Jijel
Jijel (en arabe : جيجل, en berbère : ⴵⵉⴵⴻⵍ, Ǧiǧel[3]), désignée sous le nom de Igilgili à l'époque antique, puis de Djidjelli à l'époque française, est une ville et commune d'Algérie de la wilaya de Jijel située à l'est de la Petite Kabylie[4] (kabylie orientale), dont elle est le chef-lieu. Elle est considérée comme la capitale de la confédération berbère des Kutamas.
| Jijel | ||||
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De gauche à droite et de haut en bas : vue aérienne de la ville ; siège de la mairie ; crique ; maison de la culture ; grand phare. |
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| Noms | ||||
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| Nom arabe | جيجل | |||
| Nom amazigh | ⴵⵉⴵⴻⵍ | |||
| Administration | ||||
| Pays | ||||
| Région | Petite Kabylie | |||
| Wilaya | Jijel (chef-lieu) |
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| Daïra | Jijel[1] (chef-lieu) |
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| Président de l'APC Mandat |
Belhimer boukhmis (FLN) 2021-2025 |
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| Code postal | 18000 | |||
| Code ONS | 1801 | |||
| Démographie | ||||
| Gentilé | Djijelien(ne). | |||
| Population | 134 839 hab. (2008[2]) | |||
| Densité | 2 162 hab./km2 | |||
| Géographie | ||||
| Coordonnées | 36° 49′ 00″ nord, 5° 46′ 00″ est | |||
| Altitude | Min. 10 m Max. 10 m |
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| Superficie | 62,38 km2 | |||
| Localisation | ||||
Localisation de la commune dans la wilaya de Jijel. | ||||
| Géolocalisation sur la carte : Algérie
Géolocalisation sur la carte : Algérie
Géolocalisation sur la carte : Algérie (nord)
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Géographie
modifierLa ville de Jijel se situe sur la côte méditerranéenne au nord-est de l'Algérie à environ 314 km à l'est d'Alger, à 98 km à l'est de Béjaia, à 135 km au nord de Sétif, en Petite kabylie, en Kabylie orientale. Le relief de la wilaya est principalement montagneux, et à l'instar de la wilaya voisine de Skikda, les sites sont encore largement vierges et préservés. La wilaya de Jijel compte d'ailleurs les plus grandes forêts de chênes-lièges en Algérie dont le parc national de Taza[5]. Cette situation évolue rapidement au détriment du patrimoine écologique de la région. L'été, les mêmes forêts sont gravement confrontées aux risques d'incendies.
Situation
modifierJijel est un port sur la mer Méditerranée, au nord-est de l'Algérie, à l'extrémité Est d'une côte à falaises nommée la corniche Jijelienne. Elle est adossée au massif montagneux du mont Babor.
Le territoire de la commune se situe au nord de la wilaya de Jijel. Elle est délimitée par :
Relief et géologie
modifierLa ville est située sur la plaine côtière d'âge miocène délimitée par la mer Méditerranée au Nord et les formations montagneuses du socle du mont Babor au sud. Le gneiss, micaschiste et marbre (des roches métamorphiques) attribuées au Paléozoïque et métamorphisées au cours de l'orogenèse alpine, semblent être les principales formations. On note également des formations de la nappe numidienne de nature gréso-argileuse dans la forêt de Guerrouche.
Climat
modifierLa ville de Jijel bénéficie d'un climat tempéré et humide avec un hiver doux caractéristique des zones méditerranéennes et une pluviométrie importante, comme toutes les villes de la moitié Est du littoral algérien. On note aussi qu'au col de Texanna, qui se situe à 725 m d'altitude, l'enneigement dure plus de 11 jours/an[réf. nécessaire].
Les vents dominants soufflent généralement de la mer vers le continent (NNW - SSE).
Transports
modifierJijel est desservie par l'aéroport international de Jijel - Ferhat Abbas situé dans la commune de Taher.
Localités de la commune
modifierLa commune de Jijel est composée de vingt localités[6] :
- Amezoui
- Assoule
- Béni Ahmed
- Boughdir
- Boukhenous
- Bouyadra
- Dar El Battah
- Douemna
- El Aryèche
- El Djarf
- El Haddada
- El Mkasseb
- Aherraten
- Jijel
- Leghrifet (grand phare)
- Ouled Aïssa
- Ouled Bounar
- Ouled Taffer
- Thora
- Zebiria
Toponymie
modifierLe nom de Jijel serait, selon une hypothèse, d'origine punique, ayant ensuite donné la forme latinisée Igilgili ou Iǧilǧili, construit à partir du premier composant i, signifiant « île » et du second composant gilgil, signifiant « cercle de pierre », le tout faisant référence à une ligne d'écueils sur laquelle a été établie au XIXe siècle une partie du port de Jijel. Une autre explication rapproche le nom Igilgili du punique gulgulet, signifiant « en forme de crâne », qualification inspirée des collines environnantes[7].
