Héritage Montréal
Héritage Montréal est un organisme privé à but non lucratif fondé en 1975, consacré à la protection, à la mise en valeur et à la transmission du patrimoine architectural, urbain, paysager, historique et culturel de la grande région métropolitaine de Montréal. L’organisme agit par l’éducation, la représentation publique, la concertation et l’expertise indépendante, et s’inscrit dans la continuité des mobilisations citoyennes qui ont profondément transformé les pratiques d’aménagement et de protection du patrimoine à Montréal depuis la seconde moitié du XXe siècle.
| Fondation |
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| Zone d'activité | |
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| Forme juridique | |
| Domaines d'activité | |
| Siège |
Montréal (3575, boulevard Saint-Laurent, H2X 2T7, Québec, Canada) |
| Pays |
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10 employés () |
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| Fondateurs |
Phyllis Lambert, Herschel Segal (d), Peter Quinlan (d), Lilian Webb (d), Paul Leblanc (d) |
| Président |
Robert Girard (d) (depuis ) |
| Directeur |
Robert Turgeon (d) (depuis ) |
| Personnes clés | |
| Site web |

Origines de la conscience patrimoniale à Montréal
modifierLa préoccupation pour la conservation des lieux historiques à Montréal ne débute pas avec la création d’Héritage Montréal. Dès la fin du XIXe siècle, des mobilisations citoyennes permettent d’éviter la disparition de bâtiments associés à la mémoire collective. Le Château Ramezay, menacé de démolition dans les années 1890[1], est sauvé à la suite d’interventions citoyennes et acquis par la Ville, qui l’ouvre comme musée en 1895, marquant un jalon important de l’histoire patrimoniale montréalaise.
Toutefois, jusqu’au milieu du XXe siècle, la protection du patrimoine demeure ponctuelle et largement dépendante de décisions politiques isolées. Malgré l’adoption en 1922 de la première loi québécoise encadrant la protection des monuments historiques, les outils juridiques et urbanistiques restent limités et peu contraignants, particulièrement à l’échelle municipale.
Modernisation urbaine et pertes patrimoniales (années 1950–1970)
modifierÀ partir des années 1950, Montréal connaît une phase de modernisation urbaine accélérée, marquée par la construction d’autoroutes, de complexes institutionnels et de grands projets immobiliers. Ces transformations s’effectuent souvent sans mécanismes formels de consultation publique et entraînent la disparition de quartiers entiers et d’un nombre important de bâtiments anciens.
Entre 1961 et 1975, environ 32 000 logements sont démolis dans le centre de Montréal, particulièrement dans l’est du centre-ville. Les recensements indiquent qu’entre 1951 et 1971, certains secteurs connaissent une baisse pouvant atteindre 70 % du nombre de familles[2].
Parallèlement, les démolitions d’immeubles patrimoniaux augmentent fortement : trois entre 1922 et 1963, treize entre 1964 et 1972, puis soixante entre 1974 et 1979, révélant une rupture marquée dans les pratiques d’aménagement.
La disparition du Faubourg à m’lasse, rasé pour faire place à des équipements institutionnels, devient emblématique de cette période et contribue à l’émergence d’un militantisme urbain structuré[3].
La maison Van Horne et la structuration du mouvement (1973–1975)
modifierLe , la Ville de Montréal délivre un permis de démolition pour la résidence de Sir William Van Horne[4], située à l’angle des rues Sherbrooke et Stanley. Malgré une mobilisation citoyenne et des démarches judiciaires, cette demeure en pierre grise de la fin du XIXe siècle est démolie et remplacée par un immeuble commercial. Cet épisode provoque une indignation durable et devient un symbole des limites des mécanismes de protection du patrimoine à Montréal[5].
Dans la foulée de cet événement et d’autres luttes urbaines contemporaines, plusieurs groupes citoyens actifs dans différents quartiers entreprennent de se regrouper afin de structurer une action permanente, dotée d’expertise et capable d’intervenir de manière concertée auprès des décideurs publics[6].
