La bière de Chimay, dorée, rouge, bleue ou triple est obtenue par un procédé de fermentation haute (à plus de 20 °C) et subit une seconde fermentation en bouteille. Elle n'est pas pasteurisée.
Le nom de la localité est attesté sous les formes Cimacum en 887, Cimai, Cymay depuis 1065[2]. À partir du XIIIe siècle, la graphie Chimai tend à remplacer Cimay dans des actes de 1248, 1258 et 1276[3]. La forme actuelle Chimay s'est imposée lentement dans les premières décennies du XXe siècle.
L'un des premiers spécialistes à s'être exprimé à ce sujet est Hermann Gröhler[4], pour qui le nom de Chimay repose sur l'étymongallo-romain *Cimacum formé sur un anthroponyme hypothétique d'origine gauloise *Cimus et du suffixe -acum, soit « (le domaine) de *Cimus ». L'auteur cite plusieurs autres noms gaulois formellement attestés, tels que Cimu, Cimo, Cimiao[…], ainsi que l'épithète gallo-romain Cimiacinus « du domaine de *Cimios / *Cimiacos » appliqué à Mercure; ces derniers noms semblent tous se rattacher à ce même radical, de sens incertain.
Cette analyse est en grande partie adoptée par Jules Herbillon[5], pour qui *Cimacum est aussi la « propriété de *Cimus ou *Cimos », puis par Jean-Jacques Jespers[6], qui ne fait que reprendre telle quelle la formulation de ce dernier. Xavier Delamarre va un peu plus loin en posant un étymon entièrement gaulois (et non gallo-romain) *cimācon « domaine de Cimos », avec la forme gauloise primitive -ācon du suffixe[7].
Une vision quelque peu divergente des choses est celle d'Albert Carnoy[8]. Raisonnant sur la forme un peu plus tardive Cymacum, et le fait que les graphies y et oe sont souvent interchangeables en bas-latin, il avance l'hypothèse d'un étymon *Coemacum, toponyme gallo-romain formé sur l'anthroponyme celtique non attesté *Coimos et du suffixe -acum, soit « (le domaine) de *Coimos ». L'auteur fait état pour expliquer ce dernier nom d'un mot celtique coimos « joli, aimable », de statut douteux : en effet, il ne figure pas dans les dictionnaires de spécialistes actuels tels que de Pierre-Henri Billy[9] et Xavier Delamarre[10].
Quelle que soit l'hypothèse envisagée, l'initiale Chi- de Chimay révèle dans les deux cas un traitement dialectal picard du toponyme.
Il est à noter que Marie-Thérèse Morlet ne fait pas figurer Chimay dans son ouvrage consacré aux noms de personnes dans les noms de lieux[11], ce qui semble représenter de sa part un rejet implicite de ces explications (plutôt qu'un oubli, peu probable).
Chimay est située sur la bande calcaire de la Calestienne. Ce sont des terres propices à la culture, défrichées tôt, bien avant l'époque monastique. Chimay est en effet située dans une grande clairière, ouverte dans la forêt ardennaise[Note 2].
Plus au sud, la clairière a été agrandie à l'époque monastique, vers les terres plus pauvres de la retombée nord du plateau de Rocroi ; ces terres étaient surtout dévolues à l'élevage et à des cultures pauvres, comme le seigle. Aux XVIIIe et XIXe siècles, des fermes créées par des entrepreneurs individuels ont poursuivi ces défrichements, encouragées par l'État.
Chimay occupe une altitude comprise entre 220 et 275 m, avec une moyenne d’environ 240 m. Le territoire s’étend sur 198,6 km², ce qui en fait l’une des communes les plus vastes de Wallonie. Il se situe entre les massifs forestiers de la Fagne et de la Thiérache, dans la partie méridionale de la « botte du Hainaut »[12].
Le sous-sol chimacien appartient à la Calestienne, une bande calcaire du Dévonien moyen. Cette structure géologique explique[12]:
une végétation plus clairsemée que dans les massifs voisins,
la présence de sols calcaires favorables à certaines espèces floristiques,
un modelé de terrain marqué par des reliefs karstiques légers.
Après la dernière période glaciaire, la région aurait constitué une clairière dans la grande Forêt ardennaise, ce qui a favorisé l’implantation humaine précoce. Aujourd’hui, le paysage alterne[12]:
Le centre de développement agroforestier de Chimay ou CDAF[15] sensibilise et forme sur le thème de l'agroforesterie.
Une amélioration notable de la biodiversité en Belgique et Wallonie et particulièrement en Thiérache belge, au nord de l’Avesnois français, est liée au récent retour du castor européen[16], qui a aussi été l'occasion d'un nouveau tourisme vert, Chimay étant située dans la « vallée du castor ». Plusieurs associations et une vingtaine d'animateurs (ou « guide castor » sont en Belgique en 2009 actifs pour faire découvrir le castor et son intérêt au public qui s'y intéresse[17], Animations touristiques au « Pays des castors », avec notamment des excursions, projections de films et animations à la demande Animation « Castor Live ».
L'association Natagora est particulièrement active avec le centre de l'Aquascope Virelles sur le site du lac de Virelles, tout proche. Depuis 2007 s'y trouve un centre de revalidation (CREAVES) qui accueille des animaux (vivant à l'état sauvage), blessés ou malades, dans le but de pouvoir les rendre à la nature après guérison.
Le lac de Virelles depuis le Bois de Blaimont.
La Ville de Chimay, située dans le sud de la province de Hainaut, se caractérise par un environnement rural dominé par les forêts, les zones humides et les paysages bocagers. La commune dispose d’un service environnement chargé de la coordination du Plan Communal de Développement de la Nature, du suivi du patrimoine naturel et de l’accueil des citoyens pour toute question environnementale. Ce service assure également la participation de la ville au Contrat de rivière Haute Meuse, ce qui implique une gestion concertée des cours d’eau et de leurs abords[18].
Le territoire communal comprend de vastes espaces boisés, notamment la Forêt du Pays de Chimay, ainsi que des zones humides d’intérêt écologique. Ces milieux accueillent une biodiversité typique de l’Entre-Sambre-et-Meuse, avec une mosaïque d’habitats favorables à la faune sauvage. La ville relaie régulièrement des mesures de protection, comme celles concernant la faune sauvage nocturne, en lien avec les réglementations régionales[19].
Chimay est également un territoire impliqué dans le développement des énergies renouvelables, notamment via des projets éoliens. Une réunion publique tenue en 2019 a présenté un projet d’implantation de cinq éoliennes porté par l’entreprise Elicio. Cette procédure s’inscrit dans un cadre légal strict comprenant une étude d’incidences environnementales, une enquête publique et une instruction technique[20].
L’environnement chimacien est marqué par la présence de l’Abbaye de Scourmont, dont les activités agricoles et brassicoles s’inscrivent dans une logique de gestion durable. La Fondation Chimay-Wartoise, issue de l’abbaye, se donne explicitement pour mission d’être un accélérateur de transition économique, sociale et environnementale dans la région. Elle soutient des initiatives locales visant à renforcer la durabilité et la valorisation du terroir[21].
Le service urbanisme de Chimay gère l’aménagement du territoire en concertation avec un conseiller en environnement. Ses missions incluent la gestion des permis d’urbanisme, des permis d’environnement et des permis uniques, ce qui contribue à encadrer l’évolution du cadre bâti tout en préservant les équilibres naturels[22].
La Forêt du Pays de Chimay est un ensemble forestier majeur aux confins du Hainaut et de Namur, structuré en massifs et corridors boisés qui s’étendent sur plusieurs communes et s’inscrivent dans le réseau régional des Forêts d’Ardenne. Elle est valorisée pour la randonnée longue distance via la Grande Traversée de la Forêt du Pays de Chimay, un itinéraire de trekking de l’ordre de 170–235 km selon les sources, jalonné d’aires de bivouac et de refuges[23]’[24].
Le territoire boisé alterne plateaux calcaires, vallées fluviales et zones de calestienne, ce qui crée des contrastes de relief et de sols. On y trouve des secteurs karstiques remarquables (gouffres et dolines) comme le Fondry des Chiens, ainsi que des étangs et zones humides associés aux bassins de la Sambre et de la Meuse. Ces variations géologiques expliquent la mosaïque d’habitats observée[25]’[24].
La végétation est variée et lumineuse, mêlant hêtraies, chênaies et peuplements résineux plantés, avec des clairières, prairies et mares favorables aux amphibiens et aux oiseaux d’eau. Des sites comme l’Aquascope de Virelles témoignent de la richesse ornithologique locale (zones d’observation, suivis de populations d’oiseaux migrateurs et nicheurs). La présence d’espaces humides et de vieux bois favorise une biodiversité locale notable[26]’[24].
La forêt est aménagée pour la randonnée, le VTT, le trail et le bivouac en itinérance : la Grande Traversée propose des étapes et aires de bivouac (réservation parfois requise) et des topo-guides et traces GPX sont disponibles pour les randonneurs. Des associations locales organisent sorties nature, animations et séjours « trappeur-survie ». La gestion intègre tourisme durable et protection des milieux[27]’[23].
La Forêt du Pays de Chimay est portée par des partenariats locaux (Parc Naturel Viroin‑Hermeton, Maisons du Tourisme, associations) qui visent la préservation des habitats, la sensibilisation et le développement d’un tourisme respectueux. Des calendriers de chasse et des règles d’usage (zones protégées, interdiction de feu sur bivouacs) encadrent les activités humaines pour limiter les impacts[27]’[23].
Le territoire de l'Entre-Sambre-et-Meuse a été occupé dès la préhistoire et avant l’arrivée des Romains. Une présence celtique y est attestée pendant environ quatre cents ans, suivie par l’occupation romaine. Des vestiges archéologiques couvrant ces deux périodes ont été mis au jour sur l’ensemble du territoire chimacien. Parmi les découvertes figurent un mégalithe près de Baileux, dit la Pierre qui tourne, marquant la limite entre les provinces de Hainaut et de Namur ; des poteries romaines et des vestiges néolithiques au hameau de Boutonville, au lieu-dit Trou des Fées ; ainsi que, à Lompret, des cavités remarquables et un camp romain fouillé en 1890, où ont été retrouvées des pointes de flèche et un trésor de médailles romaines. Des fouilles à Robechies et Dalles ont également livré des résultats significatifs[29].
Dans le sud du Hainaut, les Celtes pratiquaient le travail du fer. Des traces de cette activité subsistent sous la forme de scories, localement appelées crayats ou crasses. Certains auteurs ont avancé que les massifs forestiers de la Fagne et de la Thiérache, qui entourent Chimay, auraient constitué un foyer ancien de la sidérurgie en Belgique[29].
Les Romains ont repris l’exploitation des ressources minières de la région et ont cherché à relier Chimay aux grandes voies antiques reliant Bavay à Trèves et Bavay à Cologne. Ces liaisons se faisaient par un réseau de diverticula, le long desquels ont été identifiés des habitats gallo-romains[29].
