Marguerite de Launay
Marguerite de Launay, plus couramment appelée Rose Delaunay du nom de sa mère, est née le à Paris et morte le à Sceaux[N 1]. Baronne de Staal par son mariage, c'est une mémorialiste et femme de lettres française.
| Naissance | |
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| Décès | |
| Nom de naissance |
Marguerite Jeanne Cordier de Launay |
| Activités | |
| Conjoint |
Jean Jacques de Staal (d) |
Biographie
modifierEnfance et éducation
modifierDe condition modeste, Marguerite de Launay était la fille d'un peintre français mort en Angleterre. Sa mère, n'ayant pas les moyens de l'élever, l'abandonne très jeune dans le couvent de Saint-Sauveur-d'Evreux en Normandie. Elle est dès lors confiée à Madame de Grieu qui se retrouve nommée au prieuré Saint-Louis de Rouen, où elle emmène sa protégée.
Rose Delaunay est une enfant instruite et mature pour son âge, qui ne manque de rien tant elle est choyée par les dames du couvent qui voient en elle une enfant extraordinaire. La jeune fille reçoit une éducation de qualité, ce qui contraste avec ses origines modestes. Elle est autodidacte mais a aussi des maîtres engagés par les religieuses qui veulent lui conférer la meilleure éducation possible. Pour s'instruire, elle lit énormément de livres dans la bibliothèque du couvent, notamment des livres de piété, ce qui l'inspire pendant à temps à devenir religieuse[pas clair]. Ces lectures lui ont permis de se former une culture littéraire importante, ce qui lui permet par la suite de s'insérer au sein de l'élite. Elle étudie également la philosophie de Descartes, la poésie et la géométrie[3],[4].
Au service de la duchesse du Maine
modifierÀ la mort de l'abbesse du couvent de Rouen, Rose Delaunay suit Madame de Grieu au couvent de la Présentation à Paris. Elle espère trouver dans la capitale une place de gouvernante dans une maison importante. Cependant, du fait de son origine modeste, peu de possibilités s'offrent à elle en termes de carrière[5]. Ainsi, elle est mise en relation avec Marie de La Ferté-Senneterre, duchesse de La Ferté (1654-1726), gouvernante des enfants royaux. Il est dans un premier temps décidé que la jeune fille pourra contribuer à l'éducation de l'enfant de la Dauphine, Marie-Adélaïde de Savoie, épouse du petit-fils de Louis XIV, si celui-ci est une fille. Cependant, l'enfant est un garçon (c'est le futur Louis XV). Finalement, Mademoiselle Delaunay est engagée au service de la duchesse du Maine en 1711, au grand désarroi de la duchesse de la Ferté qui voulait la garder sous sa protection.
Cependant, malgré ses brillantes qualités littéraires, elle est engagée comme femme de chambre, ce qui est un véritable coup dur pour la jeune femme qui partage son temps entre Versailles et la cour de Sceaux. Finalement, Madame Delaunay est peu à peu promue et monte en grade quand la duchesse remarque enfin ses talents littéraires. En effet, suite à une lettre de la duchesse à Fontenelle, rédigée par Mademoiselle Delaunay au sujet de Mademoiselle Tetar, la cour vante les mérites de Rose. La duchesse prend conscience que les capacités de sa femme de chambre pourraient être mises plus dignement à son service. Mademoiselle Delaunay devient alors la secrétaire non officielle de la duchesse, sa lectrice, mais également l’organisatrice de ses plaisirs en planifiant les Grandes Nuits de Sceaux[6]. Sa place auprès de la duchesse lui permet également d'être chevalière de la Mouche à Miel.
Madame de Staal-Delaunay se révèle aussi comme écrivaine. Elle a en effet été l'autrice de deux comédies présentées lors des Grandes Nuits de Sceaux, intitulées L'Engouement et La Mode, et rédige ses Mémoires entre 1736 et 1740.
Madame de Staal-Delaunay à la Bastille
modifierEn , Madame de Staal-Delaunay est arrêtée et emmenée à la Bastille pour sa complicité dans la conspiration de Cellamare. Contrairement à toute attente, Madame Delaunay se plaît fortement à la Bastille. Elle est particulièrement bien traitée en prison, avec l’aide de M. de Maisonrouge, le lieutenant du roi, qui s’est épris d’elle et comble tous ses désirs. De plus, elle vit une idylle avec le chevalier de Ménil, lui aussi arrêté dans le cadre de la conspiration. Elle trouve de meilleures conditions de vie en prison que chez la duchesse et se déclare alors « comblée de liberté ». Elle décrit sa vie comme étant douce et tranquille, dans cette paisible demeure. Ses Mémoires (rédigés à la fin des années 1730) ont contribué à donner à la Bastille une « légende rose », puisqu'elle y donne une image très enjolivée des conditions de détention d’une prisonnière privilégiée.
Libérée, elle reprit sa place près de la duchesse et épousa le baron Jean-Jacques de Staal (Johann-Jakob vom Staal, - ), officier suisse (originaire de Soleure), son aîné de 7 ans, maréchal de camp du duc du Maine.
Œuvres
modifier- Mémoires de Madame de Staal-Delaunay sur la société française au temps de la Régence, édition par Gérard Doscot, Mercure de France, Le Temps retrouvé, 1970 ; nouvelle édition 2001
- Mémoires de Madame de Staal, écrits par elle-même. Tome premier [à quatrième] - À Londres [s.n.] 1755. [BM Senlis]
- La Bastille sous la régence, Paris, Arthème Fayard, 1910
- L'Engouement & La Mode - Comédies en trois actes, texte établi et annoté par Jacques Cormier, Paris, L'Harmattan, 2005 ; L'Engouement, éd. Gabrielle Verdier, in Aurore Evain, Perry Gethner et Henriette Goldwyn (dir.), Théâtre de femmes de l'Ancien Régime, Paris, Classiques Garnier, rééd. "Classiques Jaunes", 2025, t. 4.
- Lettres [de Mlle Delaunai (Mme de Staal)] au chevalier de Ménil, au marquis de Silly, et à M. d'Héricourt, Paris, Léopold Collin libraire, 1806
- Mémoires de jeunesse, Éd. et préf. de Chantal Thomas, Paris, Mercure de France, 1996
- Mémoires de Mme de Staal-Delaunay, Paris, Mercure de France, 1970
- Une Idylle à la Bastille, Paris, Bibliothèque mondiale, 1958
- Mémoires in La Fabrique de l'intime. Mémoires et journaux de femmes du XVIIIe siècle, édition par Catriona Seth, Paris Robert Laffont, Bouquins, 2013.
Divertissements et comédies donnés à Sceaux
modifier- 1715 : La Comédie, Le Jeu, L'Engouement, publié en 1755.
- 1725 : La Mode.
- 1761 : Les Ridicules du jour, même pièce que La Mode jouée à la Comédie-Italienne.
Manuscrit
modifierLe manuscrit NAF 12413 de la Bibliothèque nationale de France contient 19 lettres autographes de Mme de Staal à Madame du Deffand datant de juillet à (f.1-44), ainsi que des copies de L'Engouement (f.76-118) et de L'Abrégé de métaphysique (f.123-149v) de Mme de Staal (lire sur Gallica).
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ AD 92, E_NUM_SCE_BMS_10, registre BMS de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Sceaux (1744-1750), vue 124, 16 juin 1750, acte d'inhumation de Marguerite Jeanne Cordier de Launay.
Dans son Histoire de la ville de Sceaux parue en , Victor Advielle qualifie expressément cet acte d'inhumation d'acte de décès[1] et en donne la transcription suivante[1] : « Le seize , a esté inhumée dans cette église dame Marguerite Jeanne Cordier de Launay, agée de soixante six ans ou environ, décédée d'hier, épouse de messire Jean Jacques de Staal, chevalier de l'ordre royal et militaire de St-Louis, maréchal des camps et armées du roy, capitaine aux gardes suisses ; en présence de messire Jean-Jacques de Staal, officier aux gardes suisses, petit fils de mondit sieur de Staal et de mestre Ponet, Pierre Bonvarlet, avocat en parlement, et de messire Nicolas Alexandre Amé, aumonier de S. A. S. madame la duchesse du Maine, messire Louis Auguste Benedicte de Surbeck, chevalier de l'ordre de royal et militaire St-Louis, capitaine au régiment des gardes suisses, de messire Pierre de Grouchet, gentilhomme de S. A. S. madame la duchesse du Maine, de monsieur Charles Jean François Motel, secrétaire des commandements de sa ditte A. S. qui ont signés avec nous.
— De Staal, — Bonvarlet, — De Grouchet, — Montel, — De Surbeck, — l'abbé Amé, De Fraissy, curé de Sceaux. » La plupart des institutions et histoires littéraires présentent encore Gennevilliers comme étant le lieu de décès de Marguerite de Launay, d'après l'Histoire élémentaire et critique de la littérature d'Émile Lefranc, parue en [2].
Références
modifier- 1 2 Advielle 1883, p. 319.
- ↑ Lefranc 1841, p. 208.
- ↑ Damien Zanone, « « Roman et géométrie : les Mémoires de Mme de Staal-Delaunay » », dans Jacques Neefs et Christine Montalbetti, Le bonheur de la littérature Pour Béatrice Didier, Presses universitaires de France,
- ↑ Madame de Staal-Delaunay, Mémoires, Paris, Mercure de France,
- ↑ Adélaïde Cron, Mémoires féminins de la fin du XVIIe siècle à la période révolutionnaire. Enquête sur la constitution d’un genre et d’une identité, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle,
- ↑ Catherine Cessac, « “Musique et Mécénat Chez Le Duc et La Duchesse Du Maine Dans La Première Moitié Du XVIIIe Siècle.” », Revue de Musicologie, vol. 105, no 1, , p. 51-76
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Jacques Cormier, « Les deux dernières comédies de Mme de Staal-Delaunay : portrait ou pamphlet ? », in C. Cessac, M. Couvreur et F. Preyat (dir.), La Duchesse du Maine (1676-1753), une mécène à la croisée des arts et des siècles, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2003, p. 265-278.
- Léa Gilon, « Mme de Staal-De Launay, Femme de théâtre », University of Massachusetts, thèse de doctorat,1977.
- Adolphe Jullien, Les Grandes Nuits de Sceaux, Paris, éd. J. Baur, 1876, 75 p.
- Franz Funck-Brentano (transcription d'un document du XVIIIe s.), Rosette, Pierre Lafitte & Cie, 1912
- Franz Funck-Brentano, Les secrets de la Bastille, Flammarion, 1932
- Huguette Krief et Valérie André (dir.), Dictionnaire des femmes des Lumières, Paris, Honoré Champion, 2015, p. 1097-1100.
- Marc Hersant, « Autodestination et mondanité dans les mémoires de Mme de Staal-Delaunay », Dix-huitième siècle, 1, no 39, 2007 ([lire en ligne]).
- Gabrielle Verdier, « Vivre de lecture, mourir de lire. Le cas de Madame de Staal-Delaunay », in : Lectrices d'Ancien Régime, Presses universitaires de Rennes, 2003, p. 143-152 (en ligne).
- [Advielle 1883] Michel Charaire (dir.) et Victor Advielle, Histoire de la ville de Sceaux : depuis son origine jusqu'à nos jours, Sceaux et Paris, Charaire et Picard, hors coll., (réimpr. 1996), 1re éd., IV-547-[24] p., in-8o (ISBN 2-87802-238-6, EAN 9782878022384, OCLC 13077490, BNF 31929711, SUDOC 028843614, lire en ligne
[PDF]), chap. VIII (« Sceaux sous la duchesse du Maine »), p. 275-346. - [Lefranc 1841] Émile Lefranc, Histoire élémentaire et critique de la littérature, t. V (vol. 3) : Littérature française (XVIIIe & XIXe siècles), Paris et Lyon, Librairie classique – Périsse, coll. « Histoire élémentaire et critique de la littérature » (no 5), , 1re éd., IV-534 p., in-12 (OCLC 1396763867, BNF 30774783, SUDOC 181792842, lire en ligne), Ire partie (« Littérature du XVIIIe siècle »), chap. IV (« Histoire »), § 3 (« Mémoires »), no 3 (« La baronne de Staal »), p. 208-209.
Liens externes
modifier- Ressource relative à la santé :
- Ressource relative au spectacle :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Acte d'inhumation de Marguerite Jeanne Cordier de Launay ()
(AD 92, E_NUM_SCE_BMS_10, vue 124), Archives numérisées des registre paroissiaux (E NUM) : Sceaux – paroisse Saint-Jean-Baptiste (SCE) : actes de baptême, mariage et sépulture (BMS) : - (10), Archives départementales des Hauts-de-Seine (AD 92) (consulté le ). - Pièces jouées aux Nuits de Sceaux sur operabaroque.fr.
- Femmes auteurs, entrepreneurs et salonnières sur etudes-francaises.net.