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Listens: Laam

Crossroads, part I (3-19)

La bête humaine

 

Les épisodes précédents se concentraient sur la Flotte, et adoptaient un faux rythme qui tend à couper l’inertie de la série, mais mettaient en place les divers ingrédients pour la fin de saison.

 
Inutile de décrire ma joie lorsque j’ai vu ce missile cylon fonçant sur le raptor de Racetrack !!!

Vivement le conflit Cylons/Humains !

 
‘Crossroads part 1’ est la deuxième partie d’une fin de saison pessimiste et noire, et le procès de Baltar annonce les prémices d’une nouvelle catastrophe. Il est intense et orchestré par divers affrontements. Il parle aussi d’amour.     

                                                                


1 Le procès Baltar :

 
Fidèle à son habitude de s’inspirer de faits historiques et d’actualité, bsg nous entraîne dans un procès politisé et important pour la Flotte.

Baltar, Président des 12 Colonies s’est rendu aux cylons. Vu le contexte et la défaite certaine, il n’a guère eu le choix. La situation d’alors, sur NC, était une évocation directe à la France Vichyssoise, à la collaboration du gouvernement français avec les nazis allemands, et à toutes les horreurs, rafles, exécutions sommaires qui s’ensuivirent, et d’autre part à la résistance face à l’oppression.

Il semble que la boucle soit bouclée.

                         

Au début de la saison, le « Cercle », un tribunal populaire composé de résistants, légal mais guère légitime, se chargeaient de juger et de sanctionner les collaborateurs pour crime contre l’humanité, mais ces jugements justifiaient davantage un besoin de vengeance plutôt qu’un désir de justice – un trait si humain.

 

En France, en 1946, les législateurs ont été dans l’obligation, sous la pression de la population, d’édicter une loi rétroactive (alors que la loi est constitutionnellement non rétroactive !!!) pour faire comparaître les collaborateurs devant un tribunal et assouvir ce besoin de vengeance, de clore ce chapitre de l’histoire.

Philippe Pétain, Maréchal de France, héro de la guerre 14/18, chef du gouvernement de Vichy et donc responsable de la politique menée alors, est jugé coupable de collaboration et condamné à la prison à perpétuité. Laval, premier ministre, lui sera pendu.

                                           

Baltar se trouve donc dans une position similaire, impuissant, il capitulé devant une force largement surnuméraire. Mais là n’est pas son crime. La capitulation est un fait courant dans l’histoire.

Non, Baltar, comme Pétain à son époque, en restant à la tête des 12 Colonies a cautionné les actes des cylons, et en tant que responsable, il se trouve dans l’obligation d’en répondre devant ses compatriotes. C’est la démocratie.

Des compatriotes qui ont du mal à faire la part entre vengeance et justice. Mettons nous à leur place…

                              

Kara le dit dans l’épisode 3-05 : « Quelqu’un doit payer. »

 

La Flotte est assoiffée, il lui faut une tête pour clore ce chapitre de NC, car dans ces situations, la vertu et l’idéal de justice sont bien vite relayés par d’autres aspirations…

 

Et nul n’est immunisé contre la dérive entre justice et vengeance. Cela va de n’importe quel mineur, n’importe quel colon à Gaeta (qui voulait se faire justice), à Tory, Tigh, etc…

 

Même Roslin et Adama, qui ne sont qu’après tout que des êtres humains, et qui en tant qu’individu voudraient eux aussi le voir payer.

Nous le savons depuis l’épisode 3-13, où Laura évoquait pudiquement cette faiblesse et Adama qui proposait tout bonnement de le faire disparaître !

 
Nous sentons bien combien le ressentiment de Roslin est important. Elle a vu ses compatriotes souffrir, mourir,  être torturés, elle-même a souffert, a connu la prison, la rafle et le peloton d’exécution.

 
De son côté, Adama dit à son fils que Gaius ne mérite pas de procès !

 
Et malgré leurs sentiments personnels, ils vont jouer le jeu (alors qu’il aurait été si facile de l’expulser !) et lui offrir son procès. Et un procès juste, j’y reviendrai.

 
C’est un moment capital pour la Flotte, et un enjeu tout aussi important pour le duo Adama/Roslin. Les Coloniaux ont été privé initialement de cette possibilité de mettre un terme à leurs aventures sur NC (the closure, en anglais). Maintenant, il sera difficile de lui enlever ce qu’ils attendent… la tête de Baltar.

