Rhum de Martinique

rhum produit aux Antilles

Le rhum de Martinique désigne les produits de l'industrie du rhum en Martinique, département français des Antilles. Le rhum est une eau-de-vie produite par fermentation puis distillation de dérivés de canne à sucre : le jus de canne frais (on parle alors de rhum agricole) ou la mélasse (on parle alors de rhum industriel, rhum de sucrerie ou rhum traditionnel). La production de rhum martiniquais est principalement associée au rhum agricole, la production de rhum industriel y étant résiduelle.

Une partie de la production de rhum réalisée en Martinique bénéficie depuis 1996 de l'appellation d'origine contrôlée « Rhum de la Martinique », qui ne peut concerner que des rhums agricoles.

Héritière de l’économie sucrière coloniale, la filière du rhum martiniquais est un important secteur économique de l'île, et est aujourd'hui principalement contrôlée par de grands groupes et des entreprises détenues par des familles békés (descendantes de colons européens). Au fil du temps, le rhum martiniquais s’est progressivement spécialisé dans la valorisation du jus de canne, notamment après les crises successives du sucre. Il constitue aujourd’hui à la fois une production agricole, une filière industrielle, un marqueur de la culture créole martiniquaise et un élément du patrimoine touristique de l’île.

Histoire

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Origines coloniales

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Colonne à distiller en cuivre. Rhumerie Neisson (Le Carbet).

Le rhum fait son apparition en Martinique avec la culture de la canne à sucre dès le début de la colonisation française en 1635. D’abord considéré comme un sous-produit du sucre, il permet dans ces débuts de valoriser la mélasse récupérée lors du raffinage de la canne. D’abord appelé tafia ou guildive, sa fabrication est décrite par le père Jean-Baptiste Du Tertre en 1667 : « les écumes des secondes et troisièmes chaudières, et tout ce qui se répand en le remuant, tombe sur le glacis des fourneaux et coule dans un canot où il est réservé pour en faire de l’eau-de-vie ». C’est alors un produit de faible qualité[1].

Ce n’est qu’à partir de la fin du XVIIe siècle que le processus et la technique de fabrication du rhum vont s’améliorer avec l’introduction de l’alambic en cuivre, notamment sous l’impulsion du père Labat, installé à Sainte-Marie (Martinique). L’utilisation de l'alambic et de son contrôle de la distillation permet d’améliorer considérablement la qualité du produit. Ces techniques seront ainsi reproduites à partir du XVIIIe siècle dans toutes les Antilles Françaises et cette eau de vie prendra définitivement le nom de rhum[2].

Industrialisation et crise sucrière

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À partir du XIXe siècle, la révolution industrielle et l’arrivée de nombreuses innovations technologiques, comme la machine à vapeur, vont profondément métamorphoser la production du rhum. Les premières grandes usines sucrières et distilleries font leur apparition avec une augmentation importante des volumes[3]. L'introduction de machine à vapeur appliquée aux moulins permet le broyage de canne à grande échelle[4]. À partir de 1850, les négociants français dynamisent le marché et les alambics sont progressivement remplacés par des colonnes à distiller afin de soutenir la demande. En 1854, Napoléon III supprime totalement les droits de douane, les exportations du rhum martiniquais vers la métropole vont alors exploser[2].

L’industrie du sucre va alors connaître une première crise avec le développement de la culture de la betterave sucrière, qui fournit à la métropole une méthode alternative et moins coûteuse de production de sucre. Les usines les moins performantes ferment et les petits producteurs se reconvertissent dans la distillation du jus de canne, appelé à l’époque « Rhum Z’habitant » : c’est le début du rhum agricole[2]. Cet essor est alors ravagé lors de l’éruption de la montagne Pelée en 1902, qui détruisit Saint-Pierre, qui était alors la principale ville économique de Martinique. Environ 10% de la population de l'île est anéantie par la catastrophe. Pour le secteur du rhum, cela a pour conséquences la destruction de nombreuses distilleries et une grande perte de leur main d’œuvre.

XXe siècle et reconnaissance de l’AOC

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Peu à peu la production redémarre, favorisée dans un premier temps par la pénurie d’alcool liée au phylloxéra en France métropolitaine, puis par la Première Guerre Mondiale. Cette période prospère va durer jusqu’en 1922, lorsque, sous la pression des producteurs métropolitains de cognac et d’armagnac, l’administration limite par des contingents d’importation et des taxes la distribution du rhum sur le territoire métropolitain.

Suite à la Seconde Guerre mondiale et à la succession des crises du sucre, le rhum agricole prend le dessus sur la production de sucre qui peu à peu est remplacée par la culture de la banane. Les sucreries disparaissent les uns après les autres à partir des années 1960[5] et la dernière, l’usine du Galion, est sauvée en 1982. L’industrie du rhum se spécialise sur le développement d’un produit de meilleure qualité avec le développement du matériel de distillation, l’utilisation des colonnes créoles et la mise au point de rhums millésimés.