Les domaines gallo-romains, abandonnés lors des invasions, furent réoccupés et morcelés par des propriétaires mérovingiens. Les sources font apparaître l’existence d’un domaine de Chimay dès le IXe siècle. À cette époque, il appartenait à un comte de Castres, Erlebold, qui possédait également un domaine à Salles[29].
Le domaine de Chimay comprenait notamment Forges et Saint-Remy, tandis que le domaine de Salles englobait Bailièvre, Monceau, Imbrechies, Seloignes, Villers, Sarts et Robechies. Certaines études suggèrent toutefois que ces deux entités formaient à l’origine un seul domaine, avec Chimay situé à l’intérieur du domaine de Salles[29].
Selon la tradition, le comte Erlebold est considéré comme le fondateur du chapitre de Chimay. L’histoire primitive de cette institution repose toutefois sur des bases fragiles : elle s’appuie principalement sur un acte attribué à Erlebold et daté de 887, connu uniquement par une copie du XIVe siècle, défectueuse et encore dépourvue de lecture définitive[29].
D’après ce document, Erlebold aurait fondé en 887, à Salles, un monastère destiné à conserver les reliques de sainte Monégonde, qu’il aurait rapportées de France. Le comte aurait soumis à cet établissement ses domaines de Salles et de Chimay. Le monastère aurait disparu en 938, lors des incursions hongroises. Les moines se seraient alors réfugiés à Chimay avec les reliques, s’y fixant définitivement et se transformant, avant la fin du Xe siècle, en un chapitre régulier : le chapitre de Sainte‑Monégonde[29].
Une thèse formulée dans les années 1940 propose une autre interprétation : Chimay, intégrée au domaine de Salles, aurait reçu directement les reliques de sainte Monégonde peu avant la fondation de l’abbaye en 887[29].
Évolution du chapitre et naissance de la seigneurie
Au fil des siècles, le chapitre de Chimay fut progressivement dépouillé de ses biens au profit de seigneurs laïcs. Ce processus, achevé au XIIIe siècle, serait lié à l’action des premiers avoués, qui auraient cherché à transformer leur charge en véritable possession seigneuriale. Le premier seigneur connu est Alard 1er de Chimay, mentionné comme témoin dans une charte de 1029 émise par l’évêque de Liège[30].
Au XIIIe siècle, la seigneurie de Chimay passe à la famille de Soissons (1222‑1314). Elle revient ensuite, pour une courte période, au comte Jean de Hainaut, époux de Marguerite de Soissons (1315‑1335), qui y adjoint la seigneurie de Beaumont. Par mariage, Chimay échoit ensuite à la famille de Blois (1336‑1412). À la mort de Marie de Namur, comtesse de Blois, décédée sans héritier, le domaine est revendiqué à la fois par le comte de Hainaut et par Thibaut de Moreuil, descendant des Soissons[29].
La réunification de la terre de Chimay intervient au XVe siècle, lorsque la famille maison de Croÿ, l’une des plus influentes des Pays-Bas bourguignons, acquiert successivement les deux parties du domaine (1434 et 1445) sous l’impulsion de Jean de Croÿ. Les Croÿ, acteurs majeurs de la vie politique européenne aux XVe et XVIe siècles, jouent alors un rôle déterminant dans l’histoire de la région[31].
Étroitement liés à la cour de Bourgogne, les Croÿ bénéficient d’une faveur particulière. Antoine de Croÿ, élevé auprès de Philippe le Bon, devient le parrain du futur Charles le Téméraire. Antoine et son frère Jean sont tous deux admis dans l’Ordre de la Toison d’or, distinction réservée aux plus hauts dignitaires de l’État bourguignon[31].
La montée en puissance de la famille suscite toutefois l’hostilité de Charles le Téméraire, qui les accuse de trahison après la rétrocession à la France de plusieurs villes de la Somme. Le duc confisque leurs biens et administre personnellement la terre de Chimay de 1465 à 1473[31].
Rentrés en grâce en 1469, les Croÿ retrouvent leurs possessions. En 1473, Charles le Téméraire érige solennellement la terre de Chimay en comté, acte symbolisant la réconciliation[31].
Les Croÿ consolident leur influence au cours des décennies suivantes. Plusieurs membres de la famille sont chargés de l’éducation d’enfants royaux ou de missions diplomatiques. En 1486, Maximilien d’Autriche crée pour Charles Ier de Croÿ (1483‑1527) et ses descendants le titre de prince de Chimay[32].
Le château de Chimay accueille en 1549 l’empereur Charles Quint et son fils, le futur Philippe II, invités par Philippe II de Croÿ (1527‑1549). Son successeur, Philippe III de Croÿ (1551‑1580), entreprend la restauration du château, endommagé lors des guerres menées par Henri II[32].
Le règne de Charles III de Croÿ (1580‑1612) marque l’apogée de la principauté. Collectionneur et mécène, il fait réaliser un relevé détaillé de ses domaines, consigné en 1606 dans l’ouvrage Descriptions et plans de la terre, château, ville, principauté et pairie de Chimay. Des albums de dessins, redécouverts entre 1956 et 1967, constituent aujourd’hui une source majeure pour la topographie régionale du XVIe siècle[32].
Charles III transforme profondément le château et agrandit le parc. Toutefois, les troupes françaises s’emparent du site en 1637‑1638, causant des destructions importantes. En 1750, il n’en subsiste presque plus rien[32].
Les Croÿ mènent à Chimay une vie fastueuse tout en entretenant des liens réguliers avec les bourgeois, notamment lors de fêtes ou de concours d’arbalétriers. Chaque nouveau prince effectue une entrée solennelle dans la ville, accueillie par les autorités locales et les confréries[32].
Les d’Arenberg et le déclin de la présence seigneuriale
À la mort de Charles III, la principauté passe à la branche Croÿ d’Arenberg (1613‑1686). Contrairement à leurs prédécesseurs, ceux‑ci résident peu à Chimay et administrent leurs terres par l’intermédiaire de gouverneurs. Un long procès faillit transférer la principauté à la maison d’Orléans, mais l’opposition du Conseil du Hainaut empêche ce transfert[33].
En 1686, la principauté passe par mariage à la famille Henin‑Liétard de Boussu (1686‑1804). Elle reste toutefois sous séquestre à partir de 1654, en raison des dettes contractées par les d’Arenberg. Le séquestre n’est levé qu’en 1783[33].
En 1804, faute de descendance directe, la principauté revient à François‑Joseph‑Philippe de Riquet, comte de Caraman, neveu du dernier seigneur Henin-Liétard. Sous son autorité, Chimay traverse trois régimes politiques successifs. Après l’indépendance belge, il se retire de la vie publique pour se consacrer à l’amélioration du canal du Midi, œuvre de son ancêtre Pierre-Paul Riquet[33].
Son fils Joseph de Riquet (1843‑1886), bourgmestre de Chimay, fonde l’abbaye de Scourmont, où il est inhumé. Son successeur Marie‑Joseph de Riquet (1886‑1892), également bourgmestre, devient ministre des Affaires étrangères[33].
La famille Caraman‑Chimay demeure propriétaire du château. L’actuel prince Élie de Chimay est le petit‑fils de Marie‑Joseph[33].
La cité de Chimay, établie autour de sa collégiale, apparaît dès la fin du XIe siècle comme un noyau urbain doté d’un hôpital. Elle est attestée comme ville au moins depuis 1147, époque où le chapitre y fonde des écoles. Au XIIIe siècle, ce chapitre connaît une transformation majeure : supprimé à la suite de conflits, il est rétabli quelques années plus tard par le seigneur local, qui en devient dès lors le fondateur et l’autorité supérieure. En 1258, le seigneur fixe, en accord avec les bourgeois, les règles de fonctionnement du magistrat et les modalités de nomination des échevins, auxquels un pouvoir considérable est conféré. La ville possède très tôt sa propre coutume, d’abord identique à celle de Liège, puis progressivement influencée par celle du Hainaut avant d’être codifiée en 1610[34].
L’organisation communale s’accompagne de la mise en place d’un système défensif destiné à protéger la cité contre « l’ennemi franchois ». Un rempart d’environ mille mètres, percé de quatre portes et flanqué d’une vingtaine de tours dont subsiste la Grosse Tour entoure alors une ville encore modeste, longue d’environ 420 mètres. La défense est assurée par des archers et des arbalétriers. Les finances communales reposent sur les droits de marché et de tonlieu, mais ces revenus s’avèrent insuffisants, entraînant un recours fréquent à l’emprunt. Les associations de métiers se développent parallèlement, notamment celles du fer et du bois, placées sous les patronages de saint Éloi et de saint Joseph, ainsi que celles des merciers et des brasseurs, ouvertes à tout bourgeois indépendamment de son métier[34].
À partir du XIIIe siècle, la ville adopte progressivement le nom de Chimay, qui coexiste longtemps avec l’ancienne forme Cimai, issue de Cimacum ou Cymacum, attesté dès 887. La racine Cim, non latine, remonterait à l’époque celtique, bien que sa signification demeure inconnue. Le XIVe siècle marque une période de prospérité notable pour la terre de Chimay. La ville bénéficie probablement déjà du droit d’étape sur les vins français. Le chroniqueur Jean Froissart rapporte que l’on y tisse des étoffes appelées « flageolets de Chimay ». L’activité métallurgique connaît également un essor : si la continuité depuis l’époque romaine reste incertaine, une mention écrite de 1276 atteste l’existence d’une industrie sidérurgique dans le sud du Hainaut, lorsque Jean de Soissons supprime au profit de l’abbaye de Clairefontaine le droit de pesage sur les fers achetés dans la châtellenie de Chimay. Au XIVe siècle, les sources évoquent des minières, fourneaux et forges installés le long des ruisseaux. Cette prospérité se reflète dans les libéralités accordées par les bourgeois au chapitre, signe du maintien de son prestige[35].
La figure la plus illustre associée à cette période est celle du chroniqueur Jean Froissart, chanoine trésorier de Chimay à partir de 1383. Il ne s’installe durablement dans la ville qu’autour de 1396, profitant des loisirs que lui laisse sa charge pour poursuivre la rédaction de ses Chroniques, où il consigne plusieurs détails relatifs à Chimay. Selon la tradition, il aurait été inhumé dans la collégiale[36].
Au début du XVe siècle, le comté de Hainaut devient un théâtre d’affrontements opposant les forces des ducs de Gloucester, de Brabant et de Bourgogne. La cité de Chimay subit directement ces conflits, qui freinent durablement son développement. En 1478, Louis XI, qui avait occupé la ville, en ordonne l’évacuation. Une période de stabilité relative s’ouvre alors, durant laquelle Maximilien d’Autriche érige le territoire de Chimay en principauté. Cette accalmie prend fin en 1513, lorsque de nouvelles opérations militaires entraînent pillages et destructions[36].
