Afro-jazz (genre musical)

genre musical mêlant jazz américain et sonorités africaines

L'afro-jazz est un genre musical né de la fusion entre le jazz américain et les mélodies et rythmes africains[2]. Il comprend, d'un côté de l'Atlantique, le retour aux sources africaines chez les jazzmen des États-Unis à partir des années 1950, et de l'autre, l'incorporation d'éléments du jazz américain dans la musique du continent africain, avec différentes formes selon les régions : highlife, éthio-jazz, Cape jazz, afrobeat...

Le trompettiste sud-africain Hugh Masekela (1939-2018)[1].

Histoire

modifier

Retour aux origines pour le jazz américain

modifier

Si le jazz est né au début du XXe siècle de la rencontre entre la musique des descendants d'esclaves africains et celle des colons européens, il s'est éloigné progressivement de ses bases africaines. À partir des années 1950, en plein contexte du mouvement pour les droits civiques aux États-Unis, beaucoup de jazzmen, notamment afro-américains, vont incorporer des éléments de musique africaine dans leurs œuvres. Ce mouvement de « retour aux sources » pour les Afro-Américains commence avec le hard bop, en réaction au style West Coast popularisé par des jazzmen blancs[3]. Cette présence de la musique africaine peut aller de simples incursions à une fusion totale.

L'un des pionniers de l'afro-jazz est le batteur ghanéen Guy Warren[4]. Installé à Chicago, celui-ci souhaite « ressusciter la composante africaine du jazz »[5] en combinant des rythmes africains et des harmonies occidentales[6]. En 1956, il enregistre chez Decca l'album Africa Speaks, America Answers, avec le pianiste Gene Esposito et le batteur Red Saunders (en)[4].

La même année, le compositeur et pianiste Duke Ellington place des rythmes africains dans le morceau Rhythm Pum Te Dum de son album A Drum Is a Woman (en), suite orchestrale dédiée à l’histoire du jazz depuis sa naissance en Afrique jusqu’au bebop[3].

En 1959, sort chez Columbia l'album Drums of Passion (en) du percussionniste nigérian Babatunde Olatunji. Ce dernier intervient ensuite sur l'album We insist ! Freedom now (en) du batteur Max Roach sorti en 1960 et dont l'africanité est clairement revendiquée, notamment à travers les déferlantes de percussions et le chant incantatoire d’Abbey Lincoln sur des titres comme All Africa ou Tears for Johannesburg[3]. Babatunde devient un habitué du Birdland, célèbre club de jazz de New York, où il joue en première partie de grands noms du jazz tels que Count Basie, Duke Ellington et Quincy Jones. Il dira plus tard : « Nous jouions de l’afro-jazz bien avant que quiconque utilise ce terme »[7]. Parmi les principaux albums de Babatunde Olatunji aux accents afrojazz on peut citer Flamming Drums (1962) et Soul Makossa (1973).

 
Art Blakey en 1963.

Le batteur Art Blakey, qui était parti étudier les percussions africaines en Afrique en 1948, sort l'album The African Beat (en) en 1962. Il reprend des compositions du Nigeria et du Ghana en compagnie du percussionniste nigérian Solomon Ilori (en). L'année suivante, ce dernier édite l'album African High Life (en)[3].

Le saxophoniste John Coltrane évoque lui aussi l'Afrique dans ses compositions. Ainsi son morceau Dakar, composée en 1957, ou encore l'album Africa/brass (1961) dont le titre Africa rappelle la transe. En 1962, sur l’album Coltrane (en), il compose le titre Tunji en hommage à son ami Babatunde Olatunji et confie la batterie à Elvin Jones. Dans Kulu sé mama (1966), Coltrane compose pour le percussionniste et poète Juno Lewis[3].

 
Randy Weston (au piano), en compagnie de Big Black (en) (aux congas) et Frank Haynes (en) (au saxophone), New York, 1965.

