Pierre Ier (roi de Portugal)
Pierre Ier de Portugal, dit « le Cruel », « le Crude » ou « le Justicier » (en portugais Pedro o Cruel, Pedro o Cru et Pedro o Justiceiro), né le à Coimbra et mort le à Estremoz, est le huitième roi de Portugal, de 1357 à 1367 [1],[2].
| Pierre Ier Le Justicier | |
Gisant de Pierre Ier de Portugal à l'abbaye d'Alcobaça, vers 1360. | |
| Titre | |
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| Roi de Portugal et de l'Algarve | |
| – (9 ans, 7 mois et 21 jours) |
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| Prédécesseur | Alphonse IV |
| Successeur | Ferdinand Ier |
| Biographie | |
| Dynastie | Maison de Bourgogne |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Coimbra |
| Date de décès | (à 46 ans) |
| Lieu de décès | Estremoz |
| Père | Alphonse IV |
| Mère | Béatrice de Castille |
| Conjoint | Constance de Castille Inés de Castro |
| Enfants | Marie Ferdinand Béatrice Jean |
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| Rois de Portugal | |
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Début de vie
modifierJeunesse
modifierPierre est le fils du roi Alphonse IV de Portugal (1291-1357), dit Alphonse le Brave, et de Béatrice de Castille (1293-1359).
De ses six frères et sœurs, seulement deux filles, Marie de Portugal et Éléonore de Portugal, survivent à la petite enfance [3],[4].
À six ans, peu après l'accession de son père au trône, Pierre se voit accorder une suite de six personnes, dont son majordome et précepteur Lopo Fernandes Pacheco [5].
Projets de mariage
modifierEn , des contrats de mariage sont négociés pour Pierre avec Blanche de Castille (1319-1375), petite-fille du roi Sanche IV, et pour sa sœur, Marie de Portugal, avec le futur Alphonse XI de Castille [6],[7]. Blanche est emmenée au Portugal pour y être élevée jusqu'à ce qu'elle soit en âge de se marier, où elle reste huit ans. Selon la « Chronique du roi Pierre Ier » de Fernão Lopes, pendant son séjour, elle commence à montrer des signes de maladie qui la rendent inapte au mariage et à la procréation. Elle est examinée par des médecins, dont ceux envoyés par Alphonse XI, qui confirment sa santé mentale fragile ainsi que son incapacité. En raison du refus de l'infant Pierre et du trouble mental évident de l'infante Blanche, le mariage proposé n'a pas lieu [8],[9],[10],[11].
Alphonse IV de Portugal décide de marier son fils et héritier, Pierre, avec Constance de Castille, la fille de Don Juan Manuel, afin de forger une alliance avec lui [12]. Lorsque Constance arrive au Portugal en 1340, Inés de Castro, la belle et aristocratique fille d'une importante famille galicienne, l'accompagne comme dame de compagnie [13].
Liaisons
modifierAlors qu’il ne règne pas encore, Pierre est connu pour sa relation adultère avec Inés de Castro, la dame de compagnie de son épouse Constance de Castille, qui a d'importantes répercussions sur la vie politique du Portugal sous le règne d’Alphonse IV. Inés finit par être assassinée, supposément sur ordre du souverain en 1355 sans que cela n'entraîne d’amélioration dans les rapports entre père et fils. Au contraire, entre 1355 et son accès à la couronne, Pierre se révolte contre son père au moins deux fois [14].

