Charles Ier (roi de Wurtemberg)

troisième roi de Würteemberg

Charles Ier de Wurtemberg (en allemand : Karl Friedrich Alexander von Württemberg), né le à Stuttgart et mort le dans la même ville, est de 1864 à 1891, le troisième roi de Wurtemberg. Il appartient à la première branche dite « branche aînée » de la maison de Wurtemberg, de confession luthérienne.

Charles Ier
Illustration.
Charles Ier de Wurtemberg.
Titre
Roi de Wurtemberg

(27 ans, 3 mois et 11 jours)
Prédécesseur Guillaume Ier
Successeur Guillaume II
Biographie
Dynastie Maison de Wurtemberg
Nom de naissance Karl Friedrich Alexander von Württemberg
Date de naissance
Lieu de naissance Stuttgart (Wurtemberg)
Date de décès (à 68 ans)
Lieu de décès Stuttgart (Wurtemberg, Empire allemand)
Sépulture Chapelle du vieux château de Stuttgart
Père Guillaume Ier
Mère Pauline von Württemberg
Conjoint Olga Nikolaïevna de Russie
Enfants Sans descendance

Image illustrative de l’article Charles Ier (roi de Wurtemberg)
Monarques de Wurtemberg

Fils unique du roi Guillaume Ier de Wurtemberg, il devient roi à la mort de son père en 1864. Plus libéral que son père, le roi Charles rétablit la liberté de la presse et d'association en 1864, suivie d'une réforme électorale en 1868 élargant le suffrage. Durant son règne, le Wurtemberg est intégré à l'Empire allemand en 1871.

Le roi Charles est impliqué dans plusieurs scandales en raison de son orientation sexuelle, notamment une relation étroite avec l'Américain Charles Woodcock. Mort sans descendance en 1891, son neveu, le prince Guillaume de Wurtemberg, lui succede sous le nom de Guillaume II.

Biographie

modifier

Naissance et famille

modifier
 
La reine Pauline-Thérèse avec son fils, le prince héritier Charles. Portrait par Joseph Karl Stieler, vers 1825.

L'unique fils du roi Guillaume Ier de Wurtemberg, le futur roi Charles Ier voit le jour le à Stuttgart, alors capitale du royaume de Wurtemberg[1]. En tant que fils premier-né du roi régnant, l'enfant est prince héritier de Wurtemberg déjà dès sa naissance. Pour fêter cet événement, 101 coups de canon furent tirés et toutes les cloches des églises de la ville de Stuttgart sonnèrent à la volée.

En fait, la naissance du jeune héritier du trône, issu du troisième mariage du souverain avec sa cousine Pauline-Thérèse de Wurtemberg, est longtemps attendue. Marié prématurément à une princesse de Bavière pour éviter une épouse choisie par Napoléon Ier, le roi de Wurtemberg a vécu une histoire d'amour réciproque avec sa seconde épouse, la grande-duchesse Catherine Pavlovna de Russie. Il délaisse la troisième, de dix-neuf ans sa cadette, épousée pour engendrer l'héritier nécessaire. Lorsque naît enfin son fils, quinze ans après son premier mariage, le roi Guillaume Ier a quarante-deux ans[2].

 
La famille du roi Guillaume Ier représentée en 1841 pour le 25e anniversaire de son règne : le roi Guillaume Ier et la reine Pauline-Thérèse (en haut), la princesse Sophie (au milieu à gauche), le prince héritier Charles (au centre), la princesse Marie (au milieu à droite), la princesse Catherine (en bas à gauche) et la princesse Augusta (en bas à droite).

Le prince Charles a quatre sœurs : les princesses Marie et Sophie sont issues du second mariage du roi[1]. Si l'aînée a contracté un mariage d'inclination mais morganatique avec le comte Alfred de Neipperg (de), la cadette a épousé son cousin utérin, le roi Guillaume III des Pays-Bas. Ce mariage est des plus malheureux. La jeune et intelligente souveraine se réfugie plusieurs fois en Wurtemberg avant de vivre définitivement séparée d'un époux inculte, autoritaire, violent et libidineux. Les princesses Catherine et Augusta ont la même mère que Charles. L'aînée épouse un cousin de la maison de Wurtemberg, le prince Frédéric de Wurtemberg, et la cadette épouse le prince Hermann de Saxe-Weimar-Eisenach.

Enfance et formation

modifier
 
Le prince Charles de Wurtemberg. Portrait par Franz Seraph Stirnbrand (de), 1835.

L'union des parents n'est pas heureuse, ternie par les nombreuses liaisons du roi Guillaume Ier, notamment sa relation très attachée avec sa longtemps confidente et amante, la comédienne allemande Amalie von Stubenrauch (de). Populaire à Wurtemberg pour sa gentillesse et son dévouement pour les pauvres, mais négligée par son mari, la reine se détourne amèrement de son mari, mais en même temps adore et gâte son fils. La reine Pauline-Thérèse finit par quitter la cour et s'installer dans la Suisse voisine où elle passe les dernières années de sa vie.