Malgré les destructions, Chimay connaît une reprise économique fondée sur l’agriculture, l’élevage et le commerce. En 1546, l’ancien droit d’étape sur les vins est rétabli. Parallèlement, l’industrie du fer se développe rapidement : plusieurs forges sont attestées dès la première moitié du XVIe siècle, notamment à Lompret, Rance (1534), Macquenoise (1545) ou Montbliart (1550)[36].
L’activité sidérurgique est encadrée par les Chartes et privilèges des forges, marteaux et minières de la principauté de Chimay, promulguées en 1509 par Charles Ier de Croÿ. Une tradition locale attribue à Charles Quint la dénomination de la forge de Philippe, mais celle-ci proviendrait plus vraisemblablement d’un exploitant nommé Philippe de la Lys[36].
Malgré les invasions d’Henri II entre 1552 et 1559, la sidérurgie poursuit son expansion. À la fin du XVIe siècle, on dénombre 16 fourneaux et 22 forges. Cette prospérité favorise l’émergence de familles de maîtres de forges influentes, telles que les Ghobert, Poschet ou Licot. Contrairement à leurs homologues de Liège ou de Namur, ceux de Chimay n’accèdent toutefois pas à la noblesse[37].
L’essor industriel entraîne une pression croissante sur les ressources forestières. L’épuisement du bois conduit plusieurs maîtres de forges à quitter la région, parfois jusqu’en Suède, où ils participent aux débuts de l’industrie sidérurgique locale[38].
Les princes de Chimay possèdent environ 17 000 hectares de forêts dans lesquelles les habitants disposent depuis longtemps de droits d’usage (bois de chauffage, pâturage, pêche, chasse). Les tensions entre seigneurs et communautés rurales sont anciennes, mais s’aggravent au XVIIe siècle en raison des coupes intensives destinées à alimenter les forges[38].
En 1607, Charles de Croÿ tente de réglementer l’exploitation forestière, sans succès. Son successeur, Albert d’Arenberg, demande alors le partage des bois afin d’enrayer leur dégradation. Malgré l’opposition des bourgeois, la Cour de Mons statue en 1622 en faveur du partage, attribuant à chaque village un cantonnement destiné à ses usages. Ce jugement ne met toutefois pas un terme définitif aux litiges forestiers[38].
À partir de 1635, la guerre entre la France et l’Espagne place à nouveau la région dans un climat d’insécurité. Malgré la paix des Pyrénées (1659), les tensions persistent. C’est dans ce contexte que se déroulent plusieurs procès de sorcellerie (1671–1673)[39].
Entre 1674 et 1748, Chimay passe à plusieurs reprises sous domination française[39]:
1674–1679 ;
1684–1697 ;
1701–1713 ;
1740–1748.
Les autorités françaises, soucieuses de contrôler la vallée stratégique de l’Oise, s’efforcent de pacifier la région. Ces périodes d’occupation sont globalement calmes[39].
Un événement notable concerne la découverte du talent littéraire d’Alexandre Laisnez (1653–?), originaire de Chimay. Suspecté d’être l’auteur de pamphlets contre le roi de France, il est finalement reconnu pour ses écrits littéraires. Encouragé à se rendre à Paris, il y fréquente notamment La Fontaine et Boileau[39].
Industrie au XVIIIe siècle dans la région de Chimay
Le XVIIIe siècle se caractérise, dans les provinces concernées, par une activité industrielle soutenue, dont le sud du Hainaut constitue un exemple significatif. La région de Chimay présente une évolution contrastée au sein du secteur métallurgique : si le nombre de fourneaux décline sous l’effet des droits de sortie frappant la fonte, les forges conservent une activité stable et demeurent une source majeure de revenus pour la principauté. Vers 1760, une douzaine de forges emploient en moyenne une trentaine d’ouvriers chacune ; leurs produits sont principalement exportés vers les Pays‑Bas et la France, et ce niveau d’activité se maintient jusqu’à la Révolution française[39].
Parallèlement, d’autres branches industrielles se développent ou déclinent selon les localités. L’industrie verrière de la Thiérache, active au XVIIe siècle, disparaît au début du XVIIIe siècle. En revanche, le textile et la faïencerie apparaissent et se structurent : une dentellerie produisant de la dentelle de Bruxelles s’établit autour de 1700 avec des débouchés majoritairement français ; dès 1728, la fabrication d’étoffes dites « Bajomées de Chimay » est attestée. On relève également des ateliers de peignage de la laine, de tissage et des fabriques de bas. Des faïenceries, ouvertes vers le milieu du siècle, produisent des pièces proches des modèles de Rouen[39].
Les habitants de Chimay pratiquent en outre des activités artisanales et industrielles secondaires : tannerie, chapellerie, production de potasse, poterie, brasserie et exploitation de carrières de pierre bleue. Des rumeurs d’exploitation minière se manifestent dans les années 1750 : des recherches entreprises en 1757 pour des gisements d’argent aboutissent à la découverte d’ardoises, et l’année suivante est évoquée la possible création d’une société pour l’exploitation de mines de cuivre, sans que la localisation précise des travaux soit clairement documentée[39].
Pour faciliter l’écoulement des produits régionaux, une amélioration des communications routières est entreprise : à la demande de la ville, les États du Hainaut autorisent la construction d’une chaussée reliant Chimay à Mons, dont une partie des frais est prise en charge par la ville. Les travaux, commencés en 1753, sont achevés en 1765, contribuant à l’intégration économique du sud du Hainaut au reste de la province[40].
Embellissement urbain et transformations de la ville
Au lendemain des conflits du XVIIe siècle, la ville, fortement endommagée, entreprend un vaste programme de reconstruction. Les autorités urbaines procèdent à la restauration de l’hôtel de ville et des halles, au tracé de nouvelles voiries, au pavage des rues existantes ainsi qu’à l’aménagement de promenades publiques. Ces initiatives témoignent d’une volonté affirmée d’embellir l’espace urbain et de moderniser les infrastructures[41].
Dans les faubourgs, plusieurs demeures remarquables sont édifiées au profit des maîtres de forges, parmi lesquelles l’hôtel Savary, la maison Licot ou encore l’hôtel Brunet. Ces constructions illustrent la prospérité d’une partie de la bourgeoisie locale[41].
Malgré ces efforts architecturaux, l’hygiène urbaine demeure insuffisante. En 1756, une épidémie sévère frappe la ville, que les médecins attribuent au manque de discipline sanitaire. En réaction, le magistrat publie une série d’ordonnances visant à améliorer la salubrité[42]:
Réglementation des bouchers : interdiction de laisser s’écouler sang et déchets dans les rues.
Usage des fontaines : défense faite aux femmes d’y laver le linge.
Gestion des déchets : interdiction d’amasser du fumier à proximité des habitations.
Ces mesures visent à instaurer des pratiques d’hygiène élémentaires dans l’espace public[42].
L’administration communale s’implique également dans l’éducation et l’aide aux plus démunis. Des écoles primaires fonctionnent régulièrement, leurs maîtres étant rémunérés par la ville. L’enseignement supérieur est assuré gratuitement jusqu’en 1783 par les Récollets au collège Saint-Bernardin[41].
Plusieurs institutions caritatives œuvrent conjointement[41]:
Table des Pauvres
Hôpital Saint‑Augustin, fondé par Jean de Croy
Maladrerie, qui n’accueille plus de lépreux à cette époque
Ces établissements constituent le socle de l’assistance publique locale[41].
La vie civique est cependant marquée par une forte propension des bourgeois à la contestation juridique, phénomène caractéristique du XVIIIe siècle. La question récurrente de la gestion des bois communaux en est l’exemple le plus emblématique[42].
Depuis 1622, la ville dispose de la libre administration d’une partie de la forêt, mais les modalités d’exploitation restent longtemps sources de désaccord. Une ordonnance de 1719 confie l’autorité complète sur les bois au magistrat, suscitant l’opposition des grands bourgeois, qui multiplient les plaintes auprès de la Cour de Mons[42].
Sous l'Ancien Régime, l'histoire de la ville de Chimay se confond avec celle de la principauté de Chimay.
Ville du comté de Hainaut, Chimay est envahie par les troupes révolutionnaires françaises dès le début novembre 1792. Elle était alors enclavée entre la France à l'ouest et la principauté de Liège à l'est au fond d'un long boyau de près de 25 km. Début mars 1793, sa population vote en faveur du rattachement à la France. Elle ne sera que fictivement rattachée au District de Binche dans le département 86 de Jemappes constitué car le processus ne peut être mené à son terme à cause de la défaite de la France du 18 mars 1793 à Neerwinden laquelle entraîne le retrait des troupes républicaines.
Le premier Traité de Paris laisse une grosse partie la région d'Entre-Sambre-et-Meuse à la France et Chimay rejoint le département des Ardennes (n°7) pour quelques mois.
Le château de Chimay appartenait à la famille de Croÿ, puis, en 1804, à un Riquet de Caraman, descendant de Pierre-Paul Riquet, constructeur du canal du Midi, et parent du fameux Mirabeau. Incendié partiellement en 1935, il a été construit sur des plans anciens dans le style de la Renaissance finissante.
En 1855, un chenil fut installé au château. L'équipage malgré tout chimay chassait uniquement le sanglier à courre. Il fut vendu en 1868 et remonté pour quelques années en 1882. Les chiens étaient des harriers et les piqueux se nommaient Rary Isidore, Jeumont Henri et Bouillon Antoine. Les rendez-vous étaient à Pleurmont, bois de Holling, à Salles et aux hauts-marais. Portaient le bouton : MM. le prince de Chimay, le comte de Mercy-Argenteau, le comte A. de Villermont, M. de Thomas de Stave, MM. le baron d'Anethan, le comte de Greffhulhe, le comte de Lagrange, le comte L. de Villermont, le comte B. de Vallon, Pierre Barachin, le vicomte Obert de Ticusies. On chassait trois fois la semaine. Les couleurs étaient rouge avec revers et collets bleus[44].
L’entrée des troupes françaises commandées par le général Dumouriez dans les Pays-Bas autrichiens en 1792 marque le début d’une période de profondes transformations pour la région de Chimay. En 1793, le Hainaut est officiellement rattaché à la France. Les autorités françaises s’intéressent rapidement aux activités industrielles locales : en 1794, une fabrique de salpêtre est installée et une enquête est menée sur l’état de la sidérurgie régionale[42].
Grâce notamment à l’action de l’homme d’affaires Frédéric d’Hartemberg, les forges et fourneaux connaissent un regain d’activité jusqu’au début du XIXe siècle. Personnage complexe, d’Hartemberg est à la fois industriel influent et espion au service de l’Angleterre ; arrêté en 1811, il voit ses affaires liquidées durant son emprisonnement et se retrouve ruiné à sa libération[42].
Parallèlement, la population subit des réquisitions croissantes et une politique antireligieuse marquée : l’église est transformée en magasin à fourrages en 1795, le couvent des Récollets est fermé en 1796 et le chapitre Sainte‑Monégonde supprimé en 1797. Cette période prend fin avec le Concordat de 1801[42].