Le pianiste et compositeur Randy Weston s'implique pleinement dans ce métissage musical. En 1960, il enregistre l’album manifeste Uhuru Afrika (en), accompagné des textes de l’écrivain afro-américain Langston Hughes. Il étudie aussi la tradition musicale africaine avec la tromboniste Melba Liston et fait plusieurs voyages au Nigéria entre 1961 et 1963, avant de sortir son album Highlife (en). Après la rencontre avec le musicien marocain Abdellah Boulkhair El Gourd, Randy Weston s’installe en 1967 à Tanger où il découvre la culture gnaoua. Paraissent ensuite de nombreux albums dédiés directement à l'Afrique : African Cookbook (en) (1969), African Nite (1975), African Rhythms (1983), The Spirits of Our Ancestors (en) (1991), Khepera (en) (1998)[3].

D'autres artistes participent aussi à ce mouvement de fusion musicale : Mor Thiam, avec Dini Safarrar (1973)[8] ; Oneness of Juju (en), avec notamment African Rhythms (1975)[9] ; David Murray, dans Fo Deuk Revue (en) (1997), et Gwotet (en) (2004) avec The Gwo-Ka Masters ; Hank Jones dans Sarala (1995), avec le multi-instrumentiste malien Cheick Tidiane Seck ; Dee Dee Bridgewater, avec l'album Red Earth (en) (2007) ; Jack DeJohnette, dans Music from the Hearts of the Masters (en) (2002) avec le joueur de kora gambien Foday Musa Suso[3].

Le jazz en Afrique

modifier

Présence précoce

modifier
 
Arrivée de Louis Armstrong à l'aéroport d'Accra, dans la colonie britannique de la Côte-de-l'Or (aujourd'hui Ghana), 1956.

Du fait de la présence des radios coloniales, le jazz est entré en Afrique dès le début de son histoire. On rencontre ainsi des orchestres de dixieland ou de ragtime dans les années 1920 en Afrique du Sud et au Ghana (Jazz Kings (en))[3]. De nombreux groupes locaux adoptent alors, dans leur nom, le mot « jazz », renvoyant ainsi à une modernité noire-américaine et à l'emploi de cuivres[10],[11]. Également, la visite sur le continent africain de plusieurs jazzmen américains, soit en quête de « racines », soit pour conquérir un nouveau public, contribue à diffuser cette musique auprès des artistes locaux[3].

Beaucoup de danses et de rythmes issus des folklores africains évoluent aussi au contact des instruments modernes, que ce soit les saxophones, les trompettes ou les contrebasses[12]. À la fois, les musiciens africains intègrent des éléments de jazz dans leur propre musique[3]. Et en même temps, à la faveur de la décolonisation du continent, certains orchestres décident de « réafricaniser » les musiques noires américaines ou afro-cubaines écoutées dans les ports ou diffusées à la radio[12].

Jazz sud-africain

modifier
 
Le pianiste Abdullah Ibrahim, alias Dollar Brand, en 2011.

En Afrique du Sud, le jazz s’immisce à la fois dans la musique locale, mais est aussi pratiqué et développé par des « puristes », dont certains sont obligés de s'exiler en raison des règles raciales de l'apartheid[3].

Localement, dès les années 1930, le marabi sud-africain s’enrichit de cuivres et se rapproche du swing[3]. En 1959 est créé l'opéra jazz King Kong, fruit d'une collaboration entre Noirs et Blancs malgré le régime d'apartheid. Le pianiste Todd Matshikiza (en) compose la musique, largement influencée par le jazz[13]. Les deux rôle principaux, féminin et masculin, sont interprétés par Miriam Makeba[14] et Nathan Mdledle, tous les deux membres du groupe vocal Manhattan Brothers (en). Parmi les autres musiciens notables ayant participé on trouve les chanteuses Letta Mbulu et Thandi Klaasen[15].

Également présent dans la comédie musicale King Kong : le trompettiste Hugh Masekela[15]. Pionnier et architecte de l'afro-jazz, il intègre très vite dans ses compostions ses racines sud-africaines. En exil aux États-Unis, il enregistre en 1962 son premier album, Trumpet Africaine (en), puis en 1965, Grrr (en), teinté de mbaqanga[16]. Dans ses autres albums notables[17], on trouve The Lasting Impression of Hugh Masekela (en) (1965), Home Is Where The Music Is (1972)[18],[19], le recueil de morceaux rares The Chisa Years (en) (1965-1975)[20], The Boy's Doin' It (en) (1975), Jabulani (album) (en) (2012)[21], et No Borders (en) (2016)[22].

