La Croix-Rousse

colline et quartier lyonnais

La Croix-Rousse est une colline située dans la commune française de Lyon (département du Rhône), ainsi qu'un quartier important de cette ville, célèbre pour avoir été autrefois celui des canuts. La Croix-Rousse est d'ailleurs surnommée « la colline qui travaille » en référence à ces travailleurs de la soie lyonnais, par opposition à « la colline qui prie », celle de Fourvière, de l'autre côté de la Saône, dont l'emblème est la basilique Notre-Dame.

La Croix-Rousse
La Croix-Rousse
Les pentes de la Croix-Rousse depuis Fourvière.
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Métropole Métropole de Lyon
Ville Lyon
Arrondissement municipal 1er arrondissement
4e arrondissement
Code postal 69001
69004
Géographie
Coordonnées 45° 46′ 46″ nord, 4° 49′ 39″ est
Altitude Min. 167 m
Max. 252 m
Cours d’eau Saône
Rhône
Transport
Métro Métro de Lyon Ligne C
Localisation
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La Croix-Rousse

Cette colline, située entre le Rhône à l'est et la Saône à l'ouest, surplombe au sud la presqu'île, étendue plate formée par les alluvions des deux cours d'eau avant leur confluence. Son sommet, qui culmine à 254 mètres, est l'extrémité d'une moraine glaciaire, formée par des roches transportées jusqu'à cet endroit par les glaciers alpins.

La Croix-Rousse est une ancienne commune du département du Rhône. Le quartier de la Croix-Rousse fait aujourd'hui partie du 4e arrondissement de Lyon (limitrophe de la commune de Caluire-et-Cuire), mais ses pentes sont en partie dans le 1er arrondissement, tout près de l'hôtel de ville de Lyon (place des Terreaux).

Ce quartier est fortement marqué par son passé de haut lieu de l'industrie de la soie, ainsi que par les trois soulèvements des canuts (1831, 1834 et 1848), qui ont inspiré plusieurs penseurs du XIXe siècle, notamment Proudhon, Saint-Simon, Fourier et Marx.

Histoire

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Débuts de l'histoire de Lyon (-43)

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Au moment de la conquête de la Gaule chevelue par Jules César (-58/-52), la confluence du Rhône et de la Saône, qui fait partie du territoire des Ségusiaves, est proche de la frontière de la province romaine de Gaule narbonnaise, notamment de la ville de Vienne, chef-lieu des Allobroges. Le site de Fourvière semble avoir été un lieu de rassemblements périodiques et d'échanges commerciaux (emporion).

C'est en -43 que commence l'histoire de Lyon, lorsque le gouverneur des Gaules Lucius Munatius Plancus y fonde la colonie romaine de Lugdunum (sur la colline de Fourvière).

Cette colonie va ensuite devenir le chef-lieu des territoires gaulois conquis par César. À partir du règne d'Auguste, qui crée les trois provinces de Gaule lyonnaise, Gaule aquitaine et Gaule belgique, Lugdunum devient le chef-lieu de la Lyonnaise, mais aussi le lieu central du culte impérial pour ces trois provinces, les « Trois Gaules ».

La Croix-Rousse dans l'empire romain

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Le quartier de Condate (règne d'Auguste)

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Une inscription latine trouvée rue de la Vieille indique que cet endroit était appelé « pagus de Condate[pas clair] », c'est-à-dire « quartier du confluent »[1]. Condate est un toponyme gaulois (tout comme Lugdunum), qu'on retrouve aujourd'hui en français, notamment sous la forme « Condé », et qui connote la confluence de deux cours d'eau.

L'archéologue lyonnais Amable Audin (1899-1990) en a déduit qu'à l’époque romaine, le bas de la colline était occupé par un bourg celtique voisin de Lugdunum[2]. Il pensait même que ce village était antérieur à la fondation de la colonie[3]. Cette théorie est souvent reprise dans différents ouvrages sur l'histoire de Lyon, mais n'est confirmée par aucune trouvaille archéologique. Les plus anciennes traces d'occupation repérées sont romaines et datées au plus tôt des environs de 10 avant notre ère, époque de l'inauguration du sanctuaire fédéral des Trois Gaules[4].