En 1814, les troupes françaises se retirent, mais la France conserve temporairement plusieurs cantons, dont celui de Chimay, en vertu du traité de Paris (). Ces territoires ne sont rétrocédés aux Pays‑Bas qu’après la période des Cent‑Jours, en 1815[42].
La domination hollandaise est globalement bien accueillie par la population chimacienne, notamment en raison de la fin des réquisitions et du retour à une relative stabilité. L’administration locale se heurte toutefois à l’obligation d’utiliser un sceau officiel à devise hollandaise, ce que le secrétaire communal contourne en recourant à un ancien sceau de 1595[45].
Sur le plan économique, plusieurs industries traditionnelles déclinent, telles que la dentellerie et la faïencerie, tandis que la production métallurgique continue de s’affaiblir. En revanche, l’agriculture et l’élevage se redéveloppent, les bois procurent des revenus importants et la population augmente (2 083 habitants en 1814, 2 196 en 1822)[45].
La vie culturelle se renforce : la ville se dote en 1823 d’une Philharmonie, héritière de la Société des concerts fondée en 1801. Le château de Chimay devient un centre artistique notable grâce à Thérésa de Cabarrus, princesse de Chimay, qui y fait aménager une salle de spectacles où se produisent des artistes renommés tels que Cherubini, Fétis ou La Malibran. Le prince et la princesse participent eux-mêmes à certaines représentations, notamment dans l’opéra Jean de Couvin d’Auber[45].
À la fin du régime hollandais, la Chambre de commerce de Charleroi adresse au roi des Pays-Bas une requête concernant la situation de la forgerie, réclamant une forte taxation sur l'importation de fers étrangers afin de protéger cette industrie[46].
En 1831, le projet est revu : on abandonne l’idée de nouveaux droits de douane et on met l’accent sur des transports à bas prix. Dans le cadre des « Projets de canaux pour le bassin de la Meuse », un ingénieur suggère de créer un canal suivant le cours de l’Eau d’Heure pour relier la région de Couvin et de Chimay au Pays Noir, afin de désenclaver ce territoire[46].
De manière assez surprenante, le titre donné à sa proposition est « Le canal de Chimay ». Était-ce pour rendre hommage au prince de Chimay, qui aurait pu être l’un des instigateurs de la requête adressée au roi Guillaume 1er, ou peut-être parce que ce prince, figure marquante de son époque, pouvait user de son influence pour mener à bien ce projet ? Nul ne le sait[46].
En réalité, le projet envisageait plutôt de canaliser l’Eau d’Heure avec un embranchement, ou « rigole de prise d’eau », depuis l’Eau Blanche, à Chimay, pour rejoindre un bief de partage vers Aublain[Note 3]. Cette captation, située en aval de l’étang de Virelles, était estimée à 17 800 mètres cubes sur 24 heures. Finalement, le canal ne verra jamais le jour et sera remplacé par la ligne de chemin de fer de l’Entre-Sambre-et-Meuse, dont la première section, de Marchienne-au-Pont à Walcourt, ouvrira le 1er décembre 1848[46].
Les premières décennies de la Belgique indépendante (1830‑1900)
Après l’indépendance belge, la commune de Chimay se voit attribuer un vaste territoire d’environ 5 000 hectares. Plusieurs modifications administratives suivent : le hameau de Rièzes devient une commune distincte en 1851, tandis que le Vieux‑Gaucher est rattaché à Forge‑Philippe en 1903. Chimay devient le chef‑lieu d’un canton rural correspondant approximativement à l’ancienne principauté[47].
La sidérurgie locale décline rapidement : la généralisation du coke au détriment du charbon de bois déplace l’activité vers les bassins houillers, notamment celui de Charleroi. Dès 1870, il ne subsiste plus aucune forge ni aucun fourneau dans le sud du Hainaut[47].
Face à cette disparition, l’économie se réoriente vers l’agriculture. En 1850, le prince de Chimay cède aux moines trappistes de Saint‑Sixte une ferme située à Scourmont, ainsi que des bois à défricher. Leur installation marque le début d’un vaste mouvement de mise en valeur agricole : deux sociétés de défrichement, fondées en 1854 et 1860, transforment environ 500 hectares de terres en moins de vingt ans[47].
Le cheptel connaît une croissance notable, passant de 11 875 têtes en 1830 à 21 637 en 1867 pour l’ensemble du canton[47].
Quelques industries subsistent ou apparaissent[47]:
la saboterie, présente dans la plupart des villages ;
la poterie et la céramique, actives à Forges, Boulers puis Saint‑Remy ;
À partir du milieu du XIXe siècle, la ville de Chimay connaît une sortie progressive de son isolement grâce à l’amélioration de ses infrastructures de communication. Une première route vers Trélon est ouverte en 1836, suivie d’un axe vers Rocroi en 1854. Dès 1846, un réseau de chemins secondaires est également tracé autour de la ville[48].
L’essor décisif provient toutefois du chemin de fer. Sous l’impulsion du prince de Chimay, alors bourgmestre, la Société des Chemins de fer de Chimay entreprend dans les années 1850 la construction d’une ligne reliant Momignies à Hastière, destinée à connecter la ville à l’est de la France, à Charleroi via Mariembourg, ainsi qu’aux provinces de Namur et de Liège. Le tronçon Chimay–Mariembourg est inauguré en 1858. Une seconde ligne, Chimay–Frameries, est mise en service en 1872[48].
L’amélioration générale de la situation économique du pays se reflète dans de nombreux travaux d’embellissement entrepris à Chimay au XIXe siècle. La vieille halle, devenue vétuste, est démolie et remplacée par un édifice moderne. De nouvelles rues sont tracées et plusieurs monuments sont érigés, dont la statue de Jean Froissart, œuvre du sculpteur J. Jacquet, inaugurée en 1850[48].
En 1852, l’ancienne fontaine est remplacée par la Fontaine des Princes, offerte par le prince de Chimay. L’alimentation en eau potable est assurée à partir de 1865 grâce au captage d’une source de l’Eau Blanche. L’éclairage public au gaz est installé en 1869. En 1888, l’architecte Louis Cloquet établit un plan général de restauration de l’église, classée l’année suivante[48].
La physionomie de la ville est profondément modifiée par plusieurs incendies survenus dans les années 1880–1890, notamment ceux de 1888 et 1891. La reconstruction d’un bâtiment détruit sur la Grand-Place en 1888 conduit à l’ouverture du premier « grand magasin » de Chimay[49].
Instruction publique et institutions de bienfaisance
Le XIXe siècle voit également un développement notable de l’enseignement à Chimay. La ville compte alors quatre écoles primaires, dont deux fondées sous le régime hollandais, ainsi qu’un athénée inauguré en 1881 en remplacement d’un ancien collège. S’y ajoutent un collège épiscopal (1877), un pensionnat des Sœurs de Notre-Dame (1839) et, peu avant 1914, un pensionnat français des Sœurs de Sainte-Chrétienne, destiné aux jeunes filles françaises résidant à Chimay. Une école industrielle ouvre en 1912[49].
En matière de bienfaisance, la Table des Pauvres, la « Maladrie » et l’ancien hôpital, fusionnés sous le régime français, sont administrés par un bureau de bienfaisance qui poursuit sa mission après l’indépendance. Celui-ci supervise également l’hospice Saint-Joseph, fondé en 1843 par le prince de Chimay[49].
Un conflit majeur oppose au XIXe siècle les communes du canton au prince de Chimay au sujet des droits sur les bois. L’arrêt de la Cour d’appel de Mons (1622) avait attribué à chaque village un droit d’usage perpétuel sur une partie de la forêt. Au fil des générations, ce droit d’usage est progressivement interprété comme un droit de propriété, renforcé par les idées issues de la Révolution française[49].
Vers 1840, à l’occasion d’un litige avec les habitants de Seloignes, le prince réaffirme ses droits de propriétaire, entraînant un long procès opposant l’ensemble des communes au seigneur local. En 1881, la Cour de Bruxelles donne raison au prince, reconnaissant les communes comme simples usagères. Les tensions persistent néanmoins, et la plupart des communes concluent des accords directs avec le prince. Chimay poursuit la procédure et obtient finalement en 1892 la propriété de 1 158 hectares de forêt[49].
Hormis le conflit forestier, la ville ne connaît que peu de troubles au XIXe siècle, à l’exception d’une affaire criminelle marquante : l’assassinat, le , du commis voyageur Chalmagne, retrouvé mort dans les bois entre Froid-Chapelle et Virelles. L’affaire suscite une forte émotion dans la région, où les crimes de sang sont rares. Le suspect condamné, Leurquin, n’a jamais cessé de clamer son innocence. Il est défendu par Alfred Defuisseaux, figure du socialisme naissant. L’affaire demeure non élucidée[50].
La ville de Chimay fut, du Moyen Âge au début du XXe siècle, régulièrement touchée par des incendies liés aux conflits et au passage de troupes. Parmi les sinistres les plus marquants figurent celui de 1888, qui détruisit six maisons de la Grand-Place, et celui du , qui ravagea tout l’îlot compris entre la Grand‑Rue, la rue du Château et la Grand‑Place. Les pompiers volontaires, organisés localement depuis longtemps, sont attestés dès 1809, date à laquelle la ville rémunère un groupe de trente hommes dirigés par trois responsables. Au début du XXe siècle, le corps dispose d’un équipement moderne pour l’époque, comprenant notamment pompes aspirantes‑foulantes, échelles et dévidoirs. Plusieurs pompiers se distinguèrent lors des grands incendies, notamment Gustave Rary, Joseph Eglem, Joseph Boudru, Ernest Farnir et Valentin Defrère’[51][52].
Au cours de la Première Guerre mondiale, la ville de Chimay, comme une grande partie de la Belgique, fut occupée par les troupes du Deuxième Reich. Dès les premières semaines du conflit, l’armée allemande réquisitionna plusieurs bâtiments civils afin d’y installer des infrastructures militaires temporaires, notamment des hôpitaux de campagne destinés à soigner les soldats blessés sur le front ou lors d’escarmouches locales. Parmi les édifices ainsi transformés se trouvaient les écoles Notre‑Dame, situées place du Chapitre. Les salles de classe furent vidées, réaménagées et converties en salles de soins, en dortoirs pour les blessés et en espaces de triage. Ce type de réquisition était courant dans les zones occupées, l’armée allemande cherchant à disposer rapidement de structures médicales proches des lignes de communication[53].
L’hôpital improvisé accueillait des soldats allemands blessés lors des combats menés dans la région de Chimay ou dans les zones frontalières proches. Les conditions sanitaires y étaient rudimentaires, malgré la présence de personnel médical militaire. Les décès y étaient fréquents, conséquence des blessures graves, des infections ou du manque de matériel. Lorsque l’un de ces soldats succombait, son corps était transféré vers le cimetière communal de Chimay, où les autorités d’occupation avaient fait aménager un secteur funéraire réservé exclusivement aux militaires allemands[53].
