Coloured

groupe ethnique d'Afrique méridionale

Les Coloured sont un groupe de populations vivant principalement en Afrique du Sud et, dans une moindre mesure, en Namibie. Héritiers d'une longue histoire de rencontres et de confrontations entre différents groupes culturels, les Coloured sont les descendants de populations très diverses : Khoïsan, esclaves (qui dans le contexte sud-africain venaient principalement des actuels Mozambique, Madagascar, Inde, Sri Lanka, et Indonésie), Européens et Bantous. La désignation « Coloured » apparait au XIXe siècle dans la colonie du Cap et a fait jusqu'à aujourd'hui l'objet de nombreuses contestations et réappropriations. Malgré leur diversité constitutive, les Coloured ont développé une culture et une identité propre et de nombreuses personnes s'autodésignent et se revendiquent comme tels en Afrique australe de nos jours.

Coloured
Kleurlinge
Description de cette image, également commentée ci-après
Une famille coloured élargie en Afrique du Sud avec des racines au Cap, à Kimberley et à Pretoria (noël 2000)

Populations importantes par région
Drapeau d'Afrique du Sud Afrique du Sud 5 052 349[1]
Drapeau de la Namibie Namibie 107 855[2],[3]
Autres
Langues Afrikaans (72 %), anglais (24,9 %)[4]
Religions Christianisme (91,7 %), Islam (6,9 %)[5]
Ethnies liées Basters, Coloured du Cap, Malais du Cap, Griquas, Namas

Un terme difficile à traduire

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Le terme de « Coloured » (ou « Kleurlinge » en afrikaans) est parfois traduit en français par « Métis » ou par « Coloré ». La désignation comme « Métis » est aujourd'hui évitée par la plupart des spécialistes francophones de l'Afrique du Sud[6], celle-ci donnant l’impression trompeuse d’un simple « mélange de noir et de blanc »[7] quand l’histoire des Coloured est bien plus complexe. Concernant le terme de « Coloré », l'historien François-Xavier Fauvelle, estime qu'il « fait trop porter l’accent sur l’aspect somatique, minimisant l’importance du sentiment d’appartenance à cette communauté »[7]. La plupart des spécialistes français de l'Afrique du Sud font donc le choix de la non-traduction en conservant le terme « Coloured ».

En afrikaans le terme équivalent à Coloured de « Kleurlinge » est couramment utilisé mais aussi celui de « Bruinmense » (« gens bruns »), voire de « Bruin Afrikaners » (« Afrikaners bruns »). Cette référence à la couleur brune est ancrée dans la hiérarchie raciale construite par le colonialisme et l'apartheid selon laquelle les Coloured occuperaient une position intermédiaire entre la minorité blanche dominante et la majorité « noire-africaine »[8]. Elle est toutefois trompeuse dans la mesure où les caractéristiques phénotypiques des personnes coloured, et notamment leur couleur de peau, sont très diverses variant selon l'écrivain nigérian Kole Omotosho (en) (cité dans Adhikari) : « from charcoal black to bread-crust brown, sallow yellow and finally off-white cream that wants to pass for white » (« du noir charbon au brun croûte de pain, en passant par le jaune pâle et enfin le crème cassé qui se veut blanc »)[9]. Une personne se définissant comme « coloured » peut donc avoir la peau plus claire qu'une personne se définissant comme « blanche » ou plus foncée qu'une personne se définissant comme « noire ».

 
La chanteuse Tyla en 2022

Contrairement à l'usage dans les autres pays anglophones[10], le terme « Coloured » ne désigne pas en Afrique du Sud les personnes noires en général[11]. Certains habitants des États-Unis peuvent de ce fait avoir du mal à comprendre qu'on puisse se revendiquer comme « Coloured »[12]. En effet, dans ce pays, le terme de « Colored » (sans « u ») renvoie à une histoire ségrégationniste particulière et n'a pas fait l'objet d'un processus de réappropriation par les premiers concernés (contrairement au N-word par exemple). Ceci explique en partie les incompréhensions de la part des fans et commentateurs nord-américains quand la chanteuse sud-africaine Tyla explique être « fière d'être Coloured »[13].