D'autres artistes commencent quant à eux par produire un jazz classiquement américain. Ainsi le pianiste Abdullah Ibrahim (Dollar Brand), qui à la fin des années 1950 joue dans le septet de bebop The Jazz Epistles (en), au sein duquel joue aussi le trompettiste Hugh Masekela, puis expérimente le free jazz. Ce n'est que progressivement qu'il intègre dans ses compositions des éléments de musique africaine. Ses albums d'afro-jazz les plus notables sont Autobiography (en) (1978), African Marketplace (1979), African Suite (1997) et Ekapa lodumo (2001)[3].

Le pianiste et compositeur blanc Chris McGregor a un parcours similaire[3]. En exil en Europe, il fonde le groupe Brotherhood of Breath (« Confrérie du souffle »), avec qui il réalise en 1989 une belle performance d'afro-jazz, En concert à Banlieues Bleues, en compagnie d'Archie Shepp[23].

 
Le saxophoniste Zim Ngqawana (en) en 2006.

On peut citer aussi comme musiciens notables : le pianiste Pat Matshikiza et les saxophonistes Kippie Moeketsi (en) et Basil Coetzee (en), notamment sur leur album Tshona (1975) ; Batsumi, avec leur album éponyme Batsumi (1974)[24],[25] ; le saxophoniste Zim Ngqawana (en), avec Zimphonic Suites (2001)[3] ; le pianiste Bheki Mseleku, dans Home At Last (2003)[3] ; le contrebassiste Johnny Dyani (en), avec Afrika (1984)[26] ; le trompettiste Feya Faku (en), avec le concert Inkumbulo (2024)[27] ; ou encore le saxophoniste McCoy Mrubata (en), avec Icamagu Livumile (2004)[28].

Highlife

modifier
 
Gyedu-Blay Ambolley au saxophone, en 2016.

Le highlife, né au Ghana avant d'influencer toutes les musiques du golfe de Guinée, est notamment le résultat de la rencontre dans les années 1920 entre la palm-wine music (Sierra Leone), la musique de fanfare militaire, le calypso et le jazz[29]. Il est l'une des formes musicales les plus importantes du continent africain et a notamment largement influencé le voisin nigérian[30].

Pionnier du highlife, le musicien E.T. Mensah (en) est influencé par le swing des grands orchestres de jazz américains formés par Duke Ellington, Cab Calloway ou Lionel Hampton. Il commence sa carrière à la fin des années 1930 comme flûtiste au sein de l'Accra Orchestra, qui rassemble les meilleurs musiciens du pays autour d'influences jazz. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la présence des soldats américains et britanniques stationnés dans le pays renforce les influences jazz originelles. Certains forment des groupes avec des artistes locaux. En 1940, E.T. Mensah rejoint en qualité de saxophoniste le Black & White Spots du Sergeant Leopard, un musicien de jazz écossais. Il intègre ensuite les Tempos, autre formation mixte devenue progressivement entièrement africaine, et en prend la tête en 1948. Parmi ses membres se trouve, jusqu'en 1951, le percussionniste Guy Warren, autre pionnier de l'afro-jazz[30]. Leur morceau All for You devient le premier succès international du highlife, dont l'influence s'étend alors sur toute la région du golfe de Guinée. Il est notamment adopté par des orchestres nigérians comme celui de Victor Olaiya (en) ou de Bobby Benson (en). En 1956, E.T. Mensah & The Tempos jouent avec Louis Armstrong lors de son passage à Accra dans le cadre de sa tournée ouest-africaine[30].

 
Le chanteur et guitariste ghanéen Ebo Taylor.