D'autres hypothèses essaient d'expliquer le nom de la commune par le berbère. Dans une première explication, le nom de la ville est rapproché du berbère iγil signifiant « bras de montagne, colline, relief » qui, doublé, donne iγil-iγil, signifiant « de colline en colline ». Cette hypothèse est fragilisée par la difficulté d'expliquer la transformation du γ berbère en g punique ou latin. Une deuxième explication rapproche le nom de la ville de la racine berbère GL, exprimant « l'idée générale de suspension, balancement et par extension de stagnation », et correspondant à une impression de suspension de la ville entre mer et montagne[7],[8].
Au milieu du XVIIIe siècle, l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert l'écrit Gigeri[9]. Antoine Hamilton, dans les Mémoires du Comte de Gramont, écrit Gigery[10]. Dans le Sud de la France et plus spécialement en Provence, on appelle Gigérine (ou Gigirine) la courge à confiture de Citrullus amarus Schrad. en référence au nom de la ville de Jijel.
Histoire
modifierAntiquité (Xe siècle av. J.-C. - 698 ap. J.-C.)
modifierLa région est peuplée depuis la Préhistoire par les Berbères sédentaires et agriculteurs, du rameau Baranis, dont les Kutama sont les plus connus.
Vers le Xe siècle avant l'ère chrétienne, les Phéniciens, marins et marchands, en quête de bases pouvant offrir le maximum de sécurité à leur commerce, s'installent dans la région où ils fondent un comptoir. Dès le Ve siècle avant notre ère, Carthage assoit son hégémonie sur les comptoirs phéniciens du littoral africain, englobant notamment la cité d'Igilgili. Cette tutelle punique perdure jusqu'en 264 avant J.-C., date à laquelle le premier conflit romano-carthaginois précipite l'éviction de la métropole. La cité échoit alors aux Masaesyles, confédération numide occidentale, et demeure sous l'autorité du roi Syphax. En 202 avant J.-C., à la faveur de l'unification territoriale opérée par Massinissa, Igilgili est incorporée au royaume de Numidie. Elle demeure successivement sous l'obédience de son fils Micipsa, puis sous celle de son petit-fils Jugurtha.
À la suite de la défaite de Jugurtha face aux forces romaines en 105 av. J.-C., la cité s’insère dans l’orbite politique du royaume de Maurétanie, entité berbère alors placée en situation de dépendance clientélaire vis-à-vis de Rome, et s’étendant sur le nord de l’actuel Maroc ainsi que sur une large partie centrale et occidentale de l’Algérie contemporaine. La capitale de ce royaume est d’abord fixée à Volubilis, puis transférée à Iol, correspondant à l’actuelle Cherchell, sous le règne de Juba II. Par la suite, le territoire est absorbé par l’autorité romaine et constitué en colonie sous l’impulsion d’Octave Auguste en 33 av. J.-C., la cité étant alors dotée d’institutions municipales de type sénatorial analogues à celles des centres urbains majeurs de l’Empire. Dès cette réorganisation, ses habitants bénéficient de la pleine citoyenneté romaine. Avec l’achèvement de la conquête romaine de l’ensemble de l’Afrique du Nord, Igilgili est intégrée successivement aux circonscriptions administratives de la province de Maurétanie césarienne, puis de la Maurétanie sétifienne. La notoriété de la cité est attestée à cette époque par sa mention dans les travaux du géographe Claude Ptolémée[11].
L'évangélisation d'Igilgili et de son hinterland s'intensifie de manière prégnante au IVe siècle de l’ère chrétienne, corollaire de la reconnaissance institutionnelle du culte par l'empereur Constantin Ier. Bien que des îlots de prosélytisme soient attestés dès le IIe siècle, ce basculement confessionnel s’opère alors à l’échelle de la cité entière. La cité demeure sous l'égide de l'Empire romain jusqu'à l'assaut et la dévastation de 429, menés par les Vandales. Ces peuplades germaines, issues des régions septentrionales de l'actuelle Allemagne, transitent par la péninsule Ibérique puis franchissent le détroit de Gibraltar afin d'ériger un royaume en Afrique du Nord. Détenteurs du pouvoir temporel, ils s'opposent au catholicisme et imposent l'arianisme. Cette christologie, alors prédominante chez les peuples fédérés, postule une hiérarchie ontologique au sein de la divinité : Jésus y est perçu comme une créature subordonnée, un envoyé céleste dénué de consubstantialité avec le Père. Une partie de l'historiographie conjecture que l'implantation de ce dogme favorise, par un phénomène de sédimentation doctrinale, l'expansion ultérieure de l'Islam au VIIe siècle. Le rejet de la Trinité, l'affirmation d'un monothéisme rigoureux et le refus de la nature divine du Christ constituent en effet des points de convergence théologique facilitant la transition entre ces deux systèmes de croyance[12].
