'Azazme

Bédouins de Palestine

Les Azazima/Azazimeh ou Azazme/ 'Azazmeh/al-Azazmeh (العزازمة) sont une des confédérations (gabail) de tribus des Bédouins de Palestine[1] qui vivait dans le désert autour des puits d’El Auja et de Bir Ain à la limite du Sinaï, à la frontière entre Israël et l’Égypte. Lors de la guerre de Palestine de 1948, une partie des tribus 'Azazme luttent contre la création d’Israël ; après la guerre, alors que les tribus alliées à Israël sont déplacées à l’intérieur du Néguev, celles qui s’y sont opposées soit restent en Égypte, soit sont expulsées vers le Sinaï ou la Jordanie par Israël.

'Azazme/Azazima
Description de cette image, également commentée ci-après
Chefs de la tribu des Azazme dans les années 1930, avec Aref al-Aref (debout en tenue occidentale).
Autres
Régions d’origine Néguev
Langues arabe, hébreu moderne
Religions islam
Ethnies liées Bédouins de Palestine

Histoire

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Empire ottoman

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Le cheikh Saïd ibn Salameh reçoit une médaille d’honneur (1907).

L’histoire des 'Azazme au 19e siècle est marqué par les guerres. Lors de la Première guerre égypto-ottomane (1831-1833), les 'Azazme combattent avec l’ensemble des tribus bédouines l‘invasion égyptienne de la Palestine. Pendant l’occupation qui dure jusqu’en 1841, certains sont déportés par les Égyptiens, d’autres combattent dans leurs rangs[2]. Ils combattent ensuite comme alliés des Tarabin dans leur guerre contre les Tiyaha[3]. Ils ont ensuite eu un conflit sur les terres avec les Tarabin, la guerre de Zari, qui dure vingt ans jusqu’à la fondation de Beersheba comme ville et l‘affirmation de l’autorité de l’Empire ottoman[3],[2]. En avril 1875, le lieutenant Claude R. Conder, qui prospecte le district (liwa) de Gaza pour le Palestine Exploration Fund, témoigne d‘un féroce combat entre les 'Azazme et les Tiyaha[4]. Enfin, une dernière guerre entre 'Azazme et Tarabin dure de 1887 à 1890[2]. Cette dernière ne prend fin qu’avec l’intervention de Rashid Pasha, gouverneur ottoman de la circonscription de Jérusalem, qui envoie une armée dans le Naqab (désert actuellement appelé Néguev) et emprisonne 13 sheikhs à Jérusalem[5].

Un voyageur du début du XXe siècle rapporte que l’une des zones de pâturage favorites des 'Azazme est une bande de collines large de 13 kilomètres entre le Wady Jeraafy et le Wady Ubaira, 115 km au sud de Beersheba. Il décrit la région comme « bien couverte de buissons et d’herbe »[6],[7],[8].

Au début du XXe siècle, les 'Azazme construisent un village à Al-Khalasah, sur le site d’un ancien village nabatéen sur la route entre Gaza et Pétra[9].

Durant la Première Guerre mondiale, des contingents 'Azazme servent l’armée ottomane lors de la campagne du Sinaï. Ils forment leur propre bataillon à Halussa, qui combat au sein du 80e régiment d'infanterie ottoman (intégré à la 27e division d’infanterie (en) du VIIIe corps d’armée (en)). Ils obtiennent le droit de pillage quasi-illimité, excepté pour l’artillerie et les mitrailleuses. Au cours de la guerre, ils changent de camp et rejoignent la révolte arabe conduite par Hussein ben Ali[10].

Mandat britannique

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Le cheikh Suleiman Huzayzil à la fin de sa vie.

En 1930, leur population est estimée à environ 10 000 personnes, réparties en dix clans. Hillelson, écrivant pour le Palestine Exploration Quarterly (PEQ) en 1937, déclare qu’ils « ont la peau sombre et sont remarquables par leur honnêteté et leur patience dans l‘adversité, et ils font de leur mieux pour leurs invités [...] Leurs femmes gardent les troupeaux. Les hommes respectent les femmes car ils ont les bonnes manières arabes. La pauvreté des pâturages les pousse à une vie plus errante que les autres tribus. La région où ils nomadisent est vaste mais n’offre que peu de possibilités de culture ; ils cultivent cependant un peu de blé et d’orge, et quelques uns font pousser du millet et des pastèques »[3]. Bien que réputés moins engagés dans la cause nationale palestinienne, les Bédouins sont néanmoins concernés par le combat antisioniste. Le cheikh des cheikhs 'Azazme, Haj Saïd Musallam ibn Saïd, et son frère, s’engagent aux côtés des Frères musulmans et appellent à suspendre les ventes de terres aux Juifs. Ils se préparent aussi à attaquer les villages juifs, afin de se laver de l’accusation de trahison[11]. C’est également dans les années 1930 que l’Agence juive commence à acheter des terres aux chefs bédouins pour installer des kibboutz[5].