Le sanctuaire fédéral des Trois Gaules (à partir du règne d'Auguste)

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Le sanctuaire fédéral des Trois Gaules est un ensemble monumental destiné au culte impérial, situé sur les pentes de la Croix-Rousse[5] et composé de :

  • l'autel des Gaules (installé dès 12 av. J.-C.), dédié à Rome et à Auguste
  • l'amphithéâtre des Trois Gaules (19 de notre ère, sous le règne de Tibère), qui reçoit chaque année le 1° août (début du mois d'Auguste) les délégués des 60 cités des provinces de Lyonnaise, Aquitaine et Belgique.

Par une série de déductions à partir d'éléments archéologiques, Amable Audin localise l'autel de Rome et Auguste au long de la rue des Tables-Claudiennes, imaginant une esplanade de 296 mètres de longueur et 69 mètres de largeur, à l'image du sanctuaire de la Fortuna Primigenia de Préneste, dans le Latium. Cette localisation est cependant controversée, l'aménagement d'une terrasse pouvant avoir été conçu pour l'implantation d'habitat. La découverte de mosaïques dans la rue Pouteau, à l'emplacement présumé de l'autel, fragilise encore l'hypothèse d'Audin[6].

Développement urbain des pentes sous l'Empire

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Les fouilles de la montée de la Grande-Côte (notamment les plus récentes, en 1985) montrent un développement urbain d'abord assez lent, ensuite largement développé au cours du Haut Empire au pied de la colline et à mi-pente, se prolongeant jusqu'au milieu du IVe siècle : présence de mosaïques, traces d'habitats et d'ateliers d'artisans verrier et potiers, structures d'aménagement des terrains, vestiges d'objets romains, inscriptions[7].

Parmi les inscriptions, la plus importante est la célèbre Table claudienne, dont deux grands fragments ont été découverts en 1528 dans une vigne à mi-pente de la colline[8]. Cette inscription reproduit un discours prononcé par l'empereur Claude devant le Sénat de Rome en faveur des Gaulois devenus citoyens romains, discours qui est aussi mentionné par l'historien Tacite.

Des travaux d'assainissement réalisés en 1854 dans la montée des Carmélites et sur la place Fernand-Rey ont révélé des tronçons de voie romaine pavée de granite, identifiée comme faisant partie de la voie du Rhin[9]. D'autres éléments de chaussée découverts en divers endroits apparaissent les indices d'une voirie locale assez dense[10].

 
L'amphithéâtre des trois Gaules.

Haut Moyen Âge et Moyen Âge

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Après la période des grandes invasions et la fin de l'Empire romain d'Occident (476), les édifices gallo-romains sont abandonnés. Lyon et ses alentours font alors partie du royaume des Burgondes, puis du royaume de Bourgogne des Mérovingiens.

En 843, l'empire carolingien est divisé en trois par le traité de Verdun, qui établit la frontière orientale du royaume de Francie occidentale sur le Rhône, la Saône, la Meuse et l'Escaut. Lyon se trouve donc en position frontalière, situation qui va durer pendant plusieurs siècles. À partir de la fin du Xe siècle, il s'agit de la frontière entre le royaume de France des Capétiens (à partir de 987) et le Saint-Empire (à partir de 962).

Au Moyen Âge, la ville de Lyon, qui fait partie de la seigneurie des archevêques, est aussi supposée faire partie du Saint-Empire, jusqu'en 1312, date du traité de Vienne par lequel l'archevêque Pierre de Savoie abandonne sa seigneurie temporelle au roi de France Philippe le Bel. Quelques années plus tard, en 1320, apparaît le Consulat de Lyon, qui fait de la ville une commune disposant d'une certaine autonomie par rapport à son seigneur.