Genèse et développement de la catégorie « Coloured »

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La catégorisation raciale « Coloured » apparaît dans le contexte fortement inégalitaire de la colonie du Cap pour qualifier des populations issues du délitement des sociétés khoisan (et dans une moindre mesure des sociétés bantoues) du fait de la colonisation européenne et de l'esclavage qui lui est liée. Au XVIIe et XVIIIe siècle, ces populations sont d'abord qualifiées de « bastaards » (« bâtards ») pour dénigrer leur métissage, avant d'être qualifiées au XIXe siècle de « Coloured » à un moment où la société coloniale connait de nombreuses mutations (fin de l'esclavage, christianisation, influence des théories racialistes, etc.). C'est cette catégorisation relativement souple que le Parti National tente de systématiser à partir de 1948 pour mettre en place le système d'apartheid et accentuer la ségrégation de cette population. Toutefois, d'après l'historien Mohamed Adhikari (en), il existe un double piège lorsqu'on s’intéresse à l'histoire des Coloured : celui de les considérer comme « le produit automatique du métissage » et celui de présenter l'identité coloured comme « une fausse identité imposée à des personnes faibles et vulnérables par la minorité blanche au pouvoir »[14]. Pour ne pas tomber dans ce piège il faut traiter l'identité coloured comme « une construction sociale historiquement située, comme toute autre identité sociale »[15], voire l'envisager au prisme de la créolisation[16]. Retracer l'histoire de la catégorie « coloured », de sa genèse, des appropriations et des dénonciations dont elle a fait l'objet permet alors de ne pas minimiser le rôle que les premiers concernés ont joué dans la construction de leur identité et d'aller au-delà d'une image simpliste du phénomène.

Histoire précoloniale : les racines Khoisan

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Représentation du XVIIIe siècle d'individus Khoikhoi

Si l'héritage Khoisan a longtemps été dénigré voir rejeté par une partie de la population coloured qui préférait insister sur ses racines européennes[17], il fait depuis la fin de l'apartheid l'objet d'une véritable revendication et réactivation (un « Khoisan revivalism »)[18]. Khoïsan est un terme servant à désigner conjointement deux groupes de populations autochtones d'Afrique australe qui partagent des caractéristiques génétiques, culturelles et linguistiques les distinguant des populations bantoues aujourd'hui majoritaires dans la région. De manière très schématique, les Khoïsan se divisent entre les chasseurs-cueilleurs San, dont la culture est attestée depuis 20 000 AP, et les pasteurs Khoikhoi dont les premières migrations ont été établies entre 2000 et 2500 AP[19]. Les premiers sont qualifiés par les colons de « Bushmen » (ou Bochiman) et les seconds d'« Hottentot », deux termes qui sont aujourd'hui perçus comme péjoratifs.

Ces populations Khoisan vont avoir de nombreux échanges avec les agriculteurs bantou qui migrent vers le sud depuis le territoire de l’actuel Mozambique à partir de 1800-1700 AP. S’il est difficile de retracer avec certitude les relations entre groupes de langues khoesan et bantoues, des processus de conflits mais aussi d’absorption et d’emprunts culturels s’opèrent. Cette hypothèse est notamment appuyée par le fait que des langues bantoues, comme le xhosa ou le zoulou, intègrent plusieurs des « clics » caractéristiques des langues khoesan. De même, les traditions orales recueillies par les premiers colons évoquent des cas d’incorporation d’individus et de lignages « khoesan » par des populations de langues bantou (et vice-versa)[19].

À partir XIXe siècle, ces catégories linguistiques et culturelles labiles qui englobent des populations hétérogènes vont être durcies par les populations d'origine européenne pour définir des groupes « raciaux » à partir de critères physionomiques propres à l’idéologie raciste qui se développe en Europe, masquant ainsi les phénomènes de passage et d’échange entre groupes. Cette opposition entre une Afrique du Sud « brune » à l’ouest, habitée par des populations khoisan et une Afrique du sud « noire » à l’est, peuplée de populations bantoues qui pratiquent l’agriculture va notamment irriguer l’opposition entre « coloured » et « noirs africains »[20].

Bouleversements coloniaux, création et appropriation de la catégorie « coloured »

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Bouleversements coloniaux : des « Bastaards » aux Coloured

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Un navire de la VOC arrivant au Cap en 1762.