À partir des années 1960, à part quelques groupes comme les Ramblers International Band de Jerry Hansen (en) qui restent traditionnels, le highlife prend une tournure plus rhythm and blues, soul et funk. Geraldo Pino en devient la nouvelle figure principale. Son morceau Africans Must Unite (1974) est un des sommets du funk africain[30]. De même, le guitariste Ebo Taylor contribue à la modernisation du highlife, avec notamment son album Twer Nyame (1977)[31]. D'autres artistes participent au mouvement comme Joe Mensah (en), avec son album Cry Laughter (1975)[30] ; le groupe Marijata, avec leur tube We Live In Peace (1976) ; le chanteur K. Frimpong (en), avec The Blue album (1976) ; ou encore Gyedu-Blay Ambolley[32] avec l'enregistrement live Jaazz Meets High-Life (2004)[33].

Afrobeat

modifier
 
Fela Kuti en 1986.

Au Nigeria, dans les années 1970, naît l'afrobeat, mélange de musique highlife, de jazz, de funk et de rituels incantatoires et hypnotiques. C'est ainsi qu'en 1969, Fela Kuti forme l’ensemble Africa 70, avec le batteur Tony Allen. À la mort de Fela en 1997, ses deux fils Femi et Seun perpétuent l’héritage paternel. De même, une multitude de groupes se réclament de l’afrobeat, en Afrique comme dans le reste du monde, parfois en le métissant (Tribeqa, The Budos Band, Antibalas Agrobeat Orchestra, The Souljazz Orchestra (en))[3].

Parmi les artistes nigérians notables, on trouve le pianiste Segun Bucknor (en), avec notamment son morceau Gbomojo[34].

Guinée

modifier

Le saxophoniste et chanteur guinéen Momo Wandel Soumah (1926-2003), qui s'est auto proclamé « doyen du jazz africain »[3], est aussi l'un des initiateurs de la rencontre entre le jazz et des musiques traditionnelles d'Afrique de l'Ouest (soussous, peules et malinkées)[35],[36]. Cette fusion est particulièrement audible dans ses albums Matchowé (1992) et Afro Swing (1999)[37], ainsi que dans la bande originale du film documentaire Momo le doyen (2007) que Laurent Chevallier lui a consacré en 2007[38],[39].

Héritier de Momo Wandel Soumah, le saxophoniste Mamadou Barry contribue également à l'afro-jazz. Il a notamment dirigé le Gombo Jazz, une formation qui introduit des éléments de jazz, d'afro-beat nigérian et de highlife ghanéen dans le folklore mandingue modernisé. Cette fusion se retrouve aussi dans son premier album solo, Niyo (2005), sur lequel apparaît la chanteuse Sia Tolno. Son morceau Africa Five offre quant à lui une version afro de Take Five, célèbre standard du jazz américain composé par Paul Desmond pour le pianiste Dave Brubeck[40].

 
Le Kora Jazz Trio en 2011.

Le Kora Jazz Trio, composé du guinéen Djeli Moussa Diawara (kora), et des sénégalais Abdoulaye Diabaté (piano) et Moussa Sissoko (percussions), reproduit le trio classique du jazz (piano-contrebasse-batterie) mais adapté à l’instrumentarium africain[3]. Issue d'une rencontre à Paris, leur musique vogue entre le respect d'ancestraux codes musicaux mandingues et la liberté du jazz[41],[42].

Sénégal-Gambie

modifier

Au Sénégal, l'orchestre du Sahel de Dakar, composé de l'organiste arrangeur Cheikh Tidiane Tall, du percussionniste Idrissa Diop et du chanteur guitariste Seydina Insa Wade, enregistre en 1972 l'album Bamba, avec de nombreuses influences soul, jazz et pop[43].

 
Ablaye Cissoko jouant de la kora à Adélaïde (Australie), mars 2018.

Plus récemment, le joueur de Kora Ablaye Cissoko a lui aussi produit de la musique afro-jazz, en collaboration avec des musiciens européens. En 2000, pour le festival « Saint Louis Jazz », il joue au sein du collectif African Project[44] du saxophoniste Philippe Sellam et du guitariste Gilles Renne, et en compagnie de Linley Marthe à la basse, Aziz Diop à la batterie et Aly Keita au balafon[45],[46]. Puis, le saxophoniste français François Jeanneau l'intègre en 2007 dans son album Quand se taisent les oiseaux[47],[48]. L'année suivante, Ablaye Cissoko sort Sira, mêlant jazz et musique africaine, en duo avec le trompettiste allemand de jazz Volker Goetze (en)[49]. En 2012, avec le batteur français Simon Goubert, il produit African Jazz Roots, une fusion entre jazzmen occidentaux et musiciens traditionnels africains[50].