Dans la presqu'île, le territoire communal prend fin vers l'actuelle place des Terreaux aux pieds des pentes de la colline, alors appelée montagne Saint-Sébastien.

Cette montagne Saint-Sébastien fait partie d'un autre territoire féodal appelé le Franc-Lyonnais (treize paroisses), constitué sous l'égide des comtes de Savoie, mais passé sous l'influence des rois de France. Sur le plan économique, les pentes et le plateau sont consacrés à l'agriculture, notamment à la viticulture.

Époque moderne (1492-1789)

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Les remparts de Louis XII (1512)

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La croix en pierre dorée de la Croix-Rousse.

En 1512, Louis XII décide la construction de fortifications au sommet de la colline afin de mieux garantir la défense de la ville de Lyon. Ce rempart (le rempart Saint-Sébastien) intègre les pentes à la ville de Lyon, isolant le plateau, qui devient un faubourg.

Mise en place d'une croix de pierre ocre (années 1510)

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C'est vers cette époque qu'une croix est érigée sur le plateau[11]. Réalisée en pierre de Couzon, de teinte ocre, elle va donner son nom au faubourg de la Croix-Rousse.

On suppose qu'elle se situait au carrefour de la route vers la Dombes (direction de Bourg-en-Bresse) et de la route vers Neuville-sur-Saône[12].

Elle a été détruite et reconstruite à plusieurs reprises : abattue par les protestants en 1562, détruite au cours de la Révolution française, supprimée en 1881 par décision du conseil municipal de Lyon. En 1994, une réplique a été érigée sur la place Joannès Ambre.

Installation de congrégations religieuses et urbanisation

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Après la construction des fortifications, les pentes, jusque-là terrains à vocation agricole, s'urbanisent du fait de leur intégration à Lyon. Aux XVIe et XVIIe siècles, de nombreuses congrégations religieuses s'y installent : les Chartreux (1580), puis les Carmélites, les Sœurs de l'Annonciade, etc.

Le plateau en revanche fait partie de la paroisse de Cuire et du Franc-Lyonnais.

On n'y trouve d'abord qu'un hameau, qui prend de l'importance à la fin du XVIIIe siècle. Des religieux s'y installent, comme sur les pentes, ainsi que de nombreux commerçants, en particulier parce que les taxes y sont moins élevées qu'à Lyon. Mais, faisant partie du Franc-Lyonnais, ils sont dispensés de l'octroi.

Époque contemporaine (depuis 1789)

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Période de la Révolution et du Consulat : la commune de Cuire-la-Croix-Rousse (1790-1797)

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Dès novembre 1789, au début de la Révolution, les biens des communautés religieuses sont nationalisés, puis vendus, libérant ainsi de grandes surfaces.

En 1790, la paroisse de Cuire devient une commune, Cuire-la-Croix-Rousse, qui fait partie du département du Rhône-et-Loire, puis, à partir de la partition de 1793, du département du Rhône. Mais une forte opposition existe entre les ruraux de Cuire et les citadins de la Croix-Rousse.

En 1797, sous le Directoire, le Conseil des Cinq-Cents décrète le rattachement de Cuire à Caluire (loi du 15 mai 1797 - 26 floréal an V), entérinant ainsi la scission. Mais il faudra attendre un arrêté du 22 octobre 1802, sous le Consulat, pour que la commune de la Croix-Rousse soit créée.[pas clair]

L'industrie de la soie à la Croix-Rousse

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Au début du XIXe siècle, Lyon est la première ville ouvrière de France.

L'arrivée massive d'ouvriers de la soie (les canuts) va alors profondément transformer la Croix-Rousse, marquant son histoire et son urbanisme. La Croix-Rousse devient un haut lieu du tissage de la soie (voir l'article sur l'histoire de la soierie lyonnaise).

