Blaireau d'Amérique
Taxidea taxus · Taxidée américain, Carcajou
Répartition géographique
- Ursus Taxus von Schreber, 1778 (Protonyme)
- Meles Taxus β. Americanus Boddaert, 1785
- Ursus Meles alba J. F. Gmelin, 1788
- Ursus labradorius J. F. Gmelin, 1788
- Meles labradoricus Link, 1795
- Meles labradoria G. Fischer, 1814
- Melesium pratense Rafinesque, 1817
- Meles jeffersonii Harlan, 1825
- Meles Labradorica Lesson, 1827
- Meles montanus J. Richardson, 1829
- Taxidea labradoria E. Blyth, 1840
- Taxidia Labradoria C. H. Smith, 1842
- Taxidea Labradorica Lesson, 1842
- Taxidea berlandieri S. F. Baird, 1857
- Taxidea americana J. E. Gray, 1865
- Taxidea americana Var. Californica J. E. Gray, 1865
- Taxidea sulcata Cope, 1878
- Taxidea americana americana F. W. True, 1885
- Taxidea americana Berlandieri F. W. True, 1885
- Taxidea americana neglecta Mearns, 1891
- Taxidea taxus berlandieri J. A. Allen, 1896
- Taxidea taxus J. A. Allen, 1896
- Taxidea taxus infusca O. Thomas, 1898
- Taxidea taxus neglecta O. Thomas, 1898
- Taxidea taxus typica O. Thomas, 1898
- Taxidea taxus phippsi Figgins, 1918
- Taxidea robusta Hay, 1921
- Taxidea marylandica Gidley & Gazin, 1933
- Taxidea taxus sonoriensis E. A. Goldman, 1939
- Taxidea taxus taxus Necker & Hatfield, 1941
- Taxidea taxus papagoensis Skinner, 1942
- Taxidea taxus dacotensis Schantz, 1946
- Taxidea taxus jacksoni Schantz, 1946
- Taxidea taxus iowae Schantz, 1947
- Taxidea taxus apache Schantz, 1948
- Taxidea taxus hallorani Schantz, 1949
- Taxidea taxus littoralis Schantz, 1949
- Taxidea taxus nevadensis Schantz, 1949
- Taxidea taxus kansensis Schantz, 1950
- Taxidea taxus merriami Schantz, 1950
- Taxidea taxus montana Schantz, 1950
- Taxidea taxus halli Schantz, 1951
- Taxidea taxus jeffersonii Wozencraft, 2005
- Taxidea taxus marylandica Wozencraft, 2005
Le Blaireau d'Amérique (Taxidea taxus), parfois désigné en français de France sous le nom de Carcajou, ou plus rarement sous un ancien nom technique de Taxidée américain, est une espèce de mammifère de l’ordre des Carnivores et de la famille des Mustélidés. Cette espèce appelée « blaireau » n’est pas apparentée au blaireaux eurasiens du genre Meles ni ceux de la sous-famille des Mélinés, mais au genre Taxidea, duquel elle est la seule espèce actuelle, mais aussi le seul membre vivant des Taxidiinae, située, avec le ratel, tout à la base de l’arbre phylogénétique de la famille.
L'habitat du Blaireau d'Amérique est caractérisé par des prairies ouvertes disposant de proies (telles que des souris, des écureuils et des marmottes). L'espèce préfère les régions de prairies avec des sols de limon sableux où elle peut creuser plus facilement pour capturer ses proies.
Dénominations
modifier- Nom scientifique : Taxidea taxus (Schreber, 1777)[1]
- Nom typique en français : Blaireau d'Amérique[2],[3],[4],[5]
- Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Taxidée ou Taxidée américain (noms techniques : vieilli)[6], Blaireau américain[2], Blaireau Nord-Américain[5]
- Autres noms vulgaires ou noms vernaculaires (langage courant), pouvant désigner éventuellement d'autres espèces : Glouton d'Amérique[2], Carcajou[2], Blaireau du Labrador (vieilli)[7].
Les appellations « Glouton d’Amérique » et « Carcajou » sont issues d'une association linguistique erronée[7], il faut donc prendre garde de confondre cette espèce avec le Glouton (Gulo gulo) appelé aussi Carcajou au Québec[3].
Taxonomie
modifierCette espèce a été décrite pour la première fois en 1777 par le naturaliste allemand Johann Christian Daniel von Schreber (1739-1810) et le genre en 1839 par le zoologiste britannique George Robert Waterhouse (1810-1888).
