Influence normative
L'influence normative est un concept de la psychologie sociale et plus précisément de la psychologie normative. Avec le conformisme et l'influence informationnelle, elle est l'un des trois principaux éléments de l'influence sociale[réf. souhaitée].
Dans un groupe, les membres tendent à rechercher l'approbation de leurs pairs et à éviter leur désapprobation. Pour y parvenir, ils se conforment aux normes du groupe pour prévenir les conflits et éviter d'être rejetés par ce groupe. De solides preuves empiriques montrent que « les normes sociales exercent une grande influence sur le comportement humain et que des processus d’influence normative existent dans divers contextes et situations rencontrés au quotidien »[1]. La forme la plus forte et ancrée de l'influence normative est l’internalisation, qui « se produit quand les normes personnelles et perçues du groupe convergent. Bien que le processus d’internalisation puisse être initié en présence du groupe, son influence sur le comportement individuel est considérée comme survenant même lorsque les membres du groupe ne sont pas présents pour exercer leur influence supposément parce que les individus ont intériorisé le mode de conduite approprié »[1].
Psychologie normative
modifierLa psychologie normative est le champ de la Recherche et d'application qui, dans la psychologie, s'intéresse à la définition, à l'évaluation à l'évolution et à la prescription ou au contournement de normes qui guident, structurent ou évaluent l'activité mentale et le fonctionnement psychosocial chez l'Humain. Contrairement à la psychologie descriptive ou positive qui cherche à observer et à expliquer les phénomènes psychiques tels qu'ils se manifestent réellement, la psychologie normative évalue ces phénomènes à l'aulne de critères de normalité, d'optimalité ou de moralité[2].
Elle s'intéresse à la manière dont les individus se conforment — ou non — à des critères de rationalité, de vérité, de normes et normalité ou d’optimalité, ainsi qu’aux mécanismes psychologiques qui sous‑tendent cette conformité. Les travaux contemporains soulignent que la cognition humaine est traversée par de nombreux biais, qui affectent notamment la perception, la croyance et le raisonnement, ce qui pose la question des critères normatifs permettant de distinguer le « normal » du « pathologique » ou du « rationnel »[3],[2].
La psychologie normative analyse donc la relation entre faits psychologiques et systèmes socio-normatifs, en examinant comment les normes — logiques, épistémiques, sociales ou perceptives — sont représentées, appliquées et parfois transgressées par les individus. Elle se situe à l’intersection de la psychologie cognitive, de la psychologie sociale de l’épistémologie et de la philosophie morale. Des débats opposent psychologisme et logicisme, qui portent sur le statut des normes et sur la manière dont elles peuvent ou devraient être expliquées (par des mécanismes mentaux empiriques ou par des principes déductifs indépendants des faits).
La psychologie normative observe aussi les normes sociales, en tant qu'ensemble de règles explicites ou implicites (généralement non-écrites) orientant les comportements, les jugements et les interactions. Apprises dès l’enfance, ces normes sont maintenues par des sanctions ou des récompenses sociales ; et elles ont un rôle central dans la régulation des conduites et dans la dynamique des groupes, expliquant par exemple la persistance des mutilations génitales dans certaines communautés[4].
La norme en psychologie
modifierLa psychologie normative s'articule autour de trois acceptions principales de la « norme » :
- La norme statistique : Est considéré comme normal ce qui se situe dans la moyenne d'une population donnée (courbe de Gauss). C'est l'approche privilégiée par la psychométrie[5].
- La norme fonctionnelle ou idéale : Est normal ce qui assure un fonctionnement optimal de l'individu ou ce qui correspond à un idéal de santé mentale (par exemple, le concept d'actualisation de soi chez Abraham Maslow)[6].
- La norme sociale, morale et/ou éthique : Concerne l'intégration des valeurs, des règles morales ou éthique, et des attentes comportementales dictées par la société ou le groupe culturel[2].
Expérience de Asch
modifierL'expérience de Asch, où un participant naïf est conduit, contre sa perception, à affirmer qu'un trait visiblement plus court qu'un autre est en fait de la même longueur pour se conformer à l'avis émis par des pairs (qui sont en réalité des complices de l'expérimentateur), est l'exemple le plus courant pour illustrer les effets parfois paradoxaux de l'influence normative.
Enjeux
modifierL'approche normative est essentielle en psychopathologie et en psychologie clinique pour l'établissement de diagnostics (via des manuels comme le DSM ou la CIM) et dans certains processus juridiques (cf. norme juridique).
« Bien des choses sur les mécanismes et processus réels par lesquels l’influence normative est exercée restent floues. Il reste également beaucoup à faire pour spécifier le rôle que jouent les processus de communication humaine dans la manière dont les normes sont comprises et diffusées au sein d’un groupe social »[1].
Critiques et limites
modifierLa psychologie critique et de l'antipsychiatrie soulignent le risque d'instrumentalisation de la psychologie à des fins de contrôle social, de pathologisation (ex. : pathologisation de l'homosexualité à certaines époques et encore dans certaines communautés) de l'exclusion sociale et de la marginalisation ou de reproduction des Biais culturels dominants[7].
Notes et références
modifier- 1 2 3 (en) Itzhak Yanovitzky et Rajiv N. Rimal, « Communication and Normative Influence: An Introduction to the Special Issue », Communication theory, vol. 16, no 1, , p. 1–6 (ISSN 1050-3293 et 1468-2885, DOI 10.1111/j.1468-2885.2006.00002.x, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 Canguilhem G (1966) Le Normal et le Pathologique. Presses Universitaires de France.
- ↑ « Normativité et psychologie – Groupe de recherche interuniversitaire sur la normativité », sur grin.normativity.ca (consulté le ).
- ↑ Unicef (2021), Définitions des normes sociales et des concepts connexes, Octobre 2021 (PDF, 4 pages), [Quoi ?] [lire en ligne].
- ↑ (en) Anastasi A et Urbina S (1997) Psychological Testing. Prentice Hall.
- ↑ (en) Maslow, A. H. (1954). Motivation and Personality. Harper & Row.
- ↑ Foucault, M. (1972). Histoire de la folie à l'âge classique. Gallimard.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Juan Manuel Falomir-Pichastor, Fabrice Gabarrot, Gabriel Mugny et Cécile Nurra, « Influence normative, menace intergroupe et adaptabilité perçue des immigrés », Bulletin de psychologie, no 491, , p. 407-414 (lire en ligne).
- (en) Nolan, J. M., Schultz, P. W., Cialdini, R. B., Goldstein, N. J., et Griskevicius, V. (2008). Normative social influence is underdetected. Personality and social psychology bulletin, 34(7), 913-923 | https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/0146167208316691.