En 1948, leur nombre est estimé à environ 3500 par Eedson Louis Millard Burns[12], à 11 700 par Yahel et Kark[11], à 16 000 par H. V. Muhsam[13].

Début 1948, les 'Azazme font partie des Bédouins qui prennent part à la lutte contre le sionisme puis contre Israël. Des affrontements ont lieu avec les kibboutz en avril. Mais ce positionnement n‘est pas général : le cheikh 'Azazme Ouda Abou Mammar reçoit en 1953 la médaille de la guerre d'Indépendance du gouvernement israélien en récompense des renseignements fournis sur les embuscades préparées par les Bédouiins[11].

Les 'Azazme, qui aident l’armée égyptienne, se retirent progressivement, soit vers l’est de Beersheba, soit au sud de Bir Asluj. Après la bataille de Beersheba, ils sont représentés par Suleiman Huzayzil à la rencontre avec Michael Hanegbi, gouverneur militaire du Néguev, le 2 novembre. La requête est de pouvoir revenir sur leurs terres pour pouvoir les cultiver. Aucune réponse ferme n’est donnée. Seule une partie des 'Azazme avait demandé à devenir citoyens d’Israël, alors que d’autres membres de cette tribu continuent de combattre en décembre 1948. Les 'Azazme qui ont coopéré avec les Égyptiens ne sont pas autorisés à rentrer en Israël. Bien qu’il y ait des aller-retours entre le Sinaï et le Néguev, les 'Azazme ne sont que quelques centaines en Israël au début des années 1950[11].

Israël

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Israël procède à un nettoyage ethnique des Azazme, souhaitant vider la zone frontalière des éléments non-israéliens. Certains clans Azazme sont expulsés de la zone d’El-Auja[14]. Moins de 1 000 subsistent en Israël dans les années 1950[13].

Dans les années 1950, la tribu entière est déplacée de la région autour d’El Auja. L’armée israélienne opère une série de raids où elle brûle les campements et tire sur les 'Azazme qui approchent des puits. L‘aviation israélienne mitraille les campements[15]. Le 28 septembre 1953, l‘armée israélienne fonde le kibboutz Ktzi'ot (en) sur les terres des 'Azazme.

Une enquête des Nations unies sur le meurtre de onze Israéliens à la passe du Scorpion, le 17 mars 1954, établit que les meurtres ont été commis par des hommes de la tribu des 'Azazme qui ont rejoint un groupe nommé la Main noire, basé à Qussaima. Malgré les preuves que les attaquants ont franchi la frontière égyptienne, l‘armée israélienne lance un raid de représailles contre Nahalin en Cisjordanie (à l‘opposé)[16],[17].

Un clan des 'Azazme qui vivait dans le Wadi Al-Akhdar, surnommé « la vallée verte », entre Bir Saba' et Falouja, est déplacé par l’armée israélienne dans les collines au sud d’Hébron au début des années 1950. En 1969 ils franchissent la frontière au niveau du Wadi Araba, mais les autorités jordaniennes refusent leur entrée, craignant un exode général des Bédouins du Néguev. Le statut de réfugié leur est aussi refusé. Ils sont ensuite expulsés par Ariel Sharon de la région d’Abu-Ageila (en) lors d‘une opération secrète conduite en janvier 1972[18].

Israël a implanté au moins neuf villes sur le territoire des 'Azazme, dont le camp militaire et la prison de Ktzi'ot et la ville et la centrale nucléaire de Dimona[19]. Dans les années 1990, une partie importante des 'Azazme revendiquent des terres autour de Revivim, Ashalim et Sde Boqer afin de maintenir un semblant de vie nomade[20].

Les 'Azazme vivent notamment à Wadi al-Na'am (en), un village non-reconu (en), peuplé de 5000 habitants ; Shaqib al-Salam (en) créé en 1979 dans le cadre d’un programme de sédentarisation des Bédouins, peuplé de 6500 personnes ; et Bir Hadaj (en), reconnu en 2004, peuplé de 5000 personnes. La ville de Shaqib al-Salam (en) (Segev Shalom en hébreu moderne) construite pour eux à 4 kilomètres de Beersheba en 1979 a eu beaucoup de mal à attirer des Bédouins 'Azazme. Au début des années 1990, ils étaient toujours minoritaires dans la ville, et trois fois plus nombreux à vivre autour de la ville dans des villages non-reconnus que dans la ville[21].