Au XVIIe et XVIIIe siècle, les sociétés khoisan vont être profondément bouleversées par l'installation d'une colonie néerlandaise dans la région actuelle du Cap, et l'importation par la compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) d'esclaves d'Asie du Sud et d'autres pays africains. Si le coût humain de l'avancée du front pionnier de la colonie (mené par les Trekboers) et la mortalité causée par les guerres coloniales sont élevés pour ces groupes, ce ne sont pas tant les individus mais les sociétés et cultures khoisan qui s'étiolent progressivement. Déracinées, ces populations se retrouvant amalgamées avec d’autres groupes (esclaves, métis, noirs libres, etc.) au bas de l’échelle de valeur de la société coloniale. Au cours du XVIIe et XVIIIe siècle cet ensemble hétérogène de groupes parlant comme langue véhiculaire un créole néerlandais (qui deviendra l’afrikaans) va être désigné de diverses manières et notamment de « bastaards » (« bâtards ») pour dénigrer leur métissage[21]. Ces populations sont présentes au sein de la société coloniale mais se développent aussi aux marges de la colonie du Cap où elles sont parfois repoussées (c'est le cas notamment des Basters de Rehoboth qui reprennent à leur compte la désignation péjorative de « bâtards » et des Griquas qui établissent momentanément un État indépendant, le Griqualand). Après le passage de la colonie du Cap sous contrôle britannique au tournant du XIXe siècle et l’abolition de l’esclavage en 1834, ces groupes vont être de plus en plus souvent qualifiés de « coloured ».

De la catégorie à l'identité « coloured »

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En 1840, la catégorisation de « coloured » apparait pour la première fois dans les recensements menés par une élite coloniale qui veut classer des habitants qu'elle ne parvient pas à faire rentrer dans les catégories raciales de « noir » (réservée aux populations de langues bantoues) ou d'« européen »[22]. L’utilisation de cette nouvelle catégorie permet en effet d’introduire, à la suite des théories racialistes européennes, une distinction « raciale » au moment où s’estompent, du fait de la fin de l’esclavage et de l'avancée de la christianisation, les distinctions de statuts (libres versus non libres) ou de religions (chrétiens versus païens). L’élite coloniale blanche peut ainsi fermer « des portes d’accès qu’elle avait bon gré mal gré tenues entrouvertes »[23] pour une minorité de « noirs libres » (esclaves affranchis parfois de longue date ou métis ayant pu s’installer comme colons et eux-mêmes acquérir terres et esclaves) qui se retrouvent progressivement rejetés dans la masse des populations « coloured ». Ce groupe est donc d'emblée hétérogène, même si une endogamie, de plus en plus contrainte par une législation qui empêchent les relations « hors groupe », contribue à une certaine homogénéisation. L'ensemble « coloured » reste ainsi traversé par de nombreuses fractures et des influences diverses[24]. Influences plutôt rurales et khoisan pour les Griqua ou les Oorlam aux frontières de la colonie du Cap, plutôt urbaines et intégrées pour les Cape Coloured, ou également urbaines mais plus orientales pour les Malais du Cap, etc.

Dès sa création, cette catégorisation est un site de contestations et de rejets mais également de réappropriations et une base de revendications culturelles et politiques[25]. D'après l'historien Mohamed Adhikari (en) si le label de « coloured » apparait bien dans la première moitié du XIXe siècle, l'identité coloured ne se cristallise elle qu'à la fin du même siècle[26]. La continuation de l'expansion coloniale anglaise et boers, la découverte de diamants en 1867 puis d'or 1886 mettent en mouvement de nombreuses populations et ont des effets sur la manière dont les habitants de ce territoire se perçoivent et se définissent. Ces phénomènes entraînent ainsi, à partir des années 1870, l'arrivée d'un nombre important d'Africains locuteurs de langues bantoues dans la colonie du Cap, incitant les Coloured « à affirmer une identité distincte en tant que personnes de couleur, afin de revendiquer une position relativement privilégiée par rapport aux Africains, sur la base de leur association plus étroite à la culture occidentale et de leur ascendance partielle avec les colons européens »[26].

Maintien et contestations au XXe siècle

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L'usage non systématisé de la catégorie « coloured » dans la première moitié du XXe siècle
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A partir de la fin du XIXe siècle, la société sud-africaine est donc de plus en plus hiérarchisée racialement, au profit des personnes perçues comme « blanches » et au détriment de celles catégorisées comme « noires » et « coloured » qui ne peuvent accéder de la même manière au travail, à la propriété foncière, aux responsabilités politiques, aux loisirs, etc. Cependant, cette hiérarchisation n’est pas totalement systématisée et il n'existe pas de définition légale unique des catégories raciales, qui sont mobilisées de manière variable et souvent incohérente. Comme l’explique Deborah Posel (en) « une personne pouvait être considérée comme « coloured » dans un domaine (par exemple l'accès à certains types d'emploi) et comme « indigène [native] » dans un autre (par exemple lors de la conclusion d'un mariage coutumier moyennant le paiement d'une lobola) »[27].