Les cortèges funèbres, organisés avec une certaine solennité, traversaient la ville. Les habitants pouvaient y voir défiler des soldats en uniforme, souvent coiffés du Pickelhaube, le célèbre casque à pointe emblématique de l’armée impériale allemande. Ces processions constituaient un rappel visible et quotidien de la présence de l’occupant. Dans ce secteur réservé, les autorités allemandes firent ériger un monument commémoratif dans le cimetière destiné à honorer les soldats morts au combat ou décédés de leurs blessures dans l’hôpital installé aux écoles Notre‑Dame. Ce type de monument, souvent sobre mais imposant, répondait à la volonté allemande de marquer durablement les lieux où leurs troupes avaient combattu ou stationné[53].
Le monument servait à la fois de point de rassemblement pour les cérémonies militaires et de repère central dans l’espace funéraire. Il symbolisait la présence allemande et l’importance accordée au culte des morts dans l’armée impériale. Après la fin de la guerre et le retrait des troupes allemandes, les familles des soldats tombés purent, dans de nombreux cas, rapatrier les corps vers l’Allemagne. Ce mouvement de récupération des dépouilles, encouragé par les autorités allemandes et accepté par les autorités belges, entraîna progressivement la disparition des tombes individuelles. Une fois les corps exhumés et transférés, le monument allemand du cimetière de Chimay perdit sa fonction. Il fut finalement démoli, conformément à la volonté des autorités locales et dans un contexte où l’on cherchait à effacer les traces les plus visibles de l’occupation[53].
À partir de juillet 1918, l’ensemble des puissances engagées dans la Première Guerre mondiale est informé de la préparation d’une offensive générale des forces alliées, destinée à repousser définitivement l’armée allemande hors du territoire belge. Le , dans le contexte de l’effondrement militaire et politique de l’Empire allemand, une mutinerie éclate parmi les soldats allemands stationnés à Chimay. Ceux‑ci menacent leurs officiers en poste à la gare et procèdent au pillage de deux trains de ravitaillement. Le lendemain, plusieurs trains de munitions explosent, tandis que la région est survolée et bombardée par de nombreux avions alliés, témoignant de l’intensification des opérations militaires dans les derniers jours du conflit. Le , à 7 heures, les derniers détachements allemands quittent précipitamment Chimay. À 9 heures, des éclaireurs du 401e régiment d’infanterie français entrent dans la localité. C’est à ce moment que la population apprend que l’Armistice mettant fin aux hostilités doit être signé à 11 heures[54].
Le , la ville de Chimay procéda à l’inauguration officielle de son Monument aux Morts dédié aux victimes de la Première Guerre mondiale. Cette œuvre commémorative fut érigée en face de la gare, à l’intérieur d’un angle formé par les murs qui entouraient alors les bâtiments de l’Athénée Royal. Le choix de cet emplacement, à proximité immédiate d’un lieu de passage majeur, visait à inscrire durablement la mémoire des disparus dans le quotidien de la population chimacienne[55].
À l’occasion de l’inauguration, un important cortège civique et associatif parcourut les rues de la ville. Il rassemblait les principales sociétés locales, les délégations patriotiques, les associations d’anciens combattants ainsi que de nombreux habitants. Le début du cortège fut immortalisé devant l’ancienne conciergerie de l’Athénée, où deux jeunes filles, choisies pour leur rôle symbolique, représentaient respectivement la Belgique et la France, unies dans un même combat durant le conflit de 1914‑1918[55].
La cérémonie attira un public particulièrement nombreux, composé notamment[55]: des anciens combattants, des enfants des écoles, des autorités communales, de représentants civils et militaires belges et français.
Tous se rassemblèrent face au monument, devant la gare du chemin de fer, pour assister aux discours et aux hommages rendus aux soldats tombés au champ d’honneur[55].
Sur le kiosque de la Grand-Place, plusieurs personnalités officielles assistèrent au passage du cortège. Parmi elles figuraient[56]: M. Turlot, bourgmestre de Chimay, le général Biebuyck, représentant du roi, le commandant Lenoble, président des Combattants, M. Pasqual, député représentant la France, le colonel Tourney, délégué du ministre de la Défense, le doyen de la ville de Chimay. Leur présence soulignait l’importance nationale et internationale de la cérémonie, dans une région profondément marquée par les événements de la Grande Guerre[55].
Un peu plus d’une décennie après cette inauguration, un événement marquant frappa à nouveau la mémoire locale. Le 6 mai 1935, un incendie ravagea le château de Chimay, résidence historique de la famille princière. Ce sinistre détruisit une partie importante du patrimoine architectural et artistique du site, provoquant une vive émotion dans toute la région[57].
En mai 1940, pendant l’offensive allemande en Belgique et en France, la ville de Chimay est occupée par la Wehrmacht. Des photos clandestines qui en témoignent montrent un groupe de soldats français prisonniers dans la partie haute de la rue Saint‑Nicolas. Prendre ces clichés représentait un risque énorme pour le photographe, car l’occupation allemande réprimait durement ce genre d’initiative. Deux autres photographies de la même période documentent la descente des cloches de la collégiale de Chimay par les forces allemandes. Comme dans de nombreuses localités belges, ces cloches furent réquisitionnées pour être fondues et transformées en matériel de guerre, notamment en obus[58].
Le château de Beauchamp fut construit en 1845 dans un style néo‑Tudor par le prince Alphonse de Chimay, sur l’emplacement d’une ancienne ferme. Il fut incendié par les troupes allemandes en 1914, puis reconstruit après la Première Guerre mondiale, bien qu’il ne fût que rarement meublé ou habité. En mai 1940, un état‑major français s’installa dans le château. Après la capitulation, il fut occupé par un poste de commandement allemand, repéré puis bombardé par l’aviation britannique. Après 1945, l’entretien du bâtiment devint trop coûteux. Le château fut finalement abandonné et démoli[59].
Durant l’offensive de 1940, Adolf Hitler établit son quartier général à Brûly‑de‑Pesche, localité située à une quinzaine de kilomètres de Chimay. Il y séjourna plusieurs semaines. Un déplacement ferroviaire d’Hitler aurait eu lieu au départ de la gare de Chimay. Un photographe, dissimulé dans les combles de l’hôtel Emmaüs, parvint à saisir une image du train. Toutefois, aucune preuve formelle n’a jamais confirmé la présence d’Hitler à bord du convoi[60].
Chimay ne subit que des destructions limitées durant la Seconde Guerre mondiale. Un exemple notable est la ruine d’une maison de la rue de l’Athénée, détruite lors d’un bombardement[60].
L’arrivée des troupes américaines sur la place Froissart fut accueillie avec enthousiasme par la population. Les enfants montaient sur les camions et les chars des libérateurs, scène typique de l’euphorie de la Libération. Jean Lecomte, commerçant de la rue Rogier et connu pour sa collaboration durant l’occupation, vit son magasin de quincaillerie vidé par les habitants lors de l’arrivée des forces alliées. Les marchandises jetées dans la rue furent rapidement écrasées par un char américain[61].
La ville de Chimay, constitue depuis la fusion des communes de 1977 l’une des plus vastes entités territoriales du pays. Son territoire couvre 197,11 km², ce qui en fait l’une des communes les plus étendues de Wallonie. Une part importante de cette superficie est occupée par des massifs forestiers, répartis entre propriétés publiques et privées[62].
Le Grand-Chimay regroupe quatorze anciennes communes : Baileux, Bailièvre, Bourlers, Chimay, Forges, Lompret, Robechies, Saint-Remy, Salles, Vaulx, Villers-la-Tour, Virelles, Rièzes et l’Escaillère. Ces localités partagent une histoire commune remontant à l’Ancien Régime, lorsqu’elles formaient la principauté de Chimay[62].
La rue Rogier.
La population de l’entité reste faiblement dense par rapport à la moyenne belge, reflet d’un territoire rural et boisé. Chimay se distingue également par un tissu local marqué par l’artisanat, les petites industries, le tourisme (notamment le lac de Virelles et le circuit de Chimay) et un patrimoine historique important. Depuis la fusion, la gouvernance locale s’appuie sur des mécanismes de participation citoyenne et de concertation territoriale, destinés à représenter équitablement les anciennes communes et à maintenir une cohésion sur un territoire particulièrement étendu[63].
Le constitue une date marquante pour la population chimacienne : le roi Baudouin et la reine Fabiola effectuent une visite officielle à Chimay. Une réception est organisée à l’hôtel de ville, où le souverain respecte la tradition locale en dégustant une Trappiste de Chimay, bière emblématique de la région[64].
À la fin des années 1970, la ville de Chimay et ses villages environnants, encore faiblement urbanisés, entreprennent une modernisation progressive de leur habitat tout en préservant leur caractère rural. Plusieurs quartiers présentent alors un bâti vieillissant, ce qui motive un vaste programme de logements publics. Avec le développement du logement, deux sociétés jouent un rôle central : La Société nationale terrienne construit 50 logements à Chimay-ville (30 supplémentaires prévus fin 1979), ainsi que 18 à Forges et 21 à Baileux. La Cité Verte développe un programme équivalent : 25 maisons construites et 25 en chantier à Chimay, Baileux et Forges[65].
Une ancienne cuve de la brasserie des moines Trappistes de Notre-Dame de Scourmont située sur le rond-point à l'entrée de la ville depuis Couvin.
En 1978, la ville crée également une Régie foncière, chargée de deux lotissements majeurs : 84 parcelles à la sortie de Chimay vers Couvin. 137 parcelles à Baileux, à l’entrée de la vallée de l’Eau Noire. Un projet de rénovation urbaine concerne aussi le quartier de la Chienneterie[65].
Chimay est choisie comme zone-pilote wallonne, en collaboration avec la Fondation rurale de Wallonie. Un contrat-programme prévoit des actions accélérées en matière de voirie, habitat, agriculture, emploi et équipements. La région, au cœur de la Botte du Hainaut, se distingue par : ses paysages forestiers, vallées (Eau Blanche, Eau Noire, Oise, Wartoise) et plateaux frontaliers ; son patrimoine historique (collégiale, château princier, villages traditionnels) ; le lac de Virelles, l’un des plus grands plans d’eau du pays. La gastronomie locale escavèche, produits trappistes de Scourmont, pâtisseries traditionnelles contribue déjà à la réputation de la région[66].
La ville est connue pour : le Circuit de Chimay, qui attire alors plus de 50 000 spectateurs aux courses moto internationales ; un tissu sportif local très dense (football, judo, tir à l’arc, pétanque, etc.) ; l’inauguration en 1977 d’un centre sportif couvert comprenant une grande salle polyvalente et des espaces dédiés aux arts martiaux, à la danse et au yoga[67]. Un projet d’envergure est également étudié : une plaine sportive de 11 ha incluant piscine couverte, terrains extérieurs et équipements ADEPS, ainsi qu’un ensemble résidentiel pour personnes âgées[67].
