-france.org », sur www.faune-france.org (consulté le )
  5. a et b Frédéric Jiguet, Diane Gonzalez, Camila Andrade et Benoît Fontaine, « STOC et SHOC : des nouvelles des suivis d’oiseaux communs coordonnés par le Muséum », Ornithos, vol. 23,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. « Objectif n° 15 - Vie terrestre − Indicateurs pour le suivi national des objectifs de développement durable | Insee », sur www.insee.fr (consulté le )
  7. https://naturefrance.fr/indicateurs/evolution-des-populations-doiseaux-communs-specialistes
  8. Anne Dozières et Benoït Fontaine, « STOC (Suivi temporel des oiseaux communs) », sur Encyclopædia Universalis, (consulté le )
  9. Romain Julliard, « Les sciences participatives et la collecte de données naturalistes », dans Olivier Leclerc, Savants, artistes, citoyens : tous créateurs ?, Sciences et biens communs, (ISBN 978-2-924661-18-5, lire en ligne)
  10. Romain Julliard, « Les sciences participatives et la collecte de données naturalistes : Entretien avec Olivier Leclerc », Savants, artistes, citoyens : tous créateurs ?,‎ (lire en ligne  , consulté le )
  11. « Oiseaux communs - LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) », sur www.lpo.fr (consulté le )
  12. « Accueil - www.oiseauxdesjardins.fr », sur www.oiseauxdesjardins.fr (consulté le )
  13. « Suivi temporel des oiseaux communs (STOC | Vigie-Nature », sur www.vigienature.fr (consulté le )
  14. « AcouSTOC – Testez vos connaissances sur les chants d'oiseaux qui vous entourent » (consulté le )
  15. « Lancement de l'outil AcouSTOC pour l'entraînement aux sons d'oiseaux | PatriNat, centre d’expertise et de données sur le patrimoine naturel », sur www.patrinat.fr, (consulté le )
  16. Benoît Hopquin, « L'ornithologue espèce en voie de prolifération », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )

Liens externes

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