Tentative de systématisation de la ségrégation pendant l'apartheid
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Panneau typique de l'apartheid indiquant des entrées différentes pour les personnes catégorisées comme "blanches" et "non-blanches" à l'entrée d'un pont (photo d'Ernest Cole).

A partir de 1948, les architectes de l'apartheid veulent donc « produire une grille claire et immuable pour la classification raciale de l'ensemble de la population »[27]. La base de cette ingénierie sociale, sa « loi fondamentale » desquelles les autres vont découler est le Population Registration Act de 1950. A partir de critères physiques, identitaires et de statuts socio-économiques, il répartit la population sud-africaine en trois groupes raciaux : « coloured », « noir » et « blanc »[28]. Ce texte va ensuite permettre d'élaborer d'autres lois qui visent à contrôler tous les aspects de la vie de celles et ceux qui sont catégorisés comme « Non-Blancs ». Ce travail de classification ne pouvant reposer seulement sur des critères physiques, il se base sur de nombreux critères « sociaux » très subjectifs qui laissent aux fonctionnaires sud-africains blancs chargés de la catégorisation une grande marge d’interprétation. Ainsi, d’après le Population Registration Act une personne « blanche » est une personne qui « est manifestement blanche dans son apparence et qui n’est pas généralement acceptée comme coloured ou est généralement acceptée comme blanche tout en n'étant pas manifestement blanche dans son apparence »[29]. Il en est de même pour les personnes « coloured » qui sont catégorisées comme tel selon leur apparence (ce qui, en cas de doute, aboutit à des tests déshumanisants comme le test du crayon) mais également selon leur lieu de naissance, de résidence, de scolarité, leur emploi, leur groupe de sociabilité, leur manière de s’habiller, de parler, leurs loisirs, etc[27]. Le Population Registration Act est amendé à plusieurs reprises. A la fin des années 1950, le gouvernement de l’apartheid cherchant constamment à diviser pour mieux régner, la catégorie « coloured » est divisée en plusieurs sous-groupes : « Cape Coloured », « Cape Malay », « Griqua », « Chinese », « Indian », « Other Coloured », puis, les « Indiens » sont catégorisés comme « Asians », qui devient une catégorie à part[30].

Tout comme les autres groupes de personnes classifiées comme « non-blanches », les Coloured subissent de nombreuses discriminations : bien qu'ils bénéficient de certains emplois réservés ils ne peuvent accéder à de nombreux métiers et services, et leurs droits civiques, politiques et syndicaux sont limités[31]. De même, suite à l'adoption en 1950 du Group Areas Act, ils sont délogés des zones considérées comme « blanches » et expulsés vers des townships « coloured » où les conditions de vie sont dures. Au Cap cette politique est symbolisée par la destruction en 1966 du quartier de District 6 et l'expulsion de sa population vers les nouveaux townships d'Hanover Park, de Manenberg, etc[32],[33]. Malgré ces politiques, la grille de distinction « claire » entre différents « groupes raciaux » que les architectes de l'apartheid voulaient créer ne l'est jamais vraiment, et de nombreuses personnes sont régulièrement reclassées d'un groupe à un autre[34],[35]. Ceci explique en partie la contestation de la catégorie « coloured », mais ne doit pas masquer les phénomènes d'appropriation d'un label qui perdure tout au long du XXe siècle et survit à la fin de l'apartheid.

Une catégorie contestée mais qui se maintient
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D’après Mohamed Adhikari (en), tout au long du XXe siècle l’identité coloured va se maintenir de manière relativement stable, bien que contestée, notamment par des « mouvements radicaux » (Non-European Unity Movement (en), Black Consciousness Movement, United Democratic Front) dont les membres coloured revendiquent le rattachement à une identité noire plus large. La portée de cette contestation reste toutefois relativement marginale. Elle atteint son apogée dans les années 1980, mais perd de son influence avec la fin de l’apartheid[36]. La thèse principale de M. Adhhikari est, qu'au cours de cette période, l’identité coloured se maintient autour de quatre caractéristiques centrales : une volonté assimilationniste dans la société dominante blanche ; la peur de perdre le « statut intermédiaire » dans la hiérarchie raciale au profit des Noirs ; la honte attachée à une supposée « hybridité raciale » ; et la marginalité des Coloured dans la société sud-africaine. D'après lui, tous ces éléments poussent les Coloured à revendiquer une identité distincte « en conformité aux attentes racistes des Blancs, tout en décourageant les stratégies alternatives, en particulier l'association à une identité noire plus large »[37].