Cependant, la crise commerciale des années 1980 met en péril la filière et entraîne la fermeture de distilleries, obligeant les producteurs à se réinventer et à valoriser leur production. Le fruit de ce travail se concrétise avec la création en 1996 de l’Appellation d’Origine Contrôlée "Rhum de la Martinique". Cette reconnaissance d'une appellation d'origine contrôle redynamise fortement l'industrie martiniquaise du rhum et lui offre de nouveaux débouchés[6]. En effet, les producteurs martiniquais ont été les premiers à obtenir un label.

Appellation d’origine contrôlée

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Par décret du publié dans le Journal officiel de la République française du , le rhum agricole de la Martinique a obtenu l'Appellation d'Origine Contrôlée « rhum Agricole Martinique », remplacée en 2015 par « Rhum de la Martinique ».

Cahier des charges

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Le cahier des charges de cette AOC distingue trois catégories principales :

  • le rhum blanc, reposé après distillation sans contact avec le bois ;
  • le rhum élevé sous bois, élevé au moins douze mois ;
  • le rhum vieux, vieilli sous bois au moins trois ans et embouteillé en Martinique.

Les cannes utilisées pour leur jus doivent provenir uniquement de Martinique.

Cette AOC a été délivrée par l’Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), après plus de vingt ans de démarches de la part des acteurs de la filière. Première AOC d’outre-mer et de surcroît pour un alcool blanc, celle-ci classe dorénavant le rhum agricole martiniquais parmi les alcools nobles liés à une origine géographique. Cette appellation traduit la typicité du « rhum agricole de la Martinique », expression du lien intime entre la production, le terroir et le savoir-faire des hommes, perpétué au fil des générations[7],[8].

Le rhum agricole de la Martinique est le seul à bénéficier d'une AOC[9].

Existence d'indications géographiques protégées

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Si le rhum agricole martiniquais est le seul rhum bénéficiant d'une AOC, certains rhums français ont obtenu des indications géographiques protégées. Il s'agit des :

  • « Rhum de la Guadeloupe » ou « rhum de Guadeloupe » ou « rhum Guadeloupe »
  • « Rhum de La Réunion » ou « rhum Réunion » ou « rhum de Réunion » ou « rhum de l’île de La Réunion »
  • « Rhum agricole de la Guyane » ou « rhum agricole de Guyane » ou « rhum agricole Guyane »
  • « Rhum de la baie du Galion » ou « rhum baie du Galion »
  • « Rhum des Antilles françaises »
  • « Rhum des départements français d’outre-mer » ou « rhum de l’outre-mer français »[10].

L’adjonction de la mention « agricole » à l’IGP précise que le rhum provient exclusivement de jus de canne, l’adjonction de la mention « de sucrerie » à l’IGP précise que le rhum provient exclusivement de mélasses, en l’absence de ces 2 mentions complémentaires, le rhum peut provenir de mélange de jus de canne et de mélasse[11].

Fabrication

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Le rhum agricole de Martinique est produit à partir du jus frais de canne à sucre, également appelé vesou. Après broyage des cannes, le jus est mis en fermentation, puis distillé, principalement en colonne. Selon la catégorie recherchée, le rhum peut ensuite être mis au repos, élevé sous bois ou vieilli plusieurs années.

La distillation à un degré relativement bas contribue à préserver des composés aromatiques caractéristiques du jus de canne. L’INAO associe ces pratiques, ainsi que les conditions climatiques de l’île, à la typicité aromatique des rhums de l’appellation.

Production

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En 2012, la Martinique a produit 85 366 hectolitres d'alcool pur (HAP) dont environ 85 % de rhum agricole.

nota: Le rhum agricole est produit à partir de jus de canne fermenté, tandis que le rhum non agricole est produit à partir des résidus de mélasse des sucreries (usine du Galion en Martinique). Il existe en Martinique sept distilleries fumantes en activité produisant du rhum agricole et une usine qui produit du sucre et du rhum traditionnel.

74 % du rhum produit ont été expédiés hors de la Martinique (principalement vers la France métropolitaine, puis les autres pays d'Europe puis marginalement vers Asie)[12].

Lieux de production

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Rhums agricoles AOC Martinique

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Ce rhum agricole est produit à partir de jus de canne à sucre et répond au cahier des charges cette AOC[13].

  • Distillerie J.M./Fonds Preville/Héritiers Crassous de Médeuil (Macouba)

Rhum pur jus de canne (agricole sans l'AOC Martinique)

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Ce rhum agricole est produit à partir de jus de canne à sucre, mais sans revendiquer l’AOC.

« Les rhums A 1710 ne font pas de rhum AOC » étant distillés en alambic, de plus la récolte journalière de canne s’étale toute l’année (« des règles concernant la période de récolte de la canne ont été établies par la profession canniére de janvier à juillet » comme précisé dans le décret de l’appellation AOC)[26].
  • Distillerie Beauséjour (Grand'Rivière)
    • Rhum HBS (Habitation BeauSéjour), ce rhum est distillé en alambic[27] à 9 plateaux[28].