Historiquement, le Blaireau d'Amérique a été classé au sein du genre Meles sous le nom de Meles labradorica[8]. Cependant, dès 1838, le naturaliste britannique George Robert Waterhouse propose, lors d'une séance de la Société zoologique de Londres, de distinguer l'espèce après avoir observé des divergences fondamentales entre le crâne du spécimen américain (alors nommé « Blaireau du Labrador ») et celui du blaireau commun (Meles vulgaris). Waterhouse souligne notamment que la carnassière supérieure de l'espèce américaine est de grande taille et égale à la dernière molaire, affectant la forme d'un triangle rectangle, tandis que chez le blaireau européen, cette dent est proportionnellement beaucoup plus petite. Il note également des membres plus robustes et une structure crânienne unique, des caractères justifiant selon lui une distinction au moins subgénérique, suggérant alors le nom de genre Taxidea[9]. L'animal fut ensuite désigné sous le nom de « taxidée américain » Taxidea americana, signifiant littéralement « animal ressemblant à un blaireau »)[10].
Le nom « blaireau d’Amérique » demeure le plus usité en zoologie chez l’espèce Taxidea taxus dû au fait que le genre Taxidea ait été historiquement classé parmi les Melinae (regroupant les genres Meles et Arctonyx). Cette classification fut contestée par certains auteurs au cours de l’histoire, mais surtout en 1920 par le zoologiste Reginald Innes Pocock, qui proposa la création de la sous-famille des Taxidiinae en s'appuyant sur des divergences morphologiques majeures : contrairement aux blaireaux eurasiatiques, le blaireau d'Amérique ne possède pas de poche glandulaire subcaudale, présente un rhinarium à l'aire infranariale superficielle et affiche une dentition distincte, notamment une carnassière supérieure plus développée que la molaire triangulaire[11]. Malgré cela, ce groupe ne fut pas retenu jusqu’en 2008 avec une étude phylogénétique moléculaire plaçant Taxidea dans une position basale au sein de l'arbre des Mustelidae, validant ainsi une exclusion définitive du taxidée du groupe des Melinae, dont les similitudes anatomiques ne reposent en fait que sur une convergence évolutive[12]. Parmi les mustélidés actuels, le blaireau d'Amérique est le groupe frère de toutes les autres espèces ; sa lignée se serait séparée du reste de la famille il y a environ 18 millions d'années, peu après la divergence entre les mustélidés et les procyonidés survenue il y a environ 29 millions d’années[13].
Sous-espèces
modifier| Image | Sous-espèce | Distribution |
|---|---|---|
| T. t. taxus (sous-espèce nominale) |
Centre du Canada et centre des États-Unis. | |
| T. t. jacksoni | Sud de la région des Grands Lacs, y compris le sud de l'Ontario. | |
| T. t. jeffersoni | Alberta et nord-ouest des États-Unis. | |
| T. t. berlandieri Taxidée de Berlandier |
Sud-ouest des États-Unis et nord du Mexique[15],[16],[17]. |
Les aires de répartition des sous-espèces se chevauchent considérablement, avec des formes intermédiaires apparaissant dans les zones de contact.
Description
modifierLe blaireau d'Amérique possède la plupart des caractéristiques générales communes aux blaireaux : un corps trapu, bas sur pattes, avec des membres courts et puissants. Il est immédiatement identifiable par ses énormes griffes antérieures (pouvant mesurer jusqu'à 5 cm de long) et les marques distinctives de sa tête.
Il possède des caractéristiques morphologiques qui en font un spécialiste de la vie fouisseuse, telles qu'une tête conique, des poils drus sur les oreilles et des membranes nictitantes sur les yeux. Ses membres antérieurs sont particulièrement puissants, dotés d'un humérus robuste et de grands processus osseux pour l'insertion des muscles. L'avantage mécanique de ses membres antérieurs est accentué par un processus olécrânien spécialisé et des os (radius et métacarpiens) adaptés à l'effort[18].
Mesurant généralement entre 60 et 75 cm de long, les mâles sont légèrement plus grands que les femelles. Le poids moyen se situe entre 6,3 et 7,2 kg pour les femelles et atteint environ 8,6 kg pour les mâles. Les sous-espèces nordiques, telles que T. t. jeffersonii, sont plus lourdes que les méridionales. En automne, lorsque la nourriture abonde, les mâles adultes peuvent atteindre un poids allant de 11,5 à 15 kg[19]. Dans certaines populations du nord, les femelles peuvent peser en moyenne 9,5 kg[20].