 
Le prince Charles de Wurtemberg. Portrait par German von Bohn, 1852.

Le jeune prince héritier est initialement éduqué par des précepteurs à demeure[3]. Plus tard il effectue en 1838 – 1839 une année de formation militaire à l'école militaire de Louisbourg[4], puis passe un an à l'université de Tübingen (doctor philosophiæ) et à l'université de Berlin[3],[4]. Après ces études, le prince héritier effectue de longs voyages aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Italie, en Autriche et à travers l'Allemagne[4]. Le prince Charles ne se contente pas des milieux familiaux et princiers et, par exemple, fréquente à Berlin le salon littéraire de la femme de lettres Bettina von Arnim[5]. À Stuttgart, il fait aussi la connaissance du poète romantique Emanuel Geibel[3].

Fiançailles et mariage

modifier
 
Olga Nikolaïevna, alors princesse héritière de Wurttemberg. Portrait par Franz Xaver Winterhalter, 1856.

Le , Charles de Wurtemberg se fiance à l'âge de 22 ans à Palerme avec sa cousine issue de germain[note 1] la grande-duchesse Olga Nikolaïevna de Russie de 23 ans, fille de l'empereur Nicolas Ier de Russie et d'Alexandra Feodorovna de Russie, née princesse de Prusse. Le mariage est célébré avec tout le faste et les cérémonies requis le au palais de Peterhof, près de Saint-Pétersbourg. Le jeune ménage fait son entrée officielle dans la capitale wurtembergoise le sous les acclamations de la population[4].

 
Projet du palais du prince héritier (de) par Ludwig Friedrich Gaab (de), 1845. Façade donnant sur la rue Königstraße.

À Stuttgart, ils s'installent au palais du prince héritier (de) dans la rue Königstrasse par la Schloßplatz au centre de la ville. Ce palais néoclassique est construit pour eux aux frais de l'État entre 1846 et 1850 selon les dessins de l'architecte allemand Ludwig Friedrich Gaab (de)[6]. Ils y résidèrent jusqu'à l'accession au trône de Charles en 1864. Le palais est démoli en 1962/63.

Comme résidence d'été, ils construisent la villa Berg (de), vaste demeure à la périphérie de ville. Conçu par l'architecte allemand Christian Friedrich von Leins (de) selon les idées du couple, la villa est considérée comme l'un des premiers bâtiments de style néo-Renaissance en Allemagne.

Héritier du trône

modifier
 
Le prince héritier Charles photographié par Friedrich Brandseph (de) vers 1861.

Le prince héritier Charles semblait être bien préparé pour ses tâches à venir. Son père le fait entrer à la chambre des seigneurs en 1841 et au conseil privé en 1844[3]. Pourtant, la forte personnalité du père ne laisse guère de place à l'héritier du trône pour son développement personnel[3]. Cependant, en 1848 et entre 1862 et 1864, il agit à plusieurs reprises comme régent pour son père malade[3].

Après le succès de la révolution de Juillet 1830 en France, les libéraux avaient gagné du terrain dans presque toute l'Europe, y compris au Wurtemberg. À cause de la rigidité politique qui s'est manifestée durant les dernières années du règne du roi Guillaume Ier, les espoirs sont grands pour l'avenir du prince héritier, surtout dans les milieux libéraux[3].

 
Olga et Charles avec leur fille adoptive, la grande-duchesse Vera.

Son mariage avec Olga demeure sans enfant et ne fut peut-être jamais consommé, sûrement parce que Charles était exclusivement homosexuel[7]. La princesse Olga a écrit des mémoires qui s'arrêtent le jour de son mariage[8]. Au lieu de cela, Olga fait venir seize ans plus tard, en 1863, sa nièce la grande-duchesse Vera Constantinovna de Russie, seconde fille de son frère le grand-duc Constantin Nicolaevitch de Russie, afin de l'éduquer. En 1870, Charles et Olga adoptent finalement officiellement la grande-duchesse Vera. Ils la marient en 1874 à un de leurs neveux, le duc Eugène de Wurtemberg, qui meurt prématurément trois ans plus tard. Malgré cela, Vera demeura au Wurtemberg qu'elle considérait désormais comme son véritable pays.

 
Le roi Charles Ier. Portrait par Richard Lauchert (de), 1867.

Charles monte sur le trône le à la mort de son père, survenue le précédent[2]. Comme prevu, il se montre plus libéral que son père et répond aux certaines demandes libérales et démocratiques. Déjà le , il octroie la liberté de la presse et d'association qui avait été limitée par son père. Aussi, la liberté d'entreprise et la libre circulation sont garanties. Les Juifs obteinnent la pleine citoyenneté, et les restrictions de mariage existantes pour les pauvres sont levées. En 1868, le suffrage est élargi par une réforme électorale.

