Frédéric II de Ferrette
Frédéric II de Ferrette, mort en 1232 ou au début de 1233, est comte de Ferrette de 1197 à sa mort.
| Comte de Ferrette | |
|---|---|
| - | |
| Décès | |
|---|---|
| Père | |
| Mère |
Richenza de Habsbourg (d) |
| Fratrie | |
| Conjoint |
Heilwig von Urach (d) |
| Enfants |
Ulrich II de Ferrette Berthold de Ferrette Alix de Ferrette (d) Louis II de Ferrette (d) |
D'abord ecclésiastique, il prend la succession de son frère Ulrich Ier de Ferrette comme comte de Ferrette après l'assassinat de ce dernier en 1197. Frédéric II de Ferrette mène plusieurs guerres, notamment contre le comte de Montbéliard Richard III de Montfaucon, pour le contrôle de Belfort et contre l'évêque de Strasbourg Berthold de Teck à propos de l'héritage de Gertrude de Dabo.
Excommunié parce qu'il a capturé l'évêque de Bâle Henri de Thun à la fin de l'année 1231, il doit s'humilier publiquement dans la ville de Bâle. À partir de 1227 environ, il associe à son pouvoir ses deux fils Ulrich II et Louis II, qui prennent le titre de comte. Louis II, de plus en plus en conflit avec son père, finit par l'assassiner en en 1232 ou au début de 1233.
Biographie
modifierFamille
modifierFrédéric II de Ferrette est le fils du comte de Ferrette Louis Ier de Ferrette et de son épouse Richenza, fille de Werner II de Habsbourg. Ses deux frères sont Louis et Ulrich Ier de Ferrette. Sa sœur se nomme Helwidis[1]. Frédéric II est cité pour la première fois en 1194, avec son frère Ulrich[2],[3].
Frédéric II de Ferrette est d'abord destiné à une carrière ecclésiastique et devient prieur du monastère d'Altkirch[4],[5]. Il succède à son frère Ulrich Ier de Ferrette comme comte de Ferrette après l'assassinat de ce dernier, organisé par Otton Ier de Bourgogne, comte palatin de Bourgogne le [2].
Comte de Ferrette
modifierFrédéric II de Ferrette donne un statut de ville à Altkich, en l'entourant d'une enceinte. Il protège l'abbaye de Lucelle, dont son beau-frère, Berthold d'Urach, devient abbé en 1221[6].
Vers 1225-1226, Frédéric II de Ferrette fait la guerre à son voisin le comte de Montbéliard Richard III de Montfaucon, pour le contrôle de Belfort, que Frédéric conteste au comte de Montbéliard[6]. Cette guerre se termine par la défaite de Frédéric de Ferrette, entérinée par la paix conclue à Grandvillars le . Frédéric s'engage à détruire le château de Montfort qu'il avait fait construire ou à payer 200 marcs et Richard de Montfaucon garde l'avouerie de Delle en attendant. Ce traité prévoit aussi le mariage de la fille de Frédéric, Alix ou Adcardis, avec Thierry III de Montbéliard, fils de Richard III de Montfaucon, moyennant le versement d'une dot de 500 marcs assignée sur l'avouerie de l'abbaye de Lure[7],[8],[9].
En 1225, à la mort sans héritiers directs de Gertrude de Dabo, comtesse de Metz et de Moha, fille du comte Albert II de Dabo-Moha, Frédéric II de Ferrette prétend à une partie de l'héritage, parmi d'autres compétiteurs, et occupe le château de Haut-Eguisheim, mais le roi des Romains Henri VII attribue l'héritage de Gertrude de Dabo à l'évêque de Strasbourg Berthold de Teck[10].
Vers 1227, le comte Frédéric II partage le pouvoir avec ses deux fils, Ulrich II et Louis, qui prennent le titre de comte. Louis reçoit des territoires autour de Porrentruy[11].
En 1227, Henri VII change de camp et conclut une alliance, le traité de Wimpfen (), avec Frédéric II de Ferrette et ses deux fils Ulrich et Louis[12],[13]. Le , à Blodelsheim, l'armée de l'évêque de Strasbourg et de son allié Albert IV de Habsbourg bat celle des comtes de Ferrette[14],[12],[15],[16], mais la guerre continue et les comtes de Ferrette assiègent Strasbourg. La guerre se termine en 1232, sans qu'on connaisse les détails de l'accord entre les comtes de Ferrette et l'évêque Berthold qui y met fin[17]. Dans le cadre de ce conflit, les comtes de Ferrette attaquent l'abbaye de Murbach parce qu'elle a établi dans la vallée de Saint-Amarin un péage qui fait concurrence à celui que les comtes de Ferrette font payer à Thann[11].
À la fin de l'année 1231, Frédéric II de Ferrette fait prisonnier l'évêque de Bâle Henri de Thun, avec qui il a de nombreux litiges territoriaux et ne le relâche que contre rançon. Le comte de Ferrette est alors excommunié par le pape. Il doit céder à l'évêché de Bâle les villages de Wolschwiller et de Dieperswiller (dont la localisation est discutée) avant de les reprendre en fief, rendre la rançon et s'humilier publiquement dans la ville de Bâle. Cette peine infamante, appelée le Harnescar, consiste à lui faire porter un fardeau avilissant — probablement un chien — sur les épaules dans les rues et implorer le pardon de l'évêque trois fois, à genoux[18],[19],[20]. L'abbé de Murbach profite de l'affaiblissement de Frédéric II de Ferrette : il inféode au roi Henri VII le village de Delle — dépendant de l'abbaye de Murbach — dont les comtes de Ferrette avait jusque-là l'avouerie[21],[22].