Parmi les autres formations jazzy du Sénégal : le Super Diamono, qui produit un « mbalax-blues » à partir de la fin des années 1970[51], avec notamment l'album Jigeenu Ndakaru (1987) ; Touré Kunda, particulièrement dans Mandinka Dong (1979)[52] ; ou encore le bassiste Alune Wade, avec New African Orleans (2025)[53].

Les orchestres phares du Mali, nés à la suite de l'indépendance, ont aussi intégré du jazz dans leur musique, à commencer par le Rail Band, avec Buffet Hôtel de la Gare, Bamako (1973), aux accents rhythm & blues[54],[55]. Plus tard, il devient le Super Rail Band, sous la direction de Djélimady Tounkara, et a produit plus morceaux afro-jazz en 1979, compilés sur Allo Bamako[56],[57]. On trouve également le Super Djata Band, avec l'album Zani Diabaté & Super Djata Band (1985)[55],[58], ainsi que le Super Biton de Ségou, avec notamment leur cinquième album, Afro Jazz du Mali (1986), et en particulier le titre Recoma[55].

Le pianiste et organiste malien Cheick Tidiane Seck a commencé sa carrière dans les années 1970 au sein du Super Rail Band de Bamako, où il a côtoyé Salif Keita et Mory Kanté[59]. Il joue ensuite au côté de pointures du jazz américain comme Wayne Shorter ou Randy Weston[60]. En 1995, il collabore avec Hank Jones pour Sarala, un hybride de jazz et de musique africaine[59]. Parmi ses albums afro-jazz se trouvent Sabaly (2008), sur lequel apparaît Dee Dee Bridgewater[60] ; et Timbuktu (2019), en hommage à Randy Weston[61].

Congo, Cameroun...

modifier
 
Le pianiste congolais Ray Lema.

Le pianiste congolais Ray Lema a développé un afro-jazz épuré, avec notamment Transcendance, sorti en 2018[62], ou encore Wheels (2021), en duo avec le pianiste français Laurent de Wilde[63],[64]. Autres Congolais à avoir produit une musique teintée dé jazz : le saxophoniste Verckys, avec notamment l'album Bassala Hot (Part 1 & 2), sorti en 1975[65] ; Rido Bayonne avec Gueule de Black (1996) et Alliances (2019)[66],[67] ; et Fredy Massamba, avec notamment Ethnophony (2010) et Trancestral (2023)[68],[69].

 
Manu Dibango en 2019.

De son côté, le saxophoniste camerounais Manu Dibango (1933-2020) a joué dans de nombreux répertoires différents : jazz, rumba congolaise, funk, makossa, reggae, rap. Le jazz en particulier est présent tout au long de ses cinquante ans de carrière, de son passage par la Belgique dans les années 1950, à l’hommage qu’il rend à Sidney Bechet en 2007 (Manu Dibango joue Sidney Bechet). Il joue aussi avec de nombreuses pointures du jazz : Cedar Walton, Didier Lockwood, Herbie Hancock, Hugh Masekela ou Tony Williams, entre autres. Parmi ses expériences afro-jazz les plus notables, on trouve son morceau Moving Waves de l'album Africadelic (1972)[3].

Éthio-jazz

modifier
 
Getatchew Mekurya et Melaku Belay en 2008.

En Éthiopie est naît dans les années 1970 un jazz particulier. Ce genre est popularisé par l'édition d'Éthiopiques, une collection d'albums dirigée par le musicologue Francis Falceto et consacrée aux chanteurs et musiciens éthiopiens et érythréens des années 1960-2000[3].

Parmi les représentants les plus célèbres, on trouve Mulatu Astatke, qui a notamment joué avec Duke Ellington. En 2005, sa musique est choisie par Jim Jarmush pour illustrer son film Broken flowers. De même, le saxophoniste Getatchew Mekurya, sans connaître le free-jazz, invente un jeu aux solos rugissants, comparable aux furies d’un Albert Ayler[3].