Rhum traditionnel

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Le rhum industriel ou (rhum traditionnel) est produit à partir de résidus de sucre (mélasse). Ce type de rhum ne peut pas bénéficier de l’AOC. Sa production en Martinique peut être protégé par une IGP spécifique[29].

Éleveurs de rhum

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Éleveurs de rhum qui n'ont pas ou plus, de distillerie en activité:

Musées

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Autres marques de commercialisation

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  • Plantations et rhumeries antillaises
  • G & P Dormoy (rhum Courville)
  • Plantation Fonds Dore (rhum Bernus)
  • Plantation Lapalun (rhum Lapalun)
  • JCB (rhum Pitterson)
  • L. Jusselain (rhum Vierge Jusselain)
  • P. Lambert (rhum Lambert)
  • Rhumerie Macouba (rhum Macouba)
  • Distillerie des Rhums Agricoles (rhum Canala, rhum Richmond et rhum Vieille Case)
  • Plantation Rivière-Monsieur (rhum Rivière-Monsieur)
  • Distillerie Tatanka (rhum Tatanka)

Notes et références

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  1. Yves-Marcelle Richer, « La Martinique : de l’île sucrière à l’île-terroir », sur Géoconfluences, (consulté le )
  2. 1 2 3 Nathan Vulsteke, « Entre héritage de l’esclavage et catastrophes naturelles, retour sur l’histoire tumultueuse du rhum de Martinique », sur Le Figaro Vin, (consulté le )
  3. E. Maurice, « L'état actuel des industries du sucre et du rhum à la Martinique », Annales de géographie, vol. 41, no 233, , p. 542–544 (DOI 10.3406/geo.1932.10757, lire en ligne, consulté le )
  4. La fabuleuse histoire du rhum - Hors série France-Antilles de juillet 2003 (p. 5) - Éd. France-Antilles S.A.
  5. Jean-François Ferré, « L'économie sucrière et rhumière martiniquaise en péril (1950-1980) », Les Cahiers d'Outre-Mer, vol. 34, no 136, , p. 321–360 (DOI 10.3406/caoum.1981.2998, lire en ligne, consulté le )
  6. « 20 ans d'AOC : une histoire du rhum! », sur martinique.franceantilles.fr, (consulté le )
  7. Centre technique de la canne et du sucre de la Martinique
  8. CAHIER DES CHARGES DE L’APPELLATION D’ORIGINE CONTRÔLÉE « Rhum de la Martinique » agriculture.gouv.fr, 19 février 2015
  9. Fiche produit rhum de Martinique inao.gouv.fr, 10 septembre 2019, consulté le 24 février 2020
  10. Les IGP 2015
  11. Rhums avec IGP et AOC inao.gouv.fr, consulté le 25 février 2020
  12. Chapitre 3. La filière canne-sucre-rhum pages 87, 88, 89
  13. Fiche produit : Rhum de Martinique, inao, 23 mars 2022
  14. Plantations Saint James
  15. 1 2 3 4 5 À qui appartiennent les rhums de Martinique ?, rci.fm, 24 juillet 2019
  16. "Initialement produit par les distilleries familiales entre 1895 et 1970, sur les terroirs du Carbet et du Lorrain, ce rhum est, depuis les années 1970, distillé sur le site de production multi - marques de Sainte - Marie" - Héritiers Madkaud - consulté le 23 février 2019
  17. Nouveauté martiniquaise : Baie des Trésors, dugasclubexpert, 18 octobre 2021
  18. Rhum Baie des Trésors Ambré - Fleurs du Vent, lamaisondesrhums, consulté le 8 février 2022
  19. Les rhums "Baie des Trésors" du Galion à Trinité, décrochent 3 prix aux Etats-Unis, francetvinfo, 9 juin 2022
  20. Depaz
  21. Dillon : la distillerie et les rhums « elle est désormais distillée à la maison Depaz qui appartient à la marque », voyage-martinique.fr, consulté le 23 février 2019
  22. Distillerie Neisson/Thieubert
  23. Au Marin, Braud & Quennesson, le rhum du renouveau, franceantilles, 30 décembre 2022
  24. Braud & Quennesson rhum blanc Agricole 50°, rhumattitude, consulté le 8 mars 2024
  25. « La marque Survi a depuis été reprise par la famille Dormoy et est désormais produite à la fameuse distillerie La Favorite », lacompagniedurhum, consulté le 15 janvier 2021
  26. A1710, rhum-a1710, consulté le 14 janvier 2021
  27. HBS, lacompaniedurhum, consulté le 9 juin 2022
  28. Visite de distillerie de rhum : habitation beauséjour, whorhumtheworld, consulté le 23 janvier 2023
  29. CAHIER DES CHARGES DE L’INDICATION GÉOGRAPHIQUE « Rhum de sucrerie de la Baie du Galion » ou « Rhum de la Baie du Galion » ou « Rhum Baie du Galion » agriculture.gouv.fr, 19 février 2015
  30. Habitation Clément
  31. Rhum Dillon

Articles connexes

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Liens externes

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