L’année 533 marque la réincorporation de la cité au sein de l’Empire romain d’Orient. Cette reconquête byzantine, appuyée par les strates autochtones romanisées, scelle le déclin irréversible de l’hégémonie vandale. Les membres de cette ancienne aristocratie guerrière subissent alors une triple destinée : l’exil, la dissolution par métissage au sein du corps social local, ou l’enrôlement au sein des effectifs militaires impériaux. Sous l’égide de Constantinople, les autorités s’attachent à la restauration des structures de l’orthodoxie catholique et du mode de vie latin, bien que la persistance de l’hérésie arienne demeure ponctuellement attestée. À l’aube de l’expansion omeyyade et de l’introduction de l’islam à la fin du VIIe siècle, la configuration sociodémographique d'Igilgili présente une dualité marquée. L’enceinte urbaine abrite encore des cadres administratifs byzantins ainsi qu’une population afro-romaine, latinisante et fidèle au dogme catholique. En revanche, l'espace suburbain et rural est dévolu aux Kutama — dénommés Ucutamani dans la nomenclature byzantine. Ces populations agraires, rétives à la romanisation linguistique et conservant l'usage du berbère, professent une mosaïque de croyances : catholicisme, arianisme, judaïsme ou encore des rites relevant des cultes ancestraux libyques[13].
Moyen Âge islamique (698-1514)
modifierVers 650, les premiers contingents de cavalerie issus de l’expansion islamique font leur apparition dans la région. En 698, la reine berbère Kahina est vaincue par les forces du général arabe Hassan Ibn Numan. À la suite de cet épisode, la cité d’Igilgili est rebaptisée Jijel et intégrée, aux alentours de 700, au califat omeyyade. La population locale, alors majoritairement chrétienne, se convertit avec une célérité notable à l’islam ; dès la fin du VIIIe siècle, la région apparaît déjà très largement islamisée. Parallèlement, la langue arabe s’y diffuse progressivement, supplantant d’abord le latin en usage à Jijel, puis, au fil des siècles, les parlers berbères dans son arrière-pays. À la suite de la chute du califat omeyyade en 750, la ville passe sous l’autorité des Abbassides, avant d’être intégrée, à partir de 800, au domaine des Aghlabides, dynastie arabe installée à Kairouan et placée sous la suzeraineté nominale des Abbassides de Bagdad.
Au début du Xe siècle, le missionnaire ismaélien Abū ʿAbd Allāh, originaire du Yémen, diffuse la doctrine chiite dans la région de Jijel et y impulse une dynamique de contestation qui conduit les populations locales à se soulever contre l’émirat aghlabide. Ce mouvement insurrectionnel, progressivement structuré, aboutit en 909 à l’effondrement de la dynastie aghlabide, renversée par les Berbères Kutama convertis au chiisme ismaélien et mobilisés sous son influence. Dans ce contexte de recomposition politique, Ubayd Allāh al-Mahdī fonde la dynastie fatimide, laquelle établit ultérieurement son autorité en Égypte et constitue, à son apogée, un ensemble territorial d’ample extension s’étendant du Maghreb occidental jusqu’au Hedjaz[14].
La cité passe successivement sous la suzeraineté d’une dynastie berbère chiite, vassale du pouvoir fatimide, puis sous celle, de confession sunnite, des Zirides à la fin du Xe siècle. Elle relève ensuite de l’autorité de leurs parents sanhadjiens, les Hammadides, au cours du XIe siècle. Au milieu du XIIe siècle, elle est brièvement prise, occupée puis incendiée lors d’une expédition normande d’origine scandinave. Elle est ultérieurement intégrée aux domaines des Almohades en 1152, avant de passer, à partir du milieu du XIIIe siècle, sous la domination des Hafsides de Tunis. S’ouvre alors une phase d’instabilité politique marquée par l’érosion progressive de l’autorité hafside : la ville connaît tantôt des périodes d’autonomie effective, tantôt des situations de dépendance à l’égard des gouverneurs de Béjaïa ou de Constantine, et passe même, par intermittence, sous l’influence de la république de Gênes, dont dérive la forme toponymique italienne « Djidjelli ». Cet état de fluctuations politiques se prolonge jusqu’à l’installation ottomane dans la ville en 1514[15].