C’est un procès à haut risque et dont les conséquences peuvent être dramatique

 
Le scénario est réussi dans ce sens où les personnages ne sont pas des super héros vertueux, où ils sont partagés par des dilemmes, entre ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils voudraient. Ils sont tout à fait crédibles et illustrent parfaitement l’état d’esprit des coloniaux.

 

 2 Père et fils : Le chemin de croix de Lee Adama

 

Il est évident que Romo Lampkin est un avocat de tout premier plan. Sa profonde connaissance de la nature humaine et sa faculté à déchiffrer les individus en font un adversaire redoutable pour la partie adverse, et une aubaine pour Gaius Baltar.

                             

Dès le début du procès, il choque et fait douter son auditoire, par une attitude et une plaidoirie peu ordinaire. Et il dirige l’attention, non vers son client mais vers les résistants, et Laura Roslin qu’il met en cause d’entrée de jeu.

Baltar leur a sauvé la vie là où Laura Roslin aurait fait des milliers de victimes. Seul hic, elle présidente, jamais, ils ne se seraient installés sur cette planète !

                       

Le ton est donné, Romo fera le procès des témoins, et avec une habileté remarquable, il va détourner les griefs, discréditer les individus sans aucun égards pour les conséquences et démontrer qu’il y a désir de vengeance et non soif de justice.

                             

Tigh, personnage attachant, rude et courageux, a beaucoup de défaut, et il va se montrer sous son plus mauvais jour. C’est un moment difficile à regarder, nous avons mal pour lui et nous ne sommes pas les seuls.

                            

Le travail de mise en scène est excellent ici, la caméra se concentre sur Tigh et Lampkin jusqu’à l’évocation d’Ellen. Un sujet des plus douloureux pour le colonel, qui s’effiloche au fur et à mesure de l’interrogatoire.

Et bien entendu, ami indéfectible et toujours protecteur, Adama intervient pour tenter d’interrompre la défense.

                               

C’est un point de marqué pour Lampkin qui atteint son but de faire flancher l’amiral.

                 
La caméra a désormais 3 cibles, Rome, Tigh et Adama, elle se fixe chaque fois sur lui pour épier sa réaction aux réponses de Tigh et sa descente aux enfers, un supplice pour son ami qui accuse le coup pas si stoïquement…

 
Avec un art consommé, Lampkin parvient à détruire la crédibilité de Saul, exploitant sa rage, son chagrin et ses failles et il lui fait avouer qu’Ellen est morte de sa main.

                                     

C’est ensuite au tour de Lee de rentrer en scène. Et il est très intéressant de voir la façon dont il se fait manipuler. Lampkin l’exhorte à servir son idéal de justice par l’obtention d’un procès équitable, juste.

 

La question que l’on doit se poser, en quoi le procès tel qu’il est organisé peut-être partial ? Comment peut-il manquer d’équité ?

En quoi l’action de Lee spécifiquement peut-elle obtenir cette fameuse impartialité ?

                             

L’avocat est brillant, ce n’est pas dans cette perspective qu’il a besoin de lui, mais il parvient à le lui faire croire, et même à nous le faire croire.

                                 

Les 5 juges ont été choisis au hasard parmi les commandants de vaisseaux – à priori conformément à la loi en vigueur- et sont amenés par leur fonction à trancher, à peser le pour et le contre et à rechercher l’équité.

Un avocat confirmé a été engagé pour défendre Baltar, et non pas un amateur, par la Présidence…

 
Laura Roslin, une fois le procès décidé, n’a pas réellement les moyens de contrôler les juges et la justice.

 

Romo Lampkin le manipule sur l’affectif et ses idéaux, il profite de l’antagonisme temporaire père/fils, de son chagrin et de sa propre rage. Il lui explique qu’il doit lui donner toute information compromettant sur un témoin pour servir cet idéal de justice, et que si son but est uniquement de se mettre sur le chemin de son père, il n’a qu’à effectivement se taire.

 En quoi décrédibiliser un témoin direct sert l’impartialité d’un procès ?

 Et Lee, après une entrevue houleuse avec son père va se faire prendre au piège et délivrer cette information.

                                

Le parti pris de Lee dans ce procès aux côtés de Baltar est courageux, il va à l’encontre du courant de pensée, de son père, de sa femme, de sa présidente, et de ses amis. Il va diriger lui-même l’interrogatoire pour prouver à papa qu’il en a le cran, pour être digne à ses yeux (par amour).