En 1986, la ville de Chimay commémore le 500e anniversaire de sa principauté, entité historique située en Wallonie. À cette occasion, le , est instituée La Jurade Princière, confrérie cérémonielle chargée de promouvoir les traditions locales et le patrimoine princier. Parmi les premiers membres figurent Philippe Macq, Jean Dercq, Eric Van Eerzele, Michel Hubert, la princesse de Chimay, Marc Servais, Gérard Collet, Emile Goux et Brigitte Detiffe[68].
Le , Chimay accueille le prince Albert de Belgique, alors président d’honneur de la Croix-Rouge. Sa venue marque l’ouverture officielle de la quinzaine annuelle de l’organisation humanitaire. Parmi les personnalités invitées figure également la jeune chanteuse belge Sandra Kim, récemment lauréate du Concours Eurovision de la chanson 1986, événement qui lui confère une notoriété internationale[69].
Blason de Chimay, accordé en 1838 et confirmé après la fusion des communes. Les armoiries montrent une épée dérivée d'une légende locale. En 57 AC, les habitants, les Pleumosiens, ont recueilli l'épée de Jules César lors d'une bataille contre l'Armée romaine. Depuis lors, cette épée est censée être le symbole de Chimay. Très probablement, les armoiries ont été créées à la fin du Moyen-Âge sur la base de cette légende. L'épée est apparue pour la première fois sur un sceau datant de 1552. Les précédents sceaux montraient les armes de la famille de Croÿ, les seigneurs de Chimay[70].
Blasonnement :De gueules à l'épée d'argent emmanchée d'or et posée en bande, la pointe vers le haut[71].
Blasonnement :De sable à l'épée d'argent, posée en pal, la pointe en haut. L'écu sommé d'une couronne à cinq fleurons d'or[72].
- Arrêté royal (Pays-Bas) : 31 juillet 1823
Armes de la famille de Caraman Chimay
Blasonnement :Écartelé : aux 1 et 4, d'azur, à la bande d'or, acc. en chef d'une demi-fleur-de-lis du même, défaillante à dextre, florencée d'argent et en pointe de trois roses aussi d'argent rangées en demi-orle (Riquetti) ; aux 2 et 3, de gueules, à une épée d'argent garnie d'or, posée en bande (ville de Chimay)[73].
Armes de la famille de Caraman Chimay (comme ci-dessus).
Le château restauré en 1936[76].La rue Saint-Nicolas avec le mur du château.Le château des Princes de Chimay dont le théâtre est repris sur la liste du patrimoine immobilier exceptionnel de la Wallonie. Le château des Princes de Chimay, établi à l’extrémité d’un éperon rocheux bordé par l’Eau Blanche, conserve les vestiges d’une forteresse en calcaire de plan trapézoïdal. L’édifice fut largement reconstruit à partir de 1607 par Charles de Croÿ (1560‑1616), sur des structures antérieures comprenant notamment un donjon attribué au XIIe siècle et une demeure aménagée au XVIe siècle par Philippe de Croÿ. Restée inachevée, la forteresse subit plusieurs destructions au fil des siècles. Les bâtiments encore visibles ont été remaniés en style néo‑gothique vers 1856, puis en grande partie reconstruits après l’incendie de 1935 par l’architecte R. Pelgrims de Bigard, dans un style dit Henri IV. Faute d’étude exhaustive, l’interprétation des parties anciennes demeure incertaine. Les éléments médiévaux conservés comprennent : les murailles en moellons enveloppant le rocher, les souches de tours rectangulaires au sud, le donjon, massif parallélépipède à plusieurs niveaux, dont subsistent des maçonneries en moellons, des chaînes d’angle et divers percements (meurtrières, arcs de décharge) d’époques variées, du XIIe au XXe siècle. La façade orientale, correspondant à l’ancienne aile d’entrée jadis protégée par un fossé, présente un rez‑de‑chaussée remanié aux XVIIIe – XIXe siècles et un étage doté de fenêtres à croisées du début du XVIIe siècle, restaurées en 1935‑1936. Les lucarnes et la toiture actuelles relèvent des interventions de Pelgrims de Bigard[77]’[78].
Le théâtre du château.Le théâtre du château. Édifié à l’emplacement d’un ancien complexe palatial récemment mis au jour, le château de Chimay, reconstruit en 1935, conserve en son sein un théâtre conçu par l’architecte Cambon à la demande du Grand Prince Joseph de Riquet, prince de Chimay. Inauguré en 1863, cet espace scénique adopte la forme d’une salle ovale de type italien, comprenant un parterre, deux balcons superposés ainsi qu’une loge princière. Le plafond se distingue par une coupole aplatie représentant le Paradis, ornée en son centre d’une rosace en bois ajouré. L’ensemble du décor puise son inspiration dans les cartons réalisés sous Louis XV pour le théâtre du château de Fontainebleau, témoignant d’un goût marqué pour l’esthétique théâtrale du XVIIIe siècle. Depuis 1991, la salle accueille un concours international de chant baroque, devenu l’un des rendez‑vous majeurs de la discipline[79].La collégiale Saint-Pierre-et-Paul.
La collégiale Saints-Pierre-et-Paul, ses orgues (P. Schyven, II/péd., 24 jeux), son carillon. La collégiale Saints-Pierre-et-Paul, située sur la Grand-Place, est un édifice en pierre calcaire dont les parties les plus anciennes remontent au milieu du XIIIe siècle. L’église associe un chœur gothique laonnois (vers 1250), un ensemble de trois nefs-halle avec chapelles latérales du gothique hennuyer (milieu du XVe siècle, consacrées en 1456), un porche occidental probablement contemporain des nefs, et une tour baroque construite entre 1728 et 1732 sur les plans de Claude-Joseph de Bettignies. Le chœur, initialement à trois travées et chevet plat, présente une élévation à deux niveaux, des fenêtres en tiers-point sans remplage et une rose supérieure. L’intérieur conserve un arc triomphal primitif, des voûtes en moellons raidies par des ogives de grès et des chapiteaux à crochets. Au nord, la chapelle sépulcrale des Croy (1501) occupe l’emplacement d’un ancien transept et conserve un enfeu abritant le gisant de Charles de Croy (†1527). Au sud, une chapelle baroque de 1634, transformée ensuite en sacristie puis partiellement en oratoire néo-gothique en 1893 par l’architecte Louis Cloquet, prolonge l’ensemble. Les nefs et chapelles, presque de même hauteur, sont couvertes d’une unique bâtière d’ardoises. L’intérieur est rythmé par des colonnes gothiques hennuyères portant des arcs brisés et des voûtes d’ogives en briques. La tour occidentale, massive et carrée, s’élève sur cinq niveaux et est surmontée d’une flèche bulbeuse octogonale cantonnée de pyramides d’ardoises. Le portail baroque, les oculi et les baies moulurées témoignent du vocabulaire décoratif du XVIIIe siècle. L’édifice a fait l’objet d’une restauration générale entre 1969 et 1974 sous la direction de l’architecte Simon Brigode[80].
Le monument funéraire du prince Charles I de Croÿ, 1527,marbre et albâtre, endommagé en 1552 et reconstitué en 1610, dégradé en 1793 et restauré en 1801-1810, gisant et armoiries : 1610.Clocher du temple protestant et l'église Saints-Pierre-et-Paul.La collégiale conserve un important ensemble funéraire lié aux princes de Chimay, dominé par le mausolée de Charles de Croÿ (†1527), premier prince de Chimay. Situé sous une arcade ornée d’armoiries, son tombeau en marbre noir et albâtre représente le défunt en armure, portant le collier de la Toison d’Or et la couronne princière. L’ensemble rappelle ses liens étroits avec Charles Quint, dont il fut le parrain et le précepteur, ainsi que l’élévation du comté de Chimay en principauté en 1486. Au-dessus du monument figurent les armes du prince, entourées du collier de la Toison d’Or. La collégiale abrite également plusieurs autres monuments funéraires liés au Hainaut : le monument de Marie‑Thérèse Jacquier de Lompre, composé d’une table d’épitaphe en marbre blanc encadrée de marbre brun ; une dalle funéraire dédiée à Jean Henri Flescher, conseiller clerc au Conseil souverain du Hainaut ; plusieurs monuments princiers, dont celui de Philippe de Hénin‑Liétard, orné de son blason, de griffons et du collier de la Toison d’Or[81].
Vestiges des fortifications. Chimay est rattachée au Hainaut vers 1150, lorsque le seigneur Allard III inféode son alleu au comte Baudouin IV, obtenant le titre héréditaire de pair du Hainaut. Aux XIIe – XIIIe siècles, le domaine s’agrandit et la ville se dote d’une enceinte. La terre de Chimay devient comté en 1476 sous Charles le Téméraire, puis principauté en 1486 par décision de Maximilien 1er en faveur de Charles de Croÿ. En 1552, la cité est ravagée par les troupes d’Henri II durant les guerres opposant la France aux Pays‑Bas espagnols. L’enceinte médiévale, probablement antérieure à 1340, formait un périmètre d’environ 1 km intégrant le château, flanquée de plus de vingt tours et percée de cinq portes. Subsistent aujourd’hui quelques vestiges : deux petites tours rondes en moellons, des tronçons de muraille rue Rogier et Chienneterie, ainsi que la vieille tour rue de Noailles, seul élément majeur conservé. Édifiée peut‑être au XIIe siècle et remaniée aux XVIe – XVIIe siècles, elle présente encore des murs de 2 m d’épaisseur. Le château, détruit par les troupes françaises, est reconstruit à partir de 1607 puis profondément transformé au XIXe siècle par les Caraman‑Chimay[82].
La statue de Jehan Froissart.La statue de Jehan Froissart. La statue en pierre de Jean Froissart rend hommage au poète et chroniqueur né à Valenciennes vers 1337 et mort à Chimay entre 1404 et 1410. Issu d’une famille de marchands du Hainaut, Froissart reçoit une solide instruction et devient l’un des principaux auteurs de la fin du Moyen Âge. Voyageur assidu des cours européennes, il compose les Chroniques de France, d’Angleterre et des pays voisins (1370‑1400), œuvre majeure en moyen français décrivant la société féodale et les événements politiques de son temps. Chanoine de Chimay de 1384 à 1391, il aurait été inhumé dans la chapelle Sainte-Anne de l’église locale. Au XIXe siècle, Froissart est intégré au panthéon historique du jeune État belge. Sa statue, l’une des premières érigées en son honneur, est réalisée par Jean‑Joseph Jaquet, statuaire officiel formé à Anvers et Bruxelles. Présentée au Salon de 1845, l’œuvre est inaugurée en 1848 sur la Grand-Place de Chimay. Jaquet, auteur de plus de 300 statues et professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, s’impose comme une figure majeure de la sculpture belge du XIXe siècle. Le monument, élevé sur un haut socle à plusieurs niveaux, a été conservé lors du réaménagement de la place dans les années 1990. Valenciennes, ville natale de Froissart, lui dédie également un monument important, inauguré en 1856[83].La Fontaine des Princes, allégorie de la ville.
La fontaine des Princes de Chimay (1846-1847)[84].La Fontaine des Princes, sur la Grand'Place, due au sculpteur Geefs et offerte en 1852 par le prince Joseph, pour remplacer une ancienne fontaine endommagée[84]. Ce monument se présente comme une sorte de flèche gothique de 10 m de haut à trois niveaux dégressifs : dans le bas, quatre fontaines, une sur chaque face, avec un bassin; au deuxième niveau, des niches avec un personnage: au nord, Pierre-Paul Riquet, créateur du canal du Midi ; à l’est, Thérésa Cabarrus, épouse du 15e prince de Chimay; au sud, Philippe-Gabriel-Maurice d’Alsace-Hénin-Liétard, 14e prince ; à l’ouest, François-Joseph-Philippe, 15e prince ; au sommet, une statuette personnifiant la ville, appuyée sur un écu avec les armes de Chimay et des Caraman.
L'hôtel de ville. L’édifice actuel, construit en 1871 par G. Swevers, intègre la façade de l’Hôtel de Ville de 1724, représentative du style classique montois. La façade ancienne, datée par des ancres modernes, présente trois travées séparées par des pilastres colossaux à chapiteaux composites, supportant un entablement massif et une corniche marquée, surmontés d’un toit à la Mansart. La travée centrale, traitée en frontispice, comporte une porte en plein cintre et une porte‑fenêtre similaire à l’étage. Les travées latérales montrent des fenêtres à encadrements à refends et linteaux échancrés. Le bâtiment de 1871 développe une aile monumentale de cinq travées rue Pont du Welz, où figure le nom de l’architecte, et deux travées supplémentaires rue Au Filet. L’intérieur conserve une grande salle à l’étage, dotée d’une cheminée Renaissance datée d’environ 1600[85].
L'arcade de la rue du Château.Le portail de la rue du Château. La rue du Château, mentionnée en 1552 comme « rue allant du marché au château », apparaît déjà sur le plan de Jacques de Deventer (1550‑1565). Vers 1606, Charles de Croÿ fit ériger de nouveaux murs et un portail de style Renaissance. Aujourd’hui bordée de maisons bourgeoises, elle s’ouvre sur la Grand‑Place par un portail néo‑gothique construit en 1838, en pierre calcaire, composé de trois arcs en plein cintre l’entrée centrale étant carrossable. Au‑dessus des accès piétons figurent des armoiries princières, dont celles de droite ont disparu. La frise porte un couronnement en pierre de remploi (probablement XVIIIe siècle), avec épigraphe effacée et bas‑relief martelé, surmonté d’un attique à volutes et d’un amortissement triangulaire orné d’une sphère[86].
La vieille tour (XVIe et XVIIe siècles)[87].La vieille tour[88]. La Vieille tour de Chimay est le seul vestige notable de l’enceinte médiévale de la ville. Construite en moellons bruts selon un plan circulaire, cette tour romane trapue, probablement érigée au XIIe siècle, a été remaniée à plusieurs reprises, notamment sous Charles de Croÿ à la charnière des XVIe – XVIIe siècles. Privée aujourd’hui de ses parements et de son couronnement, elle conserve des murs atteignant 2 m d’épaisseur à la base, réduits à environ 50 cm au sommet, où subsiste un parapet moderne. Les niveaux internes, autrefois voûtés, ne sont plus visibles en raison des aménagements liés à sa transformation en taverne[87].
La chapelle Notre-Dame de Miséricorde. Édifice d’origine XVIe siècle, remanié aux XVIIe – XVIIIe siècles. La chapelle se compose d’une nef en pierre calcaire et d’une abside à trois pans en brique avec chaînes d’angle harpées, l’ensemble reposant sur un soubassement chanfreiné. La façade présente une porte en plein cintre surmontée d’un panneau inscrit très érodé et précédée d’un porche classique du XVIIIe siècle. Le pignon en briques, d’inspiration baroque (XVIIe siècle), abrite une niche contenant une statue de la Vierge. La nef est éclairée par deux petites baies en plein cintre. Une corniche moulurée souligne la toiture en ardoises à coyau, dotée à l’avant d’un clocheton surmonté d’une croix en fer forgé. À l’intérieur se trouvent un autel à portique en bois et une statue polychrome de la Vierge (XVIIIe siècle)[89].
La ferme de la Maladrie, chaussée de Mons. Ensemble agricole du XVIIIe siècle organisé autour d’une vaste cour, comprenant logis, granges et porcheries en moellons avec agrandissements en briques. Au sud, logis rehaussé et prolongé par une petite grange ; façade à deux niveaux, trois travées, baies à linteau échancré et montants harpés. Grange attenante avec entrée charretière en anse de panier, baies à linteau droit et monte‑charges. Aile perpendiculaire dotée d’une annexe à trois baies et d’une vaste grange à porte charretière centrale. Sur cour, ouvertures tardives et superposition d’une petite baie ancienne et d’un monte‑charge. Porcheries au nord‑ouest, adossées à un ancien mur, ouvertes par deux portes jumelles à linteau droit et montants harpés[90].
Le casino, situé place des Ormeaux. Bâtiment monumental rectangulaire du 2e tiers du XIXe siècle, couvert d’une toiture en ardoises. Conçu dans un style néoclassique, il présente de hautes façades enduites et peintes en blanc, organisées de manière symétrique et ornées de panneaux stuqués, oculi, cordons moulurés et pilastres ioniques[91].
L'hôtel des postes.L'hôtel des postes, rue Rogier. Édifice du milieu du XVIIIe siècle (vers 1740), ancien hôtel Savary de Cérisy puis résidence du musicien B.-C. Fauconnier en 1880. La construction, en brique et pierre calcaire, se présente comme une vaste demeure perpendiculaire couverte d’une toiture d’ardoises à lucarnes[92].
La chapelle Saint‑Ghislain et Notre‑Dame Réparatrice, rue des Sartiaux est un petit édifice religieux dont l’origine pourrait remonter au XVIIIe siècle. De plan rectangulaire, elle se termine par un chevet à trois pans. Au XIXe siècle, la chapelle a été remaniée et dotée d’un décor néo‑gothique, tandis que la couverture a été remplacée par un toit en ardoises artificielles. L’intérieur conserve un autel en bois du XVIIIe siècle, élément notable de son mobilier ancien. Actuellement, l’édifice se trouve à l’abandon, sans entretien régulier ni usage cultuel identifié[93].
Chapelle de la Saillie, Tienne Rognac. Édifice religieux désaffecté, construit en 1607 par le duc Charles de Croÿ et dédié à Notre-Dame de Montaigu. La chapelle adopte un plan rectangulaire terminé par un chevet à deux pans. La porte axiale, ouverte dans un mur en pierre de taille, présente des montants chaînés, un arc en plein cintre mouluré, une clé ornée d’un écu muet et une archivolte en larmier retournée. Les autres façades sont percées de petites fenêtres ébrasées, dotées de piédroits chaînés, d’un arc brisé irrégulier et d’une archivolte en larmier formant un cordon continu autour de l’édifice. Le millésime 1607 est inscrit par un jeu de briques[93].
Ancien couvent des Récollets, rue de Virelles. Bâtiment en moellons calcaires composé de deux ailes perpendiculaires. L’aile parallèle à la rue, datée du XVIIe siècle et remaniée aux XVIIIe – XIXe siècles, présente deux niveaux sous bâtière à croupettes. La façade blanchie conserve des baies traditionnelles à arcs de décharge en plein cintre, dont seules celles de l’étage subsistent. À l’arrière demeure une petite fenêtre à traverse du XVIIe siècle. L’aile secondaire, légèrement postérieure, est bâtie en moellons réglés et assisés, sous toiture d’ardoises à croupe nord avec deux lucarnes. La façade intérieure montre trois travées à arcs surbaissés et montants harpés, partiellement murées. La façade opposée est enduite et dotée d’une tourelle d’angle. La face nord présente trois travées de type tournaisien simplifié, modifiées par des linteaux droits au rez-de-chaussée. Un porche en plein cintre s’ouvre dans le mur de clôture en moellons bordant la rue Fischbach[94].La fontaine Saint-Prisce (1827)[95].
La fontaine Saint-Prisce et lavoir, rue Basse Ville. Édifié aux alentours de 1825, le lavoir se présente comme un bâtiment bas construit en moellons de calcaire, couvert d’une large toiture à bâtière en ardoises. La façade occidentale, ouverte, laisse apparaître la charpente en chêne ainsi que les dalles en pierre bleue qui bordent le bief alimenté par l’Eau Blanche. À proximité immédiate se trouve un bâtiment contemporain daté de 1827, reconnaissable à son portique composé de trois arcades en plein cintre, reposant sur des piliers carrés en pierre. Cet ensemble architectural constitue un témoignage représentatif des infrastructures rurales liées à l’usage de l’eau au début du XIXe siècle[95].
Lavoir de la ville-basse (1825)[95].Le moulin Sainte-Marie ou du Trnchet, rue Basse-Ville. Il est implanté dans le vallon encaissé de l’Eau Blanche. Le logis, en moellons, porte deux cartouches datés 1580 et 1786 avec l’inscription Renovatum J.F.C. Anno M.J.P.. La façade est peinte; l’entrée présente un linteau déprimé et trois fenêtres à jambages harpés. Le pignon gauche, dégagé par la pente, ouvre sur une cave par une porte en arc surbaissé munie d’un écu muet à la clé; une petite baie de pignon est à linteau échancré.Une dépendance contiguë au logis est plus basse et couverte en tôle ondulée; elle comporte une large porte charretière et une fenêtre à encadrement bois. À mi‑pente se trouve une grange allongée en moellons, éclairée au nord par deux fenêtres en briques en arc surbaissé ; les portes charretières ont des jambages chaînés et un linteau partiellement refait en béton. Les toitures sont en ardoises et en éternit[96].
L'ancien hôtel de Jacquier, rue du Château. Grande demeure du dernier tiers du XVIIIe siècle, composée de deux corps de logis contigus dont les façades arrière donnent sur la rue du Four. En retrait, une aile en moellons de calcaire à deux niveaux et trois travées présente fenêtres à linteau déprimé, porte à linteau bombé, corniche en pierre et toit d’ardoises à large croupe avec lucarnes. À droite, petit pavillon en briques et pierre renforcé par des chaînes d’angle; à gauche, tourelle carrée restaurée à trois niveaux, le dernier étage octogonal ajouré étant coiffé d’un clocheton. Plus loin, façade en briques et pierre à deux niveaux et quatre travées sur soubassement en pierre de taille, porte sous anse de panier et corniche en pierre. Longue façade sur la rue du Four en moellons assisés, percements de type tournaisien et traces d’ouvertures murées ; mur de clôture en moellons percé d’une porte cochère en anse de panier[97].L'abbaye Notre-Dame de la Paix.
