Jean Giraud

auteur français de bande dessinée

Jean Giraud, connu sous son vrai nom et sous les pseudonymes Mœbius (/møbjys/[1]) et Gir, né le à Nogent-sur-Marne et mort le à Montrouge, est un auteur de bande dessinée et illustrateur français.

Jean Giraud
Jean Giraud à Łódź en 2008.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Jean Henri Gaston GiraudVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonymes
Gir, MœbiusVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Période d'activité
Enfant
Autres informations
A travaillé pour
Genres artistiques
Bande dessinée, western (en), science-fiction, art du dessin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Influencé par
Jijé, Jean-Paul Appel-Guéry (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web
Distinctions
Grand prix de la ville d'Angoulême ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Liste détaillée
Prix Adamson ()
Prix spécial du grand prix de l'Imaginaire (Major fatal (d)) ()
Grand prix de la ville d'Angoulême ()
Chevalier des Arts et des Lettres ()
Prix Inkpot ()
Jack Kirby Hall of Fame (d) ()
Éléphant d'or pour l’ensemble d’une œuvre ()
Temple de la renommée Will-Eisner ()
Prix Yellow-Kid ()
Prix Sproing ()
Chevalier de l'ordre national du Mérite ()
Science Fiction and Fantasy Hall of Fame (en) ()
Meilleure œuvre étrangère publiée en Espagne (d) (Arzach) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales

Il est le créateur, avec le scénariste Jean-Michel Charlier, de la célèbre bande dessinée de western Blueberry, qu'il signe sous le nom de Gir puis sous son vrai nom. Sous le pseudonyme de Mœbius, il est l'auteur et/ou le dessinateur de bandes dessinées de science-fiction, telles que Arzach, Le Garage hermétique, L'Incal ou Le Monde d'Edena, qui lui valent une reconnaissance internationale jusqu'aux États-Unis et au Japon, habituellement peu réceptifs à la bande dessinée européenne.

Mœbius est l'un des fondateurs de la maison d'édition Les Humanoïdes associés, éditrice du magazine Métal hurlant. Il participe également à la conception graphique de films comme Alien et Tron. Son impact sur la bande dessinée, sous le nom de Giraud comme sous celui de Mœbius, font de lui l'un des dessinateurs francophones majeurs du XXe siècle.

Biographie

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Enfance (1938-1956)

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Issu d'un milieu modeste, il passe son enfance à Fontenay-sous-Bois, dans la banlieue parisienne. Il vit alors chez ses grands-parents paternels, ses parents s'étant séparés lorsqu'il avait trois ans[2].

Il commence à dessiner à l'âge de 12 ou 13 ans, essentiellement des cow-boys et des indiens. À 15 ans, son père lui offre le premier numéro de Fiction (), revue à l'origine de sa passion pour la science-fiction, que Jean Giraud continuera à acheter régulièrement, avec Galaxie[3].

À l'âge de 16 ans, il commence sa formation technique à l’École supérieure des arts appliqués Duperré de la rue Dupetit-Thouars, à Paris, où il reste deux ans. Il a pour camarades de classe les futurs dessinateurs Jean-Claude Mézières et Patrick dit Pat Mallet, avec qui il restera ami[4].

Débuts (1956-1963)

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À l'âge de 18 ans, il publie ses premières illustrations en travaillant pour la publicité, la mode ou la décoration[5]. Il crée sa première bande dessinée, Frank et Jérémie, western humoristique publié en dans le mensuel Far-West dirigé par Marijac[6]. Dès lors, il décide de se consacrer entièrement à la bande dessinée et collabore comme dessinateur aux revues des éditions Fleurus, Fripounet et Marisette et Cœurs vaillants, entraîné par Mézières qui y travaille déjà[7],[4]. Cette même année, il part pour huit mois au Mexique, chez sa mère, qui s'y est remariée[6].