 

Et dans ce dernier, ce ne sont pas les questions posées qui sont révoltantes, c’est la logique d’un procès à l’américaine. Ce n’est pas non plus le fait que ce soit spécialement Lee. Mais, c’est le lien qui unit celui-ci à Laura Roslin. Elle compte sur lui, elle lui a donné toute sa confiance dans l’épreuve de la maladie. Et Lee, en cherchant à suivre ces idéaux, manipulé par Lampkin va trahir cette confiance, va trahir son lien d’officier car ce qui se passe au CIC (Information = renseignements) est confidentiel. Il se trahit également.

                        

                                         

Et bien sûr, fidèle à lui-même, loyal envers les personnes à qui il tient, Adama intervient inopportunément et vigoureusement pour la protéger. Il dévie de son rôle de juge, par amour.

 

Ici aussi la mise en scène est parfaite et reflète l’intensité des émotions de William Adama.

 
« La fin ne justifie pas les moyens »

 
Lee à la poursuite de cet idéal, vient d’écorcher sa propre moralité et intégrité.

                 

Le génie, c’est Lampkin. Il sait comment utiliser Adama à son avantage, et ce n’est point tant de discréditer les témoins lourds de symbole et de poids qu’il est question, mais de faire chanceler l’Amiral. Son but c’est de piéger et de paralyser William Adama.

                     

Ancien collaborateur de Joseph Adama, il connaît son intégrité, et par l’intermédiaire des gens qu’il aime, il le pousse à commettre des impairs, à sortir du rôle qui lui est dévolu, et va ainsi lui interdire la possibilité de voter contre son client !

                          

 

3 La mythologie BSG : la menace fantôme.

 

Les cylons sont de retour !

Ca y est ! Nous avons vu l’amorce d’un combat ! Un missile lancé à toute allure vers un raptor. Quelle jouissance !

                            

Adama, sur une intuition, décide de prolonger l’attente de l’élément d’observation pour vérifier s’ils ne sont pas suivit. C’est le cas, et l’attaque du raptor ne laisse aucun doute sur leurs intentions belliqueuses.

La Flotte n’est qu’à quelques bonds de la nébuleuse, leur prochain indice vers la Terre et Adama ne peut pas se permettre d’être suivi. Il se demande si justement une balise de repérage est dissimulée dans un des vaisseaux de la Flotte.

                      

Suivant les directives de Roslin, il ordonne à Tigh d’interroger la prisonnière cylon. Quel moment ! L’échange de coup de point est totalement inattendu et savoureux.

               
Bref, ils apprennent qu’un vaisseaux à une fuite, et Adama décide de mettre en application le plan de son fils, comme quoi il n’est pas totalement fermé.

                     
Un point très intéressant et qui éveille notre curiosité est ce son, cette musique que semble n’entendre que Tigh, Anders et Tory. Une connexion surprenante et inquiétante. Sont-ils des cylons, balayant ainsi toutes nos certitudes quant l’acquisition de la technologie et de la manipulation génétique.

 

            

                             

Laura Roslin refait des rêves étranges et peuplé de cylons…….

 

                             

4 Les personnages et leurs interactions : protons, neutrons et électrons.

 

Laura Roslin et William Adama

La scène au CIC est importante à deux titres. Nous avons à faire à une Présidente à cran limite désagréable, ce qui n’est généralement pas son comportement coutumier. Cela associé à son rêve au début de l’épisode, nous donne déjà des indices. Et plus tard nous ne sommes pas surpris qu’elle soit atteinte d’un cancer. Et explique son agressivité, c’est dur à vivre, l’épée de Damoclès est de nouveau suspendue au-dessus de sa tête. Son ressentiment par rapport à Baltar ne peut que croître et être vécu comme une injustice pour elle, d’autant plus s’il est libéré.

                              

La sollicitude d’Adama est touchante, il se détourne rapidement de sa tâche pour apporter son réconfort à cette femme bouleversée. Il la rejoint d’ailleurs derrière le panneau « dammage control » !

Lee ne peut pas ignorer cette relation, leur proximité et leur complicité, peut-être les voir interagir n’est pas étranger à sa réaction future ?

Dès le début de l’épisode Adama est très attentif, prévenant et protecteur près de Laura et ce jusqu’à la faute… Durant le procès il ne peut s’empêcher d’intervenir en sa faveur.