Période ottomane (1514-1830)
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À la requête des notables et des populations d’Alger, les frères Arudj Barberousse et Khayr ad-Din Barberousse prennent pied à Jijel en 1514, où ils établissent une base logistique destinée à coordonner la résistance contre les possessions espagnoles du littoral algérien. Depuis cette place portuaire, ils procèdent à la levée de contingents militaires, à la confection des approvisionnements balistiques ainsi qu’à l’ordonnancement des forces expéditionnaires engagées dans la reconquête des cités occupées. Les opérations conduites à partir de Jijel permettent ainsi la reprise de Béjaïa en 1515 sous l’autorité du beylerbey Salah Raïs, puis celle d’Alger en 1518, avant l’évacuation progressive des garnisons espagnoles établies dans d’autres places côtières telles que Cherchell et Mostaganem, à l’exception d’Oran.
L’appui déterminant que fournissent les populations jijeliennes lors de l’implantation de la puissance ottomane en Algérie leur vaut, durant toute la période de la Régence, l’octroi de prérogatives singulières. Ces franchises, dont le reste des administrés se voit privé, autorisent notamment le port d'armes au sein de la cité, droit alors exclusivement dévolu à la milice des janissaires et aux autochtones de la localité. Sur le plan maritime, Jijel s'affirme comme une place forte de la course. La cité abrite des écumeurs de grande renommée dont le prestige rayonne à travers toute la province. Administrativement rattachée au Beylik de Constantine — entité couvrant la partie orientale du territoire —, elle accueille une garnison substantielle de janissaires, majoritairement issus de l'Europe balkanique. Ces derniers assurent la conscription fiscale et le maintien de l'ordre public. Leur pérennité démographique se manifeste encore par une anthroponymie locale marquée par des patronymes d'origine turque. Enfin, au cours du XVIe siècle et à l'aube du XVIIe siècle, l'activité corsaire favorise l'accueil de vagues de réfugiés musulmans fuyant la péninsule Ibérique. Toutefois, l'importance numérique de cet apport, ainsi que son influence réelle sur l'ethnotype et le substrat socio-culturel de la population urbaine, demeurent, à ce jour, difficiles à circonscrire avec exactitude.

Durant cette période, l’activité des marabouts — désignés localement sous l’appellation de Mrabtines — acquiert une prééminence notable dans l’ordonnancement social et cultuel de la cité. Celle-ci abrite alors plusieurs figures de sainteté tutélaire dont la dévotion perdure à l’époque contemporaine, à l’instar de Sidi Ahmed Amokrane et de Yemma Mezghitane, sœur de Yemma Gouraya, patronne éponyme de la ville voisine de Béjaïa[16]. Cette séquence historique se caractérise par une intense effervescence religieuse, spirituelle et mystique, favorisée notamment par l’implication prépondérante des zaouïas dans le tissu sociétal. Elle voit également l’essor de divers courants de spiritualité islamique, en particulier le soufisme et ses multiples confréries initiatiques (ṭuruq), parmi lesquelles la Rahmaniyya constitue la voie la plus diffusée et la plus pratiquée à Jijel et dans son hinterland régional.
En 1664, les forces royales de Louis XIV entreprennent une tentative de prise de possession de la ville au cours d’une expédition navale placée sous le commandement du duc de Beaufort. Les troupes débarquent au mois de juillet de la même année, mais se heurtent à la résistance conjuguée des habitants et des populations environnantes. Elles sont progressivement repoussées, puis subissent une défaite complète le 31 octobre 1664. À l’issue de l’opération, seule une partie des effectifs parvient à regagner le royaume de France, tandis que les autres sont capturés à Jijel. Ces prisonniers connaissent des destins divers : certains sont contraints à la conversion à l’islam et intégrés aux communautés locales, d’autres sont ultérieurement restitués à leurs familles contre le versement d’une rançon[17].