En 1958, il effectue son service militaire, tout d'abord chez les chasseurs en Allemagne, puis en Algérie. A son retour, en 1960, il devient l'assistant de l'auteur belge Joseph Gillain, dit Jijé (qu'il était allé rencontrer, avec Mézières et Mallet, juste avant sa conscription)[8]. Jijé, créateur de la série Jerry Spring, jouit à cette époque d'une solide réputation dans le monde de la bande dessinée franco-belge. Jijé a comme point commun avec Giraud, outre la passion du western, d'avoir séjourné plusieurs mois au Mexique (en 1948 et 1949, accompagné de sa famille mais aussi de Morris et Franquin). Jean Giraud se charge de l'encrage d'un épisode de Jerry Spring, La Route de Coronado, publié en 1961 dans le journal Spirou[9],[2]. « C'était une époque merveilleuse. Joseph a été pour moi un père parfait ; je n'ai qu'à me féliciter des leçons qu'il m'a données »[10]. Un des fils de Jijé, Benoît Gillain, qui a ouvert un studio de publicité, lui commande quelques récits pour le petit (10 x 13 cm) magazine publicitaire Bonux-Boy, offert dans les paquets de lessive Bonux. Il travaille aussi en 1961 et 1962 comme illustrateur aux studios Hachette sur L'Histoire des civilisations, une collection encyclopédique, grâce à Jean-Claude Mézières qui y est maquettiste[8].

Succès de Blueberry (1963-1973)

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Entrée à Pilote

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En 1962, après sa collaboration avec Jijé et Hachette, Giraud fait le tour des maisons d'éditions et des magazines de bande dessinée. À Pilote, il est reçu par le scénariste belge (et cofondateur du magazine) Jean-Michel Charlier[8]. Âgé de 13 ans de plus que Giraud, Charlier est déjà un auteur expérimenté et reconnu dans la profession, créateur de nombreuses séries, notamment Buck Danny, Barbe-Rouge (toutes deux avec Hubinon) et Michel Tanguy (avec Uderzo). En 1963, après un voyage aux États-Unis qui l'a marqué, et nommé depuis peu co-rédacteur en chef (avec René Goscinny) de Pilote, il cherche un dessinateur pour un western et en parle à Jijé, qui propose le nom de Jean Giraud[11]. Fort Navajo : une aventure du lieutenant Blueberry (cet intitulé restera le titre de la série pendant les cinq premières histoires) commence dans le no 210 du . Jean Giraud signe les planches de cette série du diminutif de Gir, mais son nom complet apparaît sur la couverture des albums.

Loin des canons du cow-boy justicier de l'époque, Mike Blueberry est crasseux, hirsute, joueur, fanfaron, tête brûlée, indiscipliné et prend ouvertement le parti des (Amér)indiens[9]. Pour souligner son aspect transgressif, Giraud lui donne les traits (et le nez cassé) de Belmondo, icône rebelle de la Nouvelle Vague[12]. Chose rare pour un personnage de bande dessinée, il vieillit et Charlier publie sa biographie dans le tome 15 (Ballade pour un cercueil). La série devient un classique du genre[13] grâce aux scénarios palpitants et aux dialogues enlevés de Charlier (qui, débordé, va intelligement autoriser son jeune collègue à intervenir de plus en plus dans l'histoire), ainsi qu'au graphisme en perpétuelle évolution : si au départ celui-ci est très proche de Jijé (qui devra d'ailleurs remplacer son ancien élève au pied levé en 1964 puis en 1965 quand Giraud repart au Mexique), Giraud s'éloigne rapidement du style de son maître, tant par le dessin (avec notamment l'emploi de hachures pour modeler les reliefs et les visages) que par le découpage des planches qui abandonne le "gaufrier" traditionnel, variant la taille et la disposition des cases pour dynamiser la narration. Ainsi, le diptyque La Mine de l'Allemand perdu / Le Spectre aux balles d'or, publié dans Pilote en 1969 et 1970, marque un sommet graphique (et aussi scénaristique) de la série[8].