 
Une relation qui évolue doucement, très mature, bien écrite et servie par un duo d’acteurs qui lui donne flamme incroyable.

 

Lee et Dee

Dee met un terme à son mariage suite à la prise de position de son mari aux côtés de Baltar. Elle a épousé Lee pour de mauvaises raisons, et dans l’espoir qu’il deviendrait tel que son père qui lui est inaccessible.

                                         


William et Lee

La première fois que j’ai vu l’épisode, je n’ai pas compris l’attitude d’Adama. Pourquoi s’en prenait-il à son fils de la sorte ?

                   

Le dépit de voir Lee aux côtés de Gaius, alors qu’il pense que l’ex-président mérite une sanction (aussi symbolique soit elle) n’est pas étranger à son amertume et à sa déception.

Puis, j’ai revu l’épisode, et j’ai réalisé ce qui a choqué Adama, et explique ses accusations.

Juste avant l’interrogatoire de Tigh, la caméra est fixée sur ce dernier, puis fait un saut sur l’Amiral qui observe la table de la défense. Lampkin demande des informations sur le colonel, que Baltar lui donne.


                                    

Retour sur Adama, puis de nouveau sur Lee qui dit qu’il ne sait rien et qu’il ne connaît pas bien les événements s’étant déroulé sur NC. Puis un dernier plan sur Adama dont le visage se crispe.

Enfin, Romo attaque là où cela fait mal !

 

Plus tard dans ses quartiers, Bill reproche à Lee son intervention dans le supplice de Saul, persuadé à tort que c’est son propre fils qui a donné les informations sur son ami, et qu’il vient à la pêche aux renseignements au sujet de Laura.

Tous deux sont encore profondément blessés par la disparition de Kara, et leur sensibilité étant à fleur de peau, leur échange bascule jusqu’à la scission.

                                       

C’est difficile de les voir se déchirer alors qu’ils sont si semblables, et que tous deux ont raison. Lee a raison, Baltar doit avoir un procès équitable, William aussi, Gaius ne peut pas en ressortir indemne, il a une part de responsabilité. Et chacun partage des torts, Adama de ne pas croire en son fils, et Apollo de douter lui aussi de l’intégrité de son père.

Séquence intense et bien filmé, la pénombre non seulement donne une ambiance intime mais rajoute un climat de pesanteur.

 

5 les plus et moins

 
Scène superbe et émouvante entre Tigh et Adama, leurs liens sont étroits. Adama est incapable de lui en vouloir…

                                


Quelles vont être les conséquences de l’attitude de Tigh dans la considération et la confiance de la Flotte vis-à-vis de ses protecteurs ?

 
De même quel est l’ampleur du trouble causé par la révélation du cancer de la Présidente ?

 
Les médias tout de suite à l’affût de la mauvaise nouvelle…

 
Les performances d’EJO, de MMD, et Michael Hogan sont géniales. Ils parviennent avec un regard, un pli de bouche à exprimer avec subtilité et justesse la profondeur de leur émotion, de leur désarroi et de leur peine.

 
Le scénario est tout juste moyen. Certes, tous les personnages gagnent en profondeur, en complexité et en humanité, mais cela ne suffit pas à combler les inepties concernant Lee Adama et une trame peu originale. En effet, Apollo sans faire réellement un retour en arrière, manque quelque peu de vraisemblance, et nous fait presque une crise de puberté.

J’ai du mal à concevoir qu’un Lee après avoir eu en charge l’énorme Pegasus, la gestion et le commandement de son personnel pendant plus d’une année puisse se faire manipuler sans s’en apercevoir, manquer de loyauté, et soit incapable d’avoir une vision globale et élargie des intérêts de la Flotte, surtout qu’il a su auparavant concilier ses idéaux avec les nécessités matérielles… Il est plus intelligent, plus sensible et plus clairvoyant que cela !

 

En conclusion

 

Un épisode d’une grande qualité et qui donne la chair de poule. Le jeu des acteurs tout en finesse ajoute du poids émotionnel. La perspective de nouveaux affrontements cylons et humains relance la dynamique et le sentiment d’urgence. La suite se fait immanquablement désirée

                                               

 

Acteurs :                  2/2

Scénario :                1/2

Direction :                2/2             

Mythologie BSG : 1,5/2

Originalité :              0/1

Son, photo :             1/1 

 




Note générale    7,5/10