À l'exception de la tête, le blaireau d'Amérique est couvert d'un pelage rèche, mélange de gris, de brun, de noir et de blanc, lui donnant une apparence globale brun-ocre qui favorise le camouflage dans les prairies. Sa face triangulaire arbore un motif noir et blanc distinctif, avec des taches sombres sur les joues et une bande blanche s'étendant du nez jusqu'à la base de la tête. Chez la sous-espèce T. t. berlandieri, cette bande blanche se prolonge sur toute la longueur du corps jusqu'à la base de la queue[21].
Écologie et comportement
modifierActivité
modifierLes blaireaux d'Amérique sont généralement nocturnes ; cependant, dans les zones reculées sans activité humaine, ils sont couramment observés en train de fourrager durant la journée. De manière saisonnière, un blaireau observé de jour entre la fin mars et le début mai correspond souvent à une femelle cherchant de la nourriture pendant la journée pour passer ses nuits avec ses petits[16].
Ils n'hibernent pas mais peuvent devenir moins actifs en hiver. Un taxidée peut passer une grande partie de l'hiver dans des cycles de torpeur durant environ 29 heures. Ils sortent de leurs terriers lorsque la température est supérieure au point de congélation[16].
En tant que mammifère fouisseur, le blaireau d'Amérique utilise un processus de creusement par grattage : les membres antérieurs sont actionnés pour briser le sol et déplacer les débris derrière ou sur les côtés de son corps[18].
Un terrier abandonné peut être occupé par des mammifères de taille similaire, tels que des renards et des moufettes, ainsi que par des animaux aussi divers que la Chevêche des terriers, la Salamandre tigrée et la Grenouille à pattes rouges de Californie.
Régime alimentaire
modifierLe Taxidée a un régime alimentaire omnivore à forte tendance carnivore, il se nourrit en grande partie de rongeurs : des spermophiles. de gaufres, de Chiens de prairie, de Rats kangourous ainsi que de rongeurs plus petits comme des souris a abajoues, ou des campugnols. Ils consomment aussi des oiseaux nichant sur le sol et des invertébrés. Il aurait suffisement d’adresse pour chasser le crotale. Il lui arrive aussi de consommer du miel[22].
Coopération avec le coyote
modifierLe blaireau d'Amérique a été observé travaillant en tandem avec le coyote lors de la chasse. Généralement, cette association implique un taxidée pour un coyote ; toutefois, une étude a révélé que 9 % des observations comprenaient deux canidés pour un blaireau, et 1 % un taxidée pour trois coyotes. Les chercheurs ont découvert que le coyote bénéficie d'une augmentation de son taux de capture d'environ 33 %. Bien qu'il soit difficile de quantifier précisément l'avantage pour le blaireau, ce dernier a été noté comme passant plus de temps actif sous terre. On pense également que les blaireaux dépensent moins d'énergie lorsqu'ils chassent dans les terriers.
Ce partenariat fonctionne grâce aux styles de chasse différents des deux prédateurs et à la réaction de leurs proies : un écureuil terrestre, en repérant un coyote, se réfugie dans son trou pour s'échapper ; tandis qu'en voyant un blaireau, il sortira de son trou pour tenter de le distancer à la course. La chasse en tandem augmente la vulnérabilité de la proie et les deux prédateurs sont gagnants[23],[24],[25].
Habitat
modifierLes blaireaux d'Amérique préfèrent les prairies et les zones ouvertes, ce qui peut inclure des parcs, des fermes et des zones sans arbres avec un sol meuble et une réserve de rongeurs[26],[27]. On les trouve également dans les clairières et les prairies en lisière de forêt, les marais, les zones broussailleuses, les déserts chauds et les prairies de montagne. Ils sont parfois présents à des altitudes allant jusqu'à 3 600 mètres, mais se trouvent généralement dans les zones de vie sonorienne et de transition[28] . En Arizona, ils habitent les broussailles désertiques et les prairies semi-arides[29]. Au Manitoba, leur abondance est positivement associée à celle des spermophiles de Richardson (Spermophilus richardsonii)[30].
L'espace vital varie selon la saison et le sexe. Les mâles ont généralement des territoires plus vastes. Dans une étude de 1972, des blaireaux équipés de radio-émetteurs présentaient une aire de répartition annuelle moyenne de 850 hectares. Le territoire d'une femelle a été mesuré à 725 hectares en été, 53 hectares en automne et seulement 2 hectares en hiver[31]. L’une d’e,très elles, appelée Lindzey a rapporté des domaines vitaux moyens allant de 270 à 627 hectares[32].