Colonisation française (1839-1962)
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Le 13 mai 1839, soit près d’une décennie après la reddition d’Alger, l’armée française investit la ville de Jijel. Cette occupation se matérialise par l’éviction des populations autochtones de l’enceinte fortifiée, laquelle mue dès lors en bastion militaire. Une partie des habitants subit une translation vers la région de la Chaouia, moyennant des compensations pécuniaires imposées et des attributions foncières substitutives. En marge de cette enclave, à proximité de la citadelle ottomane — dénommée fort Baba Ammar par les Jawajla et correspondant à l’actuel quartier du Faubourg —, se sédentarise une communauté algérienne. Sous l'impulsion de l'administration coloniale, un noyau urbain de facture européenne émerge au cœur de la ville, bien que l'accès demeure initialement restreint aux populations civiles du continent. L'organisation sociale se segmente : l'infrastructure administrative, scolaire et policière soutient le mode de vie des colons, tandis que les populations locales se cantonnent principalement aux activités halieutiques. Cet équilibre perdure jusqu'aux prémices de la Grande Guerre, période durant laquelle la puissance occupante mobilise les contingents algériens pour le conflit mondial. Parallèlement à l'édification du fort Duquesne et à la création de la première commune de plein exercice, la région devient un foyer de sédition. En dépit de la mainmise française, les émissaires de l’émir Abd el-Kader rencontrent l'adhésion des populations locales, lesquelles engagent une résistance armée prolongée qui ne s'étiole qu'en 1842.
Les soulèvements armés connaissent plusieurs résurgences en 1845, 1847 puis 1851 ; cette dernière séquence insurrectionnelle se distingue par sa létalité particulièrement élevée. En 1856, un séisme affecte Jijel. Le bilan humain demeure restreint, avec la mort de deux femmes et de trois enfants. À la suite de cet événement, l’ancienne cité, forte d’une continuité historique plurimillénaire, fait l’objet d’une confiscation par l’autorité militaire française, avant d’être entièrement arasée. Un camp militaire est ensuite édifié sur son emprise. Jusqu’à l’indépendance de l’Algérie, Jijel constitue, avec Collo, l’une des deux principales cités historiques de la Kabylie orientale.
Jijel est rattachée au département de Constantine en 1848, puis érigée en commune en 1860. Simultanément, l’administration coloniale française y instaure une politique de peuplement destinée à favoriser l’implantation de colons européens[18]. Le 28 février 1950, la cité se voit conférer la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile d’argent par Marcel-Edmond Naegelen, alors gouverneur général de l’Algérie[19].
Durant la guerre d’Algérie, la cité de Jijel relève de la Wilaya II du Front de libération nationale. Les maquis implantés dans son arrière-pays montagneux hébergent le quartier général de cette circonscription politico-militaire et constituent un foyer opérationnel de première importance au cours du conflit. Cette prééminence stratégique procède notamment de l’épaisseur du couvert sylvestre ainsi que de l’orographie tourmentée de la région.
Depuis l'Indépendance de 1962
modifierLe 5 juillet 1962, Jijel recouvre, à l’instar de l’ensemble du territoire algérien, sa souveraineté à l’issue de cent trente-deux années de domination coloniale française. À la faveur du redécoupage administratif de 1974, la ville accède au statut de chef-lieu de wilaya et entre alors dans une phase de mutation économique soutenue. Cette dynamique s’accompagne d’un vigoureux exode rural, lequel infléchit profondément la structure démographique urbaine : la population passe ainsi de trente-sept mille habitants en 1977 à soixante-trois mille en 1987, puis à cent six mille en 1998, avant d’atteindre cent trente-quatre mille habitants en 2008. L’accroissement démographique, impulsé par un exode rural soutenu, contraint l’agglomération à une expansion spatiale centrifuge. Ce déploiement s'opère au sud, sur les escarpements acclives surplombant la cité, ainsi qu’à l’ouest jusqu’aux contreforts du mont Yemma Mezghitane, tandis que le pôle oriental s’étend vers le hameau de Moussa. Le noyau urbain originel, dont l'édification remonte au XIXe siècle, demeure le refuge de l’atavique société citadine de Jijel. Cette population est issue des familles ayant déserté l’ancienne cité après le séisme de 1856. Les vestiges de cette dernière, frappés par la catastrophe, font par la suite l'objet d'une préemption par l'autorité militaire, laquelle y instaure une zone d’exclusion ainsi qu’une infrastructure portuaire à vocation défensive.

