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[Fic] Neverwhere - L'Emissaire - chapitre 3 - PG

Titre : L’Émissaire (partie 3/15)
Auteur : soleil_ambrien
Fandom : Neverwhere
Persos/Couple : Richard, le Marquis de Carabas, Porte
Rating : PG
Disclaimer : Tout appartient à Neil Gaiman.
Prompt : Richard apprend à vivre et non plus simplement survivre dans London Below... en s'inspirant plus qu'un peu de la technique du Marquis.
Notes : Début ici.


3. Charterhouse

Le lieu du rendez-vous fixé par Porte était plutôt sinistre. Ici, Charterhouse était toujours un monastère, mais ce dernier n’avait rien de paisible. Richard se souvenait d’arbres régulièrement taillés, de pelouse bien tondue et d’une ambiance un peu vieillotte. Lorsqu’il avait visité l’endroit avec Jessica, il y avait plus d’une vie de cela, on leur avait fait regarder un film antédiluvien sur des sièges qui sentaient le vieux cuir. Les portraits d’aristocrates accrochés au mur se ressemblaient tous et il avait perdu le groupe assez rapidement. L’après-midi, il les avait rejoints pendant qu’ils buvaient du thé, attablés dans le grand hall.

Sans surprise, on ne retrouvait rien de tout cela dans cette version de Charterhouse. Des os de bras étaient cloués au portail, les têtes de chien sculptées qui ornaient les bancs semblaient sur le point de mordre, et les lieux étaient empreints d’une atmosphère malsaine. Le Marquis acheva de le mettre mal à l’aise en lui expliquant qu’ils se tenaient à l’emplacement d’une ancienne fosse commune, qui resurgissait de temps en temps dans le Londres d’En Bas. Ceci dit, c’était suffisamment rare pour que l’endroit reste un point de rendez-vous fiable.

Richard pria mentalement pour que Porte arrive très vite et qu’ils quittent ce maudit monastère.

Heureusement, sa prière fut exaucée peu de temps après. Brusquement, une jeune fille radieuse traversa le portail de pierres décrépites. En voyant Richard, elle se jeta à son cou et il l’étreignit un long moment, sous l’œil narquois de Carabas. Elle ne le lâcha pas pendant plusieurs minutes.

« Je ne vous ennuie pas, j’espère ? » s’enquit finalement le Marquis d’un ton sarcastique.

Les joues rouges, Porte s’écarta de son ami, mais continua à sourire.

« Je suis heureuse que tu sois de retour, confia-t-elle à Richard, les yeux brillants.
-On avait remarqué, la coupa Carabas. Mais il me semblait que vous nous aviez réunis pour autre chose que de touchantes retrouvailles.
-C’est vrai, acquiesça-t-elle. Venez. »

Elle ouvrit sans la toucher une lourde porte de bois et ils s’aventurèrent dans Charterhouse même. L’intérieur était aussi macabre que l’extérieur. Les tableaux étaient encore plus sinistres que dans les souvenirs de Richard, l’éclairage aux chandelles oscillait régulièrement et les dalles n’avaient pas été lavées depuis un bon moment. De temps à autre, ils passaient devant un mur creusé de niches, chacune ornée d’un crâne humain.

La jeune fille les emmena dans une pièce qui tenait à la fois du salon, de la salle à manger et de l’oratoire. Ce n’était pas facile de trancher. Personne ne s’y trouvait, bien que des Prie-Dieu soient disposés ici et là. D’un geste, elle les incita à s’assoir. Carabas choisit un fastueux fauteuil de velours. Richard s’installa sur une chaise de bois et Porte élut un siège de cuir, à l’odeur vaguement moisie.

« Désolée pour l’ambiance morbide, déclara-t-elle, mais Charterhouse a déjà rejoint l’alliance que je lui ai proposée, alors... Et puis, c’est plus facile pour moi de me déplacer dans des lieux un peu instables, comme celui-ci.
-C’est-à-dire ? » l’interrogea Richard, pour obtenir plus de précisions.

Il s’attendait à ne rien comprendre à l’explication, mais cela ne coûtait rien de la demander. À quelqu’un comme Porte, en tout cas.

« Le tissu de l’espace-temps du Londres d’En Bas est plus fragile à cet endroit-là, l’éclaircit-elle, parce que la ville hésite entre le monastère et la fosse commune. La plupart du temps, c’est le premier qui l’emporte, comme aujourd’hui, mais du coup, la dimension hésitante du lieu, c’est plus pratique pour des gens comme moi. »

Oui, c’était bien ce qu’il avait pensé : il ne pigeait rien. Bah, tant pis.

« Bon, trêve de bavardages, se lassa le Marquis. Dame Porte, expliquez donc à notre ami commun la raison de sa présence ici.
-Voilà, commença-t-elle. J’ai besoin d’un émissaire.
-Un émissaire ? répéta Richard sans comprendre en quoi cela le concernait.
-Un ambassadeur, si tu préfères, reformula-t-elle. Un homme qui visiterait toutes les baronnies, pour y apporter mon message d’unité.
-Faut faire quoi, au juste ? se renseigna-t-il, méfiant.
-Oh, pas grand-chose, développa-t-elle. Rendre visite aux fiefs et aux baronnies, parler d’unification de l’En Dessous, en rallier le plus possible à notre cause… Ce genre de trucs.
-Et le Marquis peut pas le faire, ça ? Il ne te devait pas quelque chose ?
-Pour commencer, j’ai pleinement acquitté ma dette envers lord Portico, rappela-t-il. C’est plutôt dame Porte qui me doit une faveur considérable.
-Et de toute manière, vous ne pouvez pas vous déplacer librement dans tout l’En Bas, renchérit Porte.
-C’est vrai que je suis persona non grata dans un grand nombre de cours, admit gracieusement l’intéressé. Alors que lui, ce n’est pas son cas. »

Il parlait de Richard comme s’il n’était pas là, ce qui était au demeurant assez vexant.