Le premier album, Fort Navajo, est publié en 1965 chez Dargaud. La série principale, qui comptera vingt-huit albums à la mort de Giraud, connaît un grand succès, est traduite en 19 langues et se vend à des millions d'exemplaires (la cap des 12 millions d'exemplaires est franchi à la sortie du tome 28 en 2005[14]). A tel point que Giraud dira que Blueberry est « le sponsor personnel de Mœbius »[9]. En plus de la série principale, les mêmes auteurs créent en 1968 dans Super Pocket Pilote une série dérivée : La Jeunesse de Blueberry.

Le tournant de 1968

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Alors que la France est agitée par le mouvement social de mai 68, la contestation gagne Pilote  : Giraud est l'un des instigateurs (avec Mandryka et Mézières) du « tribunal du peuple » qui fait comparaître René Goscinny dans une brasserie de la rue des Pyramides, à Paris, pour le mettre en accusation comme « valet des patrons »[15]. « Goscinny […] s'est trouvé seul face à une meute de loups qui, au lieu de lui parler des problèmes de la B.D., se sont mis à l'agresser. Moi j'ai fait partie des loups, je l'ai attaqué d'une façon épouvantable »[10]. Malgré des changements dans la ligne éditoriale, satisfaisant les revendications des auteurs, pour faire de Pilote un magazine plus adulte, la relation reste tendue entre Goscinny et Giraud[16]. Charlier, quant à lui, mécontent de la nouvelle orientation du magazine, démissionne en 1972 de son poste de co-rédacteur en chef[17]. De fait, après presque dix ans de présence quasiment ininterrompue et seize histoires dans Pilote, Blueberry quitte le magazine à la fin de la prépublication de l'Outlaw (no 720 du ).

Paru en janvier 1973 dans Pilote et signé Gir, La Déviation (titre à double sens), court récit de voyage fantastique et délirant, s'affranchissait des règles de la bande dessinée classique avec certaines planches sans case dans un noir et blanc détaillé évoquant Gustave Doré, et annonçait déjà la volonté de l'auteur (par ailleurs héros de l'histoire) d'emprunter une nouvelle voie en explorant son côté Mœbius[18].

Apparition du double : Mœbius

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Ruban de Möbius.

La signature Mœbius (pseudonyme inspiré du ruban à une seule face décrit par le mathématicien allemand August Ferdinand Möbius) est utilisée pour la première fois dans une bande dessinée intitulée L’Homme du XXIe siècle, publiée en dans le numéro 28 de Hara-Kiri, revue satirique animée par Cavanna et Choron[6]. Mœbius produit dans Hara-Kiri une dizaine de récits courts (jusqu’au numéro 40 de juin 1964), dans lesquels il aborde ses autres thèmes de prédilection, le fantastique et surtout la science-fiction, avec un style de dessin très différent de celui utilisé pour Blueberry, influencé par Jijé mais aussi par les auteurs du magazine américain Mad (Davis, Elder, Kurtzman) que Giraud a découvert lors de ses voyages au Mexique[6]. Par la suite, Jean Giraud n'utilisera plus ce pseudonyme sur une planche de bande dessinée jusqu'en février 1974 (L’Homme est-il bon dans Pilote), mais il le reprend à partir de 1969 pour des illustrations de romans de science-fiction (aux éditions OPTA) dans lesquelles il s’essaie à toutes sortes de styles[3].

Reconnaissance internationale de Mœbius (1974-1989)

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Lancement de Métal Hurlant

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En 1974, Charlier, qui a une formation de juriste, mécontent de la gestion des droits d'auteur de Blueberry, entame un bras de fer avec les éditions Dargaud qui va durer cinq ans, entraînant Giraud avec lui[19]. Giraud délaisse alors progressivement Pilote, appelé par ses anciens collègues Bretécher, Gotlib et Mandryka[6]. Ceux-ci ont créé L'Écho des savanes, revue de bande dessinée abordant des thèmes résolument adultes (dans laquelle il réalise Cauchemar blanc, récit engagé contre la xénophobie), et les Éditions du Fromage qui publient son premier album sous le nom de Mœbius, le truculent Bandard fou[18]. En décembre 1974, il fonde avec Jean-Pierre Dionnet, Philippe Druillet et Bernard Farkas, une maison d'édition, Les Humanoïdes associés, afin de lancer un nouveau magazine de science-fiction, Métal hurlant. Le premier numéro paraît en , avec une couverture signée Mœbius[20].