Louis de Ferrette est de plus en plus en conflit avec son père. En 1232 ou au début de 1233, il le capture et le tue[23],[24],[25]. En 1862-1864, Auguste Quiquerez affirme que l'auteur du parricide est Ulrich II de Ferrette et non son frère Louis. Il cite à l'appui une charte dans laquelle Ulrich II de Ferrette avoue son crime. Toutefois, Christian Wilsdorf démontre qu'il s'agit d'un faux, fabriqué par Auguste Quiquerez[26]. Frédéric II de Ferrette meurt assassiné, comme son frère Ulrich Ier de Ferrette en 1197[24].
Mariage et descendance
modifierFrédéric II de Ferrette épouse Heilwig[27],[28],[29], née au plus tôt entre 1175 et 1181[30]. Selon Auguste Quiquerez puis Christian Wilsdorf, elle est la fille d'Eginon le Barbu, comte d'Urach et d'Agnès, elle-même fille du duc Berthold IV de Zähringen[27],[28]. Pour Philippe Lacourt et Paul-Bernard Munch, les chartes dont on déduit cette parenté seraient des faux[5]. Ils proposent une hypothèse, qu'ils qualifient de « fragile » : Heilwig pourrait être issue de la famille des comtes de Soyhières[31]. Elle est encore citée en 1233[25] meurt avant 1262[24],[25] et probablement avant 1235[25]. Frédéric II de Ferrette et Heilwig ont quatre fils et plusieurs filles[28] :
- Ulrich II de Ferrette[28], comte de Ferrette de 1227 à 1275[32] ;
- Louis II dit le Féroce[23],[28], mort en 1236[33], comte de Ferrette de 1227 à 1236[33] ;
- Berthold[23],[28], chanoine de Bâle et de Grandval, évêque de Bâle[23],[1] de 1248 à 1262[1] ;
- Albert[23],[28], avoué de l'abbaye de Masevaux[23],[1] ;
- Alix ou Adcardis, épouse de Thierry III de Montbéliard[23],[34] ;
- Marguerite[28], épouse de Richard de Glères[34] ;
- Stéphanie[28], religieuse dominicaine au couvent des Unterlinden[35] ;
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 Wilsdorf 1991, p. 16.
- 1 2 Wilsdorf 1991, p. 79.
- ↑ Wilsdorf, Metz et Jordan 2022, n°98, p. 28.
- ↑ Philippe Lacourt, « Une découverte surprenante : l'identité réelle de Frédéric de Ferrette, prieur de Saint-Morand d’Altkirch », Annuaire de la société d'Histoire du Sundgau, , p. 223-234 (présentation en ligne).
- 1 2 Lacourt et Munch 2024, p. 24.
- 1 2 Wilsdorf 1991, p. 82.
- ↑ Quiquerez 1862-1864, p. 158-159.
- ↑ Wilsdorf 1991, p. 84.
- ↑ Wilsdorf, Metz et Jordan 2022, n°126, p. 35.
- ↑ Wilsdorf 1991, p. 86-87.
- 1 2 Wilsdorf 1991, p. 92.
- 1 2 Wilsdorf 1991, p. 90.
- ↑ Wilsdorf, Metz et Jordan 2022, n°127, p. 35.
- ↑ Quiquerez 1862-1864, p. 161.
- ↑ Nuss 2002, p. 292.
- ↑ Wilsdorf, Metz et Jordan 2022, n°129, p. 36.
- ↑ Wilsdorf 1991, p. 91.
- ↑ Quiquerez 1862-1864, p. 166-170.
- ↑ Wilsdorf 1991, p. 94-97.
- ↑ Nuss 2002, p. 295-296.
- ↑ Wilsdorf 1991, p. 99.
- ↑ Nuss 2002, p. 297.
- 1 2 3 4 5 6 7 Quiquerez 1862-1864, p. 174.
- 1 2 3 Wilsdorf 1991, p. 101.
- 1 2 3 4 Lacourt et Munch 2024, p. 26.
- ↑ Wilsdorf 1991, p. 247-253.
- 1 2 Quiquerez 1862-1864, p. 148.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Wilsdorf 1991, p. 80.
- ↑ Lacourt Munch, p. 24.
- ↑ Lacourt et Munch 2024, p. 27.
- ↑ Lacourt et Munch 2024, p. 25.
- ↑ Wilsdorf 1991, p. 107.
- 1 2 Wilsdorf 1991, p. 112.
- 1 2 Wilsdorf 1991, p. 102.
- ↑ Wilsdorf 1991, p. 102-103.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Philippe Lacourt et Paul-Bernard Munch, Ferrette et ses comtesses : En marge des 700 ans du mariage de Jeanne de Ferrette et d'Albert II de Habsbourg (1324-2024), Huningue, Presses universitaires Rhin & Danube-Société d'histoire du Sundgau, coll. « Terres rhénanes », , 207 p. (ISBN 978-2-493323-73-6).
- Philippe Nuss, Les Habsbourg en Alsace des origines à 1273 : Recherches pour une histoire de l'Alsatia habsburgica, Altkirch, Société d'histoire du Sundgau, , 542 p. (ISBN 978-2-908498-14-1).
- Auguste Quiquerez, « Histoire des comtes de Ferrette », Mémoires de la société d'émulation de Montbéliard, 2e série, vol. 1, 1862-1864, p. 127-264 (lire en ligne).
- Christian Wilsdorf, Histoire des comtes de Ferrette (1105-1324), Altkirch, Société d'histoire sundgauvienne, , 272 p. (ISBN 2-908498-01-4, BNF 35479849).
- Christian Wilsdorf, Bernhard Metz et Benoît Jordan, Regestes des comtes de Ferrette, , 207 p. (HAL hal-04081268, lire en ligne [PDF]).