 
Le pianiste Abdullah Ibrahim (anciennement connu sous le nom de Dollar Brand) en concert en 2011

Si l'identité coloured reste encore aujourd'hui fréquemment questionnée et contestée[38],[39],[40],[41], ceci reste plutôt marginal, et elle est au contraire largement revendiquée par de nombreuses personnes. Ces derniers mettent en avant l'existence d'une véritable « culture coloured », appuyée sur des événements comme le carnaval (Kaapse Klopse[42]), sur une cuisine[43] (faite de bobotie, koe'sisters, bredies, Malay roti, gatsbies, etc.), sur une façon particulière de parler l'afrikaans (l'Afrikaapse[44]) mais aussi sur des représentants dans divers domaines : musical (Abdullah Ibrahim, Basil Coetzee (en), YoungstaCPT (en), Dope Saint Jude, etc.), littéraire (Zoë Wicomb, Tracey Rose, Adam Small (en), etc.), sportif (Cheslin Kolbe, Benni MacCarthy, Ashwell Prince (en), etc.), politique (Midi et Zachie Achmat, Neville Alexander (en), Allan Boesak, Patricia de Lille, etc.), etc.

Une identité créole et multiple

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De nombreux spécialistes de l'identité coloured s’accordent aujourd’hui sur le fait que celle-ci ne doit pas simplement être abordée sous l’angle réducteur du simple métissage[45],[16],[46],[47],[48]. Comme toutes cultures et identités, celles des Coloured est le résultat d’hybridations, d’appropriations, de constructions et de déconstructions qui ne peuvent se résumer à un mélange de « noir et de blanc ». D’après la sociologue Zimitri Erasmus : « Les identités coloured ne reposent pas sur un « métissage racial », mais sur la créativité culturelle, des constructions créolisées façonnées par l'histoire du colonialisme, de l'esclavage, de la ségrégation et de l'apartheid en Afrique du Sud. Cette conceptualisation remet en cause l'idée reçue selon laquelle le fait d’être coloured [colouredness] serait le résultat du mélange d'autres cultures « plus pures » »[49]. Au contraire, son travail insiste sur « l'ambiguïté et la fluidité incessante des formations identitaires coloured, tout en restant consciente des conditions dans lesquelles elles se produisent »[49].

Pour ces auteurs, il serait donc plus correct d’envisager l’identité coloured comme le résultat d’un processus de créolisation[45],[16],[46],[47],[48], c’est-à-dire la « construction d'une identité à partir d'éléments issus tant des cultures dominantes que des cultures subalternes »[50]. Selon eux, le concept de créolisation est moins essentialisant, et permet, sans oublier le poids de l’histoire et des processus coloniaux de catégorisation raciale, de redonner un rôle aux premiers concernés dans la constitution de leur identité.

Au demeurant, les chercheurs qui se sont intéressés à l'identité coloured insistent sur la nécessité de l'appréhender comme multiple et flexible[51],[52],[53]. Étant donné que la catégorie « coloured » amalgame historiquement des populations très hétérogènes, elle est traversée par différentes sous-catégories qui peuvent être mobilisées selon le contexte. Ainsi, le terme de « coloured du Cap » est parfois utilisé comme un moyen de distinction au sein de ce groupe, notamment pour insister sur une plus grande proximité avec la société « blanche » et urbaine de la ville du Cap, en oppositions à des groupes qui se seraient historiquement développés dans des contextes plus ruraux et plus marqués par des influences khoisan (c’est le cas notamment des Oorlam, des Basters, des Griquas, etc.)[54]. Le chercheur James Muzondidya décrit une utilisation similaire du label de « Coloured du Cap » dans la constitution du groupe coloured au Zimbabwe au début du XXe siècle[55]. De la même manière, pour insister sur leur rattachement à l'Islam et sur leur ascendance asiatique, certains Coloured peuvent se présenter comme « Malais du Cap »[56]. Pour une personne coloured, il n'est donc pas impossible de s'identifier, simultanément et/ou selon les contextes, à plusieurs « sous-groupes » coloured (Coloured du Cap, Malais du Cap, Griqua, etc.) mais également de se rattacher à d'autres groupes plus ou moins larges (Africains, Sud-Africains, Khoisan, Européens, etc).