Pendant le conflit avec Dargaud, Giraud met Blueberry en pause : si le tome 17, prépublié dans la version française de Tintin, paraît en 1975, le tome 18 ne sera publié qu'en 1980 (d'ailleurs le dernier western du duo Charlier-Gir paru dans Pilote, en 1976, met en scène un nouveau personnage, Jim Cutlass). Giraud en profite pour publier aux Humanoïdes associés des bandes dessinées de science-fiction dans le style underground sous le pseudonyme de Mœbius. Arzach (prépublié en 1975 dans Métal hurlant, album en 1976) est une œuvre révolutionnaire[21] dans le monde très codifié de la bande dessinée franco-belge, tant par le fond (des histoires énigmatiques dans un univers étrange) que par la forme (des planches muettes en couleur directe). Cet album marquera une génération entière d'artistes, comme en témoigne l'album Visions of Arzach (Kitchen Sink Press, 1993), publié aux Etats-Unis, dans lequel des artistes du monde entier (Mignola, Otomo, Miyazaki, Buscema, Corben...) lui rendent hommage[22]. L'année suivante, Le Garage hermétique (prépublié de 1976 à 1979 dans Métal hurlant, album en 1979 sous le titre Major fatal) déconstruit le scénario linéaire classique avec une histoire délibérément improvisée, expérience qui rappelle l'écriture automatique des suréalistes[23].

Premiers projets au cinéma

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Ses illustrations de science-fiction et Arzach (publié en 1977 dans Heavy Metal[24], la version américaine de Métal Hurlant), le font connaître à l'étranger et Jean Giraud/Mœbius est contacté par des cinéastes français et américains pour participer à la préproduction de films de science-fiction à partir du milieu des années 1970.

En 1974, l'artiste (fondateur du mouvement Panique avec Topor et Arrabal) et réalisateur chilien Alejandro Jodorowsky prépare un film inspiré de Dune, le roman de Frank Herbert. Alors qu'il rentre du Festival de Cannes en compagnie du producteur Michel Seydoux, Jodorowsky découvre dans une station-service des dessins de science-fiction signés Mœbius et des albums de Blueberry signés Giraud. Impressionné, et ignorant qu'il s'agit du même artiste, il souhaite engager Mœbius pour les costumes et Giraud pour le story-board. Il rencontre peu après Giraud chez son attaché de presse et lui propose de travailler sur Dune. Devant l'hésitation de celui-ci, il le menace d'embaucher Philippe Druillet à sa place, ce qui le convainc de s'engager[25]. Giraud dessine près de 3000 dessins pour le story-board, mais le projet échoue, faute de moyens[26],[27], mettant un terme à quasiment deux ans de travail.

Pendant les temps morts de la préproduction de Dune, il fait la connaissance du responsable des effets spéciaux, Dan O'Bannon, qui lui écrit le scénario de The Long Tomorrow, publié dans Métal Hurlant en 1976 et dans Heavy Metal en 1977. L'univers de cet album (une gigantesque cité futuriste peuplée d'androïdes) aura une influence majeure sur la science-fiction et inspirera de nombreux réalisateurs, dont Ridley Scott[28], notamment pour Blade runner (1982)[29]. Celui-ci engage d'ailleurs Giraud (qui conçoit les costumes d'astronautes) ainsi que d'autres membres de l'équipe de Dune (O'Bannon, Giger, Foss...) sur le film Alien, le huitième passager[26] (1977).