Fondation d’Héritage Montréal (1975)
modifierHéritage Montréal est officiellement fondé le [3], sous la présidence de l’architecte Phyllis Lambert. L’organisme résulte du regroupement d’une vingtaine d’associations citoyennes issues des luttes urbaines et patrimoniales des années 1970[2]. Sa mission, telle qu’inscrite dans ses lettres patentes, est d’« encourager et promouvoir la protection de l’héritage historique, architectural, naturel et culturel ».
Dès ses débuts, Héritage Montréal adopte une posture indépendante à l’égard des pouvoirs publics et des intérêts privés, et se positionne comme un acteur de vigilance et de proposition dans les débats urbains.
Premières mobilisations et conservation des quartiers (années 1970–1980)
modifierDès 1976, Héritage Montréal participe à des démarches ayant mené au classement de la Maison mère des Soeurs-Grises-de-Montréal[2], à la suite d’interventions concertées auprès du ministère des Affaires culturelles du Québec.
À partir de 1978, l’organisme joue un rôle central dans la mobilisation visant à sauver le quartier Milton-Parc[7], menacé par un projet de tours immobilières. Aux côtés des résidents, Héritage Montréal contribue à l’élaboration d’un projet alternatif fondé sur la conservation du tissu bâti existant. Inauguré en 1985, le projet aboutit à la création de l’un des plus importants ensembles de logements coopératifs au Canada, regroupant environ 600 logements au sein d’une fiducie foncière urbaine[8].
Parallèlement, Héritage Montréal développe des activités éducatives structurantes : en 1981, l’organisme lance des cours de rénovation domiciliaire, qui attireront plus de 9 000 personnes au fil des ans, contribuant à diffuser des pratiques de conservation adaptées au bâti ancien.
Participation publique et structuration des politiques patrimoniales (années 1980–1990)
modifierDans les années 1980, Héritage Montréal s’implique dans plusieurs débats majeurs sur l’aménagement urbain. En 1984, l’organisme participe à la mobilisation entourant le projet immobilier de l’avenue McGill College, un dossier qui conduit à la première consultation publique formelle à Montréal et permet de préserver la vue emblématique sur le mont Royal[9].
L’organisme contribue également aux démarches menant à la demande de classement du mont Royal en 1986[2], couronnant des décennies d’efforts pour la protection de ce paysage identitaire.
En 1987, Héritage Montréal est associé à la création de la maîtrise en conservation (3R : rénovation, restauration, recyclage)[10], première formation universitaire de ce type au Canada, marquant une étape importante dans la professionnalisation de la conservation du patrimoine bâti.
Patrimoine architectural, industriel et culturel (années 1990–2000)
modifierÀ partir des années 1990, Héritage Montréal élargit son champ d’intervention au patrimoine industriel et aux paysages urbains. En 1991, l’organisme participe au lancement de l’Opération patrimoine architectural de Montréal, initiative conjointe avec la Ville visant à célébrer et valoriser l’architecture résidentielle de la métropole.
En 1992, Héritage Montréal s’engage dans la mobilisation pour la sauvegarde de l’Hôtel-Dieu et installe des plaques commémoratives à l’occasion du 350e anniversaire de Montréal, contribuant à la diffusion de l’histoire urbaine auprès du grand public.
En 1999, l’organisme demande le classement du restaurant Le 9e[11], anticipant la faillite prochaine d’Eaton. Le site est classé d’urgence, rénové et rouvre au public en 2024.
Mobilisations emblématiques du XXIe siècle
modifierAu cours des années 2000, Héritage Montréal mène plusieurs campagnes de sensibilisation majeures. En 2006, l’organisme obtient la sauvegarde de l’enseigne Farine Five Roses[12],[13], menacée de démantèlement. En 2009, il mène la campagne « Sauvons la Pinte », qui aboutit à la restauration de la pinte de lait géante Guaranteed Pure Milk[14], symbole du patrimoine industriel montréalais.