Luttes coloured pour les droits civiques et contre l'apartheid

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Principales organisations politiques coloured du XXe siècle

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Portrait du Dr Abdullah Abdurahman

Tout au long du XIXe et XXe siècle, les Coloured tentent de défendre les quelques droits qui leur sont octroyés du fait de leur position intermédiaire entre les noirs africains et les blancs dans la « hiérarchisation raciale » mise en place par le système colonial et durcie par l'apartheid. Même si des organisations coloured existent depuis les années 1880[57], la première structure politique coloured significative est créée en 1902 : l’African Political Organization (en), dirigée par Abdullah Abdurahman (en) de 1905 à 1940. Elle met en avant une stratégie non-violente et assimilationniste donc l’échec va permettre l’émergence de mouvement plus radicaux d’obédience marxiste : la National Liberation League créée en 1935, le Non-European Unity Movement (en) créé en 1943 puis la South African Coloured People’s Organization (SACPO) créée en 1953 et affiliée à la Congress Alliance. Comme les autres organisations antiapartheid, ces mouvements vont connaitre un reflux important après le massacre de Sharpeville et la répression par les gouvernements de Hendrik Verwoerd et de John Vorster dans les années 1960. La contestation coloured de l’apartheid renaît suite à la révolte de Soweto en 1976. Elle est marquée par une approche très critique de la catégorie même de « coloured » et est influencée par la participation de nombreux militants coloured au Black Consciousness Movement puis au mouvement de masse non-racial symbolisé par le United Democratic Front (UDF)[58].

La franchise électorale du Cap : mobilisations pour le droit de vote coloured

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En 1854, la colonie du Cap se voit doter d'institutions représentatives avec un parlement élu, légiférant sur les affaires intérieures. La constitution du Cap instaure notamment deux assemblées dont les membres sont élus au suffrage censitaire. Le minimum de propriété pour voter à la chambre basse est ainsi très faible (25 livres). La sélection des électeurs de la chambre haute est plus rigoureuse et nécessite de posséder déjà une certaine fortune (de 2 000 à 4 000 livres). Le minimum de propriété requis concerne toutes les formes de propriété, foncière communale ou traditionnelle. Elle est très faible par rapport aux qualifications requises alors ailleurs dans le monde. Dès le début, ce montant est d'ailleurs contesté[59]. Mais en vertu du principe d'égalité des races proclamée dans la colonie du Cap dès 1828, le droit de vote repose sur une franchise électorale non raciale permettant, sous condition de certaines qualifications, à tout citoyen de la colonie d'être électeur, qu'il soit blanc, noir ou coloured. En application de cette franchise, un grand nombre de coloured (55 % de la population du Cap) se retrouve électeurs de plein droit à la chambre basse.

En 1872, la colonie du Cap se voit accorder le droit d'avoir un « gouvernement responsable » devant son parlement. L'engagement à traiter les Coloured comme les « sujets de race blanche » est explicitement réaffirmé par le nouveau gouvernement qui annule en 1874 et 1878 les motions de l'opposition visant à restreindre les critères électoraux. Dans les années 1880, le système de franchise électorale du Cap reste toutefois unique en Afrique australe. Toutefois, au Cap oriental, les descendants des colons britanniques arrivés en 1820 se sentent menacés démographiquement et politiquement alors que du côté des populations blanches de langue afrikaans, le mouvement de l'Afrikaner Bond demande aussi un durcissement des critères électoraux. En 1892, les conditions censitaires de la franchise électorale sont modifiés au détriment des populations les moins aisés qu'elles soient noires, blanches ou coloured[60]. La Constitution du Cap de 1872 interdisant toujours explicitement toute discrimination fondée sur la race ou la couleur, la nouvelle loi électorale relève tout simplement le niveau de franchise, passant de 25 à 75 £. Si un certain nombre de blancs pauvres perdent ainsi leur droit de vote, un nombre plus important encore de noirs et de coloured sont affectés par cette modification de la franchise électorale. Dans le même temps, la loi rajoute un critère d'éducation imposant que tout électeur potentiel soit alphabétisé.