Jodorowsky et Mœbius se recroisent par hasard, à un concert de Barbara, où ils sont placés côte à côte. De cette deuxième rencontre naît l'idée chez les deux hommes de collaborer ensemble à une bande dessinée. C'est ainsi que naissent l'album Les Yeux du chat (1978), et surtout L'Incal, une saga de science-fiction en six volumes parus entre 1980 et 1988[25]. Accaparé par Mœbius, Giraud ralentit quelque peu son travail sur Blueberry : pendant les années 80, seulement quatre histoires seront publiées (chez de nouveaux éditeurs : Fleurus, Hachette puis Novedi).

En 1981, Jean Giraud/Mœbius est consacré par ses pairs en recevant le Grand Prix du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême. A ce titre, il préside le festival 1982 et en réalise l'affiche. Par la suite, il accepte d'autres collaborations pour le cinéma. Ainsi en 1982, il dessine les décors et les costumes du film Tron puis il réalise le story-board et crée les personnages du film d'animation Les Maîtres du temps de René Laloux[26].

Départ outre-mer

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Depuis 1980, il s'est rapproché de Jean-Paul Appel-Guéry, gourou de la secte (même si Giraud réfute ce terme : «Entre nous, nous parlions plutôt de groupe. Et il n'était pas non plus question d'argent») Iso Zen, aussi appelée Siderella. En 1983, Giraud, accompagné de sa famille, suit à Tahiti Appel-Guéry et sa communauté. Il en part un an après, disant qu'«il y a une frontière que l'on ne peut pas franchir [qui est] celle de la dignité humaine»[30],[31].

 
Jean Giraud à sa planche à dessin en 1984

Commandé à l'origine par Citroën France et offert aux concessionnaires pour célébrer le cinquantième anniversaire de la Traction Avant, l'album Sur l'étoile (Les Humanoïdes associés, 1983), signé Mœbius, bénéficie de plusieurs suites publiées à partir de 1988 dans le magazine (À suivre). Ce cycle, intitulé Le Monde d'Edena, comptera six tomes publiés aux éditions Casterman de 1988 à 2001.

En 1984, Jean Giraud s'établit à Los Angeles et monte avec sa première épouse Claudine la maison d'édition Starwatcher Graphics. Il réussit en parallèle à convaincre Marvel Comics de publier aux Etats-Unis la plupart de ses travaux produits jusqu’à présent sous sa signature Mœbius. Cette rencontre l’amènera à illustrer une histoire du Surfer d'argent en collaboration avec Stan Lee et selon la méthode Marvel. Circonstance rare pour un auteur européen, cette contribution a influencé plusieurs auteurs de comics, comme Jim Lee ou Mike Mignola. Il continue de travailler sur des films américains : Les Maîtres de l'univers de Gary Goddard (1987), pour lequel il dessine les personnages, mais pour Willow (1988) et Abyss (1989), ses créations ne sont pas reprises dans la version finale du film[26]. En 1984, il est également cofondateur des Éditions Aedena avec Jean Annestay et Gérard Bouysse, où il réalise notamment des œuvres en tandem avec Geof Darrow (portfolio la Cité Feu en 1985) ou Tanino Liberatore (sérigraphie Frigidaire en 1990).

En 1988, à l'occasion des 15 ans du Festival d'Angoulème et de la première émission de timbres illustrés par des auteurs de bande dessinée, la poste française choisit Mœbius ainsi que onze autres Grands Prix (Reiser, Fred, Brétécher, Tardi, Bilal...), pour illustrer chacun un timbre sur le thème de la communication[32]. Cette reconnaissance institutionnelle sera confirmée en 2006 par la sortie d'un deuxième timbre dessiné par Giraud, sur le thème des vacances[33].

Diversification et expositions (1989-2012)

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Jean Giraud lors d'une séance de dédicace à la Japan Expo 2008.

Scénariste et galeriste

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En 1989, Jean Giraud revient définitivement en France. Cette même année, Jean-Michel Charlier meurt, laissant le scénario du 23ème album de Blueberry, Arizona Love, inachevé. Giraud décide de terminer cette histoire seul, en plus du dessin. A partir de 1990, il s'occupe également du scénario de deux autres séries western : le cycle Marshall Blueberry, une histoire "à la Charlier"[34] (dessiné par William Vance puis Michel Rouge, 3 tomes parus entre 1991 et 2000) et la reprise de la série Jim Cutlass (dessinée par Christian Rossi, 6 tomes parus entre 1991 et 1999). En 1995, il reprend le scénario de Blueberry, en modifiant le titre qui devient Mister Blueberry, l'action se situant une dizaine d'années après l'album Arizona love.

En 1990, il crée Stardom, maison d’édition et galerie d'art (rue Falguière à Paris), relancé en 1997 par sa seconde épouse Isabelle pour devenir Mœbius Production. Ils éditent ensemble livres, sérigraphies et affiches consacrés à son œuvre. En 1997, Luc Besson l'engage, (ainsi que Jean-Claude Mézières), pour travailler sur l'univers graphique (décors, créatures...) du Cinquième Élément[26]. Mais cette collaboration se termine mal : Giraud, Jodorowsky et les Humanoïdes Associés intentent un procès au cinéaste pour plagiat de l'Incal. Les plaignants seront déboutés en 2004[35].

Introspection et expositions

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En 1999, il est président du jury de la première édition du Festival international des Très Courts. Il publie la même année son autobiographie : Mœbius Giraud : histoire de mon double, aux Éditions no 1[36]. Cet exercice d'introspection se poursuit avec Inside Mœbius, dans lequel l'auteur se met lui-même en scène dans un univers imaginaire discutant avec ses propres personnages et faisant part avec humour de ses doutes artistiques et de ses questionnements. Ces carnets, commencés en 2000, sont publiés aux éditions Stardom en 6 tomes de 2004 à 2010[37].

Au cours des années 2000, il reprend son personnage emblématique d'Arzach, d'une part dans Arzak Rhapsody, une mini-série en animation Flash de quatorze épisodes courts (2002, scénario, dessin et réalisation signés Mœbius) diffusée sur France 2[26]; d'autre part dans l'album Arzak : destination Tassili (Mœbius Production, 2009), prévu comme le premier tome d'une trilogie.

Du au se déroule à l'hôtel de la Monnaie à Paris l'exposition Miyazaki-Mœbius. Elle met en parallèle les travaux de Jean Giraud et de Hayao Miyazaki, célèbre réalisateur de films d'animation japonais du studio Ghibli. Plus de trois cents dessins y sont exposés.

 
Tombe de Jean Giraud au cimetière du Montparnasse (9e division).

Avec le magicien Gérard Majax en , il participe à la réalisation d'une nouvelle attraction du Parc du Futuroscope, La Citadelle du Vertige, inspirée des univers du Garage hermétique. En , la Fondation Cartier pour l'art contemporain organise la première rétrospective majeure consacrée à l’œuvre de Giraud-Mœbius, Mœbius-Transe-Forme[31],[38]. La même année, il réalise le court métrage d'animation en 3D La Planète encore, coréalisé avec Geoffrey Niquet. En 2011, il participe à l'exposition Tron L'héritage à la galerie Chappe[39].

Décès

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Jean Giraud meurt le à Paris à l'âge de 73 ans[40], des suites d'une embolie pulmonaire consécutive à un lymphome. Il est inhumé le au cimetière du Montparnasse (9e division[41], à quelques mètres de Maurice Pialat) après une cérémonie religieuse à la basilique Sainte-Clotilde[42].