Selon la chronique de Fernão Lopes, le futur roi Pierre Ier est bègue et souffre de crises d'épilepsie. Il est également documenté dans cette chronique, selon Fernão Lopes lui-même, que le prince portugais a une passion pour un écuyer appelé Afonso Madeira «qu'il aime plus qu'il ne faut le dire ici» [15].
Fernão Lopes inclus un chapitre expliquant comment Pierre a puni son écuyer parce qu'il «a couché avec une femme mariée» en ordonnant que «les membres que possèdent les hommes les plus estimés» lui soient amputés, ce qui conduit certains auteurs à suggérer que cette «castration» est peut-être motivée par la jalousie du prince [16],[17],[18].
Règne
modifierAprès son couronnement en 1357, Pierre Ier annonce son mariage secret avec Inés de Castro peu avant sa mort et sa volonté qu'on la considère comme reine de Portugal. Ce mariage n'est prouvé par aucun document [19]. Deux des assassins d'Inés de Castro sont arrêtés et exécutés avec une grande brutalité [20]. Le troisième responsable de la mort d'Inés, Diogo Lopes Pacheco, réussi à s'échapper et le roi décide de le gracier vers la fin de sa vie [21]. La tradition dit que Pierre Ier aurait exhumé le cadavre d'Inés de Castro pour la couronner comme reine de Portugal puis obligé la noblesse à lui faire le baise-main. Il fait construire deux tombeaux dans les nefs latérales du monastère d'Alcobaça afin que, le jour du jugement final, les éternels amants, ressuscités, puissent se voir immédiatement [19].
Comme roi, Pierre Ier est un bon administrateur, courageux dans la défense de son pays contre le pouvoir pontifical et défendant les moins favorisés [22]. Ses relations avec le clergé sont parfois conflictuelles mais il se montre magnanime envers la noblesse [23]. Il confère le titre de comte de Barcelos à Jean Alphonse Teles de Meneses, comte d'Ourém, avec droit héréditaire, et octroie des terres aux enfants d'Inés. Il confie l'Ordre d'Aviz à son fils illégitime, Jean, et initie la nationalisation des ordres militaires [24]. Il ne fait pas grand-chose pour freiner le pouvoir de la noblesse, mais celle-ci craint le roi [23].
Il mène une justice brutale mais exemplaire, sans égard à l'identité de la victime [22]. Afin de ne pas retarder l'application des peines, il punit de mort la pratique d'avocat, ce qui provoque des protestations aux Cortes en 1361 [25].
En politique extérieure, il soutient son neveu, le roi Pierre Ier de Castille, dans la guerre civile qui l'oppose à son demi-frère [24].
Au pouvoir pendant près de dix ans, il est si populaire que Fernão Lopes écrit: « qu'il n'y a jamais eu au Portugal de telles années que celles pendant lesquelles le roi Pierre Ier a régné » [21]. Son règne est l'un des seuls du XIVe siècle sans guerre et marqué par la prospérité financière, restant ainsi dans les mémoires comme un bon souverain [24].
Le roi Pierre Ier a une santé fragile du fait des mariages consanguins entre les Maisons de Portugal et de Castille qui aboutissent à une véritable dégénérescence des familles royales des deux pays. Son règne marque le début de la grave crise par laquelle la première dynastie portugaise s’achève [26].
À sa mort en 1367, son fils Ferdinand Ier de Portugal lui succède sur le trône [27].
Descendance
modifierEn 1328, il est prévu qu'il épouse Blanche de Castille (1319–1375) (es), fille de l'infant Pierre de Castille (1290-1319) (es) et de Marie d'Aragon (1299-1347) (es). Le mariage est annulé pour infirmité mentale en 1332 [28].
En [29], à Lisbonne, il épouse Constance de Castille (1316-1349), union dont on connaît quatre enfants:
- Marie de Portugal (née le [30]- morte en 1377 [31]), dite Marie de Bourgogne, mariée le avec Ferdinand d'Aragon (1329-1363), marquis de Tortosa, fils d'Alphonse IV d'Aragon ;
- Louis de Portugal (né et mort en 1344), il n'a vécu que huit jours [32];
- Ferdinand (1345-1383) [32], dit Ferdinand le Beau, roi de Portugal (1367-1383), marié en 1371 avec Éléonore Teles de Menezes (1345-1386) dite Leonor Telles.
- Une fille, peut-être nommée Marie (mort-née en 1349), décédée peu après sa naissance [33];
De son prétendu mariage secret avec Inés de Castro (1325-1355) naissent quatre enfants:
- Béatrice de Portugal (1347-1381), dite Béatrice de Bourgogne, mariée en 1373 avec Sanche de Castille (1339-1374), comte d'Albuquerque et fils naturel d'Alphonse XI de Castille. Leur fille Éléonore d'Albuquerque épouse Ferdinand Ier d'Aragon;