« Le Comte lui a donné le droit d’aller partout.
-Tu te rappelles de ça, Richard ? lui demanda doucement Porte, comme si elle craignait qu’il ait tout oublié.
-Oui, bien sûr, mais, écoutez… J’ai pas du tout les aptitudes pour… » Il cherchait ses mots. « Pour convaincre des gens de quoi que ce soit.»

L’expérience de Richard en la matière n’était pas très heureuse. La situation évoquée par ses deux compagnons lui rappelait méchamment les ventes de tickets de tombola, lorsqu’il était en primaire. Étrangement, il était toujours le seul à n’avoir rien réussi à vendre – pas même à ses propres parents.

« Aucun problème, le rassura Porte. Au début, le Marquis t’accompagnera. On commencera par les endroits où il peut aller, lui aussi.
-Je croyais que vous ne deviez plus rien à Porte ? se souvint-il.
-Ne plus avoir d’obligation envers une personne ne veut pas dire qu’on ne peut pas travailler pour elle », déclara Carabas. Puis il ajouta, d’un air de conspirateur : « De plus, cela aggrave sa dette envers moi. »

Il étendit ses jambes sur la table de chêne devant lui, comme un chat content.

« Ceci dit, je ne suis pas vraiment le bienvenu à la Cour du Comte, ce qui limite mon champ d’action.
-Il s’est déjà rallié à nous, nuança Porte.
-Ce n’est pas le seul endroit où je ne suis pas exactement le bienvenu. »

Elle acquiesça, songeuse, et continua:

« Par contre, toi, tu peux circuler dans tout Londres.
-Enfin, seulement la partie de l’En Dessous où il y a des trains, rappela le Marquis, soucieux de rester précis. Le reste, c’est un peu plus vague.
-Mais c’est déjà plus que ce que vous avez le droit d’arpenter, souligna-t-elle d’un ton insistant. Et j’ai vraiment besoin de rallier toute la ville.
-Bon, qu’est-ce que tu attends de moi, exactement ? » la questionna-t-il brutalement.

Elle eut un geste fédérateur.

« Que tu les rassembles. Que tu leur parles de ma cause. De l’unité.
-Et comment je m’y prends, au juste ? l’interrogea-t-il.
-Parle-leur. Convaincs-les. Tu porteras mes couleurs, ça devrait en persuader certains. »

Elle sortit des nombreuses couches de vêtements qu’elle portait un mouchoir, un peu crasseux, et le déposa dans sa main. Il considéra attentivement l’objet. Il était orné d’armes médiévales : une arche, dessinée à l’intérieur d’un blason.

« Normalement, personne ne devrait s’en prendre à toi. Pas si tu es affilié à la Maison de l’Arche.
-Normalement ? releva-t-il, un peu d’inquiétude dans la voix.
-C’est-à-dire que la Reine des Bergers… »

Elle se tortilla légèrement et le Marquis fronça les sourcils, outré.

« Vous n’allez pas l’envoyer à Shepherd’s Bush ! C’est beaucoup trop dangereux.
-Pas si vous l’accompagnez », répliqua-t-elle, inflexible.

À ces mots, il parut étrangement apaisé.

« Il le faut, continua-t-elle d’une voix plus douce, mais toujours aussi ferme. Une alliance ne sert à rien si elle n’est pas ratifiée par tout le monde.
-Y compris par la ligne des Tréfonds ? la questionna le Marquis, ironique.
-Peut-être pas, admit-elle en se mordillant la lèvre. Eux, on peut les oublier. »

Richard avait depuis longtemps renoncé à cerner de qui ou de quoi ils parlaient. En revanche, ce qu’il comprenait, c’est que la tâche ne serait pas de tout repos.

« Bien, soupira-t-il, résigné. Combien y a de boroughs-trucs en tout ?
-De baronnies, précisa Carabas. Et n’oublie pas les fiefs, aussi.
-Plus d’une trentaine, lui expliqua patiemment Porte.
-En comptant la ligne des Tréfonds, donc ? »

Elle fit la grimace, gênée. Quant au Marquis, il se contenta d’un rictus.

« Ne sois pas ridicule, asséna-t-il. Personne ne peut parler avec les créatures de la ligne des Tréfonds.
-Et les bergers de Shepherd’s Bush ? demanda-t-il encore, un peu nerveux.
-Eux, en revanche, il faudra bien les solliciter… soupira Porte. Après tout, ils ont un gouvernement.
-Ce serait bien si on le faisait le plus tard possible, mentionna le Marquis. Je ne suis pas très pressé de me confronter à eux. »

Porte frissonna, puis se reprit.

« On avisera en temps voulu, trancha-t-elle. Sur le principe, Richard, tu es d’accord ? »

Il regarda la jeune fille, interrogatrice mais déterminée, puis Carabas, en train de prendre ses aises avec un fauteuil qui ne lui appartenait guère.

« Vous m’aiderez, n’est-ce pas ? » hésita Richard.

L’un bâilla ostensiblement, l’autre acquiesça avec ferveur.

« Alors, c’est d’accord », conclut-il.


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