Vie privée

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Jean Giraud s’est marié deux fois. Tout d’abord avec Claudine Conin, avec qui il a eu deux enfants, Hélène et Julien Giraud. Puis avec Isabelle Champeval, rencontrée en 1987 et avec qui il se marie en 1995. Ensemble, ils ont eu deux enfants, Raphaël et Nausicaä Giraud. Isabelle est restée à ses côtés jusqu’à son décès en 2012. Jean est également devenu grand-père de trois petits-enfants[43].

Après la disparition de Jean Giraud, Isabelle, au sein de Mœbius Production, poursuit son engagement en veillant à la diffusion et à la valorisation de son héritage artistique à travers des projets d’édition et des expositions internationales[43].

Connu pour la rapidité d'exécution de ses dessins, Jean Giraud a un style graphique très varié, pouvant aller du réalisme fouillé de ses débuts dans les Aventures du lieutenant Blueberry, commencées en 1963, à l'onirisme et aux épures lyriques d'ouvrages plus récents. Son dessin va de la gravure, au trait classique en noir et blanc, au travail de la couleur environnementale typique de la ligne claire.

Ses univers sont pour la plus grande partie axés sur une science-fiction fantasmagorique et délirante ainsi qu'une poésie teintée de métaphysique.

Influencé par les étendues désertiques du Mexique, il aime dessiner des personnages sur une surface plane et uniforme, qui peut aller du Sonora à l'absence totale de décor. Que ce soit dans les séries Blueberry ou Arzach, le désert est une figure récurrente dans son œuvre. En effet, parce qu'aucune construction humaine ne vient imposer un sens déterminé, il autorise tous les possibles métamorphiques, d'où ses nombreux dessins où les personnages traversant le désert connaissent des métamorphoses surprenantes[44].

Bien que la bande dessinée européenne soit peu diffusée au Japon, Mœbius y est respecté, notamment des auteurs locaux : « il est très populaire parmi les dessinateurs de ma génération » selon Jirō Taniguchi, né en 1947[45]. D'après Gō Nagai, « Mœbius a inventé un nouveau monde fantastique, ouvert de nouveaux horizons »[45].

Œuvre littéraire

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L'article détaillé recense les œuvres personnelles de Jean Giraud (alias Mœbius et Gir) en tant que dessinateur, scénariste et illustrateur.

Filmographie

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Contributions artistiques

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Jean Giraud à Lugano en 1992.

Jean Giraud a participé à la conception graphique de nombreux films :

Adaptations de ses œuvres

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Par lui-même
  • Starwatcher (1991), pilote pour un long métrage avec Medialab, annulé en 1992 après la mort d'Alain Guiot
  • Arzak Rhapsody (2002), mini-série
  • La Planète encore (2010), court métrage
Par d'autres réalisateurs

Influence

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Son œuvre a aussi inspiré l'esthétique de plusieurs films :

Ludographie

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Il fut l'illustrateur attitré des ordinateurs Alice 32 et Alice 90 dans les années 1980.

En 1995, il a influencé le design du jeu Panzer Dragoon sur Saturn. Il en a aussi signé l'illustration de jaquette pour l'édition originale japonaise. Il dessine la même année la jaquette du jeu vidéo Fade to Black.

En 1997 sort Pilgrim : Par le livre et par l'épée, un jeu sur PC d'après un scénario de Paulo Coelho dont il a conçu les personnages, avec les planches disponibles sur un CD bonus.

En 2004 sort Seven Samurai 20XX, un jeu sur PlayStation 2 développé au Japon dont il a conçu les personnages.

De nombreux jeux vidéo s'inspirent de son style graphique :

Principales expositions

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En France

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En Italie

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  • 10 octobre - 9  : Mœbius Infinito, Magazzini Ferroviari ai Lolli, Palerme
  • 29 - 11  : Mœbius Infinito, Palazzo Bagatti Valsecchi, Milan
  • 7 février - 29  : Mœbius Infinito, Fondazione Querini Stampalia, Venise
  • 2000 : Napoli 2000 Mœbius, Città della Scienza, Naples
  • 11 mai - 24 octobre 2019 : Les beaux voyages de Mœbius, Palazzo Santa Maria Nova Campiello, dans le cadre de la Biennale de Venise
  • 10 juillet 2021 - 4 octobre 2021 : Mœbius Alla ricerca del tempo, Musée Archéologique National (MANN), Naples