Comme l’afrobeat nigérian, l’éthio-jazz éthiopien a fait des émules en Occident. En 2004, le groupe américain Either/Orchestra a enregistré un album live avec les vétérans du genre : Live in Addis. De même, le quartet de jazz toulousain Le Tigre des Platanes intègre l'éthio-jazz à son répertoire, en particulier dans leur album Zèraf ! (2008), en compagnie de la chanteuse Eténèsh Wassié (la Billie Holiday éthiopienne)[3].

Diaspora africaine

modifier

Le groupe Osibisa, fondé à Londres et composé de musiciens de la diaspora (Ghana, Nigeria, Antigua, Grenade, Trinidad), produit une musique qualifiée d'afro-rock ou afro-pop[70]. Fusion de highlife, de rock, de soul et de rythmes caribéens, celle-ci intègre également de nombreux éléments de jazz et de funk[70], particulièrement sur leurs deux premiers albums sortis en 1971 : Osibisa (en) et Woyaya (en)[71].

Michel Bampély dit Saint-Michel publie en 2023 Grand Enfant (Afro-Jazz vol.1), un EP de cinq titres produit avec le musicien Tiery-F et distribué par Virgin Music Africa / Universal Music Africa. Cette œuvre propose une fusion de jazz et d’afrobeat, nourrie par l’esthétique du hard bop. Elle aborde des thématiques liées à l’héritage africain, à l’exil et aux luttes de libération[72].

Musiciens et œuvres notables

modifier

Groupes et musiciens

modifier

Ce style est symbolisé par des artistes et groupes comme Guy Warren, Abdullah Ibrahim, Hugh Masekela, Chris Mc Gregor, Manu Dibango, Fela Kuti, Cheick Tidiane Seck, Kora Jazz Trio, Solorazaf, Luc Sigui, Sam Tshabala, Jack Djeyim, Mulatu Astatke, Ray Phiri, Kippie Moeketsi (en)...