Au commencement des années 1990, la région de Jijel se trouve profondément affectée par la guerre civile algérienne. Entre 1993 et septembre 1997, elle constitue un espace de confrontation majeur entre les forces armées algériennes et l’Armée islamique du salut, branche militaire du Front islamique du salut. La conclusion d’un cessez-le-feu entre les deux parties en septembre 1997 met un terme à cette séquence insurrectionnelle dans la région. Les hostilités provoquent alors un bilan humain particulièrement lourd, marqué par un nombre considérable de morts et de disparitions. Elles entraînent également d’importants mouvements de population : de nombreux habitants des zones montagneuses et des campagnes exposées aux violences se replient vers les agglomérations jugées plus sûres, qu’il s’agisse des centres urbains régionaux ou d’autres villes du territoire algérien. Ce phénomène de déplacement contraint confère ainsi à la wilaya de Jijel le statut de l’une des circonscriptions administratives algériennes les plus éprouvées par les migrations internes induites par le conflit civil[20].
Démographie
modifierD’après le recensement général de la population et de l’habitat conduit en 2008, la commune de Jijel compte 134 839 habitants, alors qu’elle n’en dénombre que 36 720 en 1977. Le rétablissement progressif des conditions sécuritaires au cours des années 2000 entraîne le reflux d’une fraction notable des populations rurales qui avaient trouvé refuge dans la ville durant la décennie 1990 ; parallèlement, l’amoindrissement sensible de l’exode rural contribue à une relative stabilisation démographique de l’agglomération. Entre 1998 et 2008, la population passe ainsi de 115 048 à environ 135 000 habitants, soit une progression avoisinant 20 %, contre près de 80 % durant l’intervalle 1987-1998.
Économie
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La décennie 2000 marque pour Jijel une phase de restauration des équilibres sécuritaires, laquelle impulse un renouveau de l'activité économique et une densification des infrastructures. Cette période voit l’entrée en fonction du complexe portuaire de Djen Djen, situé à quelques kilomètres à l'est de l'agglomération, dont le tirant d'eau et la configuration favorisent l'essor du commerce maritime de grande envergure. Parallèlement, l'homogénéisation du réseau routier désenclave la ville, facilitant les flux de marchandises et la pérégrination des personnes vers les autres pôles du territoire national. L'appareil éducatif s'étoffe avec l'édification du campus de Tassoust, dont la capacité d'accueil s'élève à vingt mille étudiants, tandis que les infrastructures aéroportuaires Ferhat Abbas connaissent un accroissement notable[22]. Ce dernier site, suite à son extension, assure à partir de 2010 des liaisons aériennes régulières avec l'étranger, singulièrement vers le territoire français[23].
Jijel est également une ville touristique connue pour la beauté de ses plages, l'activité touristique estivale a connu un boom durant ces années 2000 et fait mieux connaitre la région aux Algériens des autres régions, mais a aussi probablement conduit (ou du moins aidé) à une montée des prix, notamment dans l'immobilier[24], et à une dégradation de l'environnement sur certains points du littoral.[réf. nécessaire]. Jijel comporte une infrastructure d'accueil de 25 hôtels, 20 campings et 5 agences touristiques.
Culture
modifierLa région de Jijel du fait de son climat humide est connue pour sa grande productivité agricole qui est sa ressource économique principale, et sa gastronomie où le poisson est mis en avant ainsi que pour la beauté de ses paysages, de ses montagnes et de ses plages qui en fait une région touristique importante.
En ce qui concerne la culture musicale, les principaux genres musicaux appréciés dans la région de Jijel sont le chaabi, hawzi et musique arabo-andalouse[25] dont les interprètes les plus connus sont[25] :
- Cheikh Si Tahar Benjaballah (Amira) : Né le 21 décembre 1906 à Jijel, Tahar Amira s'engouffrera très tôt dans la voie de la musique chaâbi pour devenir une figure de ce genre musical dans la ville de Jijel ;
- Cheikh Si Allaoua Boumrah : de son vrai nom Boumrah Allaoua Ben Redjeb, né en 1883 à Jijel était cordonnier de son état et virtuose de la musique andalouse. Il A fait partie de l'orchestre local dirigé par Fridja Allaoua, assisté de Birouk Hamou ;
- Cheikh Si Allaoua Fridja (1887-1923): Maître de la musique andalouse ;
- Cheikh Si Mohamed Mékideche (1887-1957): né en 1887 à Jijel et décédé le à Jijel. Poète,il a laissé d’innombrables strophes et aurait confié un de ses poèmes, transformé par la suite en chants par le maître du Châabi, Hadj M’Hamed El Anka. Ce chant a été repris par l'orchestre Fridja - Birouk et reproduit dans une pièce théâtrale lors des soirées organisées par l'association de bienfaisance « l'Entraide Musulmanes » ;
- Cheikh Si Ahmed Abdelbaki (1890-1959) : Lettré en langue arabe, fervent de la musique Andalouse authentique, détenteur à l’époque d’un livre comportant les Kassidates.