La ferme Forge de Montbliart, rue de la Fagne. Ferme située aux nos 14-15, d’origine XVIIe siècle et remaniée aux siècles suivants. Ensemble chaulé comprenant un logis et des dépendances disposés de manière dispersée. Le logis, à deux niveaux, est en moellons au rez‑de‑chaussée et en briques à l’étage, couvert d’une haute bâtière de tuiles. Façade principale percée d’une porte sous linteau droit encadrée de petites fenêtres à linteaux droits sur montants en pierre. La façade arrière, remaniée au
XVIIIe siècle, présente de nouvelles fenêtres à linteau échancré et traces d’un arc de décharge d’origine à l’étage. Frise dentée et annexe tardive adossée au pignon avec petite fenêtre à linteau de bois. Les dépendances, en moellons, datent du XVIIe siècle ; la partie droite conserve la bâtière d’origine très aiguë. Toitures en ardoise, tôle ondulée ou tuiles selon les parties. Porte centrale en plein cintre appareillée, baies de fenil à linteau droit, corniche en cavet et percements remaniés. Une dépendance en vis‑à‑vis a été entièrement transformée en logement[98].
La stèle en hommage à Maurice Gauchez sur sa maison natale au no 5 rue de Virelles, apposée pendant les Fêtes de Wallonie en septembre 1970[99].
L'abbaye Notre-Dame-de-la-Paix (moniales cisterciennes de la stricte observance dites aussi trappistines) fondée en 1919 de style néo-gothique cistercien (hôtellerie monastique, magasin d'articles religieux, atelier d'ornements liturgiques, biscuiterie, visite guidée, etc.).
Le Parc du Château des Princes de Chimay (Maillon Vert).
La stèle en hommage à Georges Guérin sur sa maison natale au 73 rue de Virelles.
L'abbaye de Scourmont[Note 4] (moines cisterciens de la stricte observance dits moines trappistes). Fondée en 1850 à l’initiative de l’abbé Jourdain sur des terres concédées par le prince Joseph de Caraman‑Chimay, est une communauté cistercienne de la Stricte Observance. Les premiers moines provenaient du prieuré de Saint‑Sixte de Westvleteren. Entre 1852 et 1864, les religieux bâtirent les premiers bâtiments et défrichèrent les terres, participant au vaste déboisement de la Fagne et de la Thiérache. L’église, ouverte au culte en 1857, reconstruite après un incendie en 1859, est un édifice néo‑gothique cruciforme en brique et pierre calcaire. Sa façade actuelle, en moellons de calcaire, date de 1949 et s’inspire du gothique cistercien du XIIe siècle. Les bâtiments conventuels, incluant la brasserie et la fromagerie, ont été remaniés au XXe siècle, notamment sous l’abbatiat de Dom A. Le Bail. Les derniers grands travaux datent des années 1960 (aile d’entrée, infirmerie)[100].
Parmi la gastronomie et les spécialités que l’on trouve à Chimay ont note notamment : la bière de Chimay ou les bières de Chimay, également appelées Trappistes de Chimay, les fromages de Chimay, le gâteau local Chimacien, les Bernardins de Chimay (friandise pâtissière) et l'escavèche de Chimay.
La légende des sept sauts (ou des sept sots) qui donna naissance à la danse du même nom. Cette légende est liée au lavoir situé près de la fontaine de Sainte-Prisce et la procession de Notre-Dame del Pilar qui a lieu tous les sept ans à Salles, non loin de Chimay.
Parmi les confréries que l’on trouve à Chimay, on note notamment : la Jurade Princière, les Archers, les Arbalétriers de Saint-Georges, les Loupards, les Longues Pipes et l'Ordre de l'Escavèche.
Plusieurs lieux de la ville, entre autres la Grand'Place et la Collégiale, servirent de décor en 2010 au tournage du film « Rien à déclarer » de et avec Dany Boon.
Le château et son parc ont servi de décors pour le tournage, en 1984, d'un épisode intitulé « La ballade polonaise » et faisant partie d'une adaptation à la télévision d'un roman de Romain Gary, « Les cerfs-volants » par Pierre Badel. Les principaux acteurs étaient Rosy Varte, Anne Gautier, Paul Crauchet, Jean-Marc Thibault et Jacques Penot.
groupe scolaire Jehan-Froissart, enseignement fondamental, du cycle maternel jusqu'au primaire inclus (implantations de Chimay, Forges et Saint-Rémy) ;
groupe scolaire Charlemagne, enseignement fondamental (implantations de Baileux, L'Escaillère, Lompret et Virelles) ;
groupe scolaire Arthur-Masson, enseignement fondamental (implantations de Bourlers, Villers-la-Tour, Rièzes et Bailièvre).
Bières de Chimay SA. Brasserie trappiste fondée en 1862, produisant les célèbres bières Chimay (rouge, bleue, blanche, dorée). La production repose sur une fermentation haute et une seconde fermentation en bouteille[21].
Chimay Fromages SC. Production de fromages trappistes depuis 1876, élaborés à partir de lait régional[21].
Boissons Sambre et Meuse S.R.L. Plus grand négociant en boissons du sud de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, livrant environ 320 points de vente (HORECA, collectivités, événements)[21].
Discobeer. Opérateur régional pour le commerce de boissons et produits secs/frais, lié au développement touristique et événementiel autour de la marque Chimay[21].
PME de mécanique légère. (Cette partie est une inférence basée sur la typologie économique des communes rurales du Hainaut, faute de sources directes.).
services à la population (santé, administration, professions libérales). Ces éléments apparaissent dans l’organisation des services communaux et du tissu associatif.
En 2025, la Ville de Chimay fait face à un risque de déficit de 1,6 million d’euros, ce qui a conduit à: 7 licenciements pour raisons économiques, non-remplacement de 6 départs à la pension, réduction des dépenses de fonctionnement, diminution de certains subsides[103]. Ces mesures témoignent d’une pression financière sur les services publics locaux, avec un impact indirect sur l’économie locale (emplois, investissements).
Chimay, située en Région wallonne, attire principalement pour l’abbaye de Scourmont et les produits trappistes (bières et fromages), le Château des Princes de Chimay et un centre-ville historique de type « ville princière »[104]’[105].
Abbaye de Scourmont. Fondée en 1850, l’abbaye cistercienne est le berceau des bières trappistes Chimay ; on peut visiter l’église, les jardins et le cimetière des moines, tandis que la brasserie reste fermée au public (les visites et explications sont proposées via l’Espace Chimay)[104]’[106].
Espace Chimay / Auberge de Poteaupré. Centre d’interprétation et lieu de dégustation qui propose des visites guidées, un petit musée et la découverte des procédés de fabrication des bières et fromages[106]’[107].
Château des Princes de Chimay. Monument historique avec un parcours muséographique interactif retraçant plus de mille ans d’histoire de la principauté; visites guidées et expositions temporaires[105].
Dégustation et gastronomie : restaurants et auberges locales mettent en valeur les produits de l’abbaye (bières Chimay, fromages) ; l’Auberge de Poteaupré est un point de dégustation recommandé[105]’[106].
Événements motorisés historiques : Chimay accueille des compétitions et rassemblements (courses historiques, Classic Bikes, Grand Trophée des Frontières) qui attirent un public spécialisé en saison[104].
Promenades et nature : le plateau de Scourmont et les environs offrent des sentiers de randonnée et des paysages de la Botte du Hainaut propices aux promenades[105].
La ville propose petits hôtels, chambres d’hôtes et campings adaptés aux visiteurs d’un week‑end ; la Maison du Tourisme et le Syndicat d’Initiative fournissent brochures, circuits et informations pratiques pour organiser visites et hébergements[105]’[108].
Accès : Chimay est accessible en voiture depuis Charleroi et les grandes villes wallonnes ; vérifier les horaires et conditions des visites (l’abbaye et l’Espace Chimay ont des modalités spécifiques)[104]’[106].
Visites : la brasserie de l’abbaye n’est pas ouverte au public ; privilégier l’Espace Chimay pour une expérience complète et réserver les visites guidées en haute saison[106]’[107].
Chaque année, le club des Dragons Audax Mons organise une randonnée cyclo-touriste Mons-Chimay-Mons.
Chaque deuxième samedi d'avril, le Jogging Athlétique Club de l'Oise ( JACO) organise le Jogging de la Principauté de Chimay, magnifique parcours avec passage dans la cour du château, dans le parc du Prince de Chimay et dans la réserve naturelle du Lac de Virelles.
Chaque année , pendant quinze jours, la ville de Chimay résonne du bruit des motos et des sidecars de course lors de l'open trophy et des classic bikes, deux meetings à ne manquer sous aucun prétexte.
Lors du dernier week-end d'octobre, il y a une des plus grosses soirées de la région : Halloween party. Elle regroupe plus de 3 000 personnes. Elle est organisée par l'asbl jeunesse de Baileux depuis 2004.
Dernier week-end de juin : Plein air de Villers-la-Tour, deux pistes et plus de 3 000 personnes sur deux jours, organisé par la Jeunesse de Villers-la-Tour.
Quatrième week-end de juillet (du vendredi au lundi), Ducasse de Baileux : activités : soirées, repas, tournoi de mini foot et jeu de boule en bois. Elle est organisée par l'asbl jeunesse de Baileux.
Week-end du 15 Août : Cavalo party organisée par l'asbl CAVALO.
Dernier week-end d'août : Ducasse de Villers-la-Tour, activités : soirées, endurance VTT, repas et jeu de boule en bois, organisée par la Jeunesse de Villers-la-Tour.
Chaque année, au mois de juillet, il y a les célèbres Classic Bikes et l'Open Trophy.
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Jean Lalot et Alfred Leblon, Chimay en cartes postales anciennes, Zaltbommel, Bibliothèque Européenne, , 39 p.
André Lépine, « 80 monuments insolites d’Entre-Sambre-et-Meuse », Cahier du Musée de Cerfontaine, no 520,
André Lépine (dir.) et al., « Notes d'histoire sur le pays de Chimay (1) », Cahier du Musée de Cerfontaine, no 270,
André Lépine (dir.) et al., « Notes d'histoire sur le Pays de Chimay (2) », Cahier du Musée de Cerfontaine, no 347,
André Lépine, Le canal de Chimay (1831) et le chemin de fer de l'Entre-Sambre-et-Meuse (1844) : deux projets de désenclavement ambitieux, avec une carte de l'ESM (1844) ; voir le chapitre : L’ouverture de la ligne de chemin de fer de l’Entre-Sambre-et-Meuse — section de Marchienne-au-Pont à Walcourt (1848), Cahier du Musée de Cerfontaine, , 468e éd., 18 p.
Auguste Soupart, « Histoire du doyenné de Chimay et de ses paroisses », Cahier du Musée de Cerfontaine, no 417,