Dans le Sud-Ouest, les végétaux associés au blaireau incluent le créosotier (Larrea tridentata), les genévriers (Juniperus spp.), le chêne de Gambel (Quercus gambelii), les saules (Salix spp.), les peupliers (Populus spp.), le pin ponderosa (Pinus ponderosa) et les armoises (Artemisia spp.)[28]. Au Kansas, ils sont communs dans les prairies à herbes hautes dominées par Andropogon gerardii et Sorghastrum nutans[33].
Terriers
modifierLes blaireaux d'Amérique agrandissent généralement les terriers de gaufres ou d'autres proies. Leurs terriers mesurent de 1,2 à 3 mètres de profondeur et de 1,2 à 1,8 mètre de largeur. Une femelle peut créer deux à quatre terriers à proximité pour la sécurité de ses petits.
En été et en automne, ils peuvent creuser de 1 à 3 nouveaux terriers par jour après avoir chassé, les utilisant pour une durée allant d'un jour à une semaine avant de les abandonner[28]. En hiver, un seul terrier peut être utilisé pendant la majeure partie de la saison[16]. Les terriers de mise bas (natals) sont plus grands et plus complexes que les terriers diurnes classiques[34].
Prédateurs
modifierBien que combatif, le taxidée reste vulnérable. La prédation sur les juvéniles par l'Aigle royal (Aquila chrysaetos), le coyote (Canis latrans)[16] et le lynx roux (Lynx rufus)[35] est documentée. Les ours et les loups gris tuent occasionnellement des adultes[34]. Selon une étude de 2019, les couguars (Puma concolor) sont leurs principaux prédateurs adultes[36].
Historiquement, ils sont piégés par l'homme pour leur fourrure, utilisée pour la fabrication de pinceaux et de blaireaux de rasage[8].
Cycle de vie
modifierL'accouplement a lieu à la fin de l'été ou au début de l'automne. L'espèce pratique l'implantation différée, les grossesses étant suspendues jusqu'en décembre ou février. Les petits naissent de fin mars à début avril[16] dans des portées de un à cinq jeunes (moyenne de trois)[28].
Les petits naissent aveugles et sans défense[16]. Leurs yeux s'ouvrent à l'âge de quatre à six semaines. Les jeunes sortent du terrier seuls vers cinq ou six semaines[34]. Ils quittent leur mère dès la fin du mois de mai ou en juin[37].
La plupart des femelles deviennent gestantes après un an. Les mâles ne se reproduisent généralement pas avant leur deuxième année[16]. La longévité moyenne dans la nature est de 9 à 10 ans[38], tandis qu'un spécimen en captivité a atteint 15 ans et cinq mois[34].
Statut de conservation
modifierEn , la Loi sur les espèces en péril du Canada a classé les sous-espèces Taxidea taxus jacksoni et T. t. jeffersonii comme espèces en voie de disparition au Canada[39]. La sous-espèce nominale a également été désignée comme espèce « préoccupante » en [40].
La sous-espèce T. t. jeffersonii, qui réside en Colombie-Britannique[41], a par la suite été divisée en deux populations : une population occidentale dans la région de la Vallée de l'Okanagan-Cariboo[42] et une population orientale dans le Kootenay-Est[43], chacune étant classée comme en voie de disparition.
La population canadienne de T. t. jacksoni est isolée des autres blaireaux dans une petite zone du sud-ouest de l'Ontario, près de la frontière avec les États-Unis, au sud de la Péninsule du Niagara, bien qu'une population puisse également exister dans le nord-ouest de la province[44].
Aux États-Unis, le Département des Poissons et de la Faune de Californie a désigné le blaireau d'Amérique comme une espèce préoccupante (California species of special concern)[45].
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « American badger » (voir la liste des auteurs).
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- Nom vernaculaire en français d’après Termium plus, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada
- ↑ Voir définition donnée par le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française.
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Bibliographie
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Liens externes
modifierSite de référence taxinomiques
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- (en) OEPP : Taxidea taxus (Schreber) (consulté le )
- (en) Paleobiology Database : Taxidea taxus (consulté le )
- (en) Taxonomicon : Taxidea taxus (Schreber, 1777) (consulté le )
- (en) UICN : espèce Taxidea taxus (Schreber, 1777) (consulté le )
Autres liens externes
modifier- « Blaireau », sur Encyclopédie canadienne
- « Blaireau d’Amérique (Taxidea taxus) – Gouvernement de l’Ontario », sur Ontario.ca