Vie quotidienne
modifierDialecte local
modifierLes habitants de la ville de Jijel sont communément appelés Kabyles hadra et emploient le dialecte Djidjelien de structure et de racine Arabe bien qu'il soit composé d'un substrat berbère propre à l'origine de la ville.
Gastronomie
modifierQuant aux plats traditionnels de Jijel, ils sont pour beaucoup d'entre eux assez spécifiques et typiques de cette ville, comme Bouicha qui est spécialement servie à l'occasion des fêtes religieuses de l'Achoura et du Mouharram; "Seksu au poisson' ou bien 'berboucha', etc.[évasif]
Le « seksou bel hout », un couscous au poisson généralement à base d'orge, est un plat populaire typique de cette région côtière.
Patrimoine et lieux de mémoire
modifier- La Casbah. Jijel possédait une Casbah millénaire située sur une presqu'île, la citadelle était bâtie sur d'anciennes fortifications romaines et byzantines[26]. En 1856, un tremblement de terre suivi d'un raz-de-marée détruit partiellement la vieille ville, puis elle est démolie par le génie militaire colonial pour installer un quartier militaire en 1859[26]. Par la suite, Les habitants ont construit de nouvelles maisons de type traditionnel avec cour intérieure et terrasse et ils ont repris les dénominations anciennes des vieilles villes algériennes, tels que El-djbel, quartier des Andalous situé en hauteur, des Raïs, quartiers souvent réservé aux habitants d'origine étrangère et El-Merdja (la prairie) pour les quartiers habités par les citadins de souche autochtone plus ancienne[26].
- La statue en bronze du "pêcheur raccommodant son filet". Un élément marquant du patrimoine jijelien est la statue en bronze du "pêcheur raccommodant son filet" par le sculpteur Lange Guglielmo, fondue par Thiébaut frères en 1888. Elle fut présentée au salon de 1888. Elle pèse 230 kg. Elle se situe sur la place de l’Hôtel de Ville, entourée d’arbres.
- Les monuments commémoratifs[27].
- Le grand phare.
- Rue à Jijel.
- Statue du Pêcheur à Jijel.
- Port de Ziama-Mansouria et le village.
- Bateau Baba Arroudj au faubourg à Jijel.
Personnalités liées à la commune
modifier- Ferhat Abbas (1899–1985) était un leader politique algérien, président du Gouvernement provisoire de la République algérienne pendant la guerre d’indépendance, et il a œuvré pour une Algérie démocratique après l’indépendance
- Mohamed Seddik Benyahia, homme politique algérien, militant nationaliste durant la guerre d'Algérie.
- Michel Pacha, architecte et mousse de la marine française qui s'illustra en 1839 lors de la conquête de la ville par les français.
- Hadjammar Mohamed (1880-1932), homme politique du mouvement des Jeunes-Algériens.
- Abderrahim Sekfali (1942–2012) était un historien, auteur et universitaire algérien, reconnu pour ses travaux sur l’histoire sociale et politique de l’Algérie coloniale, notamment dans la région de Jijel et du Constantinois.
- Mahfoud Bennoune (1936–2004) était un intellectuel et militant algérien, engagé dans la guerre d’indépendance et défenseur des droits humains. Après l’indépendance, il est devenu anthropologue et sociologue, étudiant la société algérienne et ses transformations. Il est reconnu pour son engagement en faveur de la démocratie, de la laïcité et des droits des femmes.
- Mohamed Amoura (né en 2000 à Taher, Jijel) est un attaquant algérien évoluant au VfL Wolfsburg en Bundesliga. Formé à l’ES Sétif, il a brillé en club en Suisse, Belgique et Allemagne. En sélection, il a marqué plusieurs buts et participé à la Coupe d’Afrique des Nations 2023.
- Adil Boulbina (né en 2003 à El Milia, Jijel) est un footballeur algérien évoluant comme ailier gauche. Formé au Paradou AC, il est transféré en 2025 au club qatari Al Duhail SC pour un record de plus de 4 millions d’euros. Il s’est distingué comme meilleur buteur du championnat algérien et a représenté les sélections nationales U23 et A’.
- Aymen Mahious (né en 1997 à Taher, Jijel) est un footballeur algérien évoluant comme avant-centre, actuellement à la JS Kabylie. Il a joué pour l’USM Alger, le CR Belouizdad et Yverdon-Sport en Suisse. En sélection nationale, il a marqué ses premiers buts avec l’équipe A’ et les U23.
- Mostefa Bouchachi – Né à Sidi Abdelaziz en 1954, il est avocat et ancien président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme.
- Slimane Zeghidour – Né à Eraguene en 1953, il est écrivain, chercheur et journaliste franco-algérien, spécialiste du monde arabe et de l’Amérique latine.
- Cheikh Si Allaoua Boumrah – Né en 1883 à Jijel, il était cordonnier de son état et virtuose de la musique andalouse.
- Farida Fatès – Chanteuse et musicienne, elle a contribué à la promotion de la musique traditionnelle algérienne.
- Aziz Fegaâs – Musicien et compositeur, il est reconnu pour ses compositions dans le genre chaâbi.
- Nabil Neghiz – Entraîneur de football, il a dirigé plusieurs clubs algériens, dont le CR Belouizdad.
- Housseyn Selmi – Footballeur, il a évolué dans plusieurs clubs algériens et a été sélectionné en équipe nationale.
- Oussama Khellaf – Footballeur, il a évolué dans plusieurs clubs algériens et a été sélectionné en équipe nationale.
Administration
modifierNotes et références
modifier- ↑ « Décret executif no 91-306 du 24 août 1991 fixant la liste des communes animées par chaque chef de daïra. 18 - Wilaya de Jijel », Journal officiel de la République Algérienne, (consulté le ), p. 1303
- ↑ [PDF]Recensement 2008 de la population algérienne, wilaya de Jijel, sur le site de l'ONS.
- ↑ « ⴵⵉⴵⵍ », sur aps.dz
- ↑ « Mémoires de la Société géologique de France », sur Google Books, Société géologique de France, (consulté le )
- ↑ Sciences & Technologie D – no 28, Décembre (2008), p. 39-44 Université Mentouri Constantine, Algérie, 2008. LA FORÊT : UNE CHANCE POUR LE MILIEU RURAL JIJELLIEN
- ↑ Journal officiel de la République Algérienne, 19 décembre 1984. Décret no 84-365, fixant la composition, la consistance et les limites territoriales des communes. Wilaya de Jijel, page 1520.
- 1 2 Mohand Akli Haddadou, Glossaire des termes employés dans la toponymie algérienne, Alger, ENAG Éditions, , 87 p. (ISBN 978-9931-00-040-2), p. 360-361.
- ↑ Foudil Cheriguen, Toponymie algérienne des lieux habités (les noms composés), Alger, Épigraphe, , p. 130.
- ↑ Diderot et D’Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers,, Paris, 1751-1765, article Suffegmar
- ↑ https://macsphere.mcmaster.ca/bitstream/11375/14601/1/fulltext.pdf, page 287
- ↑ « Villes romaines, lieux de mémoire - memoria.dz », sur www.memoria.dz (consulté le )
- ↑ Histoire du christianisme en Afrique, Dominique Arnauld
- ↑ http://benizoundai.dzblog.com/article-35493555.html
- ↑ Éditions Larousse, « Encyclopédie Larousse en ligne - Fatimides », sur www.larousse.fr (consulté le )
- ↑ Gilbert Meynier l'Algérie cœur du Maghreb classique : de l'ouverture islamo-arabe au repli (698-1518) Éditions La découverte, Paris, 2010
- ↑ « Yemma Gouraya », sur Ensemble pour Bgayet (consulté le ).
- ↑ Bernard Bachelot, Louis XIV en Algérie : Gigeri, 1664, éditions du rocher, 2003.
- ↑ Communes décorées de la Croix de guerre 1939 - 1945
- ↑ « Djidjelli-Algerie : Bombardements 1942 », sur suzanne.granger.free.fr (consulté le )
- ↑ http://www.algeria-watch.org/pdf/pdf_fr/idp_mars_2004.pdf
- ↑ (en) Population de Jijel (World Gazetteer)
- ↑ « JIJEL », sur Djazairess (consulté le ).
- ↑ Aéroport Ferhat Abbas : Atterrissage du premier avion en provenance de Paris, journal El Watan du 29/06/2010. Consulté le 17/07/2011.
- ↑ lkeria.com, « Le marché de l’immobilier à Jijel », sur Actualité immobilière en Algérie (consulté le )
- 1 2 « Musiciens de la wilaya de Jijel », sur www.wilaya-jijel.dz (consulté le )
- 1 2 3 Il était une fois la Casbah de Jijel..., Algérie Presse Service du 14/05/2012
- ↑ Le monument aux morts
- ↑ « Yazid Abdellah nouveau P/APC de la commune de Jijel. - L'écho de Jijel - Actualités du pays des Babors - Algérie - جيجل », sur jijel-echo.com (consulté le )