- Alphonse de Portugal (mort-né en 1350), décède peu après sa naissance [34];
- Jean de Portugal (1352 [34]-1396 [35]), duc de Valencia de Campos en 1387, marié en 1375 avec Marie Tellez de Menezes, avec descendance. Veuf, il épouse en 1378 Constance de Castille, fille illégitime d'Henri II de Castille, avec descendance, et a une descendance illégitime;
- Denis de Portugal (1353 [34]-1403 [36]), marié en 1372 avec Jeanne de Castille, fille illégitime d'Henri II de Castille, souche espagnole des comtes de Villars-Dompardo, dit de Torres en Espagne.
Par ailleurs, Pierre Ier a, de Thérèse Lourenço, un fils illégitime:
- Jean de Portugal (1357-1433), dit Jean le Prince de Bon Souvenir, grand-maître de l'ordre d'Aviz, puis roi de Portugal et fondateur de la dynastie d'Aviz.
Titre complet
modifierPar la grâce de Dieu, Roi de Portugal et de l'Algarve
Pierre Ier dans la culture populaire
modifierSon histoire d'amour avec Inés de Castro et le conflit père-fils avec Alphonse IV ont inspiré plus de vingt opéras ainsi que de nombreux écrivains, notamment: l'épopée nationale portugaise «Les Lusiades» de Luís de Camões, les œuvres espagnoles «Nise lastimosa» et «Nise laureada» (1577) de Jerónimo Bermúdez et «Reinar despues de morir» de Luis Vélez de Guevara, ainsi que «Inez de Castro» de Mary Russell Mitford et le drame français «La Reine morte» de Henry de Montherlant [37].
Pierre Ier est l'un des personnages du film La Reine morte, réalisé en 1944 par José Leitão de Barros.
Ascendance
modifierNotes et références
modifier- ↑ Wheeler et Opello, Jr. 2010, p. 206.
- ↑ (es) Pedro I de Portugal (lire en ligne)
- ↑ Muxagata 2019, p. 10.
- ↑ Sousa 1735, p. 315.
- ↑ Muxagata 2019, p. 11.
- ↑ Lopes 1735, p. 408–409.
- ↑ García Fernández 1998, p. 172–173.
- ↑ García Fernández 1998, p. 173.
- ↑ Rodrigues Oliveira 2010, p. 223.
- ↑ Caetano de Souza 1735, p. 379–380.
- ↑ Mutgé i Vives 1997, p. 482.
- ↑ McMurdo 1889.
- ↑ Henry Morse Stephens, Portugal, New York, G.P. Putnam's sons, , 92–99 p.
- ↑ McMurdo 1889, p. 193.
- ↑ (pt) D. Pedro I: um Rei cruel, epilético, gago e bissexual, (lire en ligne)
- ↑ (pt) Luciane Dos Santos, SINGULARIDADES DIALÉTICAS DE EROS E TÂNATOS NO CONTO TEOREMA, DE HERBERTO HELDER, UNIVERSIDADE CESUMAR, (ISBN 978-85-8084-055-1, lire en ligne)
- ↑ (pt) Luiz Paulo Labrego de Matos, Justiça, moralidade e amor: aspectos do reinado de D. Pedro I de Portugal, UERJ, (lire en ligne)
- ↑ (pt) Joaquim Vieira, História Libidinosa de Portugal, Leya, (ISBN 978-989-660-712-8, lire en ligne)
- 1 2 Saraiva 1993, p. 103.
- ↑ Crónica de D. Pedro de Fernão Lopes, cap. XXXI
- 1 2 Crónica de D. Pedro de Fernão Lopes, cap. XLIV
- 1 2 Mattoso 1993, p. 488.
- 1 2 Mattoso 1993, p. 489.
- 1 2 3 Mattoso 1993, p. 490.
- ↑ Saraiva 1993, p. 120.
- ↑ Albert-Alain Bourdon Histoire du Portugal Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » n° 1394 Paris 1968, p. 25
- ↑ (es) Pedro I de Portugal (lire en ligne)
- ↑ Les Cahiers de l'Histoire « Souverains et Gouvernements du Portugal » n°12, Paris, novembre 1961, p. 48.
- ↑ Luis Suárez Fernández Historia de España antigua y media Ediciones Rialp, 1976 (ISBN 8432118826 et 9788432118821)
- ↑ Rodrigues Oliveira 2010, p. 249.
- ↑ (es) La muerte en la Casa Real de Aragón, Institución Fernando el Católico, (ISBN 978-84-991-1485-9, lire en ligne), p. 137
- 1 2 Rodrigues Oliveira 2010, p. 250.
- ↑ Rodrigues Oliveira 2010, p. 250 et 252.
- 1 2 3 Rodrigues Oliveira 2010, p. 262.
- ↑ Romero Portilla 2002, p. 521.
- ↑ Olivera Serrano 2005, p. 130.
- ↑ La reine morte (TV Movie) 2009) (lire en ligne)
Bibliographie
modifier- (pt) Maria José Azevedo Santos, D. Pedro I : O Justiceiro, Lisbonne, Quidnovi, coll. « Reis de Portugal », (ISBN 978-989-554-583-4).

- (pt) Antonio Caetano de Souza, Historia Genealógica de la Real Casa Portuguesa, vol. I, Livros I e II, Lisbonne, Lisboa Occidental, na oficina de Joseph Antonio da Sylva, (ISBN 978-84-8109-908-9, lire en ligne).

- (pt) Ana Rodrigues Oliveira, Rainhas medievais de Portugal. Dezassete mulheres, duas dinastias, quatro séculos de História, Lisbonne, A esfera dos livros, (ISBN 978-989-626-261-7).

- (pt) José Mattoso, História de Portugal, A Monarquia Feudal, Segundo Volume, Círculo de Leitores, (ISBN 972-42-0636-X).

- (pt) José Saraiva, História de Portugal, Mem Martins, Publicações Europa-América, .

Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- (pt) Informations généalogiques sur Pierre Ier, Roi de Portugal et de l'Algarve