En 2010, Héritage Montréal organise les premières visites guidées du Silo no 5 et de la Pointe-du-Moulin[15], une initiative sans précédent qui sensibilise des milliers de visiteurs à la valeur patrimoniale et au potentiel de requalification de ce site industriel.
Plateformes numériques, médiation et actions récentes
modifierEn 2014, l’organisme lance les visites Au cœur de la métropole[16], puis en 2015 la plateforme participative H-MTL[17], devenue par la suite Memento, permettant de documenter des lieux patrimoniaux menacés et de soutenir la mobilisation citoyenne.
Autour de 2020, Héritage Montréal adapte ses activités aux contraintes sanitaires et développe une présence numérique accrue, tout en poursuivant ses interventions sur des dossiers contemporains. L’organisme contribuera en 2023 à la protection du noyau patrimonial du Quartier chinois[18], à la suite de démarches menées avec des partenaires communautaires.
En 2024, il lance de nouvelles activités scolaires de sensibilisation au patrimoine et adopte des positions publiques appelant au renforcement des outils de protection et d’entretien du patrimoine bâti.
Notes et références
modifier- ↑ « Toute une histoire », sur www.chateauramezay.qc.ca (consulté le )
- (fr + en) Héritage Montréal, Héritage Montréal, 50 ans pour le patrimoine — Un mouvement montréalais, Montréal, Héritage Montréal, (ISBN 978-2-920588-70-7)
- Mathieu-Robert Sauvé, « Héritage Montréal a 50 ans! », périodique, (lire en ligne )
- ↑ Dinu Bumbaru, « 50 ans de la démolition de la maison Van Horne : mesurer les progrès et les défis du patrimoine de la métropole », sur Héritage Montréal, (consulté le )
- ↑ « Le 50e anniversaire de la démolition de la maison Van Horne | OHdio | Radio-Canada », sur ici.radio-canada.ca (consulté le )
- ↑ Héritage Montréal, « Héritage Montréal — 50 ans d’action pour le patrimoine. », sur Héritage Montréal, (consulté le )
- ↑ « Combat pour Milton Parc : 1960-1970, le premier temps », sur Encyclopédie du MEM, (consulté le )
- ↑ « Combat pour Milton Parc : les années 1980, le deuxième temps », sur Encyclopédie du MEM, (consulté le )
- ↑ (fr-CA) Maxime Bergeron, « Urbanisme et patrimoine: Les catastrophes évitées par Montréal », La Presse, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Maîtrise en conservation du patrimoine bâti », sur Architecture - Université de Montréal (consulté le )
- ↑ « Le fameux restaurant Le 9e rouvrira ses portes d’ici la fin de 2023 | OHdio | Radio-Canada », sur ici.radio-canada.ca (consulté le )
- ↑ LCN, « L'enseigne lumineuse de la farine Five Roses pourrait être démantelée », sur TVA Nouvelles, (consulté le )
- ↑ Frédérique Doyon, « De l'espoir pour l'enseigne Farine Five Roses » , sur Le Devoir, (consulté le )
- ↑ Frédéric Pepin, « La pinte est blanche à nouveau », sur Le Journal de Québec, (consulté le )
- ↑ « VISITES – Héritage Montréal – "Silo no. 5 et Pointe-du-Moulin" - Kollectif », sur kollectif.net (consulté le )
- ↑ « VISITE – Héritage Montréal – "La Petite Bourgogne: sur les traces du village de Sainte-Cunégonde" - Kollectif », sur kollectif.net (consulté le )
- ↑ Héritage Montréal, « Lancement de Memento, nouvelle plateforme pour la protection du patrimoine métropolitain », sur Héritage Montréal, (consulté le )
- ↑ (fr-CA) Philippe Teisceira-Lessard, « Montréal: Le cœur historique du Quartier chinois protégé », La Presse, (lire en ligne, consulté le )
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifier- Centre canadien d'architecture
- Plan d'urbanisme de la ville de Montréal
- Complexe La Cité
- Maison Van Horne
- Prince of Wales Terrace
- Natatorium de Verdun