Pour accueillir les ouvriers ainsi que leurs familles et leurs métiers à tisser, la construction de lotissements s'accélère (par exemple le Clos Dumenge). Des immeubles de cinq ou six étages abritent des appartements ou ateliers construits très hauts sous plafond, en fonction de la taille des imposants métiers à tisser Jacquard (en moyenne 4 m de hauteur), mis au point en 1801. Ils sont dotés de hautes fenêtres (la lumière facilite le travail de la soie) et d'une soupente (mezzanine utilisée pour la vie de la famille). Des poutres en chêne, dont l'écartement permet de fixer le métier renforcent les plafonds.

Sous la pression des lotisseurs qui morcellent des anciens terrains religieux, la partie est de la colline change radicalement de physionomie. Le nombre d'habitants explose et de nouvelles rues apparaissent, parfois de manière anarchique sans que la municipalité ait son mot à dire.

Jules Michelet (1798-1874) a écrit un texte célèbre sur l'opposition de « la montagne qui travaille » et de « la montagne mystique » (la colline de Fourvière, où se trouvent un grand nombre de couvents et d'églises)[13]. Transformée, les formules de Michelet sont devenues « la colline qui travaille » et « la colline qui prie »[14].

Les révoltes des canuts (1831-1849)

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Descente des ouvriers de la Croix-Rousse en novembre 1831.

Les canuts, soumis à de rudes conditions de travail, se révoltent à de nombreuses reprises.

La première révolte en octobre 1831 est considérée comme une des premières révoltes ouvrières[réf. nécessaire], à une époque où le droit de grève n'existe pas, ni les syndicats ouvriers[15]. Ils occupent Lyon aux cris « Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant ! ». Le gouvernement de Louis-Philippe envoie 20 000 hommes de troupe et 150 canons pour réprimer ce mouvement partie du quartier de la Croix-Rousse et qui inquiète les milieux industriels jusqu'à Paris[16].

 
Seconde révolte des canuts en 1834.

Le , les canuts se révoltent de nouveau en occupant les forts de la Croix-Rousse. Pendant 6 jours, ils font face à 12 000 soldats.

Une troisième insurrection a lieu en 1848, au moment de la proclamation de la Seconde République, menée par les Voraces.

Les mêmes Voraces mènent une quatrième insurrection en 1849, en écho au soulèvement des républicains à Paris. Circonscrite sur le faubourg Croix-Rousse, elle est violemment réprimée.

Rattachement de la commune de la Croix-Rousse à Lyon (1852) et grands travaux

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Lyon en 1869 depuis la Croix-Rousse.

En 1818, la Croix-Rousse est élevée au rang de ville[pas clair].

Le , une ordonnance royale érige les quartiers de Serin et de Saint-Clair en communes indépendantes, mais dès 1834, elles sont supprimées et de nouveau réunies à la commune de la Croix-Rousse.

En 1852, la Croix-Rousse, qui compte désormais 30 000 habitants, est rattachée à Lyon (décret présidentiel du ).

Le préfet, Claude-Marius Vaïsse, va alors entreprendre une série de grands travaux (création du réseau d'eau potable, construction de l'hôpital de la Croix-Rousse, etc.).

En 1862, le funiculaire de la rue Terme est mis en service entre le centre de Lyon et Croix-Rousse. Il est surnommé « la ficelle » par les Lyonnais. L'année suivante, la Compagnie du chemin de fer de Lyon (la Croix-Rousse) au camp de Sathonay ouvre la gare de Lyon-Croix-Rousse près de la station du funiculaire. Cette gare est le point d'origine d'une ligne reliant Lyon à la gare de Sathonay - Rillieux, (puis à Trévoux à partir du ).

En 1865, pour faciliter l'intégration de la Croix-Rousse à la ville, les remparts sont détruits, permettant la réalisation du boulevard de l'Empereur, sur lequel la mairie construite, et des arbres sont plantés.