En 1908, lors de la tenue de la Convention nationale sur l'Union entre les quatre colonies britanniques d'Afrique du Sud, seulement 22 784 autochtones et coloured, sur un total de 152 221 électeurs, sont inscrits sur les listes électorales communes de la colonie du Cap, alors que le système est toujours non racial. Le South Africa Act garantit cependant à la nouvelle province du Cap de pouvoir conserver son système électoral unique alors que dans les autres provinces les populations de couleurs sont privées du droit de vote[61]. À la fin des années 1920 et au début des années 1930, le suffrage universel est accordé à l'ensemble des populations blanches : les restrictions censitaires ou d'éducation sont supprimées et le droit de vote accordé aux femmes sur tout le territoire sud-africain. Au Cap cependant, toutes les restrictions liées aux revenus, au patrimoine, à l'éducation et au sexe sont maintenues pour les populations noires et coloured, ce qui limite considérablement le poids du vote de ces populations dans la province du Cap.

En 1945, on dénombre 54 000 électeurs coloured inscrits sur les registres électoraux de la province du Cap[62]. Or avec la mise en place de l'apartheid, à partir de 1948, leur place dans les institutions est remise en cause par le gouvernement du parti national. Ils bénéficient toutefois de certains emplois réservés et, jusqu'en 1956, de la franchise électorale du Cap qui, nonobstant l'observance de certaines exigences (liés au sexe, à la propriété, aux revenus ou à l'éducation), leur permet d'exercer leurs droits civiques. Retirés des listes électorales communes, en vertu de la loi de 1951 sur la représentation distincte des électeurs, et réinscrits sur des listes séparées, les électeurs coloured élisent alors quatre députés blancs pour représenter leurs intérêts au parlement. Ces sièges sont cependant supprimés en 1970 avec l'entrée en vigueur d'un conseil représentatif des Coloured, effaçant alors les derniers vestiges de la franchise électorale du Cap.

La constitution sud-africaine de 1983 redonne aux électeurs des catégories Coloured et Indiens la possibilité d'élire des représentants au parlement, siégeant dans des chambres séparés avec peu de pouvoir. Les noirs sont exclus de ce parlement tricaméral[63] et la nouvelle constitution est donc critiquée par le United Democratic Front (lancé à cette occasion) comme une volonté du gouvernement de P.W. Botha de diviser les populations « non-blanches » et de réformer sans remettre en question les fondements du régime d'apartheid[64],[65].

Les populations coloured aujourd'hui

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Répartition géographique

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Proportion de personnes se définissant comme Coloured dans la population totale :
  • 0–20%
  • 20–40%
  • 40–60%
  • 60–80%
  • 80–100%

Du fait de l'histoire de la population coloured, les personnes se définissant comme telles sont surtout implantées dans la partie ouest de l'Afrique du Sud (cf. carte ci-contre) bien qu'elles soient aussi présentes dans toute l'Afrique australe.

En Afrique du Sud

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En Afrique du Sud, d'après le recensement de 2022, avec plus de 5 millions d'individus, les personnes se définissant comme « Coloured » représentent près de 9 % de la population sud-africaine totale[1]. Elles sont proportionnellement plus représentées dans les deux principales provinces de l'ouest de l'Afrique du Sud : dans la province assez densément peuplée du Cap-Occidental (où 3,12 millions de personnes se définissent comme « Coloured », soit 42,1 % de la population de cette région) et celle moins densément peuplée du Cap Nord (où 563 605 personnes se définissent comme « Coloured », soit 41,6 % de la population de cette région)[1].

Dans le reste de l'Afrique australe

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En Namibie, le recensement de 2023 comptabilise 62 226 personnes « Coloured » et 45 629 personnes « Baster », généralement associées aux « Coloured », soit 107 855 personnes (3,6 % de la population totale)[2]. Ce document recense plus de 80 groupes ethniques et d'autres individus, notamment des groupes khoisan ou nama, s'identifient peut-être également comme « Coloured », sans que cela ne soit mesuré.

L'Afrique du Sud et la Namibie sont les seuls pays à inclure une catégorie « Coloured » dans leurs recensements et il est donc beaucoup plus difficile de mesurer le nombre de personnes s'identifiant comme tel dans les autres pays d'Afrique australe où elles sont au demeurant très minoritaires. Ainsi, au Zimbabwe, les Coloured[55] (ou « Goffal » (en)) sont comptabilisés comme « mixed-race » dans le recensement de 2022 et seraient 14 130 (soit un peu moins de 0,1 % de la population)[66]. Dans des ordres de grandeurs encore plus réduits et difficilement quantifiables des personnes coloured sont également présentent en Zambie[67], au Botswana, au Lesotho et au Eswatini.