En Allemagne

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  • 10 juin - 9 juillet 2000 : Mœbius/Giraud - Genius des Phantastischen, Städtische Galerie, Erlangen
  • 17 janvier - 7 mars 2004, Mœbius : Welten, Badischer Kunstverein, Karlsruhe
  • 15 septembre 2019 - 16 février 2020 : Mœbius, Max Ernst Museum, Brühl

En Espagne

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  • 7 mai - 6 juin 1992 : Cristal saga 22, Galerie 4rt Montfalcon, Barcelone.
  • 26 mai - 28 août 2022 : Comic, suenos e historia (avec Eisner, Miller...), CaixaForum, Madrid.
  • 28 juin - 25 août 1991 : Mœbius Giraud, 35 ans d'images, maison de la Culture Frontenac, Montréal, Canada
  •  : The world of Mœbius, Art Museum, Kemi, Finlande
  • -  : Giraud Mœbius, Grand Manège, Liège, Belgique
  • 23 - 27  : Seoul International Cartoon and Animation Festival, SETEC, Séoul, Corée du Sud
  • 4 mai - 7 juin 2009 : Le monde mœbiusien, International Manga Museum, Kyoto, Japon.

Décorations

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Récompenses

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À titre posthume
  • 2017 :   Prix Eisner de la meilleure édition américaine d'une œuvre internationale pour Le Monde d'Edena

Notes et références

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  1. Prononciation en français de France standardisé retranscrite phonémiquement selon la norme API.
  2. a et b (en) Lambiek comic shop and studio in Amsterdam, The Netherlands, « Comic creator: Jean Giraud (Moebius) », sur lambiek.net, (consulté le ).
  3. a et b Jacques Dutrey, « Et Gir redevint Moebius… : genèse ! », sur BDzoom.com,
  4. a et b Gilles Ratier, « Quand Pierre Christin signait Linus : 1ère partie, le rêve américain… », sur BDzoom.com,
  5. « Jean Giraud, alias Mœbius, l’homme qui révolutionna la BD. Émission Café découverte », sur Europe 1, .
  6. a b c d et e Jean Depelley, « Pour se souvenir de Moebius… », sur BDzoom.com,
  7. Patrick Gaumer, Dictionnaire mondial de la BD, Larousse, (ISBN 978-2-03-584331-9 et 2-03-584331-6, OCLC 652381718, lire en ligne)
  8. a b c et d Gilles Ratier, « Pour se souvenir de Jean Giraud (alias Gir ou Moebius)… », sur BDZoom.com,
  9. a b et c Frédéric Potet, « La dernière aventure du lieutenant Moebius », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  10. a et b Numa Sadoul, Mister Moebius et Docteur Gir, Paris, Albin Michel, , 94 p. (ISBN 2-226-00266-9), p. 15 - 16.
  11. Gilles Ratier, Jean-Michel Charlier vous raconte..., Le Castor Astral, , 320 p., p. 205 - 206
  12. Olivier Delcroix, « Tintin, Blueberry, Lupin III, Cobra... quand Jean-Paul Belmondo inspire la bande dessinée », sur Le Figaro,
  13. Thierry Groensteen, « Western », sur www.citebd.org,
  14. « L'aventure Blueberry », sur L'Express,
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Voir aussi

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Bibliographie

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Monographies

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Articles

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Vidéographie

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Liens externes

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Giraud/Mœbius retrace lui-même son parcours dans un documentaire de BBC Four, accompagné de nombreux dessins, d'extraits de films auxquels il a collaboré et d'interviews (avec Stan Lee, Jodorowsky, Jim Lee, Mike Mignola, Philippe Druillet, Enki Bilal, HR Giger et Dan O'Bannon).