En 1866, le Wurttemberg prend part à la guerre austro-prussienne au côté de l'empire d'Autriche. Vaincu, le roi Charles doit signer des traités de défense avec le royaume de Prusse. Le Wurtemberg participe à la guerre franco-prussienne de 1870. Le roi est obligé de faire rentrer ses États dans le nouvel Empire allemand le .

Amitiés masculines

modifier
 
Lettre du roi Charles Ier à Charles Woodcock de 1887.

Charles noue dès sa jeunesse des amitiés intimes avec de jeunes hommes, comme cette longue « amitié de cœur » avec son aide de camp, le baron Wilhelm von Spitzemberg (de). Certaines des relations masculines de Charles font l'objet de scandales à cause de la différence de condition sociale. À la fin des années 1870, son état mélancolique l'oblige à se reposer souvent à Friedrichshafen ou sur la côte d'Azur à Nice. Âgé de 57 ans, il se lie avec Richard Jackson (de vingt-trois ans son cadet), originaire de Cincinnati, et secrétaire du consul des États-Unis à Stuttgart depuis 1876. Rapidement, il en fait son lecteur, puis un conseiller privé et enfin lui donne le titre de baron.

 
Charles Woodcock lit à Nice à la reine Olga, assise dans un fauteuil, et deux dames de compagnie.

Mais c'est en 1883 que le roi sexagénaire fait la connaissance en plus d'un autre Américain (cette fois fils d'un boucher), Charles Woodcock, âgé de trente ans, lecteur de la reine et protestant congrégationaliste. Les deux hommes deviennent rapidement inséparables, le favori étant admis dans les cercles intimes. Le roi en fait son chambellan (Kammerherr), puis il l'anoblit en 1888, sous le nom de baron Woodcock-Savage. Mais le roi et son favori vont jusqu'à s'afficher en public vêtus de vêtements identiques. Les élites craignent une influence de l'Américain sur le roi vieillissant. L'indignation qui en résulte et qui est relayée par la presse force Charles à renoncer à son favori, sous la pression du ministre-président conservateur, le baron Hermann von Mittnacht. Le roi déclare le  : « j'ai sacrifié l'ami le plus noble qu'un souverain ait jamais eu, à la demande de mon peuple. » Charles Woodcock retourne en Amérique, mais Charles trouve en 1889 une consolation en la personne du responsable technique (Maschinenmeister) du théâtre royal, Wilhelm Georges. Cette « amitié » dure jusqu'à sa mort deux ans plus tard.

Mort et succession

modifier

Charles Ier de Wurtemberg, dont la santé était chancelante depuis plusieurs années, meurt à Stuttgart, à l'âge de 68 ans, le , sans enfant[9]. Il est inhumé le suivant, dans la chapelle du vieux château de Stuttgart[9]. C'est donc son cousin — et neveu car fils de sa sœur Catherine — qui lui succède sous le nom de Guillaume II de Wurtemberg. Son épouse Olga le rejoint un an plus tard dans la tombe. Elle est également inhumée dans la chapelle du vieux château de Stuttgart[1].

Ascendance

modifier

Honneurs

modifier

Charles Ier de Wurtemberg est :

Ordres officiels wurtembourgeois

modifier

Ordres officiels étrangers

modifier

Notes et références

modifier
  1. La grand-mère d'Olga, l'impératrice Marie Féodorovna (née Sophie-Dorothée de Wurtemberg), était la sœur du grand-père de Charles, le roi Frédéric Ier de Wurtemberg.

Références

modifier
  1. a b et c Huberty et al. 1979, p. 523.
  2. a et b Huberty et al. 1979, p. 495.
  3. a b c d e f et g Hiller von Gaertringen 1977, p. 269.
  4. a b c et d von Stälin 1906, p. 57.
  5. (de) Ulrike Landfester et Friderike Loos, Lieber Kronprinz! Liebe Freundin! Briefwechsel zwischen Bettine von Arnim und Karl von Württemberg [« Cher prince héritier ! Chère amie ! Correspondance entre Bettine von Arnim et Charles de Wurtemberg »], Heidelberg, Manutius, (ISBN 3-925678-82-4)
  6. (de) Rolf Bidlingmaier, Das Kronprinzenpalais in Stuttgart [« Le palais du prince héritier »], Petersberg, , p. 33–34, 49–51
  7. (de) Sabine Thomsen, Die württembergischen Königinnen : Charlotte Mathilde, Katharina, Pauline, Olga, Charlotte – ihr Leben und Wirken [« Les reines de Wurtemberg : Charlotte Matilde, Catherine, Pauline, Olga, Charlotte – leurs vies et leurs héritages »], Silberburg-Verlag, (ISBN 9783874077149)
  8. (de) La reine Olga de Wurtemberg, Traum der Jugend goldener Stern : Aus den Aufzeichnungen der Königin Olga von Württemberg, Reutlingen, Günther Neske Verlag,
  9. a et b da Rocha Carneiro 2000, p. 19.

Annexes

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

modifier

Bibliographie

modifier

Liens externes

modifier