Langues

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En Afrique du Sud, d'après le recensement de 2022, 72,0% des Coloured ont pour langue maternelle l'afrikaans et 24,9% ont pour langue maternelle l'anglais[4]. En pratique, nombreux d'entre eux sont bilingues (voire parlent d'autres langues sud-africaines). L'afrikaans parlé par la plupart des Coloured, et notamment celui parlé par les habitants des Cape Flats, est appelé Afrikaaps (en)[68],[69] et diffère de celui parlé par les Afrikaners.

Taux de chômage et niveau d'éducation

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Selon l'institut statistique national sud-africain, le taux de chômage chez les personnes se définissant comme « Coloured » s'élevait pour le dernier trimestre de 2025 à 21,2 %, contre 8,1 % pour les personnes se définissant comme « Blanche » et 35,3 % pour les personnes se définissant comme « Noires/Africaines ». Selon la définition étendue du chômage, ces chiffres montent respectivement à 33,6 %, 10,8 % et 49,0 %[70]. De la même manière, selon le recensement de 2022, seul 8,9 % des personnes âgées de 20 ans et se définissant comme « Coloured » mènent des études supérieures, contre 39,3 % des personnes se définissant comme « Blanche » du même âge [71]. Ces disparités reflètent clairement les effets structurels des classifications raciales de l'apartheid sur le marché de l'emploi actuel de l'Afrique du Sud et sur l'accès à l'enseignement supérieur[72].

Pourcentage01020304050Taux de chômageColouredBlancsNoirs/AfricainsTaux de chômage comparés en 2025 par group...
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Religions

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En Afrique du Sud, d'après le recensement de 2022, 91,7 % des Coloured se définissent comme chrétiens et 6,9 % comme musulmans[73].

Le christianisme a été introduit à partir du XVIIe siècle en Afrique du Sud pendant la colonisation hollandaise puis britannique. Il s'est notamment étendu aux populations coloured sous l'action des missionnaires. Du fait de cette histoire, les Coloured sont donc majoritairement protestants (Église réformée néerlandaise ou Église anglicane notamment) mais les Églises pentecôtistes et évangéliques sont aujourd'hui également très influentes[74].

L'Islam a lui été introduit par des chefs religieux exilés dans la colonie du Cap en raison de leur opposition à la domination néerlandaise sur l’archipel indonésien. Les Coloured musulmans se présentent souvent comme les héritiers de ces pères fondateurs et se définissent de ce fait comme « Malais du Cap »[56].

Politique

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Comme pour les autres « groupes de population » sud-africains, il est difficile d'identifier un « vote coloured » univoque[75]. Ce groupe est en effet très hétérogène, traversé de nombreuses lignes de fractures socio-économiques et sa participation est marquée par un fort taux d'abstention. Il est aussi la cible d'entrepreneurs politiques qui veulent capitaliser sur ce marqueur identitaire[76].

Il est toutefois possible de souligner quelques tendances générales qui permettent notamment d'éclairer la vie politique de la la province du Cap Occidental où les Coloured ont un poids démographique et politique important. D'abord, au moment des premières élections postapartheid, le Parti National (NP) remporte une majorité absolue dans cette province, en partie grâce au soutien de nombreux électeurs coloured effrayés par les prédictions apocalyptiques des candidats du NP si l'African National Congress (ANC) venait à remporter les élections. Cette tendance sera beaucoup moins forte pour les élections suivantes, ce mêmes électeurs réalisant que les violences politiques escomptées n'ont pas lieues suite à l'élection de Nelson Mandela et qu'au contraire le pays bénéficie d'une image internationale positive. Ceci permet à l'ANC de prendre le contrôle de la province du Cap Occidental en 2004. Toutefois, face aux échecs de cette force politique, notamment liés à la corruption et au maintien de fortes inégalités, de nombreux électeurs coloured se tournent vers l'Alliance Démocratique (DA) permettant à ce parti d'opposition de remporter les élections de 2009 dans la province du Cap Occidental[76]. Le DA reste encore aujourd'hui très plébiscité par l'électorat coloured[75].

De manière plus minoritaire depuis la fin des années 2010, de nouveaux partis mettent en avant une forme de nationalisme coloured excluant et xénophobe. C'est notamment le cas du National Coloured Congress (en) de Fadiel Adams (en) ou de l'Alliance patriotique de Gayton McKenzie (en)[77],[78].

Notes et références

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  3. Le recensement de 2023 comptabilise 62 226 personnes « Coloured » et 45 629 personnes « Baster » généralement associées aux « Coloured ».
  4. a et b « Wazimap NG », sur open.wazimap.com (consulté le )
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Annexes

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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