Œuvres ou albums

modifier

Notes et références

modifier
  1. Béatrice Debut, « Décès de la légende de l'afro-jazz Hugh Masekela », sur La Tribune, (consulté le )
  2. Nago Seck, « Afro-jazz », sur Afrisson, (consulté le )
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v et w « De l'afro jazz au jazz africain : itinéraire musical », L'influx,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  4. a b et c (en) Robin D. G. Kelley, Africa Speaks, America Answers : Modern Jazz in Revolutionary Times, Harvard University Press, , 272 p. (ISBN 0674046242)
  5. (en) Jesse Weaver Shipley, Trickster Theatre: The Poetics of Freedom in Urban Africa, Indiana University Press, (ISBN 978-0-253-01659-1, lire en ligne)
  6. (en) Jake Reed, « Guy Warren of Ghana : The founder of Afro-Jazz », sur Scribd (consulté le )
  7. Lucas Keen, « La vie et l’héritage de Babatunde Olatunji », sur Pan African Music, (consulté le )
  8. « Forgotten Treasure: Mor Thiam "Dini Safarrar" (1973) », Music Is My Sanctuary,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. Guillaume Schnee, « L'afro-groove militant de Oneness of Juju », sur FIP, (consulté le )
  10. Mazzoleni 2008, p. 26.
  11. (en) Shiera S. el-Malik et Isaac A. Kamola, Politics of African Anticolonial Archive, Bloomsbury Publishing PLC, (ISBN 978-1-78348-791-2), p. 112-113
  12. a et b Florent Mazzoleni, L'épopée de la musique africaine, Hors Collection, , 176 p. (ISBN 9782258103375)
  13. a et b (en) Pat Williams, King Kong - Our Knot of Time and Music: A personal memoir of South Africa’s legendary musical, Granta Publications, (ISBN 978-1-84627-654-5, lire en ligne)
  14. Adrien Barbier, « La première comédie musicale « noire » renaît en Afrique du Sud. « King Kong », qui relate les mésaventures d’un boxeur, avait connu un succès aussi phénoménal qu’inattendu durant l’apartheid », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  15. a et b (en) Marianne Thamm, « King Kong lives again: Iconic 1950s musical revival set to be highlight on SA 2017 cultural calendar », sur Daily Maverick, (consulté le )
  16. Guillaume Schnee, « Le jazzman sud-africain Hugh Masekela est mort », sur FIP, (consulté le )
  17. (en) Richard Cook, The Penguin guide to jazz recordings, Londres, Penguin, , 1564 p. (ISBN 978-0-14-102327-4, lire en ligne), p. 862
  18. (en) Dave Gott, « Hugh Masekela [Album Details] », sur www.davegott.com (consulté le )
  19. (en-US) Brian, « Masekela “Home Is Where the Music Is” (1972) », sur Jive Time Records, (consulté le )
  20. (en) « Hugh Masekela (April 4, 1939 – January 23, 2018) – The Boy's Doin' It (1975) », sur Jointz Of The Day, (consulté le )
  21. (en) Thomas Carroll, « Hugh Masekela: Jabulani album review », sur All About Jazz, (consulté le )
  22. (en-GB) Robin Denselow, « Hugh Masekela: No Borders review – still breaking down musical and political barriers », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  23. « Chris McGregor's Brotherhood of Breath with Archie Shepp en concert a Banlieues Bleues » (consulté le )
  24. (en) Britishbogroll, « Batsumi », sur British Bog Roll, (consulté le )
  25. (en) Neil Fauerso, « “Batsumi” Is A South African Gem Made In The Face of Oppression », sur Bandcamp Daily, (consulté le )
  26. (en) « Afrika - Johnny Dyani », sur allmusic.com
  27. (en) Sisgwen, « Feya Faku’s Inkumbulo: a portrait of memories, skill and musical comradeship », sur sisgwenjazz, (consulté le )
  28. (en) All About Jazz, « McCoy Mrubata Musician - All About Jazz », sur All About Jazz Musicians, (consulté le )
  29. Florent Mazzoleni, « Le High-Life ghanéen », dans Afriques Musiques, une histoire des rythmes africains, Hors collection, , p. 47-66
  30. a b c d et e Mazzoleni 2008, p. 9-15.
  31. Jacques Denis, « Ebo Taylor, phénix afro-funk », sur liberation.fr, (consulté le ).
  32. (en) Banning Eyre, « Gyedu Blay Ambolley's Highlife Jazz », sur Afropop Worldwide, (consulté le )
  33. Nago Seck, « Gyedu-Blay Ambolley », sur Afrisson, (consulté le )
  34. (en) Presented byLucky Oceans, « Segun Bucknor », sur ABC Radio National, (consulté le )
  35. (en-GB) Katharina Lobeck, « Momo Wandel Soumah : Guinean singer and saxophonist fusing traditional African music with classic jazz », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  36. Olivier Bailly, « Momo Wandel Soumah, le roi qui fait battre tambour », Arts de la piste,‎ , p. 8-9 (lire en ligne, consulté le )