 
La Croix-Rousse, côté Saône, au début du XXe siècle.

La Croix-Rousse au XXe siècle

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Depuis 1952, la colline est traversée par le tunnel routier de la Croix-Rousse, qui relie les quais des bords du Rhône à ceux des bords de la Saône, sur le tracé de la RN 6. Un second tunnel, destiné aux autobus et modes de transport doux, complète cette traversée depuis 2013.

L'activité du textile a été très fortement marquée par une crise dans les années 1980. Les rares survivants ont réussi en se reconvertissant dans des textiles techniques ou très haut de gamme (par exemple, les entreprises Prelle, Tassinari, Brochier, Bianchini-Férier).

Aujourd'hui encore, la Croix-Rousse est un quartier à l'urbanisme singulier, marqué à la fois par sa géographie (colline), par son histoire (histoire de la soierie lyonnaise), par la permanence du mouvement social et par sa très forte densité d'habitation (l'une des plus élevées d'Europe).

Un lieu d'innovations sociales

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La mairie du IV° arrondissement en 2023.

Lieu du premier mouvement social caractérisé de l'ère industrielle (l'insurrection de 1831), la Croix-Rousse est à l'origine de plusieurs innovations sociales : le premier conseil des prud'hommes, les premières expériences mutualistes, les premières boutiques coopératives françaises.

Au XXe siècle, le quartier (en particulier les pentes) reste un véritable « laboratoire social »[pas clair] : squats, restaurants autogérés, crèches parentales, imprimeries parallèles, collectifs militants, associations en tous genre, etc.[réf. nécessaire]

Géographie

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Située entre Saône et Rhône dans le prolongement nord (en amont) de la Presqu'île, la Croix-Rousse est l'une des deux collines dominant Lyon (l'autre étant la colline de Fourvière). Elle culmine à 250 m (contre 300 m pour Fourvière), soit une petite centaine de mètres au-dessus du reste de la ville.

Certains versants, appelés « Balmes » et abîmés par l'érosion fluviatile, sont de véritables falaises de 20 à 40 m de hauteur. Des éboulements spectaculaires ont d'ailleurs eu lieu en 1932 et 1977.

La colline de la Croix-Rousse est en fait la partie sud d'un plateau qui se poursuit au nord sur les communes de Caluire-et-Cuire, Sathonay-Camp, Rillieux-la-Pape, Fontaines-sur-Saône et sur les communes de la côtière.

Quartiers

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Pentes de la Croix-Rousse

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La Montée de la Grand'Côte, avant son réaménagement.

Les pentes de la Croix-Rousse (1er arrondissement) s'étagent depuis la place des Terreaux jusqu'au sommet de la colline.

Le quartier des Pentes se caractérise par sa géographie toute en déclivité. Ainsi, certaines artères ont été nommées de manière explicite « montée » (Montée de la Grand'Côte, Montée Saint Sébastien, Montée des Carmélites, Montée Neyret…).

La Montée de la Grand'Côte affronte une dénivellation importante en traversant le quartier en un axe méridien. La montée des Carmélites reprend le parcours de la voie du Rhin. Cette voie romaine allait de Lugdunum vers la Germanie. Au départ de la montée des Carmélites, le Jardin des Plantes offre une vue sur la presqu'île et la colline de Fourvière. C'est ici que se trouve l'amphithéâtre antique, autrefois élément constitutif du Sanctuaire fédéral des Trois Gaules.

Outre ces « montées » et les artères classiques, on trouve de nombreuses traboules, différentes de celles du Vieux Lyon. Ces passages entre immeubles, parfois couverts et constitués de volées d'escaliers, permettent de circuler sur les pentes de manière parfois plus directe.

Le quartier des pentes apparait plus adapté aux piétons qu'à la circulation automobile : rues étroites, en pente, escaliers, sens-uniques, manque de place de stationnement.

Egalement distinct du reste de Lyon par sa culture canut, ce quartier hérite d'une forte culture syndicale et associative issue de l'industrie textile[réf. nécessaire].

De nos jours, les pentes restent marquées par une culture informelle et associative qui les rend attractives, notamment auprès des étudiants et artistes. C'est un village rempli d'une culture alternative. Le foncier s'est considérablement revalorisé depuis qu'une importante rénovation et réhabilitation urbaine a été initiée dans les années 1990 et le quartier perd peu à peu son caractère populaire devenant un pôle d'attraction pour les bourgeois-bohème (bobos).[réf. nécessaire]

Plateau de la Croix-Rousse

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Place de la Croix-Rousse.

Le plateau (4e arrondissement), comme son nom l'indique, est un plateau entre Rhône et Saône, grosso modo depuis le boulevard de la Croix-Rousse jusqu'aux confins avec Caluire-et-Cuire (Théâtre et Hôpital de la Croix-Rousse). Quartier résidentiel, le plateau se distingue du reste de la ville de Lyon par une ambiance particulière que l'on dit proche d'un « village ». Cette impression est renforcée par les terrains de boule (comme celui du Clos Jouve) ou le « petit marché » quotidien, situé place de la Croix-Rousse et entouré de bistrots. Les habitants y cultivent effectivement une certaine insularité vis-à-vis du reste de la ville. Les pentes agissent de fait comme une frontière naturelle séparant le plateau du reste de Lyon, et les habitants disent souvent qu'ils « descendent en ville » lorsqu'il s'agit de rejoindre d'autres arrondissements.

Le plateau est traversé par deux artères commerçantes majeures :

La partie est du plateau est principalement composée d'immeubles canuts. On y trouve également des traboules, mais elles sont moins nombreuses que sur les pentes.

Patrimoine

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Le 5 décembre 1998, le site historique de Lyon, territoire délimité par les anciennes fortifications de la ville comprenant la colline de Fourvière ainsi qu'une grande partie de la Presqu’île et les pentes de la Croix-Rousse (jusqu'au Boulevard de la Croix-Rousse, côté 4e arrondissement inclus), est inscrit sur la liste du Patrimoine mondial par l'UNESCO (Le site historique de Lyon)[17],[18].

Édifices civils et lieux remarquables

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Architecture canut et traboules

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La Cour des Voraces, sur les pentes.

Les traboules de la Croix-Rousse

  • Du 9 place Colbert au 29 rue Imbert-Colomès
  • Du 20 rue Imbert-Colomès au 55 rue des Tables-Claudiennes
  • Du 35 rue Burdeau au 27 rue René-Leynaud
  • Du 26 rue René Leynaud au 3 rue Donnée
  • Du 4 rue Donnée au 23 rue des Capucins
  • Du 22 rue des Capucins au 5 rue Coustou
  • Du 11 rue Romarin au 1 rue Lorette
  • Du 3 rue Lorette au 7 rue Romarin
  • Du 2 rue Romarin au 26 rue des Capucins
  • Du 25 rue des Capucins au 2 place Croix-Paquet
  • Du 5 place Croix-Paquet au 9 petite rue des Feuillants
  • Du 8 petite rue des Feuillants au 19 place Tolozan
  • Du 16 quai Lasagne au 33 rue Royale
  • Du 31 rue Royale au 15 quai Lassagne

Le Gros Caillou

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Le Gros Caillou.

L'un des symboles du quartier est le Gros Caillou, gros rocher dont la composition, bloc de quartzite triasique provenant de la Vanoise, témoigne de l'extension des glaciers des Alpes durant le Riss récent[19] (voir aussi bloc erratique). Sa découverte remonte à 1862, lors du percement de la ficelle reliant la Presqu'île à la Croix-Rousse : les travaux de percement du tunnel durent être interrompus, car les travailleurs étaient bloqués par une roche extrêmement dure, qu'ils n'arrivaient pas à briser. La roche en question dut être dégagée et extraite du substrat, ce qui demanda de grands moyens et provoqua un certain retard dans les travaux. Finalement exhumé, le « Gros Caillou » est devenu à la fois le symbole de la force et de la persévérance des Lyonnais face aux obstacles, mais aussi le symbole du rattachement du quartier de la Croix-Rousse à Lyon, facilité par le funiculaire. Le Gros Caillou fut ainsi placé et installé au bout est du boulevard, d'où il domine le Rhône et toute la plaine jusqu'aux Alpes.

Le Gros Caillou était à l'origine à cheval sur le 1er arrondissement (les pentes, lyonnaises) et le 4e arrondissement (le plateau de la Croix-Rousse). À la suite de la construction d'un parking souterrain et d'un parc (nommé Espace Gros Caillou), il a été déplacé d'une trentaine de mètres pour être désormais uniquement dans le 1er arrondissement, ce qui excite l'ire de certains croix-roussiens[20].

Le Gros Caillou a été immortalisé dans la littérature jeunesse comme point de ralliement des Six Compagnons de la Croix-Rousse, dans la série écrite par Paul-Jacques Bonzon dans la Bibliothèque Verte.

Selon la légende, le Gros Caillou représenterait aussi le cœur d’un huissier cupide qui aurait mis à la rue une famille de canuts déshérités.

Les souterrains

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Il existe un réseau de galeries souterraines percées sous la colline de la Croix-Rousse, un arrêté municipal de 1989 interdit l'accès au public.

Les galeries lyonnaises les plus anciennes sont souvent des galeries de drainage creusées par les Romains, soit pour capter, soit pour évacuer l'eau afin d'éviter tout effondrement de la colline. Plus tard, certains des nombreux couvents qui couvraient la colline semblent avoir utilisé ces galeries romaines, en les adaptant à leurs besoins. Enfin, plus récemment, des galeries militaires ont été bâties au XVIe siècle ou XVIIe siècle, en même temps que la ceinture de forts autour de Lyon.

On suppose que les « Arêtes de poisson » du « réseau des Fantasques », qui portent ce nom à cause de leur forme faisant penser à un squelette de poisson, sont d'origine militaire. Elles auraient servi à entreposer du matériel. Mais il ne s'agit pour l'instant que d'une des hypothèses à leur sujet. Au moins une des arêtes de poisson semble avoir servi de catacombes.

La plupart des galeries souterraines semblent être tombées dans l'oubli après que les problèmes d'approvisionnement en eau des Croix-Roussiens eurent été réglés, c'est-à-dire à la fin du XIXe siècle.

L'enceinte de la Croix-Rousse

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Cette longue muraille, faisant partie de la première ceinture de Lyon, fermait la ville au nord. Reconstruite en 1834 sur le tracé de l'ancienne muraille (édifiée au XVIe siècle puis démolie après le siège de 1793), son rôle principal était d'assurer une défense de Lyon au cas où les forts de Caluire et Montessuy seraient compromis par l'ennemi.

Cette enceinte était parcourue de six bastions culminant à 10 m au-dessus d'un fossé les entourant.

Autres édifices

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Patrimoine religieux

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Les pentes de la Croix-Rousse ont été occupées dès l'époque gallo-romaine, on peut y admirer les restes de l'amphithéâtre des Trois Gaules. Au centre de cet amphithéâtre antique, un poteau évoque les supplices supposés de sainte Blandine, saint Pothin et des Martyrs de Lyon.

Patrimoine culturel

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Films tournés à la Croix-Rousse

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Références littéraires

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Références musicales

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  • Le chant des Canuts, de Aristide Bruant (1894)
  • St Jean Croix Rousse, de Zen Zila (2001)
  • Montée Bonafous, de Kent
  • Bienvenue à la Croix Rousse, L'Ancienne de Bistanclaque
  • Les pentes, Dj Fly (champion du monde DMC 2008 et 2013)
  • Lofi Girl de Juan Pablo Machado (2018)[22],[23],[24]

Personnalités habitant ou ayant habité à la Croix-Rousse

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La 14e étape du Tour de France 2020 traverse le quartier le . L'Allemand Lennard Kämna franchit en tête la côte de la Croix-Rousse classée en quatrième catégorie.

Accessibilité

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Ce site est desservi par les stations de métro Croix-Paquet, Croix-Rousse et Hénon de la ligne C du métro de Lyon.

Notes et références

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  1. Inscription latine référencée CIL XIII, 1670
  2. Amable Audin, Essai sur la topographie de Lugdunum, Lyon, éd. Audin, 1959, p. 23-24
  3. « Le quartier de la Croix-Rousse », sur Lyon-Monuments.com
  4. Tranoy et Ayala 1994, p. 173-174
  5. Tranoy et Ayala 1994, p. 180-182
  6. Tranoy et Ayala 1994, p. 183-185
  7. Tranoy et Ayala 1994, p. 174, 179 pour l'artisanat
  8. Tranoy et Ayala 1994, p. 183
  9. Tranoy et Ayala 1994, p. 177-178
  10. Tranoy et Ayala 1994, p. 179
  11. Le Guichet du Savoir → Croix Rousse
  12. Jean-Baptiste Martin, Histoire des églises et chapelles de Lyon, t. I, Lyon, H. Lardanchet, (lire sur Wikisource), p. 305
  13. « Je vis bien dès ce jour l'opposition des deux montagnes, de la montagne mystique et de celle du travail : mais je ne sentis pas leur guerre ». Jules Michelet, Le Banquet, 1878.
  14. Pentes de la Croix-Rousse : la citoyenneté économique et sociale sur le site du Ministère français de la Culture
  15. Interdits par la loi Le Chapelier de 1791. Les syndicats patronaux sont aussi interdits.
  16. Colling 1949, p. 218
  17. Lyon patrimoine mondial de l'UNESCO
  18. Plan du Secteur de Lyon classé au Patrimoine Mondial.
  19. « Le complexe glaciaire Rissien : moraines externes et moyennes terrasses », sur glaciers-climat.com (consulté le )
  20. Espace Gros Caillou sur le site de la Communauté urbaine de Lyon
  21. Sources : Rhone-Alpes cinéma.
  22. François Hamelin, « Pop Culture : la "lofi girl" du live Youtube "lofi hip hop radio" habite... à Lyon », sur actu.fr, (consulté le ).
  23. Julie Ragot, « Youtube : La Lofi Girl, icône des amateurs de musique calme, disparaît mystérieusement », BFM TV, .
  24. Jade Theerlynck, « Histoire du jour: à la découverte de Jade, une star de YouTube made in Lyon », BFM TV, (consulté le ).

Voir aussi

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Bibliographie

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  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Le Monde, À Lyon, la Croix-Rousse demeure un quartier rebelle, .
  • Jean Pelletier, Connaître son arrondissement – le 4e, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire, (ISBN 2-84147-043-1).
  • Louis F. Lacroux, La Croix-Rousse en flânant, Éditions Xavier Lejeune.
  • Bernard Collonges, Le quartier des Capucins - Histoire du bas des pentes de la Croix-Rousse, éditions Aléas, septembre 2004, 115 p., (ISBN 2843011000).
  • Josette Barre, La colline de la Croix-Rousse, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire.
  • François Dallemagne (photogr. Georges Fessy), Les défenses de Lyon : enceintes et fortifications, Lyon, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire, , 255 p. (ISBN 2-84147-177-2), p. 92-93.
  • Alfred Colling, La Prodigieuse Histoire de la Bourse, .  
  • Laurence Tranoy et Grégoire Ayala, « Les pentes de la Croix-Rousse à Lyon dans l'Antiquité. État des connaissances », Gallia, t. 51,‎ , p. 171-189 (lire en ligne).  

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