Les Bédouins de Palestine, et parmi eux les 'Azazme, constituent pour Israël une attraction touristique. Leur mode de vie nomade est mis en scène à destination des touristes[22].

En Égypte

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Culture

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Le poète 'Azazme Ayyad Ibn Edesan a écrit un poème Sur ceux qui vendent des terres aux Juifs, évoquant le « sentiment de perte, de trahison et de déclin moral et social » dans la société bédouine après la Nakba[23].

Références

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  1. (en) Susan Beckerleg, « African Bedouin in Palestine », African & Asian Studies, vol. 6, no 3, , p. 296 (DOI 10.1163/156920907X212240).
  2. 1 2 3 (en) Gabriel Levin, « Attir », Raritan, vol. 26, no 3, , p. 4 (lire en ligne).
  3. 1 2 3 Palestine Exploration Quarterly (PEQ), octobre 1937, Notes on the Bedouin Tribes of Beersheba District I. S. Hillelson. Pages 249-251.
  4. (en) Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement for 1875, Londres (lire en ligne), p. 158.
  5. 1 2 Levin 2007, p. 5.
  6. (en) Wadi Giraafi, « Planche 86 », dans The Times Atlas of the World, Londres, Times Books, (ISBN 0-7230-0138-3).
  7. (en) W.E. Jennings-Bramey, « The Bedouin of the Siniatic Peninsula XXII The Jeraafy District », dans Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement for 1912 (lire en ligne), p. 18-20.
  8. 30° 15′ 20,12″ N, 34° 45′ 58,95″ E
  9. (en) Walid Khalidi, All That Remains. The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington, IoPS, (ISBN 0-88728-224-5), p. 76.
  10. (en) Eyal Berelovich et Ruth Kark, « The Sinai Bedouins and the Ottoman army in World War I », Israel Affairs, vol. 29, no 2, (DOI 10.1080/13537121.2023.2182461).
  11. 1 2 3 4 (en) Havatzelet Yahel et Ruth Kark, « Israel Negev Bedouin during the 1948 War: Departure and Return », Israel Affairs, vol. 21, no 1, (DOI 10.1080/13537121.2014.984421).
  12. (en) Eedson Louis Millard Burns, Between Arab and Israeli, George G. Harrap, , p. 92, 93.
  13. 1 2 (en) H. V. Muhsam, « Sedentarization of the Bedouin in Israel », International Social Science Journal, vol. 11, no 4, , p. 542 (lire en ligne).
  14. (en) Ghazi-Walid Falah, « The geopolitics of ‘Enclavisation’ and the demise of a two-state Solution to the Israeli – Palestinian conflict », Third World Quarterly, vol. 26, no 8, (lire en ligne).
  15. (en) Benny Morris, Israel's Border Wars, 1949 - 1956. Arab Infiltration, Israeli Retaliation, and the Countdown to the Suez War, Oxford University Press, (ISBN 0-19-827850-0), p. 153-157.
  16. (en) Kennett Love, Suez: The twice-fought war, Longman, (ISBN 0-582-12721-1), p. 11, 62, 109.
  17. Morris 1993, p. 64.
  18. (en) Anshel Pfeffer, « Sharon ordered expulsion of 3,000 Bedouin, new biography reveals », Haaretz, (lire en ligne).
  19. (en) Widad Kamel Kawar, Threads of Identity. Preserving Palestinian Costume and Heritage, Rimal Publications, (ISBN 978-9963-610-41-9), p. 398-402.
  20. (en) Clyde Haberman, « Revivim Journal; Bedouins' Fate: No Room for Tents in the Desert », New York Times, 15 juille 1995 (lire en ligne).
  21. (en) Steven C. Dinero, « New Identity/Identities Formulation in a Post-Nomadic Community: The Case of the Bedouin of the Negev », National Identities, vol. 6, no 3, (lire en ligne).
  22. (en) Steven C. Dinero, « Image is everything: the development of the Negev Bedouin as a tourist attraction », Nomadic Peoples, vol. 6, no 1, , p. 69.
  23. (en) Dawn Chatty et Linda Pappagallo, « Words Like Daggers: The Political Poetry of the Negev Bedouin », Nomadic Peoples, vol. 28, no 2, .

Annexes

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Voir aussi

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Bibliographie

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  • (de) Tawfiq Canaan, « Die 'Azāzime-Beduinen und ihr Gebiet », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 51, no 2, , p. 89-118 (lire en ligne)