  37. Sylvie Clerfeuille, « Momo Wandel Soumah », sur Afrisson, (consulté le )
  38. Catherine Bédarida, « Momo le doyen »  , sur Le Monde,
  39. « Momo le doyen », sur peupleetculturecantal.org (consulté le )
  40. Sylvie Clerfeuille, « Mamadou Barry », sur Afrisson, (consulté le )
  41. « Kora Jazz Trio », sur Giro Music (consulté le )
  42. Nago Seck, « Kora Jazz Trio », sur Afrisson, (consulté le )
  43. Mazzoleni 2008, Sénégal, Gambie, p. 62-85.
  44. BD, « Sellam-Renne African Project », sur Le Triton (consulté le )
  45. « Ablaye Cissoko », sur Music In Africa, (consulté le )
  46. « African Project Sellam Renne – Live à Saint-Louis du Sénégal », sur Studio Sextan La Fonderie (consulté le )
  47. Jean-Denis Gil, « François Jeanneau : « Quand se taisent les oiseaux » », sur Les dernières nouvelles du jazz, (consulté le )
  48. (en) Jeff Dayton-Johnson, « Francois Jeanneau : Quand Se Taisent Les Oiseaux », sur All About Jazz, (consulté le )
  49. Nago Seck, « Ablaye Cissoko », sur Afrisson, (consulté le )
  50. a et b Denis Desassis, « Ablaye Cissoko & Simon Goubert », sur Citizen Jazz, (consulté le )
  51. Nago Seck, « Omar Pène - Super Diamono », sur Afrisson, (consulté le )
  52. Jacques Denis, « «Mandinka Dong», premiers pas de Touré Kunda », sur Libération (consulté le )
  53. Moussa Konte, « Alune Wade retrace les racines du jazz à travers ”New African Orleans” », sur Agence de Presse Sénégalaise, (consulté le )
  54. (en-US) « Buffet Hotel de la Gare, Bamako - African Music Forum », African Music Forum,‎ (lire en ligne, consulté le )
  55. a b et c Mazzoleni 2008, Mali, p. 37-61.
  56. Nago Seck, « Allo Bamako », sur Afrisson, (consulté le )
  57. Adri3n, « Djelimady Tounkara & l'Orchestre Super Rail Band International - Allo Bamako », sur We Go Funk, (consulté le )
  58. Nago Seck, « Zani Diabaté (Super Djata Band) », sur Afrisson, (consulté le )
  59. a et b « Portrait de Cheick Tidiane Seck 1/2 », sur France Musique, (consulté le )
  60. a et b Mathieu Girod, « Cheick Tidiane Seck, le guerrier de l'afro-jazz », sur Radio Nova (consulté le )
  61. Jacques Denis, « Cheick Tidiane Seck, une prière afro-jazz à Randy Weston », sur Libération, (consulté le )
  62. Joe Farmer, « Les fulgurances transcendantales de Ray Lema », sur RFI, (consulté le )
  63. « Ray Lema & Laurent de Wilde, quatre mains en roue libre », sur France Musique, (consulté le )
  64. « Nouvel album en duo pour Laurent de Wilde et Ray Lema ! », sur Jazz Radio, (consulté le )
  65. (en) « Verckys & L'Orchestre Veve », sur African Grooves, (consulté le )
  66. Sylvie Clerfeuille, « Congo Brazzaville », sur Afrisson, (consulté le )
  67. Nago Seck, « Rido Bayonne », sur Afrisson, (consulté le )
  68. « Fredy Massamba, la voix solaire afro soul du Congo », sur France Musique, (consulté le )
  69. Nago Seck, « Fredy Massamba », sur Afrisson, (consulté le )
  70. a et b Nago Seck, « Osibisa », sur Afrisson, (consulté le )
  71. (en) « Osibisa: Osibisa/Woyaya (reissues) », sur Sea of Tranquility (consulté le )
  72. Afrik, « Saint-Michel : Musique afro-jazz et héritage congolais », sur Afrik, (consulté le )
  73. Francis Dordor, « African Pearls vol.2 : Guinée - Cultural Revolution », sur Les Inrockuptibles, (consulté le )
  74. Gérald Arnaud, « Guinée : Cultural Revolution », sur Africultures, (consulté le )
  75. l'horizon africain, « Musique : L’artiste Saint-Michel sort un nouvel album «Grand Enfant» avec cinq titres », sur lhorizonafricain, (consulté le )
  76. Sephora, « Du jazz à la sauce ivoirienne : L’artiste Luc Sigui signe son retour avec 12 titres », sur 100 % Culture, (consulté le )

Voir aussi

modifier

Bibliographie

modifier
  • (en) Robin D. G. Kelley, Africa Speaks, America Answers : Modern Jazz in Revolutionary Times, Harvard University Press, , 272 p. (ISBN 0674046242)
  • Florent Mazzoleni, L'épopée de la musique africaine, Hors Collection, , 176 p. (ISBN 9782258103375)
  • Gerhard Kubik, « Présence de la musique africaine dans le jazz », dans Jean-Jacques Nattiez (dir.), Musiques : Une encyclopédie pour le XXIe siècle, t. I, Paris, Actes Sud, , 1492 p. (ISBN 2-7427-4204-2), p. 1203-1238

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier