Le Faiseur

pièce de théâtre de Honoré de Balzac

Le Faiseur est une pièce de théâtre d'Honoré de Balzac, créée à Paris sous le titre Mercadet le au Théâtre du Gymnase, plus d'un an après la mort de l'auteur.

Le Faiseur
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Écriture

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La rédaction de la pièce, commencée en 1839, a été laborieuse et subit beaucoup de remaniements, avec divers titres : Les Mercadet, Le commerce, Un saltimbanque de la Bourse. Balzac, voulant à tout prix triompher au théâtre, s'entoure de collaborateurs tel Charles Lassailly[1]. Finalement achevée à l'été 1848[2], la pièce est proposée au Théâtre-Français, mais, malgré une lecture de l'auteur et des préparatifs bien avancés, la pièce est finalement refusée. Après un second refus au théâtre de la Porte-Saint-Martin et le départ de Balzac en Ukraine pour se marier avec Madame Hanska, la pièce est définitivement enterrée. Balzac ne connaîtra jamais, de son vivant, le succès tant convoité[3].

Argument

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Mercadet, homme d'affaires ruiné, tente de rassurer ses créanciers de plus en plus pressants. Pour cela il invoque un ancien associé, Godeau, parti faire fortune aux Indes et censé rembourser généreusement les dettes de Mercadet à son retour. Comme certains créanciers s'impatientent, Mercadet décide de marier sa fille Julie à un riche jeune homme : monsieur de la Brive. L'idée lui a été soufflée par sa femme, elle-même conseillée par son jeune galant, M. de Méricourt. Malheureusement, monsieur de la Brive, qui cultive deux identités, est encore plus endetté que Mercadet. Au reste, Julie est amoureuse d'un garçon pauvre : Minard. Mercadet démasque le jeune Michonnin de la Brive et tente de le faire passer pour Godeau, mais le subterfuge est éventé. À l'acte V, tel un deus ex machina, toutefois, Godeau est censé être rentré à Paris et aurait payé les créanciers de son ami : c'est en quelque sorte la fiction qui a engendré la réalité dans la pièce. Au reste, Minard, fils naturel de Godeau, est riche.

Analyse

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La pièce tourne en dérision pêle-mêle les spéculateurs, les usuriers, les créanciers et les débiteurs, mais plus globalement encore un capitalisme financier qui spécule en fonction de rumeurs, d'apparence d'opulence ou de délits d'initié. Les créanciers continuent d'avancer de l'argent à Mercadet sur la foi de ses promesses. Lui-même ment ou manipule l'information à son avantage pour spéculer à la baisse ou à la hausse.

La situation décrite dans Le Faiseur ressemble à celle de nombreux escrocs abusant de la crédulité et de la cupidité de leurs créanciers. On pense particulièrement à Thérèse Humbert qui, durant une vingtaine d'années parvint à obtenir des prêts considérables en faisant miroiter le prétendu héritage d'un millionnaire américain.

Félicien Marceau voyait dans cette œuvre une étrange similitude phonétique entre En attendant Godot de Samuel Beckett et Le Faiseur, où l'on peut lire ceci à la scène 6 de l'acte V : « Godeau !… Mais Godeau est un mythe !… Une fable !… Godeau, c’est un fantôme… Vous avez vu Godeau ?… Allons voir Godeau ! »[4],[5],[N 1].

Félicien Marceau souligne également que le grand thème du Faiseur est le vide, incarné dans un associé fantôme, dont l'absence même permet à ce monde fictif de « fonctionner »[9].

Le faiseur est devenu un nom commun dont Balzac a donné la définition : un « faiseur » est un homme qui tente cent affaires sans forcément en réussir une seule. On trouve cette définition dans le Petit Larousse et dans tous les dictionnaires de nos jours.

Mises en scène notables

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Adaptations cinématographiques

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Musique de scène

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  • Darius Milhaud compose en 1935 une musique de scène pour la pièce dans l'adaptation de Simone Jollivet, mise en scène par Charles Dullin : Opus 145 pour flûte, clarinette, saxophone et batterie[29].

Éditions

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  • 1851, Mercadet, Librairie théâtrale, version en trois actes.
  • 1853, Alexandre Cadot, édition conforme au manuscrit de l'auteur.
  • 1870, in Œuvres Complètes, tome XVIII : Théâtre, Michel Lévy frères.
  • 1877, in Théâtre de H. de Balzac, Ve Alexandre Houssiaux.
  • 1927, in Œuvres Complètes, Théâtre, tome II, Albin Michel.
  • 1929, in Théâtre, tome II, Louis Conard.
  • 1957, Collection du Répertoire, Théâtre national populaire, L'Arche Éditeur.
  • 2012, GF Flammarion, présentation par Philippe Berthier.

Notes et références

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  1. Samuel Beckett a déclaré n'avoir lu Le Faiseur qu'après avoir écrit En attendant Godot[6] ; il a été suggéré qu'il aurait pu être influencé par le film The Lovable Cheat adapté de la pièce de Balzac[7], avec Buster Keaton dont Beckett avait été admirateur[8].

Références

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  1. Edmond Texier, Critiques et récits littéraires, Paris, Michel Lévy frères, 1853, 342 pages, p. 107.
  2. Yves Citton 2013, p. 147.
  3. « Balzac ou les mirages du Théâtre », Programme de représentation, Comédie de l'Est,‎ (lire en ligne [PDF])
  4. Claus Hammel 1972.
  5. (en) « Balzac to Beckett via God(eau/ot) », Samuel Beckett Today / Aujourd'hui, vol. 3, no 1,‎ , p. 47-56 (ISSN 0927-3131, présentation en ligne).
  6. Deirdre Bair (trad. Léo Dilé), « "En attendant Godot". Une merveilleuse diversion libératrice », dans Samuel Beckett, Paris, Fayard, (ISBN 9782213025803), p. 347-354.
  7. (en) Katherine Waugh et Fergus Daly, « 'Film' by Samuel Beckett », Film West, vol. 20,‎ .
  8. (en) Alan W. Friedman, « Samuel Beckett Meets Buster Keaton: Godeau, Film, and New York », Texas Studies in Literature and Language, vol. 51,‎ , p. 41-46 (limité).
  9. Roland Barthes, Essais critiques, Paris, Seuil, , p. 92.
  10. « Mercadet le faiseur », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  11. « Le Faiseur - 1935 [notice de spectacle] », sur Bibliothèque nationale de France.
  12. Claude Sarraute, « Le Faiseur, d'Honoré de Balzac », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  13. « Le Faiseur - 1965 », sur les Archives du spectacle.
  14. « Le Faiseur - 1965-1966 [notice de spectacle] », sur Bibliothèque nationale de France.
  15. « Le Faiseur - 1972 », sur les Archives du spectacle.
  16. « Le Faiseur », sur Mémoires des Célestins.
  17. Le Faiseur, comédie en cinq actes et en prose, La Documentation française, coll. « Répertoire Comédie-Française », 1993, 157 p. (ISBN 2-11-081302-4), p. 7.
  18. « Théâtre. Les socialistes vus par Balzac. Une comédie de moeurs plus actuelle que scénique. Le Faiseur à la Comédie-Française », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  19. « Le Faiseur », sur Mémoires des Célestins.
  20. « Le Faiseur - 1995-1996 », sur les Archives du spectacle.
  21. Michel Cournot, « Jean-François Balmer au firmament du jeu dans Le Faiseur, de Balzac », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  22. Brigitte Salino, « Le Faiseur au Théâtre des Abbesses », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  23. Philippe Tesson, « Balzac prophète », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  24. Philippe Chevilley, « La tournée de la dette des Tréteaux de France », les Échos,‎ (lire en ligne).
  25. « Le Faiseur » (présentation de l'œuvre), sur l'Internet Movie Database
  26. « Le Faiseur » (présentation de l'œuvre), sur l'Internet Movie Database
  27. « Le Faiseur », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  28. « Le Faiseur » (présentation de l'œuvre), sur l'Internet Movie Database
  29. « Milhaud Darius 1892-1974 », sur www.musicologie.org.

Bibliographie

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  • Gilles Castagnès, « Entre Musset et Beckett, Le Faiseur de Balzac : l'intertextualite en question », Nottingham French Studies, vol. 49, no 1,‎ , p. 31-44 (présentation en ligne).
  • Yves Citton, « L'insoutenable ontologie du capitalisme financier. Dette et spéculation dans Le Faiseur de Balzac », dans Alexandre Peraud (dir.), La Comédie (in)humaine de l’argent, Lormont, Le Bord de l'eau, coll. « Diagnostics », (ISBN 978-2-35687-261-6, lire en ligne), p. 147-171.
  • Laurent Greilsamer, « 1851 : sous le personnage de théâtre, un aigrefin de la Bourse, façon Madoff », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • (de) Claus Hammel (ill. Peter Nagengast), Le Faiseur oder Warten auf Godeau : Komödie nach Balzac, Berlin, Eulenspiegel